Abdelaziz Baraka Sakin

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Abdelaziz Baraka Sakin

Message par tom léo le Dim 18 Déc - 15:30

Abdelaziz Baraka SAKIN
Né en 1963


Abdelaziz Baraka Sakin est né le 1.1.1963 à Kassala à l'Est du Soudan, ses racines sont au Darfour et au Tchad voisins. Il est diplômé en gestion de l'université d'Assiout en Égypte, mais il a exercé de nombreux métiers au cours de sa vie : couturier, ouvrier, maçon, enseignant, conseiller à l'ONU, bénévole dans des ONG. Publiée en Egypte ou en Syrie, son oeuvre très appréciée des lecteurs soudanais circule clandestinement au Soudan. Il aborde la guerre civile et la dictature au Soudan.

Quand il reçoit en 2009 le prestigieux prix Tayeb Salih, remis à la Foire du livre de Khartoum pour son roman The Jungo - Stakes of the Earth, tous ses livres sont aussitôt saisis et détruits par les autorités. Soit disant pour des contenus d'ordre sexuel… (un prétexte!). Il s'exile alors en Autriche où il obtient l'asile politique. Il y réside depuis. « Le Messie du Darfour » est son premier roman traduit en français. A part, il y a deux contes « simples » pour enfants en français, mais son œuvre est riche : Nouvelles, Fables, Romans, mais pas encore accessible, écrite en arabe. Ses livres très appréciéssont publiés en Egypte et circulent clandestinement au Soudan.

Il collabore avec plusieurs magazines de langue arabe : Al Arabi Magazine (Loweit), Al Naqid Magazine (Londres), Nazwa magazine (Oman), Revue d'études palestiniennes (Paris, en français), Doha Magazine, Banipal (Londres), et Dastoor Newspaper (Londres).

Il dit : « C'est la guerre qui me force d'écrire sur elle. Elle m'a coincé comme personne et écrivain. »


Oeuvres traduites en français :

Roman
2016 : Le Messie du Darfour

Nouvelles
2005 : Une femme du camp de Kadis (dans le recueil « Nouvelles du Soudan »)

Contes
Faris Bilala et le lion. Faris Bilala and the lion: Conte du Darfour - Trilingue : arabe-français-anglais
2010 : Hawaya et l'hyène : Conte bilala du Tchad bilingue arabe-français 2010

Note personnelle: Il est quand même étonnante qu'en cherchant une photo sur le Web de Sakin, on ne fait que tomber que sur un sourire natuel et bienveillant. De la part d'un Monsieur qui en a vu des choses...
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tom léo

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Re: Abdelaziz Baraka Sakin

Message par tom léo le Lun 19 Déc - 22:24



Le messie du Darfour

Originale : Arabe/Soudan, écrit entre 2008 – 2012
CONTENU :
Comment résumer une histoire qui rassemble pas mal de bribes d'histoires qui forment en fin de compte un tout?
- on trouve un bataillon de 66 soldats à la recherche d'un soi disant « Messie ». A leur tête : Charon, un homme sans compromis qui a changé de cotés (comme tant d'autres) soit par force, soit par réorientation et intérêt personnel
- parmi eux deux soldats qui sont devenus amis: Ibrahim et Shikiri, tous les deux capturés le même jour, enrôlés par force, mais s'orientant doucement dans des directions différentes
- Abdehraman, la belle, séduit Shakiri, en fait son mari. Plus tard elle, la victime et survivante d'un terrible massacre où le reste des siens avaient été tué, va suivre son mari auprès des rebelles en vue de se venger : « tuer dix Janjawid». Et elle commence bien ! Et devient une guerrière.
- Ibrahim, le pacifique, avait jamais tué personne, même en dix ans de service, il n'a pas tiré une seule fois vraiment vers l'ennemi.
- et puis : le « Messie », un certain Jésus, fils de Marie, cousin d'un certain Yoann, un homme beau, noir et élancé qui dit des mots pleins de sagesse et de douceur. Il attire des gens de partout, juste les Janjawid cruels, incarnation du mal, ne trouvent aucune pardon chez lui.


REMARQUES :
Oui, on peine des fois (moi au moins) de voir toujours le fil, mais pourtant, toutes ces bribes, morceaux forment immanquablement un tout. Il y aura donc une forme de chronologie, un récit qui se complentarie, mais au même moment j'ai eu l'impression d'être avec chaque chapitre – il y en a 16 de 3 – 27 pages – devant une espèce de tableau. On pourrait dire que l'auteur brosse des portraits « typiques » de gens dans ce pays si terriblement marqué par la guerre, les conflits, la famine… Et pas seulement d'individus (voir en haut) qui vont compter tout au longue du récit, mais aussi certains aspects de l'Histoire qui marquent la culture, le vécu :

- qu'il faille éviter de catégoriser les gens ! Des combattants se melangent, sont pas à distinguer des fois. On change de coté, on se retrouve comme membres de différents ethnies ensemble. Et on pourrait se demander quelle est encore la motivation ? La faute à qui ? Des soldats même, soit de coté du gouvernement, soit des rebelles, ont été pris de force, enrôler où ils ne le voulaient pas

- ne pas voir juste des groupes, mais derrière eux des individus, des histoires uniques et individuelles, des gens aspirant finalement presque tous à la paix. Ce n'est pas l'homme simple à l'origine des conflits. Chaque guerre est une guerre fratricide, entre frères de sang.

- les terribles descriptions de massacres, viols et autres horreurs devraient nous enseigner de ne pas taire la situation  au Soudan...

- le temps des conflits est une période d'avénements de prophètes, voir ici : d'un Messie. Condamné par les autorités à la crucifixion, il porte déjà bien une croix. Et est-ce que le livre se referme avec une lueur d'espoir ?

- ceux que l'auteur et le « Messie » condamne ici de toute force, ce sont les Janjawid (voir aussi :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Janjawid ). Et on souligne qu'il s'agit des gens qui ont choisi de tuer, piller, massacrer…

Quel roman riche et aussi étouffant. Si la 4ème de couverture de l'édition française dit : « ... le Messie du Darfour est une histoire d'aventure et de guerre, une histoire d'amitié et de vengeance qui donne la part belle à l'humour et à la magie du roman », j'ai vraiment d'autres associations avec cela. Non pas qu'il y a absence complète de scènes un peu cocasses, loufoques ou phantastiques, mais de parler ici comme s'il s'agissait d'une fiction pure et simple, c'est probablement ignorer toute la dure réalité au Soudan. C'est par proximité de réfugiés soudanais ici dans la région, et par des bribes de récits qu'ils ont lâché ici et là, qu'on comprend que toutes cette horreur que Sakin décrit ici ne sont pas comparables avec des cauchemars d'un roman de vampir, et des inventions d'un esprit un peu tordu, mais vraiment du vécu, ou très proche de la réalité. Par ailleurs Sakin disait dans un entretien que d' »écrire était pour lui une façon de chasser les souvenirs ». Il y a deux, trois passages dans le roman qu'on pourrait bien interpèter comme une présence discrète de l'auteur : un oncle d'Abdehraman s'appelle Sakin ; la ville d'Ibrahim est Kassala, qui est aussi le lieu de naissance de Sakin. En plus (voir bio en haut) on comprendra qu'un auteur n'est pas poussé vers l'exile pour un roman sans lien avec la situation : le regime sait ce qu'il fait. Et hop ! Sakin a du quitter le pays, et ses œuvres se retrouvent interdites dans son propre pays.

Le roman est bien écrit. Comme j'ai mentionné, certains liens entre chapitres, passages, me semblaient à moi pas tout-à-fait clair. Je me perdais un peu dans la chronologie ? Mais quelle façon pour nous d'entendre une voix vraiment authentique d'un pays dont on voit arriver des gens, des réfugiés, sans connaître rien de leur pays.

Attention: âmes sensibles s'abstenir !


mots-clés : #guerre
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