Knud Rasmussen

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Knud Rasmussen

Message par bix_229 le Ven 16 Déc - 19:50

Knud Rasmussen (1879-1933)


Knud Johan Victor Rasmussen, né à Ilulissat au Groenland le 7 juin 1879 et mort à Copenhague le 21 décembre 1933, est un explorateur et anthropologue danois. Surnommé « le père de l'esquimaulogie », il fut le premier Européen à traverser le passage du Nord-Ouest à l'aide d'un traîneau attelé à des chiens.

Fils d'un missionnaire danois et d'une mère inuit, il passe sa jeunesse au Groenland avec les Inuit et apprend l'inuktitut, la chasse, la conduite des traîneaux à chiens et la vie dans les conditions rudes de l'Arctique. Il poursuit ensuite ses études à Lynge dans la province danoise du Seeland.

Il part étudier la culture inuit lors d'une première expédition, connue sous le nom d'« expédition littéraire », avec trois compagnons, en 1902-1904. À son retour, il publie Le Peuple du pôle Nord (1908), à la fois journal de voyage et relevé académique du folklore inuit. En 1908, il se marie avec Dagmar Andersen.

En 1910, Rasmussen et son ami Peter Freuchen fondent la base Thulé à Uummannaq au Groenland, Thulé étant le nom dont s'était servi Pythéas pour désigner une contrée mythologique de l'extrême Nord. Elle sert de point de départ à une série de sept expéditions, connues sous le nom d' « expéditions Thulé », entre 1912 et 1933.

La cinquième expédition Thulé (1921-1924) a pour but de comprendre l'origine du peuple Inuit et de recueillir des données ethnologiques, archéologiques et biologiques. Une première équipe de sept hommes se rend dans l'est de l'Arctique canadien, où ils font des interviews et des fouilles et recueillent des artefacts dont certains sont maintenant exposés dans des musées danois. Rasmussen quitte ensuite l'équipe et voyage pendant 16 mois à travers le continent avec deux chasseurs inuit, en traîneau à chiens, jusqu'à Nome en Alaska. Il devient ainsi le premier Européen à franchir le passage du Nord-Ouest par ce moyen. Il a raconté son expédition dans Du Groenland au Pacifique : deux ans d'intimité avec des tribus d'Esquimaux inconnus.

Il est enterré au cimetière Vestre à Copenhague.

Ouvrages traduits en français :

En traîneau du Groënland à l'Alaska
La Chasse à l'ours
Du Groenland au Pacifique : deux ans d'intimité avec des tribus d'esquimaux inconnus
Contes du Groenland collectés par Knud Rasmussen
Laponie - Voyage au pays des fils du soleil
Contes inuits : un ourson chez les hommes, collectés par Knud Rasmussen (ouvrage jeunesse)







Du Groenland au Pacifique : deux ans d'intimité avec des tribus d'esquimaux inconnus

Knud Rasmussen (1879-1933), n'est pas le premier venu.
Fils de missionnaire danois et d'une Inuit. Explorateur et anthropologue, il fut le premier à traverser le passage du nord ouest du Groenland à l'aide d'un traîneau à chiens.
Au cours de ses voyages, il rassembla des chansons et légendes sur les Inuit et écrivit plusieurs livres sur le Groenland.
Quand on lui demandait quel était l'évenement qui l'avait le plus impressionné, il racontait l'histoire suivante :

Il se trouvait alors en expédition au Groenland. C'était la pleine nuit polaire, et il s'apperçut que ses provisions étaient épuisées.
Loin de toute habitation, le seul gibier possible en ce lieu et en cette saison, c'était l'ours. Accompagné de son équipier Inuit, chacun avec son attelage de chiens de traineaux dréssés à la chasse à l'ours, il partit...

Ils finirent par trouver une piste fraiche, mais l'ours qui les avait entendus s'enfuit vers un bloc de glace pour chercher son salut.
Rasmussen ayant distancé son compagnon se lança seul à la poursuite de l'ours, bientot talonné, harcelé par les chiens qui ralentissaient sa fuite.

"C'était un jeune mâle, écrit Rasmussen, un de ces promeneurs solitaires des déserts blans, à la démarche royale, à la la fourrure longue et jaunâtre, brillante d'un splendide éclat..., un géant svelte, entrainé au combat...
C'était une jolie proie.
J'étais à peine à six mètres lorsqu'il me vit. Les corps chauds et fumants des chiens volaient entre nous, et l'on entendait le bruit du souffle rapide qui sortait des poumons en travail. Des jappements hargneux accompagnaient chaque attaque et de profonds et sourds grognements  y répondaient...

A l'instant où l'ours m'aperçut, il écarta les chiens avec violence et se dressa sur ses pattes de derrière, plus beau et plus grand qu'avant...et me regarda fixement. Il resta debout quelques secondes, le temps de se remplir les poumons; alors il se souleva dans dans un saut énorme par dessus les chiens et se laissa retomber sur la glace de tout le poids de son corps massif et de toute la force de ses muscles tendus.
Il exécutait ainsi la manoeuvre préférée de tous les ours... Il voulait briser la glace nouvelle et y faire un trou par où il pourrait échapper età moi et aux chiens, car dans l'eau il avait tous les avantages.
J'étais parfaitement préparé à ce que faisait l'ours... Je savais qu'il devait plonger sous l'eau comme un phoque, mais il ne faudrait pas attendre trop longtemps avant qu'il ne vint respirer, ce qui me laisserait le temps de tirer."


En fait les choses se passèrent autrement cette fois, la glace se rompit sous les pieds de Rasmussen qui se retrouva à l'eau avec l'ours qui nageait devant lui.
Il était mort de peur, s'attendant à chaque instant qu'il se retourna contre lui.

"Ma situation était tragique, écrit-il, et tout ce que je pouvais faire était de me maintenir le plus loin possible de lui. Ce fut un soulagement certain de constater rapidement qu'il avait aussi peur de moi que moi de lui...
J'essayais à nouveau de grimper sur la glace, mais je me fatiguais en pure perte. Chaque fois que je bougeais, l'ours grognait et grinçait des dents, comme s'il s'attendait lui aussi que je l'attaque....
Sans que je puisse expliquer pourquoi, je me mis à étudier avec attention mon extraordinaire camarade.
Malgré le danger de la situation, je prenais grand intérêt à mon compagnon du moment et mon esprit travaillait avec rapidité et clarté.
Moi qui étais pourtant habitué à tuer, je n'avais jamais su que des yeux d'ours pouvaient être pleins d'expression. Au début, je n'avais vu qu'angoisse et colère, mais au fur et à mesure qu'il s'habituait à moi comme je m'étais habitué à lui, il cessa de me montrer les dents.
Et je fus frappé que je ne le regardais plus comme une pièce de gros gibier qu'il fallait tuer, mais comme un être pensant et intelligent qui était dans le même danger que moi. C'était comme si je pouvais voir ses pensées se former... Il semblait se demander pourquoi j'avais aussi sauté dans l'eau. Il savait à présent que je ne lui voulais rien de mal. Est ce que je ne me serais pas mis dans le trou pour échapper aux chiens...?

Quand j'en fus là de mes pensées, j'avais presque le sentiment que l'ours me comprenait et qu'il me suivait. Mais j'allais plus loin dans mes conclusions. A mon avis l'ours remarquait que les chiens ne cessaient de le harceler... alors qu'il se tenaient à distance de moi, comme s'ils me craignaient...
Mais voila qu'il tournait la tête vers moi et je ne pouvais m'empêcher de trouver dans son expression quelque chose d'amical. Et à ma grande stupéfaction, il commença très lentement à venir dans ma direction comme pour chercher uen protection...

Il ne fut bientôt plus qu'à quelques mètres de moi…Les attaques répétées des chiens pouvaient finir par le mettre hors de lui… Obéissant à une impulsion subite, je criai de toute la la force de mes poumons et commandai aux chiens de reculer... et bien que cela prit du temps, ils obéirent...
Pour la première fois depuis le début de la chasse, l'ours était laissé à lui même, et alors, il se passa quelque chose que je n'oublierai jamais.

Il comprenait que j'avais chassé ses assaillants, et il tournait la tete vers moi. Cette fois, je ne pouvais me tromper, il y avait une expression de reconnaissance dans ses yeux...
Cet ours qui aurait pu me tuer, non seulement épargnait ma vie, mais me considérait dans ce trou d'eau glacée comme un ami qui l'aidait...
Je promis que, si je me tirais de cette aventure sain et sauf, je ferais tout ce qui serait en mon pouvoir pour sauver aussi la vie de l'ours. Grelottant de froid, je me promis que ni moi, ni aucun autre ne tuerions cet ours tant que cela dépendrait de moi...

J'étais dans l'eau depuis une dizaine de minutes, mais par - 25°, chaque minute semblait une éternité. Je ne pouvais résister beaucoup plus longtemps si le secours n'arrivait pas...
J'avais presque abandonné tout espoir, lorsque tout à coup Qolutanguaq surgit à quelques centaines de mètres de moi. A peine m'eut il vu aupres de l'ours presque épaule contre épaule, alors que les chiens semblaient dédaigner la bète qu'il sauta à bas de son traineau... Je compris que j'étais sauvé. Dans une ou deux minutes, je serais tiré de mon trou. Il était temps de penser à ma promesse, et rassemblant mes dernières forces, je criai : "Ne tire pas sur l'ours ! Ne tire pas sur l'ours !"

Je claquais tellement des dents que mon cri ne fut qu'un hurlement inarticulé. je dus le répéter plusieurs fois avant que Qolutanguaq ne le comprit. Finalement il sembla avoir saisi et répondit de toutes ses forces : "Non naturellement, je t'aiderai d'abord".
Alors, il lâcha tous ses chiens, tandis qu'il lançait vers moi une ligne de harpon dont je m'emparai.

La dernière chose que je vis de l'ours c'est le saut qu'il fit sur la glace pour écarter le nouvel ennemi...
J'étais à peine hors de l'eau que le froid me terrassa avec une telle violence que je perdis connaissance. j'essayai de parler, mais les mots moururent sur mes lèvres comme un souffle ; "ne tire pas... ne tire pas..." et tout fut noir autour de moi.

Quand je revins à moi, mes habits humides gisaient, durs comme pierre sur la glace à coté de moi ; j'étais moi-même couché au chaud et plein de vie dans mon sac de couchage ; mon ami était debout devant moi, il avait à la main une tasse de thé bouillant qu'il tenait devant mes lèvres.
Ma première pensée fut pour l'ours.
"Mais l'ours. Où est l'ours ?"
L'Esquimau rit de toutes ses dents...
"Ne t'en fais pas pour l'ours, fit il avec un sourire taquin, je l'ai déjà dépouillé."


Ce texte a été publié par le Ministère danois des affaires étrangères, il y a près de 3O ans. Introuvable depuis, je le crains. C'est pour cela que je vous ai cité de larges extraits.
Et aussi parce que c'est un témoignage extraordinaire. Et qui entre en concordance avec une réflexion qui fait son chemin.
Les animaux cohabitent avec nous. Ils partagent le même droit de vivre sans être traqués, tués ou servir d'alimentation.
Actuellement les espèces sauvages sont en partie en voie de disparition. Peut-on vivre sans les animaux ?
Un statut juridique est en train de se mettre en place, mais il faudra du temps avant que l'homme l'accepte pleinement.


mots-clés : #voyage


Dernière édition par Bédoulène le Jeu 27 Juil - 7:54, édité 11 fois (Raison : avec le titre c'est bien aussi !)
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