Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Antoine Blondin

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Message par bix_229 le Dim 18 Déc - 18:16

Antoine Blondin (1922-1991)

amitié - Antoine Blondin Blondi10

Antoine Blondin 1922-1991, a vécu vite et jusqu' à ce que mort s' en suive.

Blondin a été envoyé au STO (Service de travail obligatoire) en Allemagne, ce qui lui a inspiré l'Europe buissonnière.
Il faut savoir qu' il a suivi le Tour de France jusqu' à sa mort...
Qu' il aimait les copains, le rugby, l'alcool. Peu modéremment...
Ensuite il s'est essouflé et il avait de plus en plus de mal à courir après sa vie. Ses souvenirs l'obsédaient et il en parlé dans tous ses livres.
Il faisait partie d'un mouvement littéraire qu'on a nommé "Les hussards" : Nimier, Laurent…

L' écriture de Blondin est légère, son humeur "vagabonde" et sa mélancolie prégnante, de plus en plus noyée dans l'alcool.

Il a laissé une poignée de livres et pas mal de regrets...

Bibliographie

1949 : L'Europe buissonnière
1952 : Les Enfants du bon Dieu
1955 : L'Humeur vagabonde
1959 : Un singe en hiver
1960 : Un garçon d'honneur
1970 : Monsieur Jadis ou l'École du soir
1975 : Quat'saisons
1977 : Certificats d'études (Essais sur Baudelaire, Balzac, Cocteau, Dickens, Dumas, Fitzgerald, Goethe, Homère, Musset, O. Henry, Perret, Rimbaud.)
1979 : Sur le Tour de France
1979 : Le Cœur net
1982 : Ma vie entre des lignes (Recueil de textes extraits de diverses revues et publications.)
1984 : Le Tour de France en quatre et vingt jours (Illustrations de Roger Blachon.)
1987 : Paris 360 ° (Photographies d'Attilio Boccazzi-Varotto.)
1988 : L'Ironie du sport : chroniques de L'Équipe : 1954-1982
1988 : Le Flâneur de la rive gauche (Entretiens avec Pierre Assouline.)
1988 : Alcools de nuit (Publié en compagnie de Roger Bastide et de Jean Cormier.)
1990 : Devoirs de vacances : Baudelaire, Cocteau, Musset, Rimbaud et... Ulysse


Posthume :
1991 : Œuvres (Réunit L'Europe buissonnière, Les Enfants du bon Dieu, L'Humeur vagabonde, Un singe en hiver, Monsieur Jadis ou L'École du soir, Quat'saisons, Certificats d'études, Ma vie entre des lignes et L'Ironie du sport.)
1991 : O.K. Voltaire
1993 : Mon journal (Fac-simile de son journal manuscrit, entrepris en septembre 1936 à la veille de la rentrée des classes.)
1993 : Un malin plaisir (Chroniques et points de vue écrits entre 1963 et les années 1970.)
1999 : La Semaine buissonnière (« La Semaine buissonnière » était le titre de sa chronique dans L'Équipe. Sur 90 articles présentés, 71 étaient inédits)
2001 : Tours de France : chroniques intégrales de L'Équipe, 1954-1982
2004 : Premières et dernières nouvelles
2006 : Mes petits papiers (Articles et préfaces)
2011 : L'Humeur vagabonde, suivi de Un singe en hiver
2011 : Le Muscle et la plume - 42 chroniques sportives singulières

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Message par bix_229 le Dim 18 Déc - 18:26

Pas de lecture récente mais quelques  débuts plutot incitatifs.

Quelques débuts :

Passé huit heures du soir, les héros de roman ne courent pas les rues dans le quartier des Invalides. Muguet n'était encore qu'un adolescent médiocre lorsqu'il tourna l'angle de l'Avenue de Ségur.
Une fillette qui lisait le journal assise sur un petit pliant, fut sollicitée par la silhouette du garçon.
Elle le suivit un instant des yeux ; puis, comme comme on avait l'époque la cuisse cocardière, elle se replongea dans le récit des actualités..


L'Europe buissonnière

Après la seconde guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture.
J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus. C'est donc dans un grand silence que je pris le chemin de la gare, par l'avenue dont les platanes venaient d'être émondés. Ces moignons d'arbres ouvraient devant moi un iitnéraire d'hiver, rendu sensible par le contraste d'une campagne croulante de feuillages et de grappes.
On était à la fin du mois d' août. Je n'avais pas très chaud au coeur.


L' Humeur vagabonde

Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-tsé-kiang dans son lit-bateau : trois mille kilomètres jusqu' à l'estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas de pirates, double rationd' alcool de riz si l'équipage indigène négligeait de se mutiner.
Autant dire qu'il n' y avait pas de temps à perdre.


Un singe en hiver

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Message par Tristram le Dim 18 Déc - 20:41

Vieilles lectures également, mais restent quelques belles phrases :

L'humeur vagabonde :

« Tandis qu'il flotte une valse lente, au gré des touches, longtemps ils vont tourner en rond, prisonniers de leur rêve louche, et rond, et louche, tandis que vont de bouche à bouche des baisers ronds. »
« Si plus de trois personnes sont rassemblées, ou bien elles vont vers l'abattoir, ou bien elles fomentent une corrida. »

Un singe en hiver :

« Car je jure qu'au fond, je préfère la santé aux mirages [de l’alcool] ; mais la vie est abrupte parfois et il suffit de peu de choses pour la rendre plus maniable durant quelques minutes… »
« Pourquoi, sous un certain climat, en viens-je à me persuader qu'une légère ivresse améliore la qualité des rapports humains ? »
« Au second verre, de vermouth cette fois, j'ai senti renaître le vieux désir de lier connaissance avec les autres, ce sentiment d'avoir beaucoup de choses à leur communiquer, et l'illusion qu'on pourrait s'arranger pour vivre si l'on était assuré d'une marge où l'existence s'échauffe et brille dans ses plus modestes manifestations. On prétend que ces alchimistes se réunissent pour se saouler. La vérité est que l'état d'ivresse ne fait pas l'objet de leurs cérémonies extrêmement subtiles : il en est la conséquence et la rançon. »
« Sait-on jamais ce que c'est ? Ce va-et-vient aux abîmes est un trajet solitaire. Ceux qui remontent de ces gouffres se sont cherchés sans se rejoindre. Seule la cruauté du jour rassemble leur troupeau errant. Ils renaissent douloureusement et se retournent : la nuit a effacé la trace de leurs pas. Les ivresses, si contagieuses, sont incommunicables. »
« Comme la baleine, la beauté de village possède son poisson-pilote, vif laideron collé à sa personne qui la guide dans les aventures. Exubérant, il fait savoir la discrétion ; espiègle, la retenue ; entreprenant, l'indifférence. On pourrait appelait ce fretin une confidente, mais on parle moins qu'on ne se déplace ; il agit surtout par sa présence : à la fois chaperon et radar, il protège et prévient. L'instinct de Fouquet n'ignore pas que lorsqu'il frétille quelque part, la belle pièce n'est jamais loin. »

Monsieur Jadis ou l'école du soir :

« Entendons-nous : pas question de devenir un de ces vieux messieurs qui ont gardé le cœur jeune, je suis ce jeune homme dont l'enveloppe s'est usée. »
« Projetés hors d'eux-mêmes [un couple d’amoureux], ils cessèrent de rêver séparément. »
La visite du jeune homme [Rimbaud, "appelé" à Paris par Verlaine], in Certificats d'études
« Le visionnaire qui s'envisageait comme un animal tropical, un vaisseau à la mer, un féroce infirme va s'en aller, dans le désert brûlant de l'Éthiopie, rompre ses amarres et dériver dans l'inconnu, revenir mourir, amputé d'une jambe. Il va maintenant rejoindre le second terme de la métaphore et s'identifier à lui. Cette trajectoire tendue et déchirée n'aura servi qu'à abolir la conjonction COMME… »

Des cafés littéraires à la révolution, in Ma vie entre des lignes, Entre 1943 et 1948 :

« La littérature exprime un moment de l'intelligence d'une nation et sa chanson de geste. Elle est une planète où les individus viennent chercher le complément de leurs occupations. L'homme d'action y trouve les réflexions qu'il n'a pas le temps de faire ; le contemplatif, les aventures qu'il n'a pas l'audace d'entreprendre. Ici ou là l'écrivain possède un message qui fait de lui un fonctionnaire dans la cité. »
« Dans le dialogue où elle nous entraîne avec l'écrivain, l'œuvre de l'esprit ne nous révèle rien que nous ne possédions déjà. Elle agit à la manière d'un sourcier qui découvre et ne crée pas. Et, pour peu qu'elle le prenne comme objet, voilà qu'elle peut exalter le monde secret de nos faiblesses. Voilà qu'elle peut, par la sympathie de son langage, en faire un être de nature et le fortifier d'autant plus que nous nous émerveillons de sentir notre propre angoisse à la fois naître et s'alléger de toute la douceur du partage. Dès lors nous attendons de la littérature qu'elle vienne provoquer en nous les confidences inavouables, nous range dans une catégorie de ses malades et nous en assigne la destinée. »

Le possesseur est possédé [Michel Audiard], in Ma vie entre des lignes, Entre 1971 et maintenant :

« L'appel des morts et des temps anciens résonne entre les lignes où passe l'odeur entêtante des anniversaires. Nous savons maintenant à qui parlent tout seuls sur les bancs des squares ou les quais de métro ces emmurés vivants, gonflés de colère et de pitié  les deux ressorts de la tragédie grecque. »

Un livre comme un manteau qu'on ne détache pas facilement de ses épaules  [Adios de Kléber Haedens], in Ma vie entre des lignes, Entre 1971 et maintenant :

« La grande affaire de l'aventure humaine consiste à entrer dans la vie et à en sortir. Elle propose à l'écriture ses deux thèmes fondamentaux : au premier nous devons une littérature d'éducation, de découvertes et de conquêtes ; au second des œuvres d'expériences, de bilans et de dénouements. »

Qu'ai-je fait de ma vie ?, in Ma vie entre des lignes, Entre 1971 et maintenant :

« "Qu'ai-je fait de ma vie ?…" Pour ce qui me concerne, c'est une façon très optimiste de poser la question. Peut-être conviendrait-il plutôt de me demander ce que la vie a fait de moi. Je me suis, en effet, rarement dérobé aux tentations qui s'offraient de part et d'autre de mon chemin, si bien qu'en me donnant l'illusion de mener mon existence à ma guise, je n'ai fait que la plier aux sollicitations des circonstances. De grandes libertés m'ont réduit en esclavage. Je me suis beaucoup abandonné en route… »

Entretien avec Pierre Assouline, décembre 1987, Lire n°147 :

« "Alcool de nuit", en fait, c’est un livre qui tient en une phrase : on boit pour être ensemble mais on est saoul tout seul. »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par ArenSor le Dim 18 Déc - 21:12

@Tristram a écrit:

« "Alcool de nuit", en fait, c’est un livre qui tient en une phrase : on boit pour être ensemble mais on est saoul tout seul. »
Joli ! J'avais beaucoup aimé le film "Un singe en hiver" me reste lire le livre...
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Message par GrandGousierGuerin le Mar 20 Déc - 12:51

@bix_229 a écrit:
Passé huit heures du soir, les héros de roman ne courent pas les rues dans le quartier des Invalides.
Muguet n' était encore qu' un adolescent médiocre lorsqu' il tourna l' angle de l' Avenue de Ségur.
Une fillette qui lisait le journal assise sur un petit pliant, fut sollicitée par la silhouette du garçon.
Elle le suivit un instant des yeux; puis, comme comme on avait l' époque la cuisse cocardière, elle se
replongea dans le récit des actualités..

L' Europe buissonnière


Ah oui ! je me rappelle encore de cet incipit qui m'avait bien plu il y a si longtemps ... je l'avais dévoré cette Europe Buissonnière ...
D'ailleurs, ce roman m'est revenu à l'esprit suite à l'ouverture du fil de lecture comparée Hyvernaud vs Jünger ... Moi je voyais essentiellement une opposition avec Muguet, personnage bon vivant, truculent, menant sa guerre de conquêtes féminines dans les deux camps sans parti pris aucun ...
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Message par GrandGousierGuerin le Mer 21 Déc - 21:59

Quand on meurt de faim, il se trouve toujours un ami pour vous offrir à boire.

A graver dans la pierre ou à placer entre deux verres au bar ... selon l'humeur Very Happy
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Message par GrandGousierGuerin le Mar 3 Jan - 20:18

Mais les miroirs embués par trop de souvenance s'obstinent à ne répondre qu'au passé et c'est une tentation assez commune aux hommes que de chercher au-delà, que de les retourner pour savoir ce qu'il y a derrière. Vieux mystère décevant : on n'y trouve rien qu'on ne leur ait apporté ; les miroirs sont nos auberges espagnoles.
L humeur vagabonde

Sous la coiffe de trublion débonnaire se cache souvent une tristesse emplie de nostalgie ... à noyer dans le picrate ?
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Message par bix_229 le Mar 3 Jan - 20:32

Je dirai meme mélancolie chroniuqe et insoluble dans l' alcool !

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Message par Tristram le Mar 3 Jan - 20:40

Un singe en hiver a écrit:« Sait-on jamais ce que c'est ? Ce va-et-vient aux abîmes est un trajet solitaire. Ceux qui remontent de ces gouffres se sont cherchés sans se rejoindre. Seule la cruauté du jour rassemble leur troupeau errant. Ils renaissent douloureusement et se retournent : la nuit a effacé la trace de leurs pas. Les ivresses, si contagieuses, sont incommunicables. »

Il a de la pâte, c'est sûr... et a quand même ramené beaucoup de ses nuits...
Ses textes de "critique littéraire" sont intéressants aussi (Certificats d'études) : Rimbaud, Baudelaire, Balzac, Dickens. Tout cela donne vraiment envie d'en relire !

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Message par GrandGousierGuerin le Sam 7 Jan - 20:31

Entendons-nous : pas question de devenir un de ces vieux messieurs qui ont gardé le cœur jeune, je suis ce jeune homme dont l'enveloppe s'est usée.

La différence est notable et mérite d'être dite ...
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Message par Aventin le Ven 25 Oct - 17:02

L'Europe buissonnière


amitié - Antoine Blondin L_euro11

Roman, 1949, 410 pages environ.

Un ouvrage léger sur une époque grave, faisant un peu penser en cela au Caporal épinglé de Perret, ce dernier étant au reste un pote de Blondin.

Pérégrinations en temps de guerre de personnages tous itinérants, centrés autour de l'incroyable Muguet, héros principal.
Son inénarrable trajectoire l'emmène, de mâle reproducteur d'un village normand spécialement choisi par une émissaire spéciale au stalag, à l'évasion sans le vouloir, à la résistance qui le trahit (mais il fait une rencontre heureuse), à des camps disciplinaires, à la situation de petit ami attitré d'une actrice du Reich en vogue, etc..., etc...:
Toutes situations plus invraisemblables les unes que les autres, on songe au vieux fonds français, médiéval, de la Farce majuscule.

Blondin ré-utilise avec pas mal d'habileté ses personnages, en les faisant se rencontrer quand on commence à ne plus trop s'y attendre, même vers la fin, quand le procédé pourrait s'avérer quelque peu éculé, on mord encore.

L'ensemble baigne dans une espèce de cocasserie, le côté foutraque des scènes, de la manière de Blondin, s'accorde avec une immense pudeur de sentiments, le tout servi dans une langue impeccable, un phrasé frais et onctueux (très en contraste avec les styles de messieurs Céline et Sartre, pour renvoyer à ce qui se publiait -par exemple- alors):
Ouvrage tout à fait digeste et sonnant agréablement, en plus d'être plaisant.   

Bien sûr, si vous êtes venus dans cet ouvrage pour ça, vous trouverez quelques bons mots, Bix et Grandgousierguérin vous ont livrés quelques amuse-bouches dans les messages précédents, continuons:

Décidément, pensa Muguet, les souverains s'en vont de la tête; après le mari de la princesse Carola, voilà la tante Hernie. Les couronnes doivent peser lourd.

Muguet se faufila entre les quinconces de tonneaux portant triomphalement la triste marque d'un ersatz d'apéritif:
des foudres de guerre.

Tronchecaille, égaré chez les officiers subalternes, regrettait les carrières de l'esprit, berçait une nostalgie d'instituteur, roulait en lui une vague tumultueuse, venue du fond de la culture générale, et qui accourait se briser sur les lèvres de ce soldat-laboureur en lieux communs catégoriques. Il souffrait en outre d'une affection commune à la plupart des chefs de cette époque-là: il avait le mal du Péguy.

Mais, si vous n'en trouvez pas à tous les paragraphes, vous serez loin d'avoir fait le tourne-pages pour rien, l'essentiel, à mon sens, est ailleurs:
Il y a là une insouciance dans la catastrophe, un badinage dans le réel d'une Europe alors à feu et à sang, une jeunesse qui cherche menus plaisirs, expériences fortes et accomplissements farouches -comme toutes les jeunesses de tous les temps, non ?- dans le non-sens de la seconde guerre mondiale -ou en dépit de celle-ci.

- Somme toute, dit Superniel, il ne nous reste plus qu'à vivre.

L'auteur, du moins on le suppute, a pu se peindre sous les traits du jeune Superniel (Antoine Blondin, comme son personnage, a vécu le STO dans une usine de production de caoutchouc située en Autriche, à des âges, des origines géographiques et sociales, des niveaux d'études tout à fait similaires).
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Message par bix_229 le Ven 25 Oct - 17:35

C'est un de mes préférés !
Qu'est ce qu'il manque Grandgousier Guérin !
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Message par Aventin le Ven 25 Oct - 21:02

@bix_229 a écrit:C'est un de mes préférés !
Qu'est ce qu'il manque  Grandgousier Guérin !
Tout à fait d'accord !
Triple G, si tu nous lis, fais-toi moins rare !

De Sébastien Lapaque (qui a quasiment un nom de personnage blondinien, au reste):

Blondin, c'est une petite musique de cloche fêlée accordée à une joie enfantine de subversion de l'ordre établi.
Blondin, c'est le doute, la fragilité, l'ironie (…) le génie de l'allégresse, la technique de l'éclipse, l'ivresse envisagée comme un refus poli mais ferme des citations à comparaître envoyées par la réalité.
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Message par Bédoulène le Sam 26 Oct - 1:25

je plussois pour GGG !

merci Aventin

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Message par Aventin le Sam 26 Oct - 20:58

Les enfants du bon Dieu

amitié - Antoine Blondin Canard10

En exergue du roman: "Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages", qui inspirera le titre du premier long-métrage de Michel Audiard, la phrase figurant dans le livre, et l'exergue sans paternité, je crois qu'il faut attribuer cet adage à valeur proverbiale (un peu désuet aujourd'hui, il est vrai), à Blondin lui-même.

Paru en 1952 (ré-édité en 2016, éd. La Table Ronde), 280 pages environ.

Une tranche de vie de Sébastien Perrin, professeur d'histoire, époux avec une belle-famille intrusive, qui lui impose le séjour d'un Prince allemand, et Perrin de mener double-vie avec sa fille, une princesse allemande rencontrée alors qu'il était garçon d'écurie débutant en Allemagne au titre du STO.
Le personnage de Muguet, dans L'Europe buissonnière, se retrouve embarqué dans une scène palefrenière similaire lors de son tonitruant passage en Allemagne, y-a-t-il du vécu, même vague, reproduit ici par Blondin ?

L'entame du livre est plus que croquignolette, elle est succulente:

Chapitre premier a écrit:Là où nous habitons, les avenues sont profondes et calmes comme des allées de cimetière. Les chemins qui conduisent de l'École militaire aux Invalides semblent s'ouvrir sur des funérailles nationales. Un trottoir à l'ombre, l'autre au soleil, ils s'en vont entre leurs platanes pétrifiés, devant deux rangées de façades contenues, sans une boutique, sans un cri. Mais une anxiété frémissante peuple l'air:c'est l'appréhension du son des cloches.Le ciel vole bas sur mon quartier prématurément vieilli. Et je n'ai que trente ans et le sang jeune.

Ma maison s'élève au carrefour de deux silences. L'absence de sergent de ville ajoute à la distinction du lieu. Donc, cette ancienne bâtisse neuve achève là de noircir avec élégance et modestie. Quelques moulures en forme  de corne d'abondance et une manière de clocheton pointu dont les seuls ornements consentis à sa frivolité. Pour le reste, on dirait un thermomètre, elle est haute et étroite, tout en fenêtres pour prendre le jour. Elle ne le renvoie pas. Je me demande ce qu'elle en fait. C'est d'ailleurs l'un des principes qui gouvernent la vie de la maison - ce peu de vie que nous avons en commun - de ne jamais rien renvoyer: ni le jour, ni l'ascenseur, ni les bonnes.

L'ensemble est fort théâtral, et pourrait je crois être adapté au théâtre. Assez vif de peinture, un rien goguenard mais discrètement, d'une façon policée. Et toujours beaucoup de cocasserie, de comique de situation et de répartie...



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Message par Aventin le Mer 30 Oct - 19:21

L'humeur vagabonde

amitié - Antoine Blondin L_hume10

Roman, 1955, 250 pages environ.

Celui-là aussi démarre fort:

Chapitre premier a écrit:Après la seconde guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture. J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus.

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le père de l'auteur, Pierre Blondin, qui avait contracté une sorte d'ancêtre du PACS avec Raïssa Goldenstein, en 1910, qui restera sa maîtresse, tout en épousant (enceinte ?) Germaine Ragoulleau en 1921, union dont naîtra en 1922 Antoine Blondin.

Quant à Antoine Blondin lui-même, il épousera (sans descendance) d'abord Françoise Barrière, union s'achevant sur un divorce, puis Sylviane Dolfus, de qui naîtront les deux filles de l'auteur, Anne et Laurence. La paternité d'Antoine Blondin est à regarder comme un échec total, douloureux, très prégnant dans son œuvre, dans des pages à peu près exemptes de bons mots, mais pas sans drôlerie, et surtout, toujours, avec une énorme pudeur de sentiments.

Toujours est-il que Benoît, principal caractère (livre écrit au "je" par Blondin) quitte un jour sa campagne charentaise en y laissant là sa femme, Denise, cultivatrice, et leurs deux filles en bas-âge, ainsi que sa mère, bien que partant avec la bénédiction de celle-ci, qui escompte que son fils fasse une belle carrière à Paris.

Cette aventure parisienne est assez désopilante, teintée d'une certaine poésie d'ailleurs parfois, par exemple:

Chapitre VI a écrit: Jusqu'au couchant, sous lequel des mécanos sentimentaux s'attardaient à caresser des midinettes crépusculaires, je restais sur un banc dans une virevolte de papiers gras, de peaux de bananes, de feuilles tombées, de journaux caducs.
Les caprices d'un souffle de vent me plaquaient aux jambes les résultats des courses avant les pronostics, l'arrestation du gang des faux académiciens après on acquittement.
Tout ce par quoi la vie est éphémère, fête fugace, crise passagère, glissait autour de moi, me contournait sans m'atteindre.

L'épopée parisienne de Benoît s'avère un ratage complet, Benoît reprend le train, revient chez lui et...


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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 21:35

J'avais pas vu ce fil.
Cool, ça a l'air bien tout ça
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 21:37

Ya de la vision. Mazette
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Message par Aventin le Jeu 31 Oct - 20:29

Un singe en hiver

amitié - Antoine Blondin 77895710
Jean Gabin, Suzanne Flon, Jean-Paul Belmondo dans le film éponyme d'Henri Verneuil, sorti en 1962, d'après le roman de Blondin.


Roman, 1959, 190 pages environ.

Antoine Blondin toujours aussi accrocheur dans ses entames, vraiment un spécialiste:
Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-Ysé-Kiang dans son lit-bateau: trois mille kilomètres jusqu'à l'estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d'alcool de riz si l'équipage négligeait de se mutiner. Autant dire qu'il n'y avait pas de temps à perdre.  

Alors il y a le film.
Que j'ai dû voir, mais je me souviens à grand peine de bribes, de bouts de séquences, il faudrait revoir.  
En tous cas, Verneuil à la réalisation, Gabin-Flon-Belmondo, Verneuil-Boyer-Audiard au scénario, Michel Magne à la musique, c'était les gros moyens, la grosse artillerie.
Spoiler:

C'est cela qui est très curieux: Le livre est si intimiste, et à huis-clos, avec tellement d'introspection, de non-dit, qu'on peine à imaginer qu'on ait pu juger bon de transcrire tout cela sur l'écran.



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Un homme jeune s'installe dans un hôtel d'une station balnéaire normande, hors saison. Seul client du couple de tenanciers, M. Fouquet évolue insensiblement vers une relation un peu privilégiée, amicale.
Toutefois sa présence demeure un mystère.
Peu à peu, via une cuite prise chez Esnault, le bar à alcoolos local, Fouquet se dévoile à Quentin Albert, lequel ne boit plus une goutte d'alcool depuis dix ans.

Peu à peu non comprenons que la présence de Fouquet est liée à celle de sa fille, pensionnaire du Cours Dillon situé dans cette bourgade, collée là suite au divorce de ses parents. Fouquet observe sa fille à la dérobée, en taisant sa présence. Quand il ne se livre pas à des corridas avec la circulation automobile en guise de taureaux après boire (Antoine Blondin était, paraît-il, adepte notoire de cette pratique dangereuse !).  

Poursuivant ses tentatives extrêmement maladroites en matière de paternité (c'est aussi du vécu pur jus chez Blondin) Fouquet se lie à Albert, poursuivant l'idée fixe de le refaire plonger dans l'alcool...

Un chef-d'œuvre de Blondin ? Je ne sais pas. Un ouvrage somme toute délicat, loin d'être dénué d'une certaine profondeur. Et la certitude que l'auteur à mis du sien, a puisé dans Blondin, pour échafauder le personnage de Fouquet.

Oui, j'ai bien aimé.


Chapitre IV a écrit:"Lui, Fouquet, n'a pas d'habitudes, pensa Quentin, tout ce qu'il fait possède la dignité charmante du provisoire. Il me rappelle Dauger, ce matelot sans spécialité - sans spécialité comme Fouquet, les paupiettes mises à part. Ce Dauger qui faisait merveille dans la brousse avec la seule allégresse de l'instinct, tandis que nous nous retrouvions encerclés malgré nos thèmes tactiques. L'habitude, c'est un bon moyen de se laisser mourir sur place."


Mots-clés : #addiction #amitié #huisclos #solitude #xxesiecle
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Message par Quasimodo le Jeu 31 Oct - 21:35

Ça commence à faire un beau panorama (il ne te manque que Monsieur Jadis, Aventin ?)
Je ne saurais pas bien lequel choisir pour une première approche. Les Enfants du bon Dieu peut-être ?

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Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
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