Lydie Salvayre

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Lydie Salvayre

Message par églantine le Sam 3 Déc - 11:54

Lydie Salvayre
Née en 1948



Lydie Salvayre naît en 1948 à Autainville d'un couple de républicains espagnols exilés dans le sud de la France depuis la fin de la Guerre civile espagnole. Son père est andalou, sa mère catalane. Elle passe son enfance à Auterive, près de Toulouse, dans le milieu modeste d'une colonie de réfugiés espagnols. Le français n'est pas sa langue maternelle, langue qu'elle découvre et avec laquelle elle se familiarise par la littérature.
Après son bac, elle suit des études de Lettres à l'Université de Toulouse, où elle obtient une licence de Lettres modernes, avant de s'inscrire en 1969 à la Faculté de Médecine. Son diplôme de médecine en poche, elle part se spécialiser en psychiatrie à Marseille où elle exerce plusieurs années comme psychiatre à la clinique de Bouc-Bel-Air.
Lydie Salvayre commence à écrire à la fin des années 1970 et commence à publier dans des revues littéraires d'Aix-en-Provence et de Marseille au début des années 1980.
Après plusieurs sélections de romans pour des prix littéraires, son œuvre La Compagnie des spectres, en 1997, reçoit le Prix Novembre, puis est élue « Meilleur livre de l'année » par la revue littéraire Lire. Elle obtient également le prix François Billetdoux pour son roman B.W..
En 2014, elle reçoit le prix Goncourt pour son roman Pas pleurer où apparaît la figure de Georges Bernanos et la voix de sa propre mère qui lui raconte au soir de sa vie la Révolution libertaire de 1936 en Espagne.
Son œuvre est traduite dans une vingtaine de langues.  

Oeuvres

1990 : La Déclaration, Julliard.
1991 : La Vie commune, Julliard.
1993 : La Médaille, Le Seuil.
1995 : La Puissance des mouches, Le Seuil.
1997 : La Compagnie des spectres, Le Seuil.
1997 : Quelques conseils aux élèves huissiers, Verticales.
1999 : La Conférence de Cintegabelle, Le Seuil.
2000 : Les Belles âmes, Le Seuil.
2001 : Le Vif du vivant, Cercle d'Art.
2002 : Et que les vers mangent le bœuf mort, Verticales.
2002 : Contre + CD audio avec Serge Teyssot-Gay et Marc Sens, Verticales.
2003 : Passage à l'ennemie, Le Seuil.
2005 : La méthode Mila, Le Seuil.
2006 : Dis pas ça + CD audio avec Serge Teyssot-Gay, Marc Sens et Jean-Paul Roy, Verticales.
2006 : Lumières sur la CCAS. Les activités sociales des salariés de l'énergie, collectif, Cercle d'Art.
2007 : Portrait de l'écrivain en animal domestique, Le Seuil.
2008 : Petit traité d'éducation lubrique, Cadex.
2009 : BW, Le Seuil.
2011 : Hymne, Le Seuil.
2013 : Sept femmes. Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes, Librairie Académique Perrin
2014 : Pas pleurer, Le Seuil. Prix Goncourt 20142.


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Re: Lydie Salvayre

Message par églantine le Sam 3 Déc - 11:57

Pas pleurer



Lydie Salvayre
, de son vrai nom  Lydie Arjona , offre aux lecteurs , à sa descendance et à sa mère , un texte d'une force insoupçonnée de prime abord car la structure de son oeuvre ne permet pas de ressentir dans l'immédiateté le caractère tragique de cette histoire ....

Entremêlant avec moult facéties la voix de sa mère qui raconte son fabuleux été 36 vécu comme une libération avec celle de Bernanos :

Imaginons une jeune paysanne "montée à la ville " , et quelle ville,  Barcelone !!!!.....emportée dans  le mouvement libertaire qui s'oppose à la montée inquiétante du fascisme et qui découvre une liberté nouvelle , liberté de moeurs , de pensée,  promesse de tous les possibles ,
car à  16 ans la vie nous appartient et qu'il est facile de traverser les évènements en toute inconscience ...

Imaginons aussi qu'à cet instant où la jeune Montse s'épanouit dans cette ivresse d'émancipation , Georges Bernanos découvre avec douleur , et culpabilité le rôle de sa sainte église catholique aux côtés des phalangistes se livrant à des tortures et assassinats à répétition ....au nom de l'église , de la droiture , de la fidélité aux "vraies valeurs " , multipliant les atrocités , encourageant la délation comme un acte qui vous sera récompensé par "dieu le père " !!!!

Imaginons une Espagne , en cette année 36 , tout à la fois exaltée , terrorisée , destabilisée,  sentant l'imminence de cette guerre civile qui marquera l'histoire de ce pays à jamais ...
imaginons le menu peuple , les gens de la terre soumis aux grands propriétaires terriens et à un système féodal bien enraciné , acculés à sortir de leur ignorance pour sauver leur peau ...

Tout va très vite , ce sont des débats passionnés :

Sentiment libertaire d'un côté , besoin d'afficher des idées nouvelles rattrapées par le communisme de l'autre ,face à un nationnalisme  qui monte monte , en puissance comme une bête dévoreuse ....

Et comme la grande histoire c'est la petite histoire qui la dévoile le mieux , Lydie Salvayre , dans une prose tour à tour envolée et lyrique , sèche et incisive , facétieuse plus souvent, dans l'art de retranscrire le fragnol(ce sabir entre français et espagnol délicieux à entendre )  de "su madre" avec truculence et moqueries affectueuses , élégantissime jusqu'à l'emploi de quelques subjonctifs imparfaits inattendus , nous emporte dans un rythme formidablement endiablé, picaresque ,et on ressort revigorés , émus , presque euphorisés par la dynamique du tympo !

Un projet ambitieux car c'est un mélange autobiographique autant que documentaire , sous une forme romancée  faussement désinvolte : L'insolence de Lydie Salvayre qui offre ainsi une danse toute personnelle (et dérangeante peut-être pour les lecteurs soucieux de "vérité historique") , est un véritable "pied de nez" à la souffrance qui englue ...

Pas pleurer , se souvenir de ce formidable été 36 ,rire , colérer , tempêter et oser les gros mots longtemps interdits car c'est bon d'être libre  , s'affirmer malicieusement à travers les mots inventés à mi chemin entre l'espagnol et le français et qui créent "mon identité "  et garder en mémoire de fond pour avancer l'histoire sanglante de "mi pais " ! Mi pais , car celui de "mi madre " , de son été 36 sous le soleil éclatant où les filles s'affirment loin du regard macho des pères , alors que le sang coule déjà à flots partout en Espagne et que ce n'est que le début  ....
Un bouleversant hommage d'une fille à sa mère,  écrit peut-être comme une nécessité, qui réveille les racines longtemps oubliées ....par confort de vie peut-être....confort devenu inconfortable ,  lorsque le temps qui n'en finit pas de passer crée un caractère d'urgence  !

Bouleversant !
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Re: Lydie Salvayre

Message par topocl le Sam 3 Déc - 14:06

Encore un Goncourt qui m'avait laissée sceptique...

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Re: Lydie Salvayre

Message par topocl le Sam 3 Déc - 14:07



Pas pleurer

La mère de Lydie Salvayre perd la mémoire, mais pas celle des événements qu'elle a vécus en Espagne en 36-37, que sans doute elle modifie, « améliore » auxquels elle donne tout le sens de sa vie. Lydie Salvayre nous transmet cette merveilleuse bouffée d'espoir, si compliquée, avec ce que cela implique de doutes et de remises en question, ce monde qu'on ne peut pa spenser « trop simplement »,ces bonnes intentions qui ont mal tourné, aussi terriblement que les mauvaises intentions auxquelles elles faisaient face.

S'accordant au tempérament joyeux et combatif de sa mère, elle nous offre un bel humour,alternant insensiblement  les deux voix, les deux points de vue, dans un texte où alternent le bon français de l'écrivain et la faconde imagée et pleine de barbarismes cocasses de la mère.
Ceci est une belle réussite, récit très enlevé,  personnages attachants et complexes, l'histoire du côté des petites gens, qui n'en saisissent pas forcément grand-chose si ce n'est joies et douleurs.

J'ai moins les affectations de style, introduction de parties quasi documentaires avec petit a et grand B, les énumérations avec tirets qui prennent une distance avec la prose romanesque, et encore moins les nombreux passages en espagnol non traduit, qui ne nuisent pas à la compréhension, mais font se sentir carrément exclu. Je n'ai pas compris l'intérêt de mener en parallèle le petit rappel sur l'attitude de Bernanos, catholique écœuré par les siens, dénonçant les atrocités de l'Eglise, fuyant l'horreur… Intéressant certes, mais sans aucun lien avec le récit qu'il n'enrichit pas.

Je garderai donc une opinion assez mitigée sur ce roman qui a de bons aspects et des moins bons.


(commentaire rapatrié)


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Re: Lydie Salvayre

Message par églantine le Sam 3 Déc - 14:14

topocl a écrit:Encore un Goncourt qui m'avait laissée sceptique...
Je peux le comprendre :
On peut facilement rester à quai , c'est un roman "atypique" , avec un choix d'écriture qui peut rebuter aussi .

Et rétrospectivement je pense pouvoir affirmer que mon engouement pour cette lecture est en grande partie liée à ma propre histoire et mes origines .
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