Claire Messud

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Claire Messud

Message par topocl le Lun 19 Déc - 13:37

Claire Messud
Née en 1966



Claire Messud, née le 8 octobre 1966 à Greenwich au Connecticut, est une femme de lettres américaine.

Œuvres traduites en français
   
1999 : La Vie après
2001 : Une histoire simple rééd. Folio sous le titre Les Chasseurs
2006 : Les Enfants de l’empereur
2013 : La Femme d’en haut

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Re: Claire Messud

Message par topocl le Lun 19 Déc - 13:38

La Femme d'en Haut



La Femme d'en Haut, cette voisine du dessus que personne ne remarque, car, fade comme elle est, il est impossible qu'elle présente le moindre intérêt, qu'elle cache la moindre passion. Nora, institutrice quadragénaire célibataire et sans enfant, fait partie de ces femmes. Elle se défend crânement de ce semi-échec en se disant qu'elle y a gagné l'indépendance. Mais elle est dévorée par les possibles qu'elle a laissés échapper, et le temps d'une année scolaire, ces possibles vont devenir une presque réalité.

Débarque dans sa classe pour une année un jeune élève plein de charme , bientôt suivi de sa mère, artiste pétillante et chaleureuse, et de son père, un intellectuel libanais attentif. Dora va se mettre à les aimer, follement, chacun pour lui, mais aussi l'entité délicieuse  qu'ils constituent en tant que famille. Avec eux,  elle va connaître un semblant de bonheur, enfin s'épanouir dans ses compétences : artistique, maternelle, amicale et amoureuse.  Nora la bonne fille,  brusquement réveillée comme la Belle au bois dormant, demande simplement à prendre part, être quelqu'un, elle y croit.  Tout au long de cette conquête de soi et des autres menée tambour battant, on sent la désillusion à venir. Nora joue le rôle du Kleenex, indispensable et si apprécié quand on en a besoin, mais qu'on ne tarde pas ensuite à abandonner dans un coin. Mais quand tout s'effondre, elle n'est pas du tout décidée à se rendormir.

Description pleine de vigueur et d'humour d'une femme beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, d'une générosité sans limite, mais qui a fini par perdre les codes à force qu'on ne lui offre rien, la Femme d'En Haut est une réflexion toute en nuances sur l'apparence (cette femme trop terne face à cette famille trop lumineuse), cette construction fragile qui ne demande qu'à s'effondrer. Ce livre va à la rencontre de ses personnages, dans leur complexité, et leurs ambiguïtés-mêmes font qu'on s'y attache profondément. Nora n'est pas séduite par un enfant, ne cherche pas l'amitié d'une femme, ni la conquête d'un amant, elle veut les trois, et les trois ensemble, la richesse de cette famille ou apparemment tout marche si bien, elle croit enfin accéder à la vraie vie. Mais il y a du miroir aux alouettes dans cette famille qui révèle progressivement ses petits égocentrismes, sa non-compréhension de la situation, au final tout aussi naïve que la fascination candide de Nora pour ce monde inaccessible.

C'est un roman très féminin, sans afféterie, qui porte le lecteur dans une dynamique à la fois amusée et horrifiée. On y trouve de belles pages sur la relation de cette jeune femme, renfermée sur un féminisme mal digéré, avec ses parents malades ou vieillissants, qui, eux aussi, derrière leurs apparences, ont leurs expériences propres. On y parle de la création artistique, cette alchimie mystérieuse, épanouissement ou affirmation désespérée de soi, offrande narcissique, et le sérieux qu'on peut y mettre. Et puis cette façon qu'elle a, de prêter à autrui toutes les qualités, de croire autrui tellement meilleur qu'elle, et de tomber de haut après, se rendre compte qu'il est seulement différent, trouve un écho en moi, et est très sensiblement exprimée.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #creationartistique

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Re: Claire Messud

Message par topocl le Lun 19 Déc - 13:40

Les Chasseurs



J'ai eu le plaisir de trouver à la médiathèque ce court « roman de jeunesse » de Claire Messud, dont j'avais aimé Les enfants de l'empereur et adoré La vie après. On n'y retrouve pas l’ intensité et la maîtrise des romans suivants, mais il ouvre cependant des pistes intéressantes. Il y a tout d'abord une astuce plaisante dans le roman, et il faut saluer la traductrice qui a su se plier à cette contrainte, c'est qu'on ne sait à aucun moment si le narrateur est un homme ou une femme. Il raconte par ailleurs qu'il est passé d'une relation avec une personne d'un sexe, à une relation à une personne d’un autre sexe, et là encore les sexes restent indéterminés. C'est un espèce de défi à la Perec, assez amusant, mais qui amène parfois des contours stylistique un peu trop alambiqués, mais a son charme.

Il est question de cette personne, professeur aux États-Unis, qui vient de subir une rupture amoureuse et , croyant l'avoir bien gérée se retire pour 3 mois à Londres afin de poursuivre une étude sur la mort à la British Library. Il(elle) s'installe dans un appartement qui lui paraît au début lumineux, mais où il(elle) est vite amené à entrer en contact avec sa voisine, femme un peu vulgaire et dérisoire, qui commence à l’irriter, puis l’intrigue, et l’ amène à une espèce de construction délirante sur la capacité de celle-ci, aide à domicile, à donner la mort aux personnes dont elle s'occupe. Cela amène un récit un peu curieux, qui n'est pas sans rappeler Fenêtre sur cour d’Hitchcock, où notre héros observe ce qui se passe au rez de chaussée depuis sa fenêtre, montant des hypothèses, rationalisant, son univers psychique peu à peu envahi par la pauvre voisine qui a en fait pour seul défaut très d'être un peu niaise et très seule.

Tout ceci nous est décrit avec une grande finesse d’observation sur un ton assez distant, détaché, pour parler en fait d’un drame psychologique qui a totalement bouleversé notre personnage pendant un été. Il y a dans ce roman une ambiance à la fois dérisoire et dramatique, avec des interrogations qui persistent, un questionnement sur la mort, le destin. Je regrette que l'aspect « changement de sexualité » du narrateur soit insuffisamment creusé, et, une fois n'est pas coutume, je dirais pour cela qu'il manque quelques pages à ce livre qui le rendraient meilleur. Une lecture agréable cependant.

(commentaire récupéré)

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