Maylis de Kerangal

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Maylis de Kerangal

Message par topocl le Dim 18 Déc - 15:37

Maylis de Kerangal
Née en 1967




Maylis de Kerangal est une femme de lettres française, née le 16 juin 1967 à Toulon.

Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle étudie en classe préparatoire au lycée Jeanne-d'Arc de Rouen et ensuite à Paris de 1985 à 1990 l'histoire, la philosophie et l'ethnologie.

Elle commence à travailler chez Gallimard jeunesse une première fois de 1991 à 1996, avant de faire deux séjours aux États-Unis, à Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une année à l'EHESS à Paris en 19984.

Elle crée en même temps les Éditions du Baron Perché spécialisées dans la jeunesse où elle travaille de 2004 à 2008, avant de se consacrer à l'écriture. Elle participe aussi à la revue Inculte.

En 2011, elle est l'une des participantes du Salon du livre de Beyrouth au BIEL (Beirut International Exhibition & Leisure Center).

En 2016, elle est "grand témoin" du Festival International de Géographie

Wikipedia

Œuvres

Romans, nouvelles et récits
Je marche sous un ciel de traîne, 2000
La Vie voyageuse, Paris, 2003
La Rue, Paris, Éditions Pierre Terrail, 2005 ; page 1
Ni fleurs ni couronnes, Paris, 2006
La Peau d'une fille qui rentre de la plage, 2006
Dans les rapides, Paris, éditions Naïve, 2007 ; page 1
Corniche Kennedy, Paris, 2008 ; page 1
Naissance d'un pont, 2010 ; pages 1, 2
Pierre Feuille Ciseaux, Marseille, avec Benoît Grimbert (photographies), 2012 ; page 1
Tangente vers l'est, Paris, 2012 ; page 1
Réparer les vivants, 2013 ; pages 1, 3
À ce stade de la nuit, 2014 ; pages 1, 3
Un chemin de table, 2016

Albums pour enfants
Nina et les oreillers, avec Alexandra Pichard (illustrations), 2011

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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Dim 18 Déc - 15:40

J'avais été un peu déçue par
Naissance d’un pont



D’abord le quatrième de couverture, s’il motive votre choix, ne peut donner que des déceptions : il parle de roman-fleuve, « à l’américaine » . Je prends mon dictionnaire :

Roman-fleuve
n.m. roman-fleuve, romans-fleuves
Roman très long mettant en scène de nombreux personnages que l'on suit à travers la succession des générations et la multiplicité des lieux; saga:

Alors non, ça n’est pas un roman long (317 pages), ça ne se passe pas sur des années, c’est en un seul lieu (le chantier) et il y a bien de multiples personnages (une dizaine), mais ils vont assez peu se rencontrer donc cela ne donne pas une impression de richesse

Ensuite « à l’américaine ». Mais q u’est et que çà veut dire ? Je pense que cela se place en opposition à un roman à la française (sans doute sous-entendu auto-fiction minimaliste) et je trouve cela plutôt méprisant, je suppose que je ne suis pas la seule à avoir adoré de nombreux romans français. Cela peut évoquer aussi l’idée d’un auteur qui se réfère à une technique, qui veut ainsi, vraiment donner vie à son roman, l’ancrer dans une réalité (par ex Philipp Roth et la boucherie casher dans Indignation, Richard Powers et les neurosciences dans la Chambre aux Echos et beaucoup d’autres qui ont souvent fait travailler des documentaristes sur leur sujet). Là c’est bien le cadre du livre même si cette technicité est parfois un peu lourde.

Ensuite, il y a le style de Maylis de Kerangal. Je ne sais pas si c’est le style habituel de cette auteur, mais je pense que c’est l’élément crucial de ce livre qui fait qu’on accroche ou non. Je comprend qu’on peut le trouver exaltant et passionnant, se laisser entraîner par lui, mais moi, il m’a un peu irritée, je l’ai trouvé un peu surfait et affecté, par moments peut-être un peu « procédé » : vous écrivez un texte, vous remplacez les points par des virgules, vous faites sauter un sujet ou un verbe au passage. Bon , je caricature, il y a certaines phrases bien belles quand même….ça n’est pas un livre à lire dans le métro.

Donc, si comme moi, on n’est pas scotché par le style , il s’avère qu’il n’y a pas grand chose dans ce roman : une série de personnages magnifiquement décrits, je le reconnais (pourquoi n’écrit-elle pas des nouvelles ?), mais qui interagissent très peu entre eux, qu’on ne voit pas réellement travailler (comment est ce qu’il avance, ce pont ?) et des évènements qu’on aurait presque pu lister à l’avance : un début de grève, des écologistes qui se fâchent, un accident du travail, une histoire d’amour pour corser le tout (à laquelle il m’ a été difficile de croire : comment peut-on imaginer que le chef général de ce super chantier, ingénieur haut de gamme international, tombe amoureux d’une femme ainsi décrite un peu plus haut :
« ce n’est pas qu’elle soit laide, ou sale, non – on devine que c’est le genre de femme à ne posséder qu’un seul soutien gorge et à laver ses culottes dans les lavabos »
… je veux bien que l'amour soit aveugle, mais….

Je me rends compte que j’ai été peut-être trop dure avec ce livre qui a une idée, un style qui peut plaire ou déplaire, mais manque un peu de souffle pour le projet, et c’est dommage, parce que Maylis de Kerangal a quand même bien du talent.

(commentaire rapatrié)


Dernière édition par topocl le Sam 7 Jan - 9:48, édité 1 fois

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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Dim 18 Déc - 15:42

Corniche Kennedy




Un petit livre (180 pages) très puissant avec une ambiance extraordinaire, les nerfs à vif dans ce paysage surchauffé des calanques
Un été dans la vie de 3 jeunes marseillais « grillant leurs vacances avec d’autres comme eux », faisant « démonstration d’insolence ». Plutôt braves gamins cependant.
La vie s’organise pour les vacances dans ce groupe d’ados qui aiment la mer, le farniente, les copains, mais aussi les défis : « c’était leur plaisir, impatients qu’ils sont de s’avancer toujours plus vite et plus avant sur le front de la vie ». On traîne au soleil, on lézarde, on échange les cigarettes, on patauge. En surplomb de cette plage sauvage, trois rochers : le premier trois mètres au-dessus de la mer, et un peu plus haut le « Just Do It » 7 mètres et enfin le "Face To Face", 12 mètres. Qui s’en élance monte quelques marches dans la hiérarchie de ce petit groupe d’adolescents bien vivants. D’autant plus que le grand saut est interdit par une municipalité froide et vindicative qui ce méfie de ces jeunes, de ces « p’tits cons ». Un policier quinquagénaire perdu de vodka et de solitude les surveille à la jumelle, tout en attendant un rafiot livreur de drogue qui est annoncé. La chaleur monte d’un cran, les provocations aussi en même temps que le suspense pour nous, et c’est l’affrontement par une nuit orageuse de fin août.

On retrouve le style très riche, les grandes phrases rythmées qui avaient attiré l’attention dans Naissance d’un Pont. Appliqué à cette histoire brève, haletante sur fond d’agressivité urbaine, il fait merveille.

(commentaire récupéré)

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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Dim 18 Déc - 15:45

Tangente vers l'est



Petit livre, prose magnifique, texte magique, qui laisse dans sa trace une forte émotion et comme une nostalgie.

Quelques jours dans le huis clos du transsibérien. Maylis de Kerangal nous en restitue l'atmosphère mythique, raconte les paysages, tout ce mélange d'ennui et de temps qui traîne autour d'instantanés perpétuellement changeants.
Deux destins de fugitifs pris dans la folie d'une décision qui peut changer leur vie à jamais, une Française  fuyant son amour impossible, un jeune soldat qui déserte. Ils se croisent par un hasard mystérieux, échangent des cigarettes, de la vodka, quelques discours en langage gestuel. Maylis de Kerangal a le bon goût de nous raconter une histoire chaste, qui culmine non sur la banquette du compartiment, mais dans l'étroitesse des toilettes du wagon, pour une scène d'une intensité et d'une émotion difficilement égalée.

Pas de sens, pas de message, une histoire. Un homme, une femme. Une rencontre de quelques heures La beauté à l'état pur.

 

(commentaire récupéré)

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Re: Maylis de Kerangal

Message par Tristram le Dim 18 Déc - 16:53

Potocl a écrit:Ensuite « à l’américaine ». Mais qu’est-ce que çà veut dire ?

Simple, ça accroche, c'est porteur (de ventes). Je ne dis pas ça spécialement pour les éditions Verticales, chez eux je crois bien n'avoir lu que Régis Jauffret, Univers, univers, et c'est un super auteur/ bouquin ; ils auraient l'objectif de publier de nouveaux auteurs français, ce qui est louable.
Mais comme dans bien des domaines, les US sont le pattern à la mode, pour le meilleur comme pour le pire (petit sondage intime : combien d'auteurs américains que j'apprécie ne font pas partie de la contre-culture ?).
D'un autre côté, écrire des quatrièmes de couverture doit être aussi difficile que de faire un compte-tendu de lecture... Les tiens sont bien conçus, Potocl, mais je ne sais plus si je dois lire Naissance d’un pont en urgence... Donc Maylis reste pour le moment dans ma LAL... mais pas au top !
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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Dim 18 Déc - 17:05

(mon pseudo est topocl, Tristram   )
Maylis est une grande quand même. Malgré mes réserves sur Naissance d'un pont, qui ne sotn que partielles, comme tu as pu voir!
Je te propose aussi:

Réparer les vivants






24 heures de la vie d’un cœur…

Battant à un rythme effréné dans la poitrine  de Simon, 20 ans, parti affronter les vagues sur son surf ce glacial matin-là… Au retour, un choc violent dans le pare-brise casse d’un coup cette trajectoire de vie qui s’annonçait. Pour le jeune homme, mais pas pour son cœur, destiné à battre dans une autre poitrine ; dans une course contre la montre de 24 heures, on va suivre la détermination des équipes médicales, ce que cela vaut d’écoute, de douceur et d’adrénaline mêlées, en parallèle étroit avec le déchirement des parents abasourdis, dans cette décision si simple où rien n’est simple.

Maylis de Kerangal attrape ce grand sujet à bras le corps,  avec son style ample et audacieux,  d’une densité souvent lyrique. Ce cœur qui bat et qui attend pendant que des hommes se démènent pour lui. Des hommes , totalement happés dans ce combat, mais qui, le temps d’une respiration, ont aussi leur propre  histoire, offerte par l’auteur en apartés flamboyantes, tandis que le monde continue de  tourner, indifférent. Et le récit s’échappe, reprend son souffle dans une digression salutaire qui permet de mieux repartir. Il y a des rythmes ici, des pauses, des concentrations, des accélérations. Maylis de Kerangal écrit comme une vague.
.
C’est dans l’émotion qu’elle est la meilleure, pour des scènes décryptant les gestes infimes, les attitudes , les silences , les gouffres, les paroles lâchées. J’ai été complètement prise dans ce suspense plein d’une intensité émotionnelle exceptionnelle, en dehors de tout pathos, parfaitement maîtrisée, j’ai vibré avec chaque personnage. C’est presque trop par moment, pourra-t’on dire, mais c’est normal, cette situation elle-même est trop.

J’ai aussi admiré la rigueur de la description de faits et situations médicaux complexes, j’ai tout trouvé parfait , parfaitement documenté, les termes, les explications scientifiques, la gestion psychologique des médecins, et cette justesse pointue autorise et étaye l’ écriture généreuse et resplendissante (ne croyez surtout pas qu’il s’agit d’un livre purement scientifique et factuel). Et je suppose qu’il en est de même sur toutes les autres pistes qu’elle nous ouvre : le surf, le chant et les chardonnerets, les supporters de foot… .
Marie, toi qui as connu la réa et l’anesthésie de l’intérieur, l’as tu lu ? Es-tu d’accord sur cette parfaite adéquation du récit et de la réalité ?

En tout cas, ce livre fut un choc, tant par le fond que par la forme. Choc littéraire et humain : « la somme des actions et la somme des mots, la somme des espaces et des sentiments ».

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Re: Maylis de Kerangal

Message par Tristram le Dim 18 Déc - 19:58

@topocl a écrit:mon pseudo est topocl, Tristram

Désolé. Mais, phonétiquement et dyslexiquement parlant,  je n'étais pourtant pas loin, surtout ne parlant pas couramment le nahuatl ?
C'est noté pour Maylis de Kerangal et Naissance d'un pont _ c'est l'ouvrage que tu recommandes pour aborder sa lecture?
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Re: Maylis de Kerangal

Message par tom léo le Dim 18 Déc - 22:09

Naissance d'un pont



Mis dans mes mains par notre bibliothècaire du village, en attendant l'arrivée de la « Tangente vers l'Est/

Il y a tellement de choses positives: la description réprésentative d'une œuvre typique pour le marché d'aujourd'hui, dans un monde globalisé. Et toutes sortes de rencontres, problèmes etc sont actuels dans nos sociétés : droit des ouvriers, écologie, loi du plus fort, lien entre politique-magouille-affaire-intérêts personnels, le sort des migrants en recherche du travail ou fuyant leur pays, la vie de cadres dans un marché international de travail (déplacements, « sans doicile fixe »...) ... Oui, des fois on pense qu'il s'agit ici d'une vraie vue d'ensemble de divers problèmes, et le tout raconté à travers des histoires personnelles, dans lesquelles on remonte souvent vers un passé, vers les raisons du choix du travail etc. OU narration d'histoires personnelles en vue d'une œuvre commune ? Le pont comme acteur entier…

Beaucoup de choses justes étaient déjà dites de cette œuvre, aussi bien dans la critique que dans les opinions favorables. Alors on repète une vérité de quatre sous que notre ressenti dépend largement de nos goûts...

Oui, la langue et la forme semblent emportées. Je me rends compte que l’auteur met son accent vraiment là-dessus ! Je ressentais la langue – pour ajouter mon qualificatif – comme étant trop « technique » et, qu'on m'excuse pour cette utilisation du mot, trop « masculin » sur des larges parties. J'étais étonné d'être face à un auteur-femme (qu’on m’excuse cette attribution superficielle – mais à la va vite je ne trouve pas d'autres mots très approximatifs. Les descriptions relatives au pont trahissent une connaissance approfondie du dossier : elle a du faire des recherches. Mais elle le montre trop. Et d'un coup, souvent, cela ressemble à des énumérations, à un étalage de savoir et de maîtrise de la langue. Je n'arrivais pas à y adhérer, à me laisser emporter.

Donc, de pont de vue de contenu, une description d’un monde globalisé avec tous ses défauts, défis. La construction ressemble des fois à un projet « pharaonique », voir un service d’un culte rédoutable... (comme le livre soi-même???). De point de vue de langue, exigeante, mais ressentie différemment selon les goûts.
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Re: Maylis de Kerangal

Message par Tristram le Dim 18 Déc - 22:33

Merci tom léo, mais j'hésite encore. Vais devoir le lire (si je le trouve au village) pour me faire une idée _ et mettre en ligne mon commentaire éclairé !
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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Ven 30 Déc - 16:21

Dans les rapides



   A l'automne 1978, nous pénétrons la terre rock via le canyon Blondie avec la fébrilité naïve d'un orpailleur tamisant les rapides.
   Quinze ans, ai-je dit, bientôt seize, il est temps.


Trois filles, la musique, les fringues, les garçons. Les parents, à condition qu'ils vous fichent la paix.
Comme toutes les autres filles, mais uniques.  
Le temps d'une année, leur amitié scellée autour de Blondie, cette fille qui en veut.



Et une faille qui s'introduit par la faute de Kate Bush.




Une année d'amitié dont on ne sait si ce "schisme" va la consolider ou l'anéantir.

Ca a une petite odeur de nostalgie qui ne s'autorise aucune mièvrerie. C'est comme les joues rebondies et rieuses d'une ado qui aborde la vie d'un pas décidé. C'est brut de décoffrage, abrupt, direct. Une urgence à vivre et une urgence à écrire, comme dans les rapides. Fulgurant et léger comme l'adolescence.

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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Ven 30 Déc - 16:22

Pierre feuille ciseaux
avec des photographies de Benoit Grimbert




Ce livre me plait.

D'abord, ce projet des Rencontre chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis qui organisent avec le chorégraphe  Thierry Thieû Niang  le projet « Mon corps, mon lieu » basé sur des interventions auprès de lycéens, de seniors, d'écoliers de maternelle. Avec lui, Maylis de Kerangal, et le photographe Benoit Grimbert  (son site). Mon corps, c’est la danse, mon lieu, ce sont ces zones urbaines dont nous entendons beaucoup parler, mais que nous ne connaissons pas. Pour les habitants, c'est une rencontre, c’est l’occasion de se dire et se danser.

 


Comme le nouveau bâtiment des Archives nationales est en train de se construire juste à côté, c'est l'occasion de parler de vie, de mémoire et de racines.



Ensuite la collection Collatéral des éditions( Le bec en l’air ) qui

   croise littérature et photographie contemporaines en partant du constat que le texte comme l’image est  texte. Ce qui compte, c'est le rapport entre ces deux écritures, le point de tension que la mise en page va révéler.

Enfin il y a Maylis de Kerangal.

Elle nous offre trois histoires pour trois cités… une couturière qui, à la retraite, revient vivre dans la Cité-Jardin de son enfance, et ne la reconnaît plus, y croise des inconnus, des étrangers, en est amère… un couple d'adolescents, au Clos Saint Lazarre, lui tout  fermé d’horizon sous sa capuche, elle l'envie de fuir à Paris, et des baisers entre eux, quoi d’autre ?… une petite fille de La Prêtresse, née en Turquie, qui inventorie en silence ses trésors à la lumière d'une lampe de poche.

Trois histoires qui s'ignorent et se vivent côte à côte, trois histoires où une part de soi est enfermée dans une boîte précieuse. Des existences ordinaires, où, en quelques scènes savamment montées, aux détails judicieusement assemblés et  décortiqués, avec le souffle majestueux de son style ample, Maylis de Kerangal fait surgir des étincelles de vie et de passion.

Le territoire, c’est un lieu clos, où ces  quelques personnages se sentent eux-mêmes. Et qu’ils aient envie d’y revenir, d’y rester ou de le quitter, il est un élément de leur essence-même

Tout cela donne à partir d'une belle aventure, un beau livre, un beau texte, de belles photos, un bel objet, pour une belle émotion.

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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Sam 31 Déc - 17:02

La rue



Ils se connaissent à peine et sentent que quelque chose pourrait naître entre eux. Il vivent chacun à un bout de la ville, et, une nuit, elle l’appelle et ils décident de se rejoindre par un très long périple à pied. On suit le jeune homme qui folâtre et se presse, avançant de carreaux en carreaux : A 9, S16, Y7.

C'est un hymne à la ville, à la rue, à la nuit. On passe de quartier en quartier, de rue en impasse. On regarde : les gens, les bâtiments, la foule, les terrasses de café… La joie et la misère.
Tout ça en petits morceaux de texte, avec un rythme, une intensité, une vitalité trépidante.

Pour illustrer son texte, Maylis de Kerangal a réuni des illustrations, photos et tableaux célèbres ou inconnus, de toutes époques, qu'elle apparie entre eux ou avec les mots.

Petit livre, très personnel, bel objet , qu'on prend plaisir à re-feuilleter après en avoir fini la lecture.

   Tu remontes toute la rue, tu jettes parfois un coup d’œil par-dessus ton épaule pour revoir les lanternes qui rapetissent et tu tournes sur toi-même, une fois, deux fois - tu danses ! - et alors, tu es devant la fontaine - sèche et salle, la fontaine, le fonds de mosaïque maculé de feuilles d'insectes morts, une canette de bière, des mégots. Elle a beau être muette, tu entends des bruits d'eau. On y a trempé nos pieds une nuit de canicule, et parlé jusqu'au matin, l'eau nous éclaboussait, son fracas obligeait à parler fort, on était assis sur le rebord de ciment, les corps bien séparés, trente centimètres au moins, on ne savait pas encore, on ne savait rien, on s'était rencontré la veille, par hasard comme tout le monde. On se demandait juste comment on allait habiter la ville. Occuper le terrain. En faire le théâtre de nos opérations. On parlait de très loin, chacun logé aux extrémités opposées du territoire, chacun établi de part et d'autre du fleuve, pas de pont solide, pas de ligne de métro directe pour se rejoindre à mi-chemin, mais une piste informe, toute pudeur rentrée à l’arrach, on a pris un risque, on a pensé qu'on saurait faire, qu’on saurait saisir notre chance, si loin l'un de l'autre, alors, trente centimètres, le bout du monde.


   Une femme en tailleur pêche émerge de l'embouteillage, les pieds gonflés dans des escarpins nacrés, elle regarde sa montre et s'approche de toi pour te demander où se trouve le métro le plus proche. La marque du drap qui lui traverse la joue la rend poignante, tu voudrais avancer la main pour arranger une de ses mèches, toucher sa tempe et ses cernes violacés dans lesquels le sang se congestionne car elle a mal dormi, sa mallette est lourde, les affaires mauvaises, et tu es troublé parce que ce geste est possible, absolument possible, tu déplies le coude, approche la main, tends l'index, c'est possible, possible mais tu ne le feras pas, cela ne se fait pas, tu détournes le doigt pour lui répondre c’est là, à cinquante mètres sur  la droite.

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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Dim 1 Jan - 17:42

à ce stade de la nuit



Editée par Guérin à l’initiative de la Fondation Facim, la collection « Paysages écrits »   propose à un écrivain de composer en toute liberté un texte inédit en s’inspirant de ses paysages familiers, qu’ils soient intimes ou géographiques.

Maylis de Kerangal s'est servi de cette contrainte pour nous offrir un petit livret sans contrainte  au cours d'une nuit sans sommeil, chauqe chapitre ouvert par ces mots « à ce stade de la nuit ». Rentrant chez elle, elle apprend à la radio le naufrage au large de Lampedusa. D'heure en heure, suivant fébrilement et douloureusement les infos, elle laisse son esprit divaguer d'association d'idées en évocations passagères. On est plutôt déconcerté de se retrouver dans les riches salons du Guépard (dont l'auteur comme chacun sait sauf moi, s'appelle Lampedusa), à disserter sur les toponymes. Et puis la vague se porte sur d'autres migrations, d'autres îles. On est rappelé à l'ordre par l'évocation grandiose et horrifiée de ces migrants à la dérive.

C'est donc un ensemble assez disparate, c'est voulu, mais gênant pour moi vu
le caractère terrible du thème central. Mon attention a été fluctuante sur un texte par moments splendide (mais parfois à en être étouffant), au total j'ai comme un goût d'inabouti qui m'est resté.  


 
Je me dis parfois qu'écrire c'est instaurer un paysage. Les îles, et plus encore les îles désertes, sont pour cela des matériaux de haute volée, leur statut géographique amorçant déjà une écriture, portant un récit. Essaimés sur la mer, ils surgissent comme des creusets à fiction, ou des aimants dispersés sur l'imaginaire. Elles émergent soudain, formes finies au milieu de l'infini, formes dont on peut saisir les contours et que l'on peut tenir dans un seul geste, comment on tient un caillou dans son poing, comme on cadre une image dans l'objectif de l'appareil photo, c'est un espace clair qui impose ses contours, créant aussitôt un dedans et un dehors : les îles sont comme les idées. Désertes, elle fascinent. Opèrent comme des réserves, captent les histoires et abritent les hommes depuis la création du premier poème.

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Re: Maylis de Kerangal

Message par Mordicus le Dim 1 Jan - 21:34

@tom léo a écrit:
Naissance d'un pont
[...]
Oui, la langue et la forme semblent emportées. Je me rends compte que l’auteur met son accent vraiment là-dessus ! Je ressentais la langue – pour ajouter mon qualificatif – comme étant trop « technique » et, qu'on m'excuse pour cette utilisation du mot, trop « masculin » sur des larges parties. J'étais étonné d'être face à un auteur-femme (qu’on m’excuse cette attribution superficielle – mais à la va vite je ne trouve pas d'autres mots très approximatifs. Les descriptions relatives au pont trahissent une connaissance approfondie du dossier : elle a du faire des recherches. Mais elle le montre trop. Et d'un coup, souvent, cela ressemble à des énumérations, à un étalage de savoir et de maîtrise de la langue. Je n'arrivais pas à y adhérer, à me laisser emporter.

Donc, de pont de vue de contenu, une description d’un monde globalisé avec tous ses défauts, défis. La construction ressemble des fois à un projet « pharaonique », voir un service d’un culte rédoutable... (comme le livre soi-même???). De point de vue de langue, exigeante, mais ressentie différemment selon les goûts.

Cette attribution un chouia sexiste non ?

Mais.
Je te pardonne (grâce à Nadine d'ailleurs).
Parce que j'aime les termes techniques et justes de construction.

Du coup, je le mets de côté.

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Re: Maylis de Kerangal

Message par shanidar le Lun 2 Jan - 10:52

Il faudrait vérifier mais je crois que son mari est ingénieur issu de l'école des mines (études faites au Colorado), ce qui explique sans doute sa maîtrise du langage technique et cette impression de fiction à l'américaine dont parle topocl.

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Re: Maylis de Kerangal

Message par Mordicus le Lun 2 Jan - 11:22


(Shanidar. Toi et Nadine. Vous êtes ma DreamTeam.)

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Re: Maylis de Kerangal

Message par shanidar le Lun 2 Jan - 11:33

J'ajoute un petit coup de tablier pour faire le pont :

Naissance d'un pont

J'ai aimé ce livre, vraiment.

J'ai été immédiatement ligotée par l'écriture de l'auteur, une écriture qui par un tour de magie osé se permet le grand écart (réussi) qui consiste à mélanger la radicalité d'un modernisme de la vitesse, de la rapidité, du fuselage, du mot qui claque à la richesse, la profusion, la luxuriance d'une expression quasiment flaubertienne*. Il y a de quoi en rester baba. Ce que je suis !

La fulgurance du propos, sa précision ont été pour moi à la fois une force de frappe dans l'univers un brin placide de mes lectures actuelles et un long cheminement vers une approche stylistique rugueuse et en même temps batifolante. Le résultat en est cette forme de jubilation qui donne l'impression d'avoir lu un livre inoubliable, culotté et parfaitement dosé.

De bout en bout le chantier du pont que j'ai lu comme la métaphore du chantier de l'écriture a emporté mon adhésion. Que des plongeurs s'enfoncent dans les eaux noires du fleuve pour y dynamiter la roche qui servira de socle à l'édifice, que lentement les tours s'élèvent dans le ciel toujours réinventé de Coca, que l'asphalte étende son poids sur le tablier rejoignant une rive à l'autre, alors chaque technique de construction sert également à décrire le travail de l'auteur : documentation fouillée dans les remous d'autres constructions fluviales, érection d'un style qui porte haut la langue (avec un travail remarquable sur le vocabulaire des couleurs, dont cette nuit anilide (indigo) ou ces dents éburnéennes (ivoires)), ou encore le fantasme de l'écrivant (?) d'être ce lien qui permet de passer de la technicité à la poésie, de l'homme à l'humain, de la forêt à la ville. En un mot d'être : voyant.

Pari totalement réussi avec ce roman surprenant, étrange construction moderne faite de sueur et de sang ! Bravo !

*voici le pont Flaubert, réalisé à Rouen, prouesse architecturale puisque son tablier formé de 4 voies routières se soulève ! Comme c'est osé ! (je crois qu'il y a quasiment le même à Bordeaux...).



J'ajoute au passage que Maylis de Kerangal a écrit un grand roman américain, un vrai western, avec de grands espaces et de sacrés bonshommes mais que sans doute cette havraise d'origine (née à Toulon mais ayant vécu au Havre une partie de son enfance-adolescence) a sans doute été influencée par les nombreux ponts qui traversent la Seine et en particulier le pont de Normandie (ici en construction) !







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Re: Maylis de Kerangal

Message par Mordicus le Lun 2 Jan - 11:41


(Shanidar. Tu es officiellement dans mon téléphone grâce à ton délicieux commentaire de roman.)

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Re: Maylis de Kerangal

Message par shanidar le Lun 2 Jan - 11:45

@Mordicus a écrit:
(Shanidar. Tu es officiellement dans mon téléphone grâce à ton délicieux commentaire de roman.)

je suis pontentiellement ravie ! et le cornichement kennedy est pour bientôt !
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Re: Maylis de Kerangal

Message par topocl le Lun 2 Jan - 20:11

@shanidar a écrit:Il faudrait vérifier mais je crois que son mari est ingénieur issu de l'école des mines (études faites au Colorado), ce qui explique sans doute sa maîtrise du langage technique et cette impression de fiction à l'américaine dont parle topocl.


Elle n'est pas maladroite non plus avec les termes médicaux dans Réparer les vivants, non plus : il n'y a pas un truc de travers (peut-être a t'elle un petit cousin germain médecin ).

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Comme d'autres soulèvent des haltères pour se garder en forme physiquement,certains soulèvent des idées et des émotions pour que leur esprit ne s'étiole pas.
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Re: Maylis de Kerangal

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