José Saramago

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José Saramago

Message par topocl le Jeu 22 Déc - 13:48

José Saramago
( 1922 -  1998 )



Issu d'une famille modeste du sud du Portugal, il est rapidement obligé d'abandonner ses études secondaires, commencées à Lisbonne, pour entrer dans une école professionnelle dont il sort avec un diplôme de serrurier. Parallèlement à sa formation, il se passionne pour la littérature et la langue française qu'il a longtemps pratiquée et admirée.

Il travaille pour plusieurs hôpitaux de la capitale et occupe ensuite des postes administratifs dans différentes entreprises. Il vit de divers métiers (dessinateur industriel, employé d'assurance, salarié d'une maison d'édition) avant de se lancer dans le journalisme3.

Après la chute du régime de Salazar, il est nommé à la tête du quotidien Diário de Notícias dont il est renvoyé un an plus tard, en 1975. Selon lui, ce licenciement est « la chance de sa vie » car il marque « le début de sa vie d'écrivain ».

Saramago explique lui-même cette percée tardive en littérature par son manque d'assurance et ses incertitudes. Dès lors, sa production demeure ininterrompue et foisonnante jusqu'à sa mort.

En 1998, il obtient le prix Nobel de littérature, « pour avoir, grâce à ses paraboles soutenues par l'imagination, la compassion et l'ironie, rendu sans cesse à nouveau tangible une réalité fuyante dans une œuvre aux profondeurs insoupçonnées et au service de la sagesse. ».

Il est également détenteur du prix Camões et est docteur honoris causa des universités de Bordeaux et Lille III8.

Atteint de leucémie, il meurt le 18 juin 2010.

José Saramago a passé ses dernières années aux îles Canaries, au large des côtes africaines.
wikipedia

Oeuvres en français

Poésie
Os Poemas Possíveis, 1966 : Les Poèmes possibles
   
Essais
Viagem a Portugal, 1981 : Pérégrinations portugaises
Discursos de Estocolmo, 1998 : Comment le personnage fut le maître et l'auteur son apprenti

Journaux
O Caderno, 2009 : Le Cahier

Contes et nouvelles
Objecto Quase, 1978 : Quasi objets
O Conto da Ilha Desconhecida, 1997 : Le Conte de l'île inconnue

Romans
Manual de pintura e caligrafia, 1977 : Manuel de peinture et de calligraphie
Levantado do chão, 1980 : Relevé de terre, Page 1,
Memorial do convento, 1982 : Le Dieu manchot
O ano da morte de Ricardo Reis, 1984 : L'Année de la mort de Ricardo Reis
A jangada de pedra, 1986 : Le Radeau de pierre
História do cerco de Lisboa, 1989 : Histoire du siège de Lisbonne
O Evangelho segundo Jesus Cristo, 1991 : L'Évangile selon Jésus-Christ
Ensaio sobre a cegueira, 1995 : L'Aveuglement
Todos os nomes, 1997 : Tous les noms
A caverna, 2000 : La Caverne
O homem duplicado, 2002 (Adapté au cinéma en 2013 sous le titre Enemy) : L'Autre comme moi
Ensaio sobre a lucidez, 2004 : La Lucidité, Page 1,
As intermitências da morte, 2005 : Les Intermittences de la mort
A Viagem do Elefante, 2008 : Le Voyage de l'éléphant
Caim, 2009 : Caïn, Page 1,
Claraboia, 2011 : La Lucarne


Dernière édition par topocl le Jeu 22 Déc - 15:40, édité 1 fois

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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 22 Déc - 13:52

Caïn



Amen. D'aucuns penseront que le malicieux caïn abuse de la situation, jouant au chat et à la souris avec ses innocents compagnons de navigation, lesquels, comme le lecteur l'a déjà soupçonné, il s'était mis à éliminer l'un après l'autre. Celui qui aura cru cela se sera trompé. Caïn se débat avec sa colère contre le seigneur comme s'il était prisonnier des tentacules d'une pieuvre, et ses victimes d'à présent, comme abel dans le passé, ne sont que de nouvelles tentatives de tuer dieu.
   (...)
   Et dieu, que dira dieu, demanda Noé, Pars tranquille, je me charge de dieu.

Saramago parle ici de caïn, son caïn réinventé, mais le lecteur ébloui ne se laisse pas abuser, caïn n'est que le complice qui permet à l'auteur, à travers les mots, « jouant au chat et à la souris », de « se débat[tre] avec sa [propre] colère contre le seigneur ».

   Ce garçon irait loin. C'eût peut-être été le cas si le seigneur n'avait pas croisé son chemin. Toutefois, il allait déjà assez loin, mais pas dans le sens prophétisé par son père.

L'auteur s'amuse, affabule sur la trame de l'histoire de caïn, chassé par dieu après le meurtre premier, condamné à l'errance, marqué à vie. Il déambule donc de lieu en lieu, lui, l’agriculteur dans l'âme, mais surtout d'un temps à l'autre , et connaît ainsi un certain nombre des épisodes bibliques marquants (jéricho, sodome et gomorrhe, le sacrifice d'isaac, le veau d'or, le déluge...). Et caïn, qui n'est pas l'obéissant aveugle attendu de Dieu, voit tout cela de son œil d'homme meurtri, ramène les  grands questionnements au terre à terre, n'hésite pas devant les anachronismes, réfléchit, s'interroge, s'offusque. Juge dieu, sacrilège suprême, lequel lui apparaît  vengeur, égoïste, jaloux, imbu de lui-même et tyrannique, disposant  des hommes qu'il malmène dans un monde implacable. Où est l'amour? Certes, il n'apporte pas de  contre-proposition, mais comme il semble suggérer que n'importe quelle solution serait meilleure, est-ce bien important ?

   L'histoire des hommes est l'histoire de leur mésentente avec dieu, il ne nous comprend pas et nous ne le comprenons pas.

Irrévérence première, saramago supprime les  majuscules nominales, ce que j'ai respecté dans mon commentaire. Dieu pas plus que les  hommes n'y ont droit. Il supprime aussi les dialogues , lesquels s'enchaînent sans guillemets, sans tirets, sans retours à la ligne, conservant  la fluidité du récit, comme pour entériner des évidences.

Tout cela peut sembler fort sombre ? Ca l'est : la religion, des hommes pris dans des carcans de pensée, souffrant et faisant souffrir pour cela, un monde sans pitié… Mais au-delà se de cette réflexion, ce livre est  à se tordre de rire. À chaque page saramago a un regard facétieux, joueur qui rend son propos jouissif et percutant.

Alors saramago, prix nobel de l' humour - d'un humour constructif parce qu'il interroge, et démoniaquement intelligent ?
 
Comme tout, les mots ont leurs quoi, leurs comment et leurs pourquoi. Certains, solennels, nous interpellent d'un air pompeux, se rengorgeant comme s'ils étaient destinés à de grandes choses, et ne voilà-t-il pas qu'il n'étaient qu'une brise légère, incapable de déplacer une aile de moulin, d'autres, communs, habituels, des mots de tous les jours finissent par avoir des conséquences que personne ne se serait hasardé  à prévoir, ils n'étaient pas nés pour cela et pourtant ils ébranlèrent le monde.


(commentaire récupéré


mots-clés : #religion

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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 22 Déc - 13:54

Relevé de terre  



   Le latifundium connaît parfois des pauses, les journées sont indifférenciées ou paraissent telles, quel jour est-on aujourd'hui. Il est vrai qu'on meurt et naît comme on le faisait à des époques plus significatives, car la faim ne se distingue pas dans les besoins de l'estomac et le dur labeur ne s'est presque pas allégé. Les plus grands changements se produisent à l'extérieur, davantage de routes et plus d'automobiles sur elles, davantage de radios et plus de temps passé à les écouter, les comprendre est une autre paire de manches, davantage de bières et de limonades, cependant, quand un homme se couche le soir, dans son propre lit ou sur la paille des champs, la douleur du cœur est la même et il a bien de la chance s'il n'est pas sans travail. Ce n'est même pas la  peine de parler des femmes, tant leur destin de pondeuses et de bêtes de somme reste inchangé.


Du début du siècle à la Révolution des Œillets, à travers quatre générations d'une famille paysanne , José Saramago nous raconte cent  ans de solitude, de misère et de servitudes au Portugal.
Et c'est un roman magistral, qui montre le dénuement absolu, l'obéissance servile à la Patrie, aux riches propriétaires terriens et à l'église, la prise de conscience progressive, l'audacieux chemin du progrès.



Ne comptez pas sur un roman social réaliste. Saramago y va de sa verve, de sa poésie, de son imagination débordante et de son humour. Sa phrase s’emporte, s'arrête, reprend, divague . Au-delà de l’émotion qui saisit face à ses personnages aussi humbles qu’audacieux il dresse la fresque historique  d'un peuple qui sort des ténèbres. Il y met ses habituels apartés de narrateur, confiant parfois l'observation aux fourmis ou aux  milans du ciel, dialoguant avec un personnage, changeant d'époque, de rythme, introduisant telle légende, telle digression, amenant des moments de puissante émotion romanesque...

Ce roman a un souffle magistral, il raconte un pays entier avec une force émotionnelle exceptionnelle.
Un très grand livre pour un très grand auteur.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #social

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Re: José Saramago

Message par bix_229 le Jeu 22 Déc - 15:16



LA LUCIDITE

J'avais l'air de me moquer de Saramago, hier. Oui, mais non. En fait, je me plaignais surtout de n'être pas en état de lire convenablement. Ce qui est dommage parce que La Lucidité est un livre rempli de choses intéressante sur notre propre situation, ici, en France, avant l'élection présidentielle.

Voilà un livre qui sous l'apparence d'une fable ironique s'attaque à la chère et vertueuse démocratie ! Et comment ceux qui la gouvernent traitent la population qui ne veut pas jouer le jeu des élections démocratiques… Une démocratie qui se débarrasse alors de ses oripeaux pour tourner à la tyrannie et à la dictature, qui n'est que la face cachée de la démocratie. Une main de fer dans un gant de velours ? Même pas... le Chili avec Pinochet, la Grèce avec les colonels... Etc. C'est fragile, une démocratie et versatile et sujet à changements sans préavis...

Mais ce livre est bien une fiction, une fiction drôle, mordante et satirique qu'on doit lire effectivement avec lenteur, le style et la narration restant pafaitement cohérents.

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mots-clés : #politique
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Re: José Saramago

Message par bix_229 le Jeu 22 Déc - 15:18

LA LUCIDITE : Petit additif

Au fil des pages, le récit, de boufonnrie noire, tourne à la tragédie. Et le "héros" meurt à la fin. Les héros meurent pour rien ou presque. Mais celui-là meurt en paix. Peut etre Saramago a-t-il voulu montrer que le cynisme des hommes politiques pouvait etre mis en échec par quelques hommes honnètes, courageux et de bonne volonté. René Char écrit :

Dis ce que le feu hésite à dire...

Et meurs de l' avoir dit pour tous.

Et quand les gens qu' il va sauver lui demandent pourquoi il les aide, il répond :

Simplement à cause d' une phrase trouvée dans un livre il y a longtemps et que j' avais oubliée... "Nous naissons et à cet instant c' est comme si nous avions signé un pacte pour toute la vie, mais un jour peut arriver où nous nous demandons Qui a signé cela pour moi." P. 313

En sa dernière nuit, il pense et monologue avec lui meme :

"Le commissaire divague. Il s' est assis sur son lit, puis laissé tomber en arrière, il ferme les yeux et implore le sommeil de ne pas tarder, Je sais bien que la nuit a à peine commencé, qu' une clarté subsiste encore dans le ciel, mais je veux dormir comme il parait que dort la pierre, sans les leurres du reve, ... s' il vous plait, au moins jusq' à demain, si davantage n' est pas possible.

Le sommeil entendit son appel éploré, il se précipita et resta quelques instants, puis se retira pour que le commissaire se déshabille et se metter au lit, mais il revint presque aussitot et resta toute la nuit à ses cotés, chassant les reves au loin, vers le pays des fantomes, là où, unissant le feu à l' eau, ils naissent et se multiplient". P. 347


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Re: José Saramago

Message par Tristram le Jeu 22 Déc - 16:58

« …] la langue choisit probablement les écrivains qui lui sont nécessaires, elle les utilise pour exprimer une parcelle de la réalité, j'aimerais voir ce que sera la vie, quand la langue après avoir tout dit se taira. »
José Saramago, « L'année de la mort de Ricardo Reis »
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Re: José Saramago

Message par Chamaco le Jeu 22 Déc - 20:04

J'ai "Relevé de terre" dans ma L.A.L, mais pas encore eu le temps de le lire...
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Re: José Saramago

Message par tom léo le Mer 13 Sep - 22:13



La Caverne


Original: A caverna (portugiesisch)

CONTENU:
Cipriano Algor et sa fille sont des potiers modestes qui livrait régulièrement le „Centre“, complexe de supermarché et plus que cela, se trouvant dans la ville proche. Un jour on lui dit que ses pièces ne sont plus demandées : le plastique serait bien plus utile et ainsi on lui coupe le contrat. Sa fille est mariée avec un garde du « Centre », qui réfléchit d’y déménager bientôt avec sa petite famille. Mais pourtant, Cipriano se met à chercher une nouvelle stratégie...

OPINION:
J’avais interrompu la lecture du „Siège de Lisbonne“: Le style de Saramago est bien si exigeant que d’y ajouter de le lire en français, qui n’est pas ma langue maternelle, revient à un vrai exploit. Alors je lui ai donné une deuxième chance avec « La caverne » que j’ai lue donc en allemand (« Das Zentrum ») et, comment dire, j’ai eu de la chance ! Je suis ravi du livre, pas seulement parce qu’il parle de manière bien crédible d’un potier et décrit certains aspects de son travail très bien. Non, d’un coup son style sans points et virgules etc m’apparaissait beaucoup moins artificiel et lourd, mais presque rafraichissant dans les dialogues, accélérant la vitesse, y mettant du sel. Cela demande une attention au lecteur, mais on s’y habitue.
Certains sujets du livre – comme par exemple la globalisation, un totalitarisme capitaliste, la mise à l’écart de tout ce qui appartient au passé dans une société anonyme etc. - sont graves. Pourtant on trouve aussi une certaine dose d’humour et des descriptions pleines d’humanité des relations en famille et amoureuses. Puis – pour les amateurs des chiens – il y a même une bonne place pour ce compagnon qui apparaît dans le moment le plus obscur.
Quelques fois une certaine langage laconique semble contredire des propos graves, mais c’est la façon de l’auteur !

Peut-être trouvera-t-on l’importance du „centre“ sur la vie des hommes absurde ou grotesque, mais on peut y voir des critiques justifiés par rapport au «système ». Et la réalité n’est peut-être pas si loin que ça ! La fin du roman surprendra l’un ou l’autre : quel chemin choisir avec ou contre le système ?

Ce livre m’a fait apprécier Saramago et me donne envie, plus tard, d’y revenir.

mots-clés : #mondialisation #social
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Re: José Saramago

Message par Tristram le Mer 13 Sep - 22:22

Oui, lecture exigeante, mais qui récompense :

« …] Une chose est ce que chaque jour apporte, une autre ce que nous–mêmes nous apportons à chaque jour, La veille, Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, La veille est ce que nous apportons à chaque jour que nous vivons, la vie consiste à charrier des veilles comme on charrie des pierres, quand on n’est plus capable de les charrier, le charroi s’arrête et le dernier jour est le seul que l’on ne puisse qualifier de veille [… »
José Saramago, « La Caverne »
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Re: José Saramago

Message par animal le Mer 13 Sep - 22:42

Je n'avais pas accroché à L'aveuglement et depuis je n'ose pas réessayer.

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Re: José Saramago

Message par Tristram le Mer 13 Sep - 22:50

Il me semble que j'avais préféré Le Dieu manchot, Tous les noms, L'année de la mort de Ricardo Reis et L’évangile selon Jésus-Christ à ces deux-là. Et ça te changerait de Kourouma...
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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 14 Sep - 8:11

animal a écrit:Je n'avais pas accroché à L'aveuglement et depuis je n'ose pas réessayer.
Je n'avais pas accroché à l'aveuglement, mais depuis j'ai lu plein de choses bien (voir plus haut)

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Re: José Saramago

Message par animal le Jeu 14 Sep - 12:46

tu mettrais quel genre de nuance entre l'aveuglement et ces autres ?

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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 14 Sep - 13:38

animal a écrit:tu mettrais quel genre de nuance entre l'aveuglement et ces autres ?
Nuance? Allons-y dans la nuance: L'aveuglement c'était pas bien et les autres c'était bien.
(C'était très ancien l'aveuglement)

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Re: José Saramago

Message par bix_229 le Jeu 14 Sep - 16:29

La Lucidité c' est très bien en tout cas.
C' est la suite de L' Aveuglement, enfin je crois.
La lucidité après l' aveuglement, ça va de soi, non ?
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Re: José Saramago

Message par Marie le Jeu 14 Sep - 18:19

Mon préféré, c'est le premier que j'ai lu: Tous les noms.
Mais j'avais bien aimé L'aveuglement, moi..

Notes récupérées:




Je crois que j'ai trouvé ce qu'il manquait au film Blindness adapté de L'aveuglement magnifiquement traduit du portugais par Geneviève Leibrich.
L'écriture..
Et ses descriptions du chaos après que les habitants d'un pays ( sauf une, allez savoir pourquoi..) aient été frappés par une épidémie qui les prive simplement d'un de leurs sens. Oui, mais lequel, la vue.
Et les petites reflexions philosophico-ironiques, qui ponctuent ce récit touffu, sans presque aucune respiration, des conséquences de cette épidémie. Conséquences bien réalistes , on dérape et on baigne du début à la fin dans les immondices . Privé de vue, l'homme redevient très vite un animal. Avec ses besoins élémentaires. Et la société se réorganise autour de ces besoins.
Quand les besoins naturels pressent cruellement, quand le corps ne peut plus se retenir tant la douleur et l'angoisse sont grandes, alors l'animal que nous sommes se manifeste dans toute sa présence.

Jusqu'à ce que... survienne un très beau "personnage", le chien buveur de larmes.

"Le chien des larmes s'approcha d'elle, il sait toujours quand on a besoin de lui, la femme du médecin se cramponna à lui, non pas qu'elle ne continuât pas à aimer son mari, non pas qu'elle n'aimât pas tous ceux qui étaient là, mais son impression de solitude fut si forte en cet instant, si intolérable, qu'il lui sembla qu'elle ne pourrait être adoucie que par l'étrange soif avec laquelle le chien buvait ses larmes."

Parabole, petit conte philosophique, en tout un roman troublant que l'on ne peut pas abandonner facilement.

Lu également:
Les intermittences de la mort
traduit du portugais par Geneviève Leibrich


La mort, cependant, qui, à cause des devoirs de sa charge,avait entendu tant d'autres musiques, notamment la marche funèbre de ce même chopin ou l'adagio assai de la troisième symphonie de beethoven, eut pour la première fois de sa très longue vie la perception de ce qui pourrait devenir une parfaite concordance entre ce qui est dit et la façon dont c'est dit. Peu lui importait que ce fût le portrait musical du violoncelliste, probablement avait-il fabriqué dans sa tête les ressemblances alléguées , réelles et imaginaires, ce qui impressionnait la mort c'était le sentiment d'avoir entendu dans ces cinquante-huit secondes de musique une transposition rythmique et mélodique de toute vie humaine, ordinaire ou extraordinaire, à cause de sa tragique brièveté, de son intensité désespérée, et aussi à cause de cet accord final qui était comme un point de suspension laissé dans l'air, dans le vague, quelque part, comme si, irrémédiablement, quelque chose restait encore à dire.



Et voici donc l'histoire de la mort ,dans ce conte fantastique ,qui , dans un premier temps, décide de faire grève! Et ce qui s'en suit, et on peut faire confiance à Saramago pour explorer dans le détail les inconvénients de cet évènement. Et les moyens employés pour contrer ces inconvénients. Et les propres inconvénients liés à ces moyens employés...Mais..je ne vais pas vous raconter l'histoire, effectivement, on a toujours l'impression d'entendre quelqu'un vous raconter une histoire à voix haute, et on attend la suite!
Sachez toutefois que la mort va tomber amoureuse d'un violoncelliste. Et de son chien. Et qu'on ne sait pas si la faux, à qui elle a confié la tâche d'envoyer les enveloppes violettes pendant son absence , va vraiment s'en charger. Ca reste un mystère , car, quand même, le lendemain ,personne ne mourut.

Roman paru en 2005, Saramago avait 83 ans.

En exergue:
Pense,par exemple, davantage à la mort- et il serait étrange en vérité que tu n'aies pas accès ce faisant à de nouvelles représentations, à de nouveaux domaines du langage. Wittgenstein


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Re: José Saramago

Message par topocl le Jeu 14 Sep - 19:40

Marie a écrit:Lu également:
Les intermittences de la mort

Alors, je rapatrie aussi un commentaire ancien un peu paresseux:

Les intermittences de la mort


Entre conte philosophique et sketch humoristique, voici un récit qui met en scène la mort, celle qui est connue comme implacable, et que Saramago transforme peu à peu en une figure humaine.

On se laisse le plus souvent emporter, malgré quelques longueurs, par cette histoire facétieuse, pleine de digressions savoureuses, où  Saramago, conteur fécond, se joue des mots, des situations et du lecteur.

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Re: José Saramago

Message par animal le Jeu 14 Sep - 20:26

on verra on verra...

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Re: José Saramago

Message par églantine le Jeu 14 Sep - 21:35

L'aveuglement , je l'ai lu il y a plus de 20 ans : je ne crois pas pouvoir dire que je l'avais aimé mais sûr qu'il m'a marquée , je me souviens du profond malaise qui m'avait envahie .

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Re: José Saramago

Message par Tristram le Jeu 5 Oct - 13:34

Manuel de peinture et de calligraphie




H., peintre conventionnel résigné, est chargé de faire le portrait de S., administrateur d’une grande entreprise portugaise. Pour essayer de réaliser une œuvre vraie, c'est-à-dire de déchiffrer et rendre vraiment la personnalité de son modèle, « pour découvrir la vérité de S. », il peint secrètement un second portrait en parallèle, puis en tente un troisième par écrit : l’ouvrage que le lecteur découvre, deuxième roman de José Saramago. D’abord tentative de saisir S., le texte devient moyen d’introspection, recueil de considérations psychologiques et métaphysiques (conscient d’être un mauvais peintre, il comprend pourtant la peinture en sensible érudit, et apprend en autodidacte l'art de l’écriture), puis exercices d’autobiographie (voyage en Italie, notamment à la biennale de Venise ‒ voir tableau de Fabrizio Clerici) pour en démêler fiction et réalité (le tout constituant effectivement, aussi, un autoportrait).

« Celui qui peint un portrait se dépeint lui-même. Voilà pourquoi ce qui importe, c’est le peintre, pas le modèle, et le portrait n’a de valeur que dans la mesure où l’artiste est un bon peintre. »

« Probablement qu'aucune vie ne peut être contée, car la vie ressemble à des pages de livre superposées ou à des couches d'encre qui, si on les ouvre ou les feuillette pour les lire ou pour les regarder, se défont en poussière et pourrissent aussitôt : viennent à manquer la force invisible qui les tenait ensemble, leur propre poids, leur agglutination, leur continuité. La vie, c’est aussi des minutes qui ne peuvent se dissocier les unes des autres et le temps est sans doute une masse gélatineuse, épaisse et obscure, dans laquelle il est difficile de nager quand on a au-dessus de soi une clarté indéchiffrée qui s’éteint lentement, tel un jour qui, étant né, retournerait à la nuit dont il est issu. Ces choses que j’écris, si je les ai déjà lues, je les reproduis, mais pas intentionnellement. Si je ne les ai jamais lues, je les invente, et si au contraire je les ai lues, je les ai donc apprises et j’ai le droit de m’en servir comme si elles étaient miennes et inventées à l’instant même. »

« Je n’en étais pas conscient quand je l’ai écrit, Je le sais maintenant en réécrivant le texte (leçon importante : rien ne doit être écrit une seule fois seulement). En réalité je me suis trahi, mais personne ne le devinerait, parce que la première fois on se sert toujours d’une langue secrète qui dit tout, mais que rien ne permet de comprendre. Seule la deuxième langue explique, mais tout redeviendrait secret si le code de la première langue était oublié ou perdu en cet instant précis. La deuxième langue, sans la première, sert à raconter des histoires, ce sont les deux réunies qui font la vérité. »

« Mais écrire (cela, je l’ai déjà appris) est un choix, comme peindre. On choisit des mots, des phrases, des parties de dialogue comme on choisit des couleurs ou comme on détermine la longueur et la direction des lignes. Le contour du dessin d'un visage peut être interrompu sans que le visage cesse d'être visage : il n'y a aucun danger que la matière contenue à l'intérieur de cette limite arbitraire s'écoule par l'ouverture. Pour la même raison, en écrivant on abandonne ce qui ne sert pas au récit, même si les mots ont rempli, au moment où ils ont été dits, leur premier devoir d'utilité : l'essentiel est préservé dans cette autre ligne interrompue qu'est l'écriture. »

« D’ailleurs, la meilleure contre la mort n’est pas simplement la vie, pour unique, pour précieuse qu’elle soit légitimement. Cette meilleure arme n’est pas ma vie que la mort effraye, c’est tout ce qui fut vie avant elle et qui perdure, d’être en être, jusqu’à aujourd’hui. »




H. comme Saramago ont aussi le coup d’œil, telle cette observation si juste qu’elle grince :

« Carmo et Sandra étaient déjà assis et grignotaient poétiquement du fromage frais en buvant du vin. Notre classe sociale aime bien ce genre de restaurant, populaire ma non troppo, avec des nappes à ramages et des carreaux de faïence sur les murs, avec des gens du peuple pour servir et faire la cuisine. Pourtant, par je ne sais quel mystère, la clientèle a toujours cet air civilisé, avec un zeste d’intellectualité et de simplicité prétentieuse qui est la nouvelle façon d’être cosmopolite, à une époque où tout le monde l’est ou est en passe de le devenir. »

Cette lecture également aussi pour (re)visiter l’Italie, ses villes et ses pinacothèques.
Enfin le texte, qui évoque Socrate et Marx, mais aussi les amis et les relations féminines de H., est rattrapé par l’actualité politique, la lutte contre le fascisme.

« "Mon amour." Répéter ces deux mots sur dix pages, les écrire sans interruption, sans relâche, sans une seule clairière, d'abord lentement, une lettre après l'autre, dessinant les trois collines du m manuscrit, le nœud fermé du o comme des bras au repos, la colline unique de la lettre n, puis le saisissement ou le cri du a sur les vagues marines d'un deuxième m, le o qui ne peut être que notre soleil unique, le lit profond du fleuve qui se creuse dans la lettre u, et enfin le r devenu maison, appentis, dais. Puis transformer ce lent dessin en un fil tremblant unique, un signal de sismographe, car les membres frissonnent et se heurtent, mer blanche de la page, nappe lumineuse ou drap étendu. "Mon amour", as-tu dit et je l'ai dit, t'ouvrant ma porte toute grande et tu es entrée. Tu ouvrais très grands les yeux en venant vers moi, pour mieux me voir ou voir davantage de moi, et tu as posé ton sac par terre. Et avant que je ne te donne un baiser, tu as dit, pour pouvoir le dire sereinement : "Cette nuit, je veux rester avec toi." »

Finalement, H retourne au pinceau, bistouri et grattoir d’archéologue, pour transposer son autoportrait écrit :

« Ce récit va s'achever. Il a duré le temps qu'un homme finisse et qu'un autre commence. Il importait de fixer le visage qu'il est encore et de noter les premiers traits de ce qui est en train de naître. Cet écrit fut un défi. »

Mots-clés : #creationartistique
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Re: José Saramago

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