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Marguerite Duras

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Message par chrysta le Sam 16 Déc - 6:10

Le ravissement de Lol V Stein

genocide - Marguerite Duras - Page 3 Images10


Je sors de cette lecture avec un avis partagé et subordonné à la position dans laquelle je me place face à cette œuvre.

Si je me situe comme lectrice, alors je dirai que je n’ai pas vraiment apprécié ce roman. D’une part du fait des choix stylistiques qui rendent la lecture parfois difficile, et d’autre part du fait de la confusion qui imprègne du début à la fin ce roman, que ce soit une confusion  entre certains personnages liés au fait que l’on ne peut s’y attacher, confusion sur le narrateur car on est en mal souvent de dire qui parle et de quelle place, confusion même entre Tatiana et Lol. Il y a aussi les phrases avortées, et les maintes interprétations-suppositions du narrateur qu’il pose telles quelles (« je pense », « j’invente »..). Cela a certes, l’intérêt de nous introduire à ses doutes face à Lol, à reposer le fait que c’est un regard extérieur qui parle et qu’il ne peut que se contenter d’inventer, mais cela crée des sortes de ruptures constantes qui, à mon sens, ont accru la pénibilité de lecture . Du côté lecture loisir purement, je n’y ai pas trouvé de plaisir, ni de détente, ni d’agréabilité.

Si maintenant, je me situe en position plus professionnelle, en tous les cas en envisageant lire ce livre comme une sorte de « cas clinique » à analyser et à explorer, à ce moment-là je lui trouve un intérêt bien différent, et je pourrai dire l’avoir trouvé interrogeant et enrichissant tant il est une porte ouverte à l’analyse et à donner une forme d’éclairage possible sur certains points théorisés par la psychanalyse. Je pense notamment à la question du regard, qui me semble traverser l’œuvre de bout en bout, mais aussi à la question du point de déclenchement psychotique, à la constitution du fantasme, etc…

Mais n’oublions pas aussi que ce dont on parle dans ce livre, ce n’est pas vraiment de Lol, c’est plutôt de Jacques Hold, et du regard qui le sous-tend, celui de M. Duras à un moment particulier de son histoire. Je dirai qu’il y a plusieurs regards comme fondations ce livre : le premier est ce que transmets Duras de ses propres interrogations et souffrances en les projetant dans ses personnages, le second est son ressenti dans sa rencontre avec la maladie psychique. Cette dimension contre transférentielle, je la perçois dans comment elle fait percevoir Lol comme diaphane, sans substance, impossible à accrocher, que ce soit par la parole ou par le regard, une simple silhouette qui déambule dans la ville, ou encore presque invisible dans le champ. Ce besoin de l’inventer là où elle échappe toujours, de lui attribuer des ressentis et émotions à l’endroit où elle est lisse, de lui inventer des fantasmes là où elle est juste là. Lol, dans la scène inaugurale du bal, reste comme sidérée alors qu’Anne-Marie Stretter, dans sa robe noire, lui ravit son fiancé. Elle s’efface alors, assimilée au décor, sans affects, comme en admiration devant la scène qui se joue devant elle. Lol est restée fixée à ce moment, à cette apparition de la femme en robe noire. Le temps s’est suspendu, et elle erre par la suite hors de toute temporalité. Elle a perdu ses émotions, son regard, sa voix. Face à cette jeune fille absente à elle-même, vide de regard et d’émotion, comment ne pas tenter de combler les blancs comme le fait Jacques Hold qui va tenter d’inventer à Lol une histoire en supposant, envisageant…
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Message par églantine le Sam 16 Déc - 10:41

Nous ne lisons pas tous de la même manière , chacun a ses chemins , ses outils , ses manies , ses référentiels , son inconscient , son histoire : et de là à dire platement cette expression éculée "autant de lectures que de lecteurs" .
En ce qui me concerne , je ne décortique pas forcément un texte , je ne fais pas d'analyse scrupuleuse , même si je m'organise quand même, un miminum , des jalons rationnels : pour Duras et bien d'autres , je laisse s'infuser , s'infiltrer dans toutes mes couches pour atteindre un petit noyau que je ne connais pas mais que je sens présent en moi . Et les émotions se bousculent . C'est la jouissance suprême quand ça arrive . Même si douloureuse , comme ce fut le cas avec ce ravissement de Lol V Stein .
J'ai souvenir d'avoir fait des rêves très étranges la nuit qui succéda ma lecture .Et une envie de pleurer pendant plusieurs jours qui suivirent cette lecture impactante .
Peu d'écrivains suscitent ça en moi . Je les tiens pour des artistes . Ce qui n'est pas le cas de tous les écrivains .


Dernière édition par églantine le Mar 26 Déc - 21:33, édité 1 fois
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Message par chrysta le Dim 17 Déc - 17:35

Oui Eglantine, nous avons effectivement tous nos manières de lire, et justement, pour mes lectures détente, je cherche essentiellement le plaisir et pas à décortiquer le texte. Cette lecture de Duras, bien que commencé pour lire ce qui était dit sur la suspension du tempes dans la psychose, était pour moi plutôt dans un but détente. Hors, je n'ai pas accroché à ce style trop alambiqué pour me détendre, et il m'est resté le désir d'analyse qui a été mon seul plaisir dans cette lecture.
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Message par églantine le Mar 26 Déc - 20:58

Ce soir-là je ne peux plus supporter la pensée de l'homme de Cholen. Je ne peux plus supporter celle de H.L. Il semblerait qu ils aient leur vie comblée , que ça leur vienne du dehors d'eux-mêmes.  Il semblerait que je n' aie rien de pareil . La mère dit : celle -ci elle ne sera jamais contente de rien. Je crois que ma vie a commencé à se montrer à moi. Je crois que je sais déjà me le dire, j'ai vaguement envie de mourir. Ce mot, je ne le sépare déjà plus de ma vie. Je crois que j'ai vaguement envie d'être seule, de même je m'aperçois que je ne suis plus seule depuis que j ai quitté l'enfance, la famille du Chasseur. Je vais écrire des livres. C'est ce que je vois au-delà de  l'instant, dans le grand désert sous les traits duquel m'apparaît l'étendue de ma vie.
L'amant.
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Message par ArenSor le Dim 31 Déc - 10:27

Une lettre de Mme Duras, "bien qu'elle ne réponde pas aux gens" (ce "gens" vous a tout de même un petit côté méprisant !). Pour définir ses intentions, elle dit "ce que j'essaye, voyez-vous, je le crois, c'est de fixer l'obscurité même, d'en saisir, quoi, le négatif. Mais c'est bien difficile." Prudente, modeste, elle conclut néanmoins que "le lecteur a toujours raison". Pas du tout "écrivain", dans le ton : sympathique, en somme.
Matthieu Galey : Journal, 4 octobre 1955
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Message par ArenSor le Lun 5 Fév - 12:15

La Douleur

genocide - Marguerite Duras - Page 3 La_dou11

Sous ce titre a été publié en 1985 un ensemble de cinq textes qui ont pour point commun la fin de la dernière guerre mondiale et la Libération. Certains sont à caractère autobiographique, d’autres sont de pures fictions.

La Douleur raconte l’attente angoissée de Marguerite Duras du retour de déportation de son mari Robert Antelme. Le récit se présente comme un journal. C’est en fait un faux journal qui trouve ses origines dans les fameux « cahiers de guerre », ensemble de notes écrites par Marguerite Duras dans les années 1945-47. Ces textes ont été revus à différentes reprises par l’auteur, notamment pour leur publication en 1985. Comme bien souvent, Marguerite Duras revient sur son passé dont elle modifie sans cesse la teneur. C’est le travail d’une écrivaine et non d’une historienne.
La Douleur est un texte fort qui décrit le comportement à la limite de l’hystérie d’une femme qui attend son mari détenu. Est-il mort ? Est-il vivant ? Tout se passe comme si Marguerite voulait éprouver dans la chair une violence dévastatrice qui serait en sympathie profonde avec celle connue par Robert en captivité. S’y mêle également un arrière-plan de mauvaise conscience, Marguerite ayant une liaison depuis deux ans avec Dionys Mascolo, le meilleur ami de Robert ! Après avoir fréquenté les gares d’Orsay et l’hôtel Lutetia, lieux de rassemblement des déportés, recueilli nombre de témoignages, les informations viennent du colonel Morland, nom de guerre de François Mitterand et le sauvetage in-extrémis de Robert à Dachau. Suit le lent retour à la vie du détenu décrit par l’auteur en termes parfois très crus. La publication de ce texte entraîna une longue brouille entre Duras et son ex-mari.

Monsieur X dit Pierre Rabier est le récit de la rencontre et des relations ambiguës entre Marguerite Duras et un gestapiste, de son vrai nom Charles Delval. Ce texte a été écrit vers 1985 à partir de notes rédigées en 1946 lors du procès de Delval et en 1958 lors de l’élaboration du scénario du film « Hiroshima, mon amour ».
Pour résumer le sujet : après l’arrestation de Robert en juillet 1944, Marguerite se rend au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, afin de faire parvenir un colis à son mari interné à Fresnes. Elle tombe sur Charles Delval qui a procédé à l’arrestation de Robert Antelme.
S’ensuit une étrange relation entre le gestapiste et la résistante, fait de séduction de la part de Charles (réciproque pour Marguerite ?) doublée d’un jeu dangereux du chat et de la souris. Ainsi Charles invite régulièrement Marguerite dans des cafés et des restaurants, sous le prétexte de pouvoir aider Robert. Nous ignorons jusqu’où ira leur relation. Un projet d’assassinat de Delval est monté par le groupe de Dionys Mascolo, mais n’aura pas lieu. Finalement Charles Delval sera condamné à mort et exécuté en 1946. Marguerite Duras a témoigné une première fois à charge au tribunal, puis une seconde fois à décharge.
Dans monsieur X, Marguerite Duras présente Charles Delval comme un personnage fasciné par l’Allemagne nazie et ne doutant pas une seconde de la victoire finale. Il interprète donc sa tâche comme une sorte de devoir moral. Nous sommes au cœur de l’ambivalence bourreau – victime, les frontières n’étant pas aussi imperméables que notre vision 70 ans plus tard pourrait le laisser penser.
Fait  étonnant et qui mérite d’être mentionné puisque ces récits ont une forte valeur autobiographique : Dionys Mascolo, amant de Marguerite, entretient une relation avec la femme de Charles Delval avec laquelle il a un enfant ! Compliqué tout cela.scratch

Dans Albert des Capitales Marguerite Duras renverse les rôles et se présente en tant que bourreau. En effet, il s’agit d’un interrogatoire mené par une certaine Thérèse (« Thérèse c’est moi » nous prévient MD) d’un mouchard accompagné d’un tabassage en règle. C’est un texte extrêmement violent, franchement très dur et qui m’a mis très mal à l’aise. M.D. a-t-elle cherché à faire un contrepoint à « L’Espèce humaine » de Robert Antelme ?

Ter le milicien est le portrait d’un jeune frimeur, flambeur, amoureux de la vie qui a été séduit par une collaboration active. On ne sait s’il continuera à vivre ou s’il sera exécuté.

Les deux derniers textes sont des fictions : L’Ortie brisée, fuite d’un collaborateur dans la banlieue parisienne ; Aurélia Paris, jeune juive recueillie dans un appartement parisien. Ce sont deux beaux textes.

Ma lecture de « La Douleur » suit celle de « L’Espèce humaine » de R. Antelme. Ce dernier livre est éprouvant, mais soutenu par une pensée ferme et élaborée. Au contraire « La Douleur »  avec ses textes disparates, ses ambiguïtés, ses non-dits, son caractère beaucoup plus ouvert vers les interprétations du lecteur, offre une autre vision, complémentaire ?, qui peut être dérangeante pour certains, mais n’est-ce pas le caractère des œuvres d’art ? Very Happy


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #deuxiemeguerre #genocide
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Message par Tristram le Lun 5 Fév - 12:22

@ArenSor a écrit:qui peut être dérangeante pour certains, mais n’est-ce pas le caractère des œuvres d’art ?
...et tout particulièrement avec Marguerite Duras !
Ce commentaire donne envie de lire les deux textes successivement, voire concurremment.

_________________
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Message par églantine le Lun 5 Fév - 20:56


Ah oui je viens de le terminer et ma foi ,il faut accepter le "parler vrai" sur l'absence d'une vérité unique , propre et nette , avec de jolies lignes de frontières .
Duras dans les eaux troubles . Un poisson dans l'eau .
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Message par églantine le Mar 6 Fév - 15:15

La douleur

genocide - Marguerite Duras - Page 3 Tylych13



La littérature des camps a fourni nombreux témoignages et fictions proposant un support de devoir de mémoire pour une des périodes les plus noires de notre humanité .
Alors oui dernièrement encore j'ai lu "L'espèce humaine" de Robert Antelme que je retrouve en creux dans ce texte de Marguerite Duras , La douleur , cette douleur de l'attente , lancinante , dans l'espoir et le désespoir ne laissant aucune place à un moment de trêve .
Marguerite Duras dit avoir retrouvé un cahier journal datant de cette époque , et c'est à partir de celui-ci qu'elle accouchera de cette douleur , une forme de réappropriation de son passé en forme de maieutique pour continuer à avancer .
Et quand on connait Duras , on sait très bien qu'il faudra quitter sa zone de confort pour se confronter à des réalités plus ou moins fangeuses dont elle tire l'essence de son oeuvre .

La Shoah , douloureuse en chacun d'entre nous plusieurs générations après , rationnalisée autant que faire se peut pour avancer , avec le besoin de l'homme de faire propre et de classer pour objectiver , cette partie de l'histoire inacceptable , douleur sourde , tapie dans le noir sous forme de culpabilité inconsciente , voilà que Marguerite Duras la réveille , dans une démarche qui serait celle de tuer les mots , la littérature , pour expulser , LA Douleur .
Le temps a fait son travail , la résilience s'est faite ou pas , Marguerite Duras s'est replongée dans ses cahiers de l'intime pour en faire ressortir l'essence , la douleur, par un travail d'épuration , de limage du texte jusqu'à remonter à l'os, dépouillement , et le cri primal semble jaillir de cette sécheresse .
Duras face à elle-même , Duras dans ses ambivalences , Duras qui ose dire l'indicible avec l'absence de mots , Duras qui nous ne raconte pas vraiment parce que choisir de la lire c'est faire des choix d'interprétation avec tout ce que cela sous-entend de responsabilité de la part du lecteur , Duras qui abolit toutes frontières entre le bien et le mal pour revenir à l'universel où ces deux notions cohabitent , le bien et le mal ne s'épousent-il pas chantait Jacques Brel , Duras jouisseuse de sa douleur , Duras amoureuse , puissamment sensuelle , rauque et ténébreuse , amie , amante , tournée vers l'autre , le mari , l'amant , le résistant , l'ennemi , embrassés dans l'intime , parce qu'au delà des positionnements et des incarnations , il y a l'homme , le flux , l'énergie , puissance de vie et de mort , bien et mal abolis .
La douleur c'est cela aussi.

Ce recueil comporte d'autres textes , sortes de petites nouvelles , pour certaines inspirées de son vécu , d'autres complètement fictionnelles , réunies dans ce présent ouvrage dans une sorte de synthèse , où le vrai et le faux se rapprochent , s'entremêlent , dansent sur les mots tyranniques de Duras , jouissance et douleur confondues , victime et bourreau fusionnant , se passant la main , dans un ballet macabre . Nous sommes tous des nazis en puissance . Nous sommes tous juifs . Et la vie continue .
C'est un beau cadeau cette Douleur , Je revisite la mienne , dans la Douleur universelle : généreuse Duras , merci .
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Message par Tristram le Mar 6 Fév - 15:30

Je trouve très intéressante cette façon d'éviter la dichotomie bien et mal, vrai et faux, dans un trouble qui questionne plus que le manichéisme facile, esquive des simplifications réductrices, déploie les nuances de la complexité humaine.

_________________
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Message par églantine le Mar 6 Fév - 15:47

Oui c'est la richesse de ce recueil .
Effectivement on peut comprendre que ça puisse déranger comme dit Arensor . Mais la créativité de Duras apporte la transcendance .
Et je dirai que le texte parle à l'inconscient du lecteur , ça fait son chemin souterrain , parce que le malaise qu'il suscite ne peut rester , il faut en faire quelque chose , et donc ça travaille de l'intérieur .
Au final , c'est un baume cette douleur , dans cette acception.
Et de réfléchir sur la place du lecteur ... Cool
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Message par ArenSor le Mar 6 Fév - 19:05

Elle est vraiment très belle et profonde ton analyse de "La Douleur", églantine cheers Tu en fais une approche littéraire alors que ma lecture était plutôt à caractère historique. Mais je trouve que les deux se complètent.

Je me suis trouvé dans un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n'ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m'a fait honte

Dérangeante, bousculant les valeurs établies, réunissant les contraires, se contredisant, de mauvaise foi mais le tout transcendé par la grâce de l'écriture et le sang qui y coule ; une écriture avec les tripes pour parler familièrement. Pour notre plus grand plaisir M.D. genocide - Marguerite Duras - Page 3 1252659054
N'empêche, elle m'a tout de même pas mal secoué avec "Albert des capitales"  Very Happy

Il faut frapper. Il n'y aura plus jamais de justice dans le monde si on n'est pas soi-même la justice en ce moment-ci. La comédie, les juges, les salles lambrissées. Pas la justice. Il ont chanté l'Internationale dans les wagons cellulaires qui passaient dans les rues et les bourgeois regardaient derrière leurs fenêtres et ils ont dit : "ce sont des terroristes". Il faut frapper. Ecraser. Faire voler en pièces le mensonge. Ce silence ignoble. Inonder de lumière. Extraire cette vérité que ce salaud-là a dans la gorge. La vérité, la justice. Pour quoi faire ? le tuer ? à quoi ça sert ? ce n'est pas pour lui. Ca ne le regarde pas. C'est pour savoir. Taper dessus jusqu'à ce qu'il éjacule sa vérité, sa pudeur, sa peur, le secret de ce qui le faisait hier tout puissant, inaccessible, intouchable.
"
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Message par églantine le Mar 6 Fév - 19:22

@ArenSor a écrit:

Dérangeante, bousculant les valeurs établies, réunissant les contraires, se contredisant, de mauvaise foi mais le tout transcendé par la grâce de l'écriture et le sang qui y coule ; une écriture avec les tripes pour parler familièrement. Pour notre plus grand plaisir M.D. genocide - Marguerite Duras - Page 3 1252659054  
N'empêche, elle m'a tout de même pas mal secoué avec "Albert des capitales"  Very Happy

"
Oui Arensor !  cheers
C'est Monsieur X qui m'a le plus dérangée .
Et je trouve très courageux d'avoir écrit son ambiguité sans chercher à s'en dédouaner ni à légitimer , ni à revendiquer une culpabilité .
Elle expose . En subtilité , ne laissant rien au hasard . Et au lecteur de continuer le chemin .
C'est la sa grande générosité , et la force de son talent d'écriture de génie .( Rares sont les artistes de la plume ou autre à être habités de la sorte ).

C'est vrai qu'on se rejoint souvent dans nos lectures et que nos outils d'approche se complètent aussi bien souvent pour arriver à une même perception .  Cool
C'est chouette des fois la vie d'un forum .
Merci . ( je crois que j'aurais renoncé sans toi devant pour la lecture de La douleur tellement j'avais été éprouvée avec L'espèce humaine .)
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Message par Silveradow le Mer 21 Fév - 12:02

l'Amant

genocide - Marguerite Duras - Page 3 313qrf10


Je suis navrée de laisser le premier avis sur l'Amant, car je ne suis vraiment pas "rentrée dedans".

Je l'ai reçu en janvier avec ma Kube (je suis toujours abonnée, j'aime beaucoup). Je ne sais même pas quoi dire, peut être parce que c'est un peu trop loin de moi ? Ces questions d'amour, de relations interdits, car pas la bonne couleur de peau, pas le bon âge ou la bonne classe sociale. J'ai du mal aussi avec sa façon d'écrire, c'est le premier que je lis de Duras, il aurait peut être fallu commencer avec un autre, moins autobiographique ? Je suis curieuse d'avoir vos avis, si vous l'avez lu ainsi que d'autres, vos commentaires des autres oeuvres donnent envie Wink
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Message par Bédoulène le Mer 21 Fév - 16:50

pas encore lue non plus mais c'est dans l'idée ! je pense commencer par un barrage contre le pacifique , pas trop tentée non plus par l'Amant !

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Message par Quasimodo le Mer 21 Fév - 18:44

Je n'ai pas un si bon souvenir du Barrage contre le Pacifique. Par contre, Moderato cantabile, et surtout Le ravissement de Lol V. Stein, c'est extraordinaire.

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Message par bix_229 le Mer 21 Fév - 18:51

@Quasimodo a écrit:Je n'ai pas un si bon souvenir du Barrage contre le Pacifique. Par contre, Moderato cantabile, et surtout Le ravissement de Lol V. Stein, c'est extraordinaire.
Pareil ! Dans Barrage contre le Pacifique, Duras n' a pas encore trouvé son style.
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Message par églantine le Mer 21 Fév - 20:52

@Quasimodo a écrit:Je n'ai pas un si bon souvenir du Barrage contre le Pacifique. Par contre, Le ravissement de Lol V. Stein, c'est extraordinaire.
Pareil pour moi !
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Message par églantine le Jeu 19 Avr - 19:45

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Message par églantine le Ven 3 Aoû - 11:36

L'amant de la chine du Nord

genocide - Marguerite Duras - Page 3 2841410




Je m'étais réservée ce roman , distillant goutte à goutte l'oeuvre de Duras , que je considère comme une auteure majeure dans la littérature française , au même rang que les plus grands de tous les siècles , afin d'en tirer la jouissance la plus vive et la plus longue .
Dire que je ne le regrette pas serait bien au dessous de mon ressenti pour cette oeuvre de maturité  pur chef d'oeuvre , un joyau , et j'ai l'impression qu'enfin la boucle Durassienne semble se boucler dans l 'apaisement et la réconciliation .
L'amant de la chine du Nord n'est autre que la réécriture de L'amant prix Goncourt en 1984 .
On pourrait penser que Duras a passé sa vie a se raconter , se replonger dans son passé , à ruminer , à régler des comptes , à "égotiser " , nombriliste de l'extrême .
Eh bien non et dans mon approche de l'univers Durassien , je suis gênée par la classification autobiographique .
Bien évidemment on ne pourra nier que celle-ci a utilisé son vécu comme socle de sa créativité . Mais si vérité il y a ( ça existe ? ), il ne saurait être question de se référer à ses romans pour y accéder .
Et c'est là toute sa force et sa puissance transgressive qui agit comme une houle de fond et porte son oeuvre au sommet de l'art scriptural comme le firent les plus grands peintres de tous les temps dans leur domaine.
Elévation, sublimation , dépassement des lois et des codes littéraires , de la morale garde-fou et du plancher des vaches , c'est ce qui fait de cette écrivaine une artiste .
L'amant de la chine du Nord donc .
Pour les lecteurs de Duras , on retrouvera la même ambiance de l'Indochine , l'ambiance pesante et humide , des personnages récurrents ,la moiteur sensuelle , sexuelle ,  plus présente que jamais .
C'est une histoire d'amour .Evidemment .
Déclinée sous des formes multiples sans souci de politiquement correct , vidée de toutes formes de perversité , au delà du jugement étriquée de notre humanité soucieuse de salubrité morale et du salut de nos âmes .
L' histoire d'amour d'un riche chinois et de" l'enfant " à peine pubère ,
l'une histoire d'amour de deux jeunes filles dans l'éveil des sens en pension , l'histoire d'amour de l'enfant et de son petit frère différent , l'histoire d'amour d'une mère envers son fils aînée , l'histoire d'amour de Thann le petit domestique adopté ,pour"l'enfant ", pour le petit frère aussi ...
C'est juste la même histoire , sans artifice , racontée dans un regard rétrospectif appuyé dans une position d'objectivation ( Duras annote son texte pour donner des précisions d'approche pour une portée scénaristique . Réaction rétroactive après la sortie de L'amant au cinéma d'Annaud dont elle dit "Rien ne m'attache au film , c'est un fantasme nommé Annaud "?).
Dans la moiteur sexuelle délivrée par le sentiment , le seul , l'unique , sans définition , vrai , brut , violent ou doux , animal , décérébré , juste , vrai , pur ,authentique ,douloureux toujours,  libre de son déploiement dans l'espace temps , c'est juste l'histoire d'amour de l'homme de tous les temps .
Point de psychologie ni d'enfermement dans quelques structures artificielles rassurantes . Duras n'a jamais été aussi libre . Affranchie aussi de son désir de séduire , de provoquer , d'affirmer sa différence .
Telle un planeur , Duras survole l'Indochine , celle de son enfance ou de ses mythes , et embrasse les acteurs de sa vie vécue ou imaginée , sereine... On a envie de chanter "Elle est libre Duras , y en a même qui l'on entendue voler ". Elle appris le décès de celui qui devint L'amant à travers le temps , idéalisé peut-être , inventé ou pas en 1990 . Elle boucla la boucle en 1991 en publiant l'amant de la chine du Nord .
églantine
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