Marcel Aymé

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Marcel Aymé

Message par shanidar le Lun 19 Déc - 12:50

Marcel Aymé
(1902-1967)


Marcel Aymé en 1929

Marcel Aymé, né à Joigny le 29 mars 1902 et mort à Paris le 14 octobre 1967, est un écrivain, dramaturge, nouvelliste, scénariste et essayiste français.

Il est resté très attaché à sa région d'origine, la Franche-Comté, à laquelle il a fait une place de choix dans ses romans : La Table aux crevés (1929) pour lequel il obtient le prix Renaudot, La Vouivre (1941), Gustalin (1938). Mais il est néanmoins devenu un véritable « parigot » de Paris dont il a mis en scène les classes populaires : La Rue sans nom, la petite bourgeoisie : Le Bœuf clandestin (1939), les intellectuels et les snobs : Travelingue (1941).

En cela il fournit une « étude sociale », avec un vocabulaire précis pour chaque type humain. Son langage est d'ailleurs un des plus riches de la littérature contemporaine, mêlant argot, français châtié, patois régional franc-comtois, et anglais phonétiquement francisé.

Très attaqué par la critique, y compris pour ses textes les plus inoffensifs comme Les Contes du chat perché, son succès a été assuré surtout par le public. Au théâtre, son plaidoyer contre la peine de mort La Tête des autres (1952) a soulevé de vives réactions, mais aussi de l'enthousiasme tout comme ses comédies grinçantes : Lucienne et le Boucher (1948), Clérambard (1950).

Il a également écrit de nombreux scénarios et traduit des auteurs américains importants : Arthur Miller (Les Sorcières de Salem), Tennessee Williams (La Nuit de l'iguane). De nombreux films, téléfilms et dessins animés ont été tirés de ses œuvres. Cultivant son statut d'écrivain politiquement incorrect, il est resté très à l'écart des milieux intellectuels, ce qui l'a fait classer dans les écrivains d'abord de gauche, puis de droite, puis comme anarchiste de droite.
source : wikipedia

Bibliographie

Romans
1926 Brûlebois
1928 Les Jumeaux du diable
1929 La Table aux crevés : Page 1
1930 La Rue sans nom
1931 Le Vaurien
1933 La Jument verte
1935 Maison basse
1936 Le Moulin de la Sourdine
1938 Gustalin
1939 Le Bœuf clandestin
1941 La Belle image
1941 Travelingue : Page 1
1943 La Vouivre : Page 1
1946 Le Chemin des écoliers
1948 Uranus
1960 Les Tiroirs de l'inconnu

Recueils de nouvelles
1932 Le Puits aux images
1934 Le Nain
1938 Derrière chez Martin
1943 Le Passe-muraille : Page 1
1947 Le Vin de Paris
1950 Les Bottes de sept lieues
1950 En arrière
de 1934 à 1946 Les Contes du chat perché
1967 Enjambées


Lecture commune
de Marcel Aymé à retrouver : ici
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Re: Marcel Aymé

Message par shanidar le Lun 19 Déc - 13:02

Le passe-muraille (recueil de nouvelles)

Un recueil de nouvelles qui ont toutes (ou presque) la particularité de glisser une part d'irrationnel dans la vie des personnages. L'un se réveille capable de passer à travers les murs, Sabine a un don d'ubiquité, d'autres jugés inutiles ne vivent qu'une partie du temps et meurent de l'autre, etc. L'élément fantastique apparait au détour d'une vie plutôt banale (mais je retiens avec infiniment d'intérêt la manière dont Aymé décrit la misère parisienne, la 'zone' de bidonvilles que sont alors certains quartiers comme Saint-Ouen...) et s'étire jusqu'au bout d'une logique qui déforme la réalité. C'est à la fois extrêmement revigorant, inventif et plein d'humour. Les situations, poussées à l'extrême, prennent une coloration étrange, parfois naïve (Les bottes de sept lieues) ou glaçante (Le Percepteur d'épouses).

La langue est, elle aussi, toute colorée, à la fois gouaillante, grouillante, charbonnière et rigolote, libre et légèrement surannée.

Un recueil attachant.



mots-clés : #nouvelle
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Re: Marcel Aymé

Message par Tristram le Lun 19 Déc - 14:01

L'œuvre de Marcel Aymé recèle de jolis aphorismes de bon sens, et quelques pertinentes observations, sur l'avarice notamment :

« – Que voulez-vous, on ne peut épouser qu’une femme qu’on a rencontrée. »
Uranus
« À son retour de vacances, le Bon Dieu vit tout de suite qu’on avait touché à ses affaires, car, en ouvrant son registre des âmes, il ne retrouva pas son buvard où il l’avait laissé. »
Le diable au studio
« Seulement quand on a un peu vécu, on devient facilement tolérant. »
Knate
« À moins de perdre la mémoire, il ne voyait pas qu’il pût guérir un jour. »
Les Sabines
« Le mois de mai s’annonce si beau qu’il m’en coûte de renoncer aux quinze derniers jours. »
« J’ai regret de mourir après-demain. »
La Carte
« La mort est une possibilité que chacun porte en soi à chaque instant. »
Le romancier Martin
« Il aimait vraiment l’argent pour l’argent et sut, mieux que personne, jouir de cette angoisse méchante que ressentent les avares à la pensée qu’ils détiennent une force créatrice et l’empêchent de s’exercer. En comptant ses économies, fruit d’une existence jusqu’alors laborieuse, il arriva peu à peu à éprouver l’affreux plaisir de léser autrui en détournant un courant d’échange et de vie. »
La Grâce
« Selon lui, l’avarice ne procède pas d’un sentiment d’égoïsme, mais du souci pervers de détourner de la vie les objets propres à la consommation. "L’avare est l’ennemi de la vie, disait-il. La haine de la vie le pousse à accaparer et la crainte de voir retourner à la vie ce qu’il thésaurise entretient en lui un perpétuel sentiment de méfiance." »
La fosse aux péchés
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Re: Marcel Aymé

Message par Nadine le Lun 19 Déc - 20:47



La table aux crevés

Marcel Aymé écrit en mars 1929 à son frère Georges qu’il écrit un roman de la campagne depuis une semaine et compte le terminer en juin.

C'est en effet un roman de la campagne.
La cuisine était propre. Au milieu, l'Aurélie pendait à une grosse ficelle, accrochée par le cou.

Tel est l'incipit du roman.

Suivent deux paragraphes qui accompagnent l'Aurélie vers sa décision fatale. Très rapidement, avec économie et grande humanité, nous découvrons ce que pourrait-être mourir, par une lubie, qui couverait hors du monde qui-devrait-être.

Ce jour là, l'Aurélie avait une chaude envie de renaître dans la peau dorée d'une madone des champs. Son ulcère lui paraissait une purulence immense qu'il fallait guérir tout de suite

Ainsi fut fait.

Urbain Coindet son époux la trouvera morte à son retour.
Emu, troublé, et ce faisant Aymé nous dépeignant ce que substantiellement Trouble veut dire, il recevra bientôt visite de sa belle famille, veule. Fouille M. Intéressée.

Coindet nous parait frustre mais bon, sentimental, c'est ainsi que l'on dit. Un peu dépassé, aussi.
On croit lire un roman de la campagne.

C'est pourtant en grande flamboyance que, sans s'y attendre guère, (ai-je envie de dire, prise par le lexique campagne ) on lira :
Vos filles c'est des belles charognes

Coindet n'est point sot, ni veule. Et si la mort de sa femme le peine mais le trouble en espoir qui nait, il a de la morale, et de la colère.
C'est parti de là que j'ai eue joie à lire.Même Zola ou Ramuz ne distillent pas autant de fines dychotomies sur les caractères de leurs personnages. Je les cite car ils ont accompagné mes deux dernières lectures "de la campagne".

La table aux crevés c'est un bouquet de relativité.

Le curé haussa les épaules, fâché d’avoir oublié que le monde était fait exprès pour les hommes.

Les calotins craignaient Dieu, les républicains s'en méfiaient seulement (...)

Dans ce roman, au fil d'une cabale contre le veuf, deux mondes vont prendre position, ceux de la plaine, "du plat" , et les gens de la forêt, étroitement familiers les uns des autres pourtant.

On verra aussi se dessiner l'effroi en nous, et eux, sur le tard, à peser la singularité d'un personnage candide, charmant, mais au pouvoir semblant terrible. Je crois que La vouivre doit filer ce thème (car c'est d'un personnage féminin dont je parle)

J'ai adoré.
Parce que usant d'archétypes, Aymé les courbe légèrement de manière à les rendre moins figés, et parce qu'il semble avec constance nous démontrer que tout sot qu'ils fussent , chacun d'entre eux ne l'est point tant.

Délicieux. humaniste. Cynique. Drôle. Et tendre.



Dernière édition par Nadine le Mar 20 Déc - 11:20, édité 1 fois
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Re: Marcel Aymé

Message par shanidar le Mar 20 Déc - 11:17

Voilà qui donne envie (ainsi que les lectures de 'campagne' d'ailleurs). Merci Nadine !
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Re: Marcel Aymé

Message par Bédoulène le Dim 25 Déc - 21:52



Le passe-muraille

J'ai apprécié l'écriture, le fait que l'auteur s'intéresse aux pauvres gens.

Ces nouvelles m'ont fait penser à Buzzati, chez qui la notion de temps et de sa course sont des thèmes récurrents. Et justement on peut considérer la période de la guerre comme une distorsion du temps puisqu' il y a bouleversement.

Beaucoup de réalisme dans ces nouvelles mais aussi de  fantasmes.

J'ai bien sur vu la vive critique portée sur l'administration et aussi sur les  "riches", lesquels contraignent les personnes modestes, faibles.
Ces nouvelles portent souvent morale.

extraits

Quand les allemands ils partiront, on aura des comptes à régler. Tous ceux qui auront la gueule fraîche et le ventre sur la ceinture, on aura deux mots à leur dire. Pour chacun de mes gosses qu'ils m'auront assassiné, il m'en faudra dix. A coups de galoches dans la gueule, que je les tuerai, et je mettrai du temps, je veux qu'ils souffrent. Les cochons ils ont le ventre plein quand ils viennent nous causer honneur, loyauté et tout le tremblement. Moi, l'honneur on en recausera quand mes enfants n'auront plus faim."

"Un fonctionnaire à son guichet, c'est le chien des riches et des grossiums. Quand il voit du pauvre, il montre les dents."

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Marcel Aymé

Message par Nadine le Dim 25 Déc - 21:57

J'ai souvenir un peu délavé et lointain du Passe Muraille.
Dans l'extrait que tu donnes, c'est l'homme qui passe les murs qui parle ?
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Re: Marcel Aymé

Message par Bédoulène le Dim 25 Déc - 22:29

non c'est dans une autre nouvelle ! une mère de famille (en attendant je pense)

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Re: Marcel Aymé

Message par Silveradow le Sam 31 Déc - 13:20



Un autre sur la campagne, et sur sa campagne : la Vouivre.

Arsène est le personnage principal, il paraît solitaire, bourru et un peu macho de prime abord, mais on découvre au fur et à mesure que c'est un homme doux, juste et attentionné. Il rencontre la Vouivre, et il en tombe quelque peu amoureux (en fait tous les termes qui me viennent à son sujet me semblent un peu fort concernant ses sentiments, il est plutôt constant, égal à lui même en toute circonstance), donc on dira qu'il pense souvent à elle depuis qu'il l'a rencontré, il faut dire que c'est une très belle femme, qui se baigne nue, ça donnerait des idées à tout le monde non ? Il pense aussi au conflit qui oppose deux branches de la famille à propos d'un terrain dont l'appartenance n'est pas claire, ça l'ennuie surtout qu'il aime bien une de leurs filles ... Il est aussi intéressé, il essaye (mais doucement, tranquillement, toujours égal à lui-même...) de conquérir une fille de riche pour augmenter ses terres. Un personnage simple, qui réfléchit à tout pour obtenir le meilleur; mais tout de même un peu perdu depuis que la Vouivre est apparue. Il se confronte aussi à son frère, avec lequel il n'est pas souvent d'accord. C'est d'ailleurs intéressant la façon dont Aymé les présente, on croit que son frère est gentil et plus attentioné que lui, pour au final comprendre l'inverse, les qualités et défauts des personnages se croisent, Aymé nous donne le change !

L'ambiance est bien celle propre à Marcel Aymé, la vie à la ferme avec les aides : une jeune fille et un vieux monsieur (pardon pour les noms des personnages mais je n'ai pas le livre avec moi, je complèterai ce commentaire), les heures de repas avec les descriptions précises sur la vaisselle, la nourriture, les détails en somme. Dans ses histoires je m'y sens chez moi, difficile à décrire mais j'aime cette atmosphère qu'il sait ajouter. La fin m'a beaucoup surprise ! Je ne m'attendais pas à ça du tout, je n'ai pas tout lu de lui, mais c'est la première fois que je découvre une fin "choc". Je n'en dirais pas plus, à vous de découvrir Smile

(je n'arrive pas à mettre de citations, c'est moi qui bug ? )
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Re: Marcel Aymé

Message par animal le Sam 31 Déc - 14:15

ça dépend de comment ça se présente cette histoire de citations ?

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Re: Marcel Aymé

Message par Silveradow le Sam 31 Déc - 17:47

j'ai rien dit, c'est la nana au bout du clavier le bug :p
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Re: Marcel Aymé

Message par Nadine le Dim 1 Jan - 8:01

Ce que tu m'en dis me rappelle beaucoup ce que pose la table aux crevés, c'est ça aussi, tout à fait, cette histoire de défausser les impressions sur la psychologie des personnages, notamment.
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Re: Marcel Aymé

Message par Silveradow le Lun 2 Jan - 13:58

ça fait un moment que j'ai lu la Table aux crevés, je compte me refaire une cession Aymé pour me remettre tout ça en tête Wink
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Re: Marcel Aymé

Message par Nadine le Mer 25 Jan - 21:45




Travelingue

Le style d'Aymé est très séducteur, dans ce roman. Très différent de "La table aux crevés", même si l'allant en est similaire, ainsi que l'acuité des traits.
Il est différent fondamentalement je crois parce qu'il est empli d'un champ lexical autrement différent : celui des villes, des postures sociales que celles-ci supposent,
un cynisme, que je n'avais pas supposé dans son écriture, en est donc plus marqué.
la période : le front populaire.

Plusieurs familles,
mais dépeintes en leur polymorphisme fondamental.
C'est peut-être là l'un des pivots, d'ailleurs , de son approche : pas question d'une thèse sociale dans ces conditions.

Des personnages frappants, d'hommes, jeunes, indécis, ou impuissants, par sensibilité et par conformité aux injonctions de milieu,
et trois quatre épisodes qui me laissent soufflée.
Je ne souhaite pas reprendre le volume pour vous en donner citation parce que cela équivaudrait à déflorer les "plot points" que j'y ai trouvé.

Une scène de viol qui déplacée de ce volume dissèque singulièrement le principe de la sidération, encore pourtant aujourd'hui méconnu, scène qui ourle, en sus, un jusqu'au-boutisme flamboyant dans la caricature acérée des postures culturelles (je ne dis pas postures sociales, pour entendre par là les postures que les jeunes âges adultes peuvent expérimenter, plutôt que vivre par atavisme.)

Une scène de sollicitude paternelle tout autant complexe,
qui me parait hautement inusitée dans l'histoire de mes lectures,
envers un fils jugé de manière ambivalente, et envers une famille hostile à ses rugosités. Aymé nous balance ça sur le même mode, semi-outré, qui baigne l'ensemble, et nous prend au tournant, de dresser ainsi le tableau de l'amour inconditionnel, femelle, dit-on d'habitude, disait-on, donc.)

Et disais-je, deux autres épisodes stimulants qui pour l'heure s'échappent de ma mémoire pour sans doute mieux me les approprier.

En somme, je recommande,
et notamment parce qu'il me tarde de pouvoir croiser ma lecture aux vôtres,
dans l'espérance , absurde, de cerner cet esprit
très très singulier, d'Aymé.

C'est facile à lire, juste un peu foisonnant sur les personnages.
Pas mal de peut-être s'astreindre à bien capter les liens familiaux, dés le départ,
manière de suivre au mieux la critique qu'en ferait Aymé.
(mais précisément je reste habitée par l'impossibilité de la cerner, celle-ci. l'omniscience du narrateur ne m'a pas parue vaine. Je compte donc enchainer avec la suite de sa bibliographie cette année)

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Re: Marcel Aymé

Message par Silveradow le Mer 1 Fév - 17:00

quel commentaire époustouflant ! Si tu ne motives pas les gens à lire Aymé, qui le pourra ?
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Re: Marcel Aymé

Message par Nadine le Mer 1 Fév - 19:59

Silveradow tu vas me faire piquer un fard, parole .

(j'espere que Vous le lirez oui, il m'échappe, je veux croiser nos vues ! bounce )
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Re: Marcel Aymé

Message par Silveradow le Mer 1 Fév - 23:48

ça fait un moment que je n'ai pas lu Aymé, mes souvenirs sont trop anciens et vagues pour que je fasse des commentaires dignes de ce nom, faut que je m'y remette ! Pis tu mets la pression, je suis pas capable de pondre un commentaire aussi beau et intéressant que le tien ...
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Re: Marcel Aymé

Message par Quasimodo le Jeu 2 Fév - 0:21

Je n'ai pas renoncé à le lire Nadine. T'en auras des nouvelles, tôt ou tard Wink (et puis, et puis, ton commentaire me remet sur la bonne voie !)

_________________
Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
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Re: Marcel Aymé

Message par Nadine le Jeu 2 Fév - 19:44

Ya pas de commentaire interessant ya que des questionnements partagés. Olé
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Re: Marcel Aymé

Message par chrysta le Dim 8 Oct - 7:57

LA VOUIVRE



Résumé de l'œuvre:
Derrière la vipère apparut une fille jeune, d'un corps robuste, d'une démarche fière. Vêtue d'une robe de lin blanc arrêtée au bas du genou, elle allait pieds nus et bras nus, la taille cambrée, à grands pas. Son profil bronzé avait un relief et une beauté un peu mâles. Sur ses cheveux très noirs relevés en couronne, était posée une double torsade en argent, figurant un mince serpent dont la tête, dressée, tenait en sa mâchoire une grosse pierre ovale, d'un rouge limpide. D'après les portraits qu'on lui en avait tracés et qu'il avait crus jusqu'alors de fantaisie, Arsène reconnut la Vouivre.

Courant après une vipère qui le nargue, Arsène Muselier rencontre au bois celle qu'en patois jurassien on appelle la Vouivre, la Fille-aux-serpents, dont le front s'orne d'un rubis fabuleux qu'elle ne pose que pour se baigner. Malheur à ceux que tente le bijou : les serpents les dévorent.
Arsène a vu le rubis, mais la baigneuse l'intéresse plus encore, ce qui séduit la Vouivre par la rareté du fait. Lui se montre prudent car il craint pour son âme et, d'ailleurs, il aime Juliette Mindeur. La Vouivre pourchasse partout le récalcitrant. Le pays s'ameute, les convoitises s'allument - tandis qu'Arsène suit son petit bonhomme de chemin.
Mais ce garçon réaliste est aussi un tendre et quand, après le trépas du fils Beuillat, la petite Belette est en danger, il brave sans hésiter l'armée des serpents.
Ainsi finit cette histoire aussi réelle que fantastique où l'on voit un curé sceptique, un radical croyant, une " dévorante " pleine d'innocence et bien d'autres gens encore.




La vouivre, je l’avais découverte à mon adolescence au travers du film qu’en avait tiré Georges Wilson. Me plonger dans le roman de Marcel Aymé aujourd’hui m’a permis peut-être d’en voir, d’une certaine manière, l’envers du décor, et d’ouvrir à une perception plus riche de cette histoire. Cela, d’une part en resituant l’œuvre à sa période de publication, mais aussi en m’informant sur cette légende de Franche Comté fortement ancrée dans les esprits populaires au 19ème. Apparaissant pour la première fois à l’écrit sous la plume de Désirée Monnier en 1818, inspirée de traditions orales, la vouivre y est présentée comme un serpent ailé, qui traverse la nuit comme un trait de feu et porte au front une escarboucle qu’elle dépose sur la rive quand elle va boire ou se baigner ; celui qui pourrait alors s’emparer du joyau serait à jamais riche et heureux. Marcel Aymé en fait une femme, souvent se promenant nue avec un serpent, et détentrice d’un rubis qui, si on essaie de lui voler, attire une nuée de serpents sur le malfrat et engendre sa mort.

A l’époque où Marcel Aymé publie ce roman (1943), c’est l’entre-deux guerres. Quelle influence la période a-t-elle eue sur cet écrit ? Est-ce la réémergence plus affirmées de vieilles légendes dans les contrées rurales qui est aux sources de son choix d’écrire à ce sujet ? Est-ce que la réapparition de la Vouivre a à voir avec l’occupation, ou juste se raccrocher à une histoire commune qui aide à conserver mémoire de sa culture, ses origines ? … Nombre de questions peuvent à mon sens être posées relatives à cette œuvre et à la légende.

La Vouivre nous promène dans le terroir franc-comtois, et au travers d’une galerie de de portraits ruraux savoureux : le curé sceptique et qui essaie de se saisir de cette affaire pour relancer la foi, le maire radical qui fait mine de ne pas y croire, le fossoyeur amoureux d’une pocharde à laquelle il attribue fortune et rang social qu’elle n’a pas au moment où elle le quitte, la «dévorante » mangeuse d’homme qui fait honte à sa famille, le vieux qui a travaillé toute sa vie dans une ferme et doit la quitter, …. L’histoire prend aussi naissance sur fond de rivalités entre familles, persistantes bien que les causes aient été oubliées, sur les velléités de réussite sociale, les amours tues, les hontes familiales, les aspirations déçues ou impossibles, etc, tout cela fait le terreau d’un livre riche dans la rencontre qu’il nous propose avec ce village, ses  habitants et leur histoire. La vouivre, quant à elle, peu présente vraiment en corps au fil du livre, fait effet de catalyseur de passions, et suscite, dans ce village qui semblait replié sur lui-même, des changements. Elle représente l’étranger connu, puisque finalement elle n’est pas d’ici mais est déjà à maintes reprises passée par là, survivant juste dans les légendes locales entre deux apparitions. Absente ou présente, elle fait toujours partie de ce lieu-là. Elle suscite les convoitises par son rubis, mais tenter de lui voler signifie la mort par les serpents. Peu intéressée par les vies humaines et limitées des hommes, elle qui est là pour l’éternité, elle se laisse néanmoins séduire par Arsène qui la regarde elle, comme une femme, plutôt que son rubis.  Dans leurs échanges se confrontent deux mondes et deux visions : celle de celui dont le temps ici-bas est limité, avec sa perception de la mort et de l’importance de la vie, face à celle d’une femme éternelle qui ne considère la vie humaine que comme une seconde dans son éternité, et la conçoit comme négligeable. Leur rencontre néanmoins les fait changer et évoluer, s’interroger autrement sur certaines visions qu’ils ont ou avaient.

Je ne m’engagerai pas ici dans l’analyse symbolique que m’inspire ce livre, relative au féminin, au parallèle avec le mythe biblique d’Adam et Eve, mais aussi sur ce que représenterait peut-être la Vouivre de nos pulsions. Mais ce livre me semble d’une grande richesse pour travailler, tant sur l’émergence de cette légende et son contexte initial, que sur l’évolution progressive de la légende et sa transformation selon les époques, que sur le message que cette légende porte. Un peu comme un conte, elle me semble porteuse de certaines terreurs et affres pulsionnels de l’Homme.

Un livre à mon sens à découvrir et redécouvrir dès lors que l’on ne s’en tient pas au premier degré et à l’histoire telle que proposée qui, loin d’être inintéressante, et même riche de ce qu’elle propose dans cette plongée dans ce village franc-comtois et ses mentalités, n’est rien si l’on occulte la trame de fond sur laquelle elle repose.
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