Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Sylvain Prudhomme

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    topocl

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    Sylvain Prudhomme

    Message par topocl le Mer 21 Déc - 13:43

    Sylvain Prudhomme
    Né en 1979



    Sylvain Prudhomme a passé son enfance à l’étranger (Cameroun, Burundi, Niger, Ile Maurice) avant de venir étudier les lettres à Paris.
    Goût de l’exploration, du lointain, de l’utopie, des vies solitaires, des cabanes, des friches, des villes construites à la va-comme-je te-pousse, de la réserve de possibles qu’elles offrent.
    Il est l'auteur de quatre romans, dont L’affaire Furtif (Burozoïque, 2010), récit d’un naufrage volontaire sur un archipel imaginaire, et Tanganyika Project (Léo Scheer, 2010), tentative d’épuisement du lac Tanganyika mêlant relevés d'inscriptions urbaines, recherches sur Google Earth, fragments d’histoire des dernières guerres de RDC, souvenirs d’enfance et extraits de journaux d’explorateurs du XIXème siècle.

    Son  roman, Là, avait dit Bahi (L’Arbalète Gallimard), a reçu le prix Louis Guilloux 2012. Il met en scène un vieil homme au volant d'un camion sur les routes d’Algérie, raconte les petits bénéfices qu'il fait, à soixante-dix ans, en revendant du sable, mais aussi ses souvenirs de la ferme où il a travaillé cinquante ans plus tôt, à la veille de l'Indépendance, aux côtés du fermier Malusci, aujourd’hui muré dans le silence, sur l’autre rive de la Méditerranée.

    Il a été l’un des membres fondateurs de la revue Geste et a collaboré au journal Le Tigre, pour lequel il a notamment écrit deux feuilletons : Africaine Queen (2010), sur les salons de coiffure du quartier Château d'Eau, à Paris, et La vie dans les arbres (2011), sur les habitants des cabanes des forêts de l’Ariège.
    Il a également traduit l’essai Décoloniser l’esprit, de l’écrivain kenyan Ngugi wa Thiong’o (La Fabrique, 2011). Il a dirigé de 2009 à 2012 l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, en Casamance.
    Il est agrégé de lettres modernes.


    Bibliographie


    Romans
    – Les matinées d'Hercule, Serpent à plumes, 2007.
    – L'affaire Furtif, Burozoïque, 2010 (avec des dessins de Lætitia Bianchi).
    – Tanganyika Project, Léo Scheer, 2010.
    – Là, avait dit Bahi, L'Arbalète, Gallimard, 2012 Prix Louis Guilloux.
    - Les grands,L'Arbalète, Gallimard, 2014
    - Légende, L’Arbalète, Gallimard, 2016

    Reportages
    – Africaine Queen. Dans les salons de coiffure de Château d'eau, Le Tigre, 2010.
    – La vie dans les arbres, suivi de Sur les bidonvilles, les cabanes et la construction sauvage, Le Tigre, 2011.

    Traductions
    – John Reed, Pancho Villa, Allia, 2009.
    – Ngugi Wa Thiong'o, Décoloniser l'esprit, La Fabrique, 2011.


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    Comme d'autres soulèvent des haltères pour se garder en forme physiquement,certains soulèvent des idées et des émotions pour que leur esprit ne s'étiole pas.
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    Re: Sylvain Prudhomme

    Message par topocl le Mer 21 Déc - 13:44

    Les grands



    En Guinée, c'est la guérilla qui a permis d'accéder à l'Indépendance, en même temps que les amitiés et les inimitiés se sont scellées. Ensuite, la vie a repris son cours, chacun son chemin et son camp, l'armée a peu à peu pris les rênes du pays,vite dominée par les narcotrafiquants.
    Le groupe Mama Djombo a produit une musique rebelle qui a fédéré les foules, consolé les perdants, et puis la chanteuse Dulce à quitté son amoureux Couto, changé de camp…
    Quarante ans plus tard, le jour de la mort de Dulce est aussi celui du coup d'état militaire, c'est l'occasion d'un retour en arrière mélancolique pour Couto, et d' un ultime concert inspiré pour le groupe reconstitué.

    « Il y a des soirs où quand tu joues, avait dit autrefois Couto dans une interview, tu sens que ton esprit s'en va se promener. C'est tellement bien que tu t'en vas, ton esprit par faire un tour ailleurs, s'en va visiter l'esprit des autres musiciens, visiter les visages des spectateurs qui sont là, tout près de toi, en train de sourire. Tu sens que c'est bon, tu ne penses plus à rien, tu n'écoutes plus que ce que tu font tes doigts, tu regardes simplement ceux qui jouent à côté de toi et tu vois le sourire sur leur visage, tu n'as même pas besoin de leur parler, simplement tu sais, tu vois qu'eux aussi savent, c'est très bon. »

    Tout au long de cette journée, Couto vieil homme qui espère encore en l'amour, traîne sa tristesse à travers la ville où les armes se bandent, dans l'indifférence générale : car ce sont l'amour, l'amitié et la musique les vrais vainqueurs face à l'amertume de l'échec, la perte des espoirs et amours de jeunesse. Certains ont cédé aux mirages européens, mais pour ceux qui restent, l’engagement reste là, source de solidarité et d'intenses moments de bonheur, même si la foi est sans doute perdue.

    Sylvain Prudhomme nous offre un habile mélange de fiction et de réalité. L'histoire de la Guinée est là en toile de fond, le groupe Mama Djombo a été et reste un groupe guinéen mythique. Mais Dulce et Couto sont des personnages inventés. Couto, le guitariste vieilli en qui coexistent son vieil amour pour Dulce, la star en-allée et la jeune Esperanza qui lui ouvre un nouvel horizon lumineux. Dulce la voix sublime, la chanteuse que toute la Guinée porte comme un baume en son cœur, restée elle-même malgré trahison.



    L'écriture alterne des dialogues laconiques qui dévoilent superbement les enthousiasmes et la profondeur des sentiments des personnages, des élans lyriques, sombres ou joyeux , des descriptions urbaines chatoyantes. La langue créole et les paroles de chansons apportent leur touche de sincérité.

    « Atchutchi dans ses chansons ne disait pas amour , il disait baliera, quelque chose à mi-chemin du balancement et de la danse. Baliera comme le flux et le reflux du désir, des océans, des astres. Baliera comme le grand balancement du monde, la soif universelle d'aimer. Les hommes et les femmes de ses chansons n'y pouvaient rien, ils étaient les jouets d'une houle qui les bringuebalait de-ci de-là, imprévisible, toute-puissante ».

    Très beau roman, déchirant et douloureux, mélancolique et palpitant, bercé à toutes ses pages par la musique et la sensualité, constat d'échec d'un pays et de ses aspirations, témoin que des hommes et des femmes font le choix d'y vivre, d'y connaître malgré tout des fulgurances heureuses ou malheureuses.

    (commentaire récupéré)


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    Re: Sylvain Prudhomme

    Message par topocl le Mer 21 Déc - 13:47

    Légende



    Sylvain Prudhomme aurait tout aussi bien pu appeler son livre Légendes...



    (La photo est de Lionel Roux, qui a inspiré le personnage de Nel)

    Légende de la Crau, cette zone de steppe proche de la Camargue, semée de cailloux par Jupiter, où l'on est berger de père en fils depuis des générations, et puis, soudain le fil des transmissions se casse. Mais le lien persiste, car si Chou, cette boite de nuit mythique a depuis longtemps périclité, la transhumance se poursuit, année après année et Nel continue inlassablement à la photographier : le quasi désert, les bâtiments à l'abandon, l'industrie qui envahit.
    Légende d'une époque de la vie française, dite glorieuse, où derrière les strass de la vie facile et brillante, de jeunes hommes étaient décimés , par une maladie qu'on voulait alors assimiler à une punition
    Légende de ces cousins, surnommés les Originaux ou les Africains, les deux frères ennemis, l'un collectionnant les conquêtes et l'autre découvrant dans les îles des papillons inconnus, tous deux le charme incarné, mais dont les vies interrompues cachaient des déchirures béantes.



    Matt, l'Anglais qui a adopté la région, tente de dénouer cet écheveau pour, au final, croyant décrire un lieu, ou une époque, se confronte à de simples et tragiques destins humains.

    "En écoutant Toussaint hier je me suis rendu compte que c'est ça qui me touche, plus que tout : la trajectoire des uns et des autres. Ce qu'ils ont vécu. Je me focalise depuis le début sur la Chou, mais ce qui me plaît au fond dans ce lieu c'est toutes ces vies qui s'y sont rencontrées. Tous ces chemins qui s'y sont croisés."


    C'est au final un roman d'une belle intensité avec une forte richesse d'évocation et d'écriture. Sylvain Prudhomme y parle d’hommes, avec toutes leurs contradictions, et d'amitié, dans l’adolescence comme dans la maturité. C'est une histoire ancrée : dans un paysage de contrastes qui ne se peut oublier, et dans une époque, laquelle, bien sûr, répond à d’autres temps.

    (commentaire récupéré)


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    Re: Sylvain Prudhomme

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