José Saramago

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José Saramago

Message par topocl le Jeu 22 Déc - 13:48

José Saramago
( 1922 -  1998 )



Issu d'une famille modeste du sud du Portugal, il est rapidement obligé d'abandonner ses études secondaires, commencées à Lisbonne, pour entrer dans une école professionnelle dont il sort avec un diplôme de serrurier. Parallèlement à sa formation, il se passionne pour la littérature et la langue française qu'il a longtemps pratiquée et admirée.

Il travaille pour plusieurs hôpitaux de la capitale et occupe ensuite des postes administratifs dans différentes entreprises. Il vit de divers métiers (dessinateur industriel, employé d'assurance, salarié d'une maison d'édition) avant de se lancer dans le journalisme3.

Après la chute du régime de Salazar, il est nommé à la tête du quotidien Diário de Notícias dont il est renvoyé un an plus tard, en 1975. Selon lui, ce licenciement est « la chance de sa vie » car il marque « le début de sa vie d'écrivain ».

Saramago explique lui-même cette percée tardive en littérature par son manque d'assurance et ses incertitudes. Dès lors, sa production demeure ininterrompue et foisonnante jusqu'à sa mort.

En 1998, il obtient le prix Nobel de littérature, « pour avoir, grâce à ses paraboles soutenues par l'imagination, la compassion et l'ironie, rendu sans cesse à nouveau tangible une réalité fuyante dans une œuvre aux profondeurs insoupçonnées et au service de la sagesse. ».

Il est également détenteur du prix Camões et est docteur honoris causa des universités de Bordeaux et Lille III8.

Atteint de leucémie, il meurt le 18 juin 2010.

José Saramago a passé ses dernières années aux îles Canaries, au large des côtes africaines.
wikipedia

Oeuvres en français

Poésie
Os Poemas Possíveis, 1966 : Les Poèmes possibles
   
Essais
Viagem a Portugal, 1981 : Pérégrinations portugaises
Discursos de Estocolmo, 1998 : Comment le personnage fut le maître et l'auteur son apprenti

Journaux
O Caderno, 2009 : Le Cahier

Contes et nouvelles
Objecto Quase, 1978 : Quasi objets
O Conto da Ilha Desconhecida, 1997 : Le Conte de l'île inconnue

Romans
Manual de pintura e caligrafia, 1977 : Manuel de peinture et de calligraphie
Levantado do chão, 1980 : Relevé de terre, Page 1,
Memorial do convento, 1982 : Le Dieu manchot
O ano da morte de Ricardo Reis, 1984 : L'Année de la mort de Ricardo Reis
A jangada de pedra, 1986 : Le Radeau de pierre
História do cerco de Lisboa, 1989 : Histoire du siège de Lisbonne
O Evangelho segundo Jesus Cristo, 1991 : L'Évangile selon Jésus-Christ
Ensaio sobre a cegueira, 1995 : L'Aveuglement
Todos os nomes, 1997 : Tous les noms
A caverna, 2000 : La Caverne
O homem duplicado, 2002 (Adapté au cinéma en 2013 sous le titre Enemy) : L'Autre comme moi
Ensaio sobre a lucidez, 2004 : La Lucidité, Page 1,
As intermitências da morte, 2005 : Les Intermittences de la mort
A Viagem do Elefante, 2008 : Le Voyage de l'éléphant
Caim, 2009 : Caïn, Page 1,
Claraboia, 2011 : La Lucarne


Dernière édition par topocl le Jeu 22 Déc - 15:40, édité 1 fois

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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 22 Déc - 13:52

Caïn



Amen. D'aucuns penseront que le malicieux caïn abuse de la situation, jouant au chat et à la souris avec ses innocents compagnons de navigation, lesquels, comme le lecteur l'a déjà soupçonné, il s'était mis à éliminer l'un après l'autre. Celui qui aura cru cela se sera trompé. Caïn se débat avec sa colère contre le seigneur comme s'il était prisonnier des tentacules d'une pieuvre, et ses victimes d'à présent, comme abel dans le passé, ne sont que de nouvelles tentatives de tuer dieu.
   (...)
   Et dieu, que dira dieu, demanda Noé, Pars tranquille, je me charge de dieu.

Saramago parle ici de caïn, son caïn réinventé, mais le lecteur ébloui ne se laisse pas abuser, caïn n'est que le complice qui permet à l'auteur, à travers les mots, « jouant au chat et à la souris », de « se débat[tre] avec sa [propre] colère contre le seigneur ».

   Ce garçon irait loin. C'eût peut-être été le cas si le seigneur n'avait pas croisé son chemin. Toutefois, il allait déjà assez loin, mais pas dans le sens prophétisé par son père.

L'auteur s'amuse, affabule sur la trame de l'histoire de caïn, chassé par dieu après le meurtre premier, condamné à l'errance, marqué à vie. Il déambule donc de lieu en lieu, lui, l’agriculteur dans l'âme, mais surtout d'un temps à l'autre , et connaît ainsi un certain nombre des épisodes bibliques marquants (jéricho, sodome et gomorrhe, le sacrifice d'isaac, le veau d'or, le déluge...). Et caïn, qui n'est pas l'obéissant aveugle attendu de Dieu, voit tout cela de son œil d'homme meurtri, ramène les  grands questionnements au terre à terre, n'hésite pas devant les anachronismes, réfléchit, s'interroge, s'offusque. Juge dieu, sacrilège suprême, lequel lui apparaît  vengeur, égoïste, jaloux, imbu de lui-même et tyrannique, disposant  des hommes qu'il malmène dans un monde implacable. Où est l'amour? Certes, il n'apporte pas de  contre-proposition, mais comme il semble suggérer que n'importe quelle solution serait meilleure, est-ce bien important ?

   L'histoire des hommes est l'histoire de leur mésentente avec dieu, il ne nous comprend pas et nous ne le comprenons pas.

Irrévérence première, saramago supprime les  majuscules nominales, ce que j'ai respecté dans mon commentaire. Dieu pas plus que les  hommes n'y ont droit. Il supprime aussi les dialogues , lesquels s'enchaînent sans guillemets, sans tirets, sans retours à la ligne, conservant  la fluidité du récit, comme pour entériner des évidences.

Tout cela peut sembler fort sombre ? Ca l'est : la religion, des hommes pris dans des carcans de pensée, souffrant et faisant souffrir pour cela, un monde sans pitié… Mais au-delà se de cette réflexion, ce livre est  à se tordre de rire. À chaque page saramago a un regard facétieux, joueur qui rend son propos jouissif et percutant.

Alors saramago, prix nobel de l' humour - d'un humour constructif parce qu'il interroge, et démoniaquement intelligent ?
 
Comme tout, les mots ont leurs quoi, leurs comment et leurs pourquoi. Certains, solennels, nous interpellent d'un air pompeux, se rengorgeant comme s'ils étaient destinés à de grandes choses, et ne voilà-t-il pas qu'il n'étaient qu'une brise légère, incapable de déplacer une aile de moulin, d'autres, communs, habituels, des mots de tous les jours finissent par avoir des conséquences que personne ne se serait hasardé  à prévoir, ils n'étaient pas nés pour cela et pourtant ils ébranlèrent le monde.


(commentaire récupéré


mots-clés : #religion

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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 22 Déc - 13:54

Relevé de terre  



   Le latifundium connaît parfois des pauses, les journées sont indifférenciées ou paraissent telles, quel jour est-on aujourd'hui. Il est vrai qu'on meurt et naît comme on le faisait à des époques plus significatives, car la faim ne se distingue pas dans les besoins de l'estomac et le dur labeur ne s'est presque pas allégé. Les plus grands changements se produisent à l'extérieur, davantage de routes et plus d'automobiles sur elles, davantage de radios et plus de temps passé à les écouter, les comprendre est une autre paire de manches, davantage de bières et de limonades, cependant, quand un homme se couche le soir, dans son propre lit ou sur la paille des champs, la douleur du cœur est la même et il a bien de la chance s'il n'est pas sans travail. Ce n'est même pas la  peine de parler des femmes, tant leur destin de pondeuses et de bêtes de somme reste inchangé.


Du début du siècle à la Révolution des Œillets, à travers quatre générations d'une famille paysanne , José Saramago nous raconte cent  ans de solitude, de misère et de servitudes au Portugal.
Et c'est un roman magistral, qui montre le dénuement absolu, l'obéissance servile à la Patrie, aux riches propriétaires terriens et à l'église, la prise de conscience progressive, l'audacieux chemin du progrès.



Ne comptez pas sur un roman social réaliste. Saramago y va de sa verve, de sa poésie, de son imagination débordante et de son humour. Sa phrase s’emporte, s'arrête, reprend, divague . Au-delà de l’émotion qui saisit face à ses personnages aussi humbles qu’audacieux il dresse la fresque historique  d'un peuple qui sort des ténèbres. Il y met ses habituels apartés de narrateur, confiant parfois l'observation aux fourmis ou aux  milans du ciel, dialoguant avec un personnage, changeant d'époque, de rythme, introduisant telle légende, telle digression, amenant des moments de puissante émotion romanesque...

Ce roman a un souffle magistral, il raconte un pays entier avec une force émotionnelle exceptionnelle.
Un très grand livre pour un très grand auteur.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #social

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Re: José Saramago

Message par bix_229 le Jeu 22 Déc - 15:16



LA LUCIDITE

J'avais l'air de me moquer de Saramago, hier. Oui, mais non. En fait, je me plaignais surtout de n'être pas en état de lire convenablement. Ce qui est dommage parce que La Lucidité est un livre rempli de choses intéressante sur notre propre situation, ici, en France, avant l'élection présidentielle.

Voilà un livre qui sous l'apparence d'une fable ironique s'attaque à la chère et vertueuse démocratie ! Et comment ceux qui la gouvernent traitent la population qui ne veut pas jouer le jeu des élections démocratiques… Une démocratie qui se débarrasse alors de ses oripeaux pour tourner à la tyrannie et à la dictature, qui n'est que la face cachée de la démocratie. Une main de fer dans un gant de velours ? Même pas... le Chili avec Pinochet, la Grèce avec les colonels... Etc. C'est fragile, une démocratie et versatile et sujet à changements sans préavis...

Mais ce livre est bien une fiction, une fiction drôle, mordante et satirique qu'on doit lire effectivement avec lenteur, le style et la narration restant pafaitement cohérents.

Message récupéré


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Re: José Saramago

Message par bix_229 le Jeu 22 Déc - 15:18

LA LUCIDITE : Petit additif

Au fil des pages, le récit, de boufonnrie noire, tourne à la tragédie. Et le "héros" meurt à la fin. Les héros meurent pour rien ou presque. Mais celui-là meurt en paix. Peut etre Saramago a-t-il voulu montrer que le cynisme des hommes politiques pouvait etre mis en échec par quelques hommes honnètes, courageux et de bonne volonté. René Char écrit :

Dis ce que le feu hésite à dire...

Et meurs de l' avoir dit pour tous.

Et quand les gens qu' il va sauver lui demandent pourquoi il les aide, il répond :

Simplement à cause d' une phrase trouvée dans un livre il y a longtemps et que j' avais oubliée... "Nous naissons et à cet instant c' est comme si nous avions signé un pacte pour toute la vie, mais un jour peut arriver où nous nous demandons Qui a signé cela pour moi." P. 313

En sa dernière nuit, il pense et monologue avec lui meme :

"Le commissaire divague. Il s' est assis sur son lit, puis laissé tomber en arrière, il ferme les yeux et implore le sommeil de ne pas tarder, Je sais bien que la nuit a à peine commencé, qu' une clarté subsiste encore dans le ciel, mais je veux dormir comme il parait que dort la pierre, sans les leurres du reve, ... s' il vous plait, au moins jusq' à demain, si davantage n' est pas possible.

Le sommeil entendit son appel éploré, il se précipita et resta quelques instants, puis se retira pour que le commissaire se déshabille et se metter au lit, mais il revint presque aussitot et resta toute la nuit à ses cotés, chassant les reves au loin, vers le pays des fantomes, là où, unissant le feu à l' eau, ils naissent et se multiplient". P. 347


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Re: José Saramago

Message par Tristram le Jeu 22 Déc - 16:58

« …] la langue choisit probablement les écrivains qui lui sont nécessaires, elle les utilise pour exprimer une parcelle de la réalité, j'aimerais voir ce que sera la vie, quand la langue après avoir tout dit se taira. »
José Saramago, « L'année de la mort de Ricardo Reis »
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Re: José Saramago

Message par Chamaco le Jeu 22 Déc - 20:04

J'ai "Relevé de terre" dans ma L.A.L, mais pas encore eu le temps de le lire...
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