Lecture commune Malamud Bernard

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par tom léo le Lun 23 Jan - 10:05

8ème chap :

Morris chasse définitivement Frank, mais : comment continuer ? Avec Karp, Podolsky ? Tout ça n'est pas prometteur et même humiliant. Comme aussi sa recherche de travail : il est bien trop âgé, plus intéressant pour le marché du travail (en paranthèse : cela n'a pas changé, n'est-ce pas?).

Alors un macher lui propose l'incendie qui pourrait faire intervenir l'assurance ! Morris refuse, mais proche au désespoir, il l'essaie lui-même, et encore malheureux là-dedans, il s'enflamme partiellement. Et Frank, venant de nul part, le « sauve ».

9ème chap :

Quel parallèlisme ! Le soir Ward entre par effraction, déjà à moitié ivre, dans le magazin de Karpk, et en jetant une allumette par accident dans l'alcool étalé, le tout s'enflamme. Il mourra. Mais Karp touchera à l'assurance !

Et en attendant la restauration, il est d'accord d'acheter le magasin de Morris. Est-ce que la chance tourne ? Soulagement et une nouvelle vague de soucis pour Morris ? Mais il est attiré par le dehors, dégage la neige. Il tombe malade et meurt deux jours après.

Lors de l'enterrement on suit les mots ou les pensées des uns et des autres : Intéressant qu'il y a tant de façons de voir sur une vie. Quand est-ce qu'elle est réussie ? Est-ce que Morris est l'incarnation de la bonté ou de la faiblesse ?
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Lun 23 Jan - 10:50

Tom je crois que l'auteur a touché du doigt la "faiblesse" effectivement de Morris, d'ailleurs sa fille aussi le lui reproche (sans le lui dire oralement)

et l'on voit par l'anecdote où Frank tombe sur le tombeau, combien il est aussi une victime

merci pour l'accompagnement Tom Léo



à Shanidar, oui l'incarcération aurait pu être plus courte, certains éléments suffisaient à rendre l'atmosphère.

merci pour le partage

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par tom léo le Lun 23 Jan - 16:16

Oui, Bédou, Frank est et sera aussi un homme de pauvreté...

10ème :
Et Karp ? Doit cèder l'activité après un infarctus. Donc… Et Frank est réapparu : il a même quelques idées en tête, et celles-ci semblent marcher. Mais pour se réapprivoiser Helen, profondement dégoûter par ce qu'il avait fait, il faut du temps, de la persévérance. Il élabore un plan pour lui permettre d'étudier !

En partie il semble « marcher », car Helen est émue par ce qu'elle voit du travail de Frank. Après avoir à nouveau eu des rencontre avec Nat, celles-ci se termine à nouveau dans le dispute, l'insulte. La fin me semble en cette domaine-là ouvert, mais la recherche de Frank (réapparition sur la dernière page du « leitmotiv » de Saint François= le menera jusqu'à se faire Juïf.

Non, ce n'est pas joué. C'est probabelement dans son caractère de ne pas aller au bout d'un projet. Il semble l'avoir appris, le faire maintenant !

Par ailleurs, à l'avant dernière page, on ne parle plus du commis, mais de l 'épicier. Il a pris la succession...

(et dans plusieurs sens?!)

Merci pour la lecture commune, Bédou!
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Lun 23 Jan - 19:56

oui Frank mérite notre attention.

merci Tom Léo, je suis sure que ton commentaire sera très juste

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par bix_229 le Mer 25 Jan - 18:28



LES LOCATAIRES

Harry Lesser vit au septième et dernier étage d'un immeuble condamné à être détruit à très brève échéance.
Tous les autres locataires sont partis après avoir touché une indemnité.
Lui seul résiste. Il est écrivain et espère terminé un roman qu' il a commencé neuf ans plus tôt.
Lesser est juif comme son propriétaire, qui essaie par tous les moyens de le faire partir en lui offrant toujours davantage.
L'immeuble est plus que vétuste et seuls le vent, les rats et quelques sans abri viennent squatter.

"Clochards, ivrognes au froc mouillé, drogués à l'air paumé, étrangers et inconnus entrés là pour échapper au froid, à la neige et qui étaient grimpés tout en haut de cet immeuble...
L'Everest du pauvre. Les estropiés aussi veulent monter : un zoo fait d'âmes sans feu ni lieu.
Cherchant quoi ? Pas la gloire, mais un lit sans literie pour l'heure frileuse du petit matin."


Parfois Harry a peur dans la maison, peur de la maison elle-même, corps sans vie.
La solitude suscite des craintes et des fantasmes.
Un jour, aux aguets, il sent une présence.

"Il sentait rôder dans la maison... Mais qui était-ce ?
Un détective privé à la recherche de je ne sais quoi... Ou alors un rodeur anonyme errant d'étage en étage, sans plan ni projet, mais avec une rapière sous son manteau ?
On est chez soi que lorsqu'on sait que personne ne viendra vous y assassiner.
Si l'on vous assassine, c'est que vous n'étiez pas vraiment chez vous.
Le monde est rempli de de gens invisibles qui suivent comme leur ombre d' autres gens qu' ils ne connaissent ni d'Eve ni d'Adam."


Le danger se précise lorsqu'il entend distinctement taper à la machine. Juste à côté de son appartement.
Un Noir s' y est installé, un autre écrivain. Bill Spearmint.
Harry regrette de ne plus etre seul. Il sent monter une tension. Il décide de faire connaissance avec Bill.
Commence  alors une  très étrange relation. Faite de concurrence à tous les niveaux
Les deux hommes symbolisant les forces civilisatrices et antagonistes dont ils sont les tenants, bon gré mal gré.

Mais ils sont radicalement différents en tant qu'écrivains.
Bill, le noir, est un débutant exalté, mais tatonnant.  Il écrit vite et beaucoup, mais il manque de savoir faire.
Harry, lui, l'homme d'expérience, est en panne d'inspiration. Il n'arrive pas à conclure son oeuvre.
En révolte contre la société blanche, Bill est à la fois agressif, arrogant, démonstratif, mais au fond de lui-même, miné par le doute.
En perte de confiance, il confie son malaise à Harry et lui demande  conseil.
En vain, il n' est  jamais satisfait malgré les propositions nuancées et prudentes qu'on lui soumet.

D'une certaine façon, ils ont en commun d' avoir choisi une ascèse. Mais le choix d'écrire les empêche de vivre pleinement une vie sociale, amoureuse.
Ils pensent avoir choisi, mais sont déchirés par les frustrations et l'enjeu est tel qu' il les paralyse. 
Il les dresse l'un contre l' autre.
Ils s'observent, se soupçonnent, se jalousent et le désespoir se mêle de haine.

D'autant que Bill, le noir, a une amie blanche, Irène. Qui l'aime, l'aide, mais qu'il délaisse de plus en plus pour écrire.
Bill l'a présentée à Harry et Harry en est tombé amoureux illico.


(A suivre...)
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Mer 25 Jan - 20:17

ça me semble très intéressant, je vais te suivre

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par shanidar le Mer 25 Jan - 20:24

Je te lis également, bix...
mais, je ne sais pas, j'ai eu un peu le sentiment que Malamud dans L'homme de Kiev cherchait une mise en scène pour dire l'antisémitisme et qu'il crée aussi une improbable rencontre de locataires pour parler de la vocation littéraire. Je me trompe surement mais quelque chose coince pour moi, dans sa démarche ; comme s'il essayait d'inscrire sa narration, son imaginaire, dans un discours 'politique' plus ou moins formaté qui lui coupe les ailes...
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Mer 25 Jan - 20:38

eh bien moi j'ai bien senti l'utilisation politique dans l'Homme de Kiev par contre je ne comprends pas :
"qu'il crée aussi une improbable rencontre de locataires pour parler de la vocation littéraire" ?

tu expliques ?

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par shanidar le Mer 25 Jan - 20:43

et bien d'après le résumé de bix, Harry et Bill sont tous les deux écrivains mais ils n'ont pas la même idée ou la même pratique de la littérature (un jeune et un aguerri) , ce qui semble être une manière bien pratique et peut-être un peu caricaturale de parler de la vocation d'écrire.
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Mer 25 Jan - 20:50

ah ok je croyais que tu parlais de l'homme de Kiev

je comprends mais ce sont souvent la façon de l'écrire qui fait un propos intéressant

j'ai envie de lire encore Malamud (mais je fais une pause avec les livres papiers)

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par shanidar le Mer 25 Jan - 20:54

J'ai eu le sentiment, dans L'homme de Kiev, que Malamud voulait faire entrer son histoire dans un certain schéma (pour dénoncer l'antisémitisme) et cela m'a un peu gênée... mais c'est peut-être juste une impression sans fondement !
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Mer 25 Jan - 21:10

quand tu dis "son histoire" tu parles de la sienne perso ou de l'histoire de Yakov ?

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par shanidar le Mer 25 Jan - 21:19

Pas la sienne perso, mais celle qu'il avait envie de raconter sur l'antisémitisme en se 'servant' de l'affaire Beilis pour dire ce qu'il avait envie de dire (je ne connais pas la vie de Malamud, je ne sais pas s'il a souffert de son appartenance à la communauté juive).
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par bix_229 le Mer 25 Jan - 21:33

LES LOCATAIRES

 Il faut déjà savoir qu' en 1967, il y eut un conflit armé au Proche Orient qui opposa Israel aux pays arabes.
Et que, déjà, le conflit créa des tensions entre juifs et noirs.

C' était l' époque où les noirs essayaient d' affirmer leurs droits, leur identité et leur culture.
S' en suivit une radicalisation militante qui s' exprima de diverses façons.
La plus violente, celle du Black Power, des Black Panthers, était déjà influencée par les mouvements de libération
anticolonialiste en Afrique. Et par un recours aux sources africaines de théoriciens comme WB Dubois.
Une certaine tendance se tournait aussi vers l' islam. Ce furent les Black Muslims.
Comme tous les mouvements révolutionnaires, ces mouvements, avaient une phraséologie dure
et dogmatique. Ils pronaient meme  la lutte armée.

Cette propagande allait à l'encontre des mouvements comme celui de M. Luther King ou meme
de Malcolm X, qui s' était détourné de l' islam.

Ceci pour conclure, le conflit au Proche Orient opposa noirs et juifs avec des accusations réciproques et des
affrontements.
Cette fièvre dont l' enjeu est ailleurs traverse quand meme les personnages des "locataires".
En tout cas, celui de Bill, tourné tout entier vers le mouvement de contestation de ses "frères".
Harry lui, est hors débat, meme s' il en subit les conséquences.

D' autres considérations plus tard.
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Message par Bédoulène le Jeu 26 Jan - 8:58

@shanidar a écrit:Pas la sienne perso, mais celle qu'il avait envie de raconter sur l'antisémitisme en se 'servant' de l'affaire Beilis pour dire ce qu'il avait envie de dire  (je ne connais pas la vie de Malamud, je ne sais pas s'il a souffert de son appartenance à la communauté juive).

ce n'est pas le premier auteur à se servir plus ou moins d'un fait réel; non ?

lis le Commis Shanidar (court)

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Jeu 26 Jan - 9:00

merci Bix d'expliquer le contexte

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par shanidar le Jeu 26 Jan - 16:47

@Bédoulène a écrit:
@shanidar a écrit:Pas la sienne perso, mais celle qu'il avait envie de raconter sur l'antisémitisme en se 'servant' de l'affaire Beilis pour dire ce qu'il avait envie de dire  (je ne connais pas la vie de Malamud, je ne sais pas s'il a souffert de son appartenance à la communauté juive).

ce n'est pas le premier auteur à se servir plus ou moins d'un fait réel; non ?

Bien sûr, voir par exemple le livre de Gyula Krúdy qui raconte plus ou moins la même histoire (meurtre rituel, accusation contre la communauté juive, grand procès très médiatisé pour l'époque, etc.).

@Bédoulène a écrit:lis le Commis Shanidar  (court)

Pas sûre d'avoir envie tout de suite...

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par bix_229 le Jeu 2 Fév - 19:14

LES LOCATAIRES (Suite)

Harry Lesser (l'écrivain blanc) profite d'une période de doute profond et d'impuissance pour errer dans les rues de la ville.

"Lesser sentait la mélancolie perchée  sur sa tête comme un corbeau malade.
Lorsqu' il se sentait incapable d' écrire, il doutait de tout et de lui-même....
Il avait la mort dans l'âme en pensant à ce livre monstrueux, toujours à refaire, jamais fini, à la discipline qu'impose l'écriture, à la vie de dingue, et en fin de compte limitée, qui est le sort de l'écrivain…"


Il rencontre Irène, l'amie de Willie. Et le hasard fait bien les choses puisqu'il est amoureux d'elle.
Au cours des jours qui suivent tout s'emballe.
Irène qui se sent délaissée, tombe amoureuse à son tour de Harry. Ils projettent de se marier et de quitter la ville.
Mais comment informer  Willie ?

Pendant ce temps, Willie Spearmint (l'écrivain noir) s'acharne  sur une histoire sanglante, celle d'un noir qui va tuer des blancs pour se venger d'eux.
Il soumet un nouveau texte à Harry, qui au cours de l' échange lui révèle inprudemment sa liaison avec Irène et leurs projets.

Fou de douleur, de désespoir et de rage, Willie tente de tuer Harry.
Ce n'est que partie remise.
Un jour, Willie et ses copains profitent de l' absence de Harry pour saccager son appartement et brûler livres et  manuscrits.
Puis il disparait.
Harry, passés la colère et le désir de vengeance, se remet au travail jusqu'au moment où Irène lui signifie qu'elle vaut mieux que n'importe quel livre.
Et qu'elle s'en va, seule.

Un jour, Harry se rend compte que Willie est revenu dans l'immeuble.
La jalousie, la haine culminent dans la plus extrême violence.
Tel est ce livre, sombre, paroxismique.

Et pourtant...

Au delà de cette vision, on peut se  poser des questions sur cet antagonisme apparemment irréconciliable.

N'y aurait-il pas entre eux une lutte pour le controle du savoir, de la culture et pour un pouvoir ramené à la force brutale et à la puissance sexuelle ?
Au delà du racisme, il s' agit peut-être pour les deux protagonistes de neutraliser leurs excès ou leurs déficiences et de trouver ou de retrouver un modus vivendi.

Malamud ne donne pas de solutions ni de réponses. Au contraire, il multiplie les interrogations.
Qui décide de son sort ? Est-il impossible d'échapper à toute forme de déterminisme ?
Comment éviter que le regard des autres ne nous ramène à un rôle prédéfini en fonction de ses origines ?

Ce roman m'a  troublé au point que je ne me suis jamais senti à même de formuler tout ce que j'avais ressenti dans l'immédiat ou ensuite.
Avec l'impression d'être bloqué dans mes propres recherches et mes questions sans pouvoir jamais conclure.
Tout comme Harry Lesser.
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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par Bédoulène le Jeu 2 Fév - 21:03

merci Bix , c'est noté pour plus tard

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Re: Lecture commune Malamud Bernard

Message par shanidar le Ven 3 Fév - 11:54

Questions passionnantes ! Comme celles soulignées dans L'homme de Kiev à propos de la lecture de Spinoza (mon esprit ne cesse d'y revenir) sur Dieu, la Nature et la Nécessité...
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