Jean-Claude Pirotte

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Jean-Claude Pirotte

Message par bix_229 le Jeu 22 Déc - 18:38

Jean-Claude Pirotte (1939-2014)


« Les romanciers authentiques ne mentent jamais. Je ne suis pas romancier. Je préfère raconter des histoires, des fables qui me seraient dictées par les nuits, dont la brume lâche enveloppe des terroirs indécis, quand le fleuve reflète, au sortir du bistro, le même néon, répété mille fois, et qui tremble comme mon regard. Des paquets d'ombre se détachent d'un firmament blessé, peut-être est-ce une montagne, peut-être une menace portée par les tombereaux cahotants de l'ivresse. »
(Récits incertains)


Jean-Claude Pirotte est un écrivain, poète et peintre belge né à Namur le 20 octobre 1939 et mort le 24 mai 2014.

Né à Namur (Wallonie) le 20 octobre 1939, Jean-Claude Pirotte grandit au sein d'une famille d'enseignants qu'il confessait haïr. Fréquentant des petits voyous, il eut une jeunesse tourmentée. Attiré précocement par les voyages et la littérature, il publia, durant ses études de droit, un premier recueil de poèmes en 1963, Goût de cendre (Thone). L'année suivante, il commença sa carrière d'avocat interrompue en 1975 par sa radiation du barreau. Pour avoir, selon l'accusation, facilité la tentative d'évasion d'un de ses clients- délit qu'il a toujours nié avoir commis-, il fut condamné à 18 mois de prison.

A la geôle, Jean-Claude Pirotte préféra la cavale. Il s'enfuit en France et y mena une existence nomade et clandestine. Sitôt prononcée la prescription de sa peine en 1981, il retourna à Namur et publia, la même année, Le Journal moche (Luneau-Ascot) puis la Pluie à Rethel, son premier roman en 1982. Ont suivi d'autres ouvrages, tels Un été dans la combe (prix Victor Rossel 1986), Sarah, feuille morte (Le Temps qu'il fait, 1989), Le Noël du cheval de bois (Le Temps qu'il fait, 1998), Autres arpents (La Table Ronde, 2000, prix Marguerite Duras).

En 2006, pour Une adolescence en Gueldre (La Table ronde), Pirotte obtint le prix des Deux-Magots. En 2012, il fut récompensé à la fois par le Grand prix de poésie de l'Académie française et le Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son œuvre.
Jean-Claude Pirotte, c'était le poète du quotidien et du paysage, des bonheurs fragiles, de la solitude et des « ciels immenses, gorgés de vent », un prosateur à la fois mélancolique et grave, nonchalant et précis. Il y avait beaucoup de tendresse chez ce barbu qui ne s'appréciait guère. Il se traitait de renégat, ne s'était jamais pardonné d'avoir contracté un mariage sans amour et perdu sa fille suicidée en 1991. Jean-Claude Pirotte aimait Jacques Chardonne, Léon-Paul Fargue, André Dhôtel qui fut son ami et Pierre Mac Orlan avec lequel on l'a parfois comparé.

Dans La légende des petits matins (Manya 1990), il faisait l'éloge de la paresse « limogeage consenti », consacrant « un état de vacuité redoutable, que seule une élite rarissime supporte sans terreur ». Flâneur de vignobles qu'il beaucoup chantés et grand amateur de vin qu'il considérait comme «le refuge ultime de la délicatesse et, disons le mot, de la civilisation », Jean-Claude Pirotte avait été choisi pour diriger un colloque international organisé par le centre d'études pluridisciplinaires des imaginaires du vin en 2004. Peintre, il avait aussi illustré plusieurs livres. Il s'est éteint dans le Jura, à la frontière suisse.[
source : Le Monde


Bibliographie

1963 : Goût de cendre (poèmes)
1965 : Contrée (poèmes)
1969 : D'un mourant paysage poèmes
1981 : Journal moche essai
1982 : La Pluie à Rethel (roman)
1984 : Fond de cale (roman)
1986 : Un été dans la combe (roman)
1987 : La Vallée de misère (poèmes)
1988 : Les Contes bleus du vin (chroniques)
1989 : Sarah, feuille morte (roman)
1990 : La Légende des petits matins (roman)
1991 : L'Épreuve du jour enfantine
1991 : Fond de cale roman
1992 : Récits incertains (mélanges)
1993 : Il est minuit depuis toujours (essais)
1993 : Lettres de Sainte Croix du Mont (photographies de Jean-Luc Chapin)
1994 : Plis perdus (mélanges)
1996 : Un voyage en automne (récit)
1997 : Cavale (roman)
1997 : Faubourg (poèmes)
1997 : Le Noël du cheval de bois (conte illustré)
1998 : Boléro (roman)
1999 : Mont Afrique (roman)
2000 : Autres arpents (chroniques)
2000 : Enjoués monostiches (avec Jean-Marie Queneau)
2001 : Ange Vincent (roman)
2002 : Les Chiens du vent (avec Pierre Silvain)
2003 : Rue des Remberges (prélude)
2003 : Un rêve en Lotharingie (récit)
2003 : Dame et dentiste poèmes (Inventaire/Invention)
1953-2003 : Le Promenoir magique et autres poèmes
2004 : Fougerolles (poèmes)
2004 : La Boîte à musique (avec Sylvie Doizelet) (poèmes)
2005 : Une adolescence en Gueldre (roman)
2006 : Expédition nocturne autour de ma cave (récit)
2006 : Un bruit ordinaire suivi de Blues de la racaille (poèmes)
2006 : Hollande poèmes et peintures
2007 : Absent de Bagdad (roman)
2008 : Passage des ombres (poèmes)
2008 : Revermont
2008 : Avoir été
2009 : Voix de Bruxelles (avec Hugues Robaye)
2010 : Autres séjours
2011 : Cette âme perdue
2011 : Place des savannes
2012 : Ajoie
2012 : Le très vieux temps, Le Temps qu'il fait, 2012
2013 : Vaine pâture, Mercure de France, 2013
2013 : Brouillard, Le Cherche Midi, 2013
2014 : Gens sérieux s'abstenir, Le Castor Astral, 2014
2014 : Portrait craché, Le Cherche Midi, 2014
2014 : À Saint-Léger suis réfugié, L'Arrière-Pays, 2014
2016 :  Le Silence, Stock, 2016

Mots-clés : #poésie
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Re: Jean-Claude Pirotte

Message par Tristram le Jeu 22 Déc - 19:35

« Si j’écris, ce n’est que pour tisser une toile autour de ce vide en moi qui m’encombre. »
Jean-Claude Pirotte, « Encombrant », in « Il est minuit depuis toujours »

« Ils jaugent dans les miroirs l’enfer de leurs regards battus comme la sanction de la plus méritoire des défaites [… »
Jean-Claude Pirotte, « La légende des petits matins »
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Re: Jean-Claude Pirotte

Message par animal le Jeu 22 Déc - 20:57

il me manque des souvenirs précis de cette lecture que je n'ai pourtant pas oubliée. mais j'avais oublié l'extrait local.

reprise du message d'un autre temps :



Cavale

Des épisodes fragmentaires entrecoupés de poèmes, ou plus exactement avec des réminiscences de poèmes. De toute façon l'esquisse de ce récit* qui par moment est grave mais sans être trop sérieux est dans le sens du retour. Un retour par les chemins de traverses et les détours, qui s'égare à dessein. On n'en saura jamais trop de la réalité de cette  non moins très vécue "cavale". On partagera une mélancolie à l'air assez heureuse entre les verres, les bouteilles, les amours, les affinités littéraires, une poignée de terroirs et quelques "gueules". Compagnonnages romanesques, écart entre les mondes pour celui passé de l'autre côté de la barrière (de la justice), références nombreuses, souvent inconnues si ce n'est pour le nom de leur auteur, qui laissent rêveur...

Brumeux, brouillant les pistes, déréalisant les instants en les écrivant pour leur donner une vérité ? Lecture frustrante sans l'être vraiment dont on peut lire un paragraphe ou dix pages sans que ça importe vraiment, on se trouve surpris de la quantité de très belles petites phrases qui sonnent si vrai dans ce texte a l'air si simple qui pourtant avoue et revendique son penchant littéraire.

Étonnant, certainement pas moche, qui laisse dans l'embarras d'en parler proprement... mais serait-ce l'objet lu si c'était possible ?

* : Un tour de France avec un crochet en Espagne, pour des bars, des attentes, de mauvaises fréquentations, d'un avocat (l'auteur donc qui s'est retrouvé sur ce chemin) qui s'est soustrait à la justice de son pays (la Belgique).


un petit extrait :

   J'aimerais raconter notre vie, mais j'en suis sans doute incapable. Et puis ce possessif : notre, quel sens lui attribuer ? qu'avons-nous partagé ? Trop souvent j'ai ruminé le sentiment de n'être rien pour toi. De ne t'appartenir en rien, et c'est ma faute, et c'est aussi la tienne. Voici la Loire, et les désastreux faubourgs de Tours. Une bretelle d'autoroute, une grue surveillant une carcasse de béton, des saules pleureurs essoufflés, un pont, des pavillons tristes, un talus sablonneux, et le train prend de la vitesse. De ce voyage, je retiendrai ce sempiternel goût de cendre glacée, celui de tous mes voyages. Celui des retours loin de toi, des abandons, et de l'automne. J'aime aussi ce goût, puisqu'il m'apprend que je suis pauvre, et que je suis seul. C'est bien écœurant. Il y a si longtemps que je cherche à m'expliquer. Il y a si longtemps que je n'écris qu'à toi pour ne pas être lu.


il faut que je revienne encore sur la lecture, plus tard. et merci bix !  

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