Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Delphine de Vigan

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    Delphine de Vigan

    Message par topocl le Ven 23 Déc - 16:14

    Delphine de Vigan
    Née en  1966



    Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt

    Après une formation au Centre d'études littéraires et scientifiques appliquées, elle devient directrice d’études dans un institut de sondages.

    Œuvres

    2001 : Jours sans faim, (sous le pseudonyme de Lou Delvig)
    2005 : Les Jolis Garçons
    2005 : Un soir de décembre
    2007 : No et moi
    2008 : Sous le manteau (ouvrage collectif)
    2009 : Les Heures souterraines
    2011 : Rien ne s'oppose à la nuit
    2015 : D'après une histoire vraie


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    Re: Delphine de Vigan

    Message par topocl le Ven 23 Déc - 16:17

    Rien ne s’oppose à la nuit



    J'ai été particulièrement touchée par l'attention que Delphine de Vigan a portée à colliger tous les témoignages oraux et écrits, à confronter ceux-ci, à chercher résolument la vérité quand elle existe. De nombreuses interprétations sont ouvertes quant aux comportements de l'un ou de l'autre, c'est loin des idées toutes faites et des avis péremptoires. Pas de jugement, pas de valeur morales. Rapporter pour mieux comprendre, et accepter de ne pas comprendre.

     
    Incapable de m'affranchir tout à fait du réel, je produis une fiction involontaire, je cherche l’angle qui me permettra de m'approcher encore, plus près, toujours plus près, je cherche un espace qui ne serait ni la vérité ni la fable, mais les deux à la fois

    En cela ce livre se différencie de Le chagrin de Lionel Duroy, auquel on ne peut s'empêcher de penser pendant toute la lecture de ces pages, mais aussi dans le sens que Duroy écrit dans la haine, alors que Rien ne s'oppose à la nuit est un témoignage d'amour à sa famille et à sa mère, amour douloureux certes, mais sincère et indéfectible.

    L'écriture de Delphine de Vigan traduit parfaitement la joie des temps heureux, la confusion des moments où la folie prend le dessus, l'incertitude fragile des recherches personnelles.

    Le livre m’a aussi fait penser à La femme de l'allemand de Marie Sizun, qui, cette fois-ci sous une forme romancée, décrit une petite fille face à la psychose maniaco-dépressive de sa mère, dans un amour transi, trahi et terrifié.

    (commentaire récupéré)


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    Re: Delphine de Vigan

    Message par topocl le Ven 23 Déc - 16:19

    D'après une histoire vraie



      - Je ne crois pas à l'accent de vérité, Monsieur. Je n'y crois pas du tout. Je suis presque certaine que vous, nous, lecteurs, tous autant que nous sommes, pouvons être totalement dupes d'un livre qui se donnerait à lire comme la vérité et ne serait qu'invention, travestissement, imagination. Je pense que n'importe quel auteur un peu habile peut faire ça. Multiplier les effets de réel pour faire croire que ce qu'il raconte a eu lieu. Et je nous mets au défi - vous, moi, n'importe qui - de démêler le vrai du faux. D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont tout, ou presque, serait inventé.


    Nous voilà prévenus. Delphine de Vigan, dans cette magistrale  description d'une manipulation, n'exclut pas de manipuler le lecteur. Et elle ne s'en prive pas, d'abord en sourdine, puis de façon de plus en plus évidente jusqu'à l'apothéose finale. Le lecteur, estomaqué et réjoui de découvrir comme il a bien cédé à l'impeccable intoxication narrative,  a depuis longtemps abandonné  de trier le bon grain de l'ivraie, autrement dit le vrai du faux, le réel de la fiction, tant tout cela s'imbrique habilement, tant la ligne de démarcation est rendue impalpable, expertement gommée.

    Après la publication de Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan traverse une période difficile, prise entre certaines réactions familiales brutales, pouvant aller jusqu'aux lettres anonymes ignominieuses, et le stress de la page blanche après un grand succès. Tout est donc en place pour l'entrée en scène de L. , une femme comme Delphine de Vigan voudrait peut-être être, sûre d'elle et maîtrisée. Au fur et à mesure que le portrait de L. s'affine dans la nuance, celle-ci va asseoir progressivement son emprise sur l'écrivaine, dont elle a décidé qu'elle était faite pour écrire sur le réel, et non de la fiction. L'affrontement de ces deux  personnalités, l'anéantissement de la capacité créatrice de Delphine de Vigan peu à peu réifiée donne un thriller psychologique brillamment mené, qui se place sous la férule de Stéphane King et n'a pas à en rougir.

    Il se dégage de cette lecture un magnifique portrait de femme, Delphine de Vigan (ou son double?), femme vulnérable, sensible, tout en douceur, jamais sortie des interrogations. Un portrait qui fait réaliser, comme on a compris un jour que notre institutrice ne vivait pas par, pour, et dans l'école, qu'une écrivain a comme tout le monde une vie privée, un compagnon (ça on le savait), des enfants qui passent le bac et quittent la maison, un paquet de kleenex pour se moucher, des courses à Monoprix,  une réelle épaisseur , en somme, une réalité, on y revient toujours.
    Quant à l'aspect vie  privée avec « François » (jamais dans le potin ou l'indiscrétion)  elle est évidemment un des éléments forts de fixation du fameux réel. Et on se prend à penser qu'en 2011 on avait abondamment critiqué Delphine et François, pour leur numéro de  duettistes sur le plateau de La grande librairie, l'un vantant le livre de l'autre, la vouvoyant etc.… Mais que cette fois-ci, si cela avait à se produire à nouveau (et il me semble que cela serait un complément indispensable du livre), cela ne pourrait être retenu qu'à l'avantage de ces deux-là, comme une prolongation provocatrice et désopilante de cette supercherie ainsi menée à son terme.

    Et, parce que L. est nègre de profession, qu'elle interroge Delphine sur la création, que la bibliothèque de Delphine a un rôle à jouer dans l'affaire que je ne révélerai pas, ce livre est une magnifique et passionnante réflexion sur l'écriture , le rôle de l'auteur, son rapport avec le public-lecteur, la confrontation de sa création et de son moi intime, l'appropriation du réel pour nourrir la fiction et, vice versa, l'apport de la fiction au récit autobiographique , le rôle des livres que nous avons lus et portons.

       Si c'est pour recommencer à écrire des petites histoires de sans-abris ou de cadres supérieurs déprimés, tu aurais mieux fait de rester dans ta boîte de marketing.

    C'est une belle réussite qui a quelque chose de la confession, entre intelligence et tendresse, réflexion et malice, sur un fond romanesque haletant. C'est à la fois drôle, brillant, terrorisant, terriblement intelligent et sensible à la fois .

    Le plaisir aurait été absolument complet si le style n'était pas  souvent assez plat.

    (commentaire récupéré)


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    tom léo

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par tom léo le Ven 23 Déc - 17:38



    Rien ne s'oppose à la nuit


    Comment commenter un livre qui a trouvé un écho si positif ? Je dois avouer que je partais dans cette lecture avec une forte opinion favorable, aussi parce que la figure de la mère, étant atteinte par la bipolarité, suscitait en moi des nombreuses questions et préavis positifs.

    Le livre est sousdivisé en trois grandes parties qui correspondent dans une certaine manière à des périodes de la vie de Lucile, la mère de Delphine de Vigan : enfance et jeunesse dans la grande famille de neuf enfants, avec ses drames familiaux. Deuxième partie (en gros) : mariage avec deux enfants (des filles dont Delphine), éclosion de la bipolarité, en partant avec une phase maniaque, suivie par une longue période de dépression et d'apathie. Troisième partie : les enfants de Delphine vont leur chemin, cheminement de Lucille après ses env. 40 ans jusqu'au suicide en Janvier 2008 (qui par ailleurs avait été annoncé depuis la première page).

    Donc, récit fortement (auto-)biographique. Mais l'auteur a la délicatesse de remarquer que chaque choix dans les faits, photos, récits divers, est déjà une sorte d'interprétation. Elle comble ici et là ces lacunes par ce qui semble le plus probable... et finalement, ce livre sort avec l'appélation de « roman » !

    Delphine de Vigan intercale régulièrement des reflexions sur son propre écriture et l'état de l'avancement de son livre un moment donné. Dans ces passages, souvent, elle cherche indirectement à justifier ses choix : elle parle des résistances et des autres et de soi-même qu'elle doit surmonter pour avancer. Si elle est mue par cette tendance de l'autojustification, c'est en grande partie qu'elle doit des fois « revèler » des secrets familiaux et avancer des thèses, dont on n'est même pas totalement sûr. Ceci est un choix d'auteur.

    Pour ma part – et peut-être pas seulement pour d'autres membres de la famille, mais aussi d'autres lecteurs – on peut se demander jusqu'où doit, peut aller un déballage, voir une écriture sur des personnes si proches ? Est-ce que cette démarche n'est pas seulement la recherche de trouver les sources de la souffrance de sa mère et un hommâge, mais éventuellement aussi une recherche de s'autojustifier ? L'auteur est visiblement influencée par des remords.

    Quelle sont, dans une grande partie, les explications du geste fatale ? Finalement on divine bien la souffrance de la mère, de Lucile. Mais on y mettant un ton, un brin de fatalité – et le titre en est un bon exemple : cela sonne bien, mais est pessimiste et sans appel – on arrive à « comprendre » le geste fatal de la mère comme pratiquemment inévitable, voir même (dans les dernières lignes du livre) comme louable et splendide. Cela m'écoeure. Oui – et je parle en connaissance de cause – il ne peut pas s'agir d'accuser quelqu'un de si souffrant de légèreté. Oui, on doit finalement, et avec tristesse, après coup accepter un geste. Mais au même moment on ne peut pas presque comme excuse, juger le suicide comme cela : cela est extrêmement dangéreux. Et correspond à une tendance de notre societé de se dédouaner et de se dire que, de toute façon, il y avait rien à faire. Et même si la nuit peut être immense et insondable, nous devrions espérer que l'aube et la lumière peuvent être proches. Par ailleurs Lucile avait connu une phase bonne après des années d'apathie. C'est dans cette direction et possibilité qu'il faudrait – à mon avis – aller. Mais cela est trop souvent appeler « trop rose », comme si la vraie réalité implique le choix de la fin.

    Donc, malgré une excellente description de la maladie bipolaire (très fort!) je ne peux souscrire à certains choix de l'auteur et reste sceptique.

    A chacun de découvrir et à juger... !
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    chrysta

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par chrysta le Dim 15 Jan - 15:09



    A propos de RIEN DE S'OPPOSE A LA NUIT

    A mi parcours dans le livre :

    Dans ce livre mémoire, Delphine De Vigan, allant contre ses réticences de départ, et après le décès de sa mère, décide finalement de retracer dans ces pages l'histoire celle ci, Lucile, dont on sait dès le départ qu'elle vient de se suicider. S'appuyant sur des témoignages familiaux, sur des émissions, sur des lettres, etc ... elle va nous raconter sa mère, l' enfance de celle ci au sein d'une fratrie de neuf qui ne sera pas épargnée par les drames, sa vie de jeune femme, de jeune mère, de grand mère....
    A mi livre, je viens rendre compte de ce mélange émotionnel que génére souvent D.De Vigan, mais là peut être plus particulièrement avec ce sujet douloureux, sur lequel dans les chapitres entre deux, ceux dans lesquels elle parle d'elle et de ses difficultés et défenses contre cette écriture doulouereuse mais cathartique, cette écriture qui lui fait rencontrer sa mère enfant, sa mère dans les affres familiaux, sa mère telle qu'elle l'a vécue... avec ses failles, ses souffrances, cette absence qui semble la caractériser depuis l'enfance

    Au fil des pages on fait des allers retours d'une époque à l'autre, de Paris dans l'après guerre à aujourd'hui, et on s'y prend au jeu, on perçoit l'ambiance, on revient en arrière dans cette famille mêlée de joies et de souffrances. On assiste aux drames et on les ressent, on avance tant que faire se peut aux côtés de Lucile et de ses frères et soeurs, on se représente ses parents, et tout cela avec une écriture comme d'habitude si épurée, simple, magnifique .... parfois je dirai même enfantine, D De Vigan me semble parler des choses comme un enfant qui les découvre avec ses yeux neufs, elle dépeint les choses sans ambages ni fioritures, tout en même temps qu'elle y met du relief, du contraste avec els émotions nues

    Après avoir terminé le livre :

    Me voilà arrivée au bout du voyage et c'est avec beacoup d'émotions et les larmes aux yeux que je le termine,n on pas parce que l'histoire s'achève, ni du fait de la manière dont elle s'achève, car nous connaissons la fin dés les premières pages, mais au fil des pages, d'abord au travers de l'enfance, puis de l'âge adulte et de la maladie, dans ses failles, ses forces, se fragilités, par le regard des autres et ses écrits, nous apprenons à connaitre Lucille, et c'est un peu comme si, au fil du roman, au rythme de sa fille qui en narre l'histoire, nous apprenions comme elle à connaitre celle qui a été sa mère dans ses grandeurs et ses décadences, dans ses joies et ses peines, ses crises maniaques et dépressives, ses reconstructions et ses rechutes. Nous apprenons à la connaitre enfant, à vivre à ses côtés ses drames, à resentir ses douleurs.
    Nous la voyons s'enfoncer dans la maladie aux côtés de ses filles impuissantes, s'échouer puis se reconstruire, prendre force, courage, recommencer et réussir malgré tout. Alors à cette fin on la perd un peu, on imagine son choix, son renoncement, dans les quelques mots laissés on imagine sa retenue, ses douleurs, et son soulagement, ainsi que l'amour incommesurable pour ses filles.
    Dans cette fin, après avoir cheminé aux côtés de l'auteur qui recnstruit sa mère au fil des pages, apprend à la connaitre, à la regarder autrement, on ressent toute la souffrance de cette perte, on est un peu un oeil à ses côtés quand elle la trouve, en prend conscience, et quand ses sens le lui affirme par la suite.
    Un livre qui se terminer par des émotions fortes, qui a été tout du long un témoignage de deux vies, de Lucille et de sa fille qui la rencontre en écrivant sur elle. Une vie déchirée, malmenée, de l'enfance à la mort... ue vie que l'on parcourt au fil de ces 400 pages.
    Ce livre est comme cette vie, pafois on est passioné, touché, parfois on en a assez, parfois ça s'emballe, on s'inquiète, on court.....
    Un roman à lire et à apprécier dans toute la profondeur de ce regard posé par l'auteur, regard d'enfant, de femme, de fille, regard aimant, haineux, difficile, d'incompréhension, ... une rencontre touchante entre une fille et sa mère post mortem.
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    chrysta

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par chrysta le Dim 15 Jan - 15:10



    Concernant NO ET MOI

    Citation: on est capable d'envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l'espace, d'identifier un criminel à partir d'un cheveu ou d'une minuscule particule de peau , de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride , de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d'informations . On est capable de laisser mourir des gens dans la rue.


    "No et moi", c'est un film d'abord que j'ai vu et qui m'avait touché, et c'est aujourd"hui le livre que j'ai lu et qui, bien sur, donne bien plus de profondeur aux choses, quoi que le film soit assez réussi.
    Ce livre, il est écrit tout en douceur, en simplicité, comme si c'était effectivement des yeux d'ado qui percevait peu à peu ce monde, qui nous le racaontait et le voyait. Il y a des passages que j'aime beaucoup et que je vous transcrirais, en plus de celui que j'ai mis au dessus, des passages qui parlent de ceux qu'on ne voit en général pas, ou tout au moins quo'n ne veut souvent pas voir, parce que ça nous dérange, parce que ça nous fait sentir impuissant, parce que ça nous renvoit des choses que l'on ne veut pas.
    Comme elle dit à un moment "un jour on les voit", peut être parce que ce jour là quelqu'un ou quelque chose nous a ouvert les yeux.
    Dans ce livre, c'est croiser une fille d'à peu près son âge qui l'ouvre au monde de la rue, aux SDF comme on dit, à ce peuple "invisible et silencieux" que personne ne veut voir.
    Dans le regard de Lou, nous approchons ce monde sur la pointe des pieds, dans les silences et les paroles que lui livre No. No, abréviation de Noémie, mais No ça veut tout dire en soi, No en anglais c'est la négation, ce qu'il n'y a pas, n'exiuste pas, c'est le rien en quelque sorte.
    Lou est prise dans une vie compliquée, avec une mère dépressive suite à la perte de son 2ème enfant, avec un père qui gère comme il peut, dans une famille où la parole ne circule plus , ou plus bien, dans une famille où le fantôme de la mort vient s'inviter à leur table chaque jour.
    No, c'est une fille des rues qui va redonner vie à cette famille en friche; No, dans ses silences et les bribes de son histoire est un personnage magnifique que l'on rencontre même dans ce qu'elle ne dit pas ou ne fait pas.
    Je trouve que cette oeuvre est touchante de sincérité, elle nous parle au delà des mots, et elle est d'une cruelle vérité.
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    Ouliposuccion

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Ouliposuccion le Jeu 9 Fév - 14:46

    Rien ne s'oppose à la nuit



    « La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

    Voilà un livre qui me laisse en proie à deux sentiments, charmée mais dérangée. Ai-je aimé ce livre ? J’avoue ne pas avoir d’avis tranché.
    J’y ai vu de la beauté et des épreuves, de la profondeur  lors de la première partie, une sorte d’exutoire afin de réhabiliter une mère trop abimée. Peut-être une façon d’écrire ses propres souffrances afin de mieux les oublier pour n’en garder que la beauté  du souvenir.
    Malheureusement, je n’ai pu m’empêcher lors de la deuxième partie d’y voir une sorte de gémissement  tombant dans une lamentation profonde. Une détresse expliquée dans divers chapitres et dont l’auteure se sert à ce moment propice lors de son travail d’écriture m’a propulsée  dans une lecture voyeuriste, donc dérangeante.
    Ce roman s’est transformé en un reportage familial avec pièces écrites à l’appui, j’y aurais préféré une certaine pudeur, des demi-mots, une contenance quant aux écrits de sa mère publiés. Dommage que Delphine de Vigan n’ait pas réussi  à parler de certaines facettes de sa famille sans tomber dans le déballage de masse, l’apitoiement. Je n’y vois qu’une psychothérapie pour ma part.
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    Ouliposuccion

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Ouliposuccion le Jeu 9 Fév - 14:49

    No et moi



    Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes. Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin.
    Mais nul n’est à l’abri...

       
    Un livre qui réchauffe les cœurs malgré la tristesse ambiante du sujet,  la rue, les sans-abris.
    De Vigan traite ce thème adroitement, sans fioritures, seul trône ce texte très sage avec toute la détresse du désœuvrement.
    C’est au gré des discussions entre Lou et No, lorsque deux univers opposés se rejoignent que l’écoute et la compréhension s’installent et qu’ainsi naît le fondement de l’humanisme.
    Un livre que je conseille à tous, ainsi qu'aux jeunes adolescents.
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    Ouliposuccion

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Ouliposuccion le Jeu 9 Fév - 14:53

    D'après une histoire vraie



    « Tu sais parfois , je me demande s'il n'y a pas quelqu'un qui prend possession de toi »


    En achetant ce livre de Delphine De Vigan , je me disais que ce serait ma troisième lecture de cet auteur , qu'elle serait déterminante , représenterait une rupture ou une continuité.
    Aurais-je imaginé détenir entre les mains un roman aussi ingénieux dont le thème tournerait autour des frontières du réel et de la fiction , sujet auquel Delphine De Vigan a été confrontée suite à son dernier roman «  rien ne s'oppose à la nuit » aussi bien auprès de la presse que par son lectorat ?
    Non.
    Entre roman machiavélique et thriller psychologique la romancière fait un joli pied de nez à ces industries artistiques que sont le cinéma et la littérature en faisant de la vérité du fictif et du fictif une réalité mettant à mal cette grande question intellectuelle du moment : l'obsession de la place du fait divers et des faits réels face à la fiction.
    Explorant les terrains de l'intimité et de la dépression , de l'amitié et de la manipulation , c'est sous tension que quelques questionnements se profilent au gré des pages , que la fascination s'installe et rend cette lecture passionnante.
    Une mise en scène terrifiante qui ne faillit pas , incluant au commencement des 3 parties de ce livre des citations de Stephen King , mettant le lecteur dans l'ambiance de Misery , une chambre enfermant un écrivain que détient une lectrice...
    Il y aurait tant à dire , tant à partager , mais je ne peux malheureusement rien creuser , le faire serait tout dévoiler et enlever toute substance à ce livre , je vais donc rester en surface et m'arrêter là.
    Conclusion , ça m'a cloué le bec..
    Complètement ensorcelée par cette écriture , tourmentée et abasourdie par ce talent que je ne soupçonnais pas , bluffée par ce rendez-vous littéraire , je reste habitée sans réussir pour l'heure à me détacher de cette "histoire vraie".
    Énorme coup de cœur!
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    Nadine

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 17:11

    Mince les filles, "D'après une histoire vraie" , lu l'année dernière, m'a ennuyée un max. C'est le juste mot. J'étais dépitée. je l'ai lu sans difficulté, c'est vrai il glisse bien,, mais je trouvais plat plat la décalcomanie de cet esprit aux temps modernes, comme n'ayant rien à y apprendre.
    J'ai plusieurs fois envisagé de l'abandonner dans la rue , je ne l'ai pas fais, il est encore là le malheureux : tant mieux, je vais le reprendre un de ces 4, parce que je ne doutais pas que ce soit à mes yeux une bonne bouse. Seulement je veux comprendre pourquoi.
    Seulement je me demande où est mon soucis. Ou le vôtre.
    A suivre.
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    topocl

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par topocl le Jeu 9 Fév - 18:45

    @Nadine a écrit:
    Seulement je me demande où est mon soucis. Ou le vôtre.

    Je n'ai aucun souci à avoir aimé un livre que tu n'as pas aimé. Si on aime tout pareil , le forum devient moins palpitant!


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    Dany Laferrière
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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 19:34

    ça me soucie pas non plus, c'etait un peu outré de parler de problème. par contre ça m'interroge. Vous lire allant en un sens que je n'agrèe pas m'intéresse toujours beaucoup parce que cela me force à circoncir ma vision du monde, à la comprendre, et la cerner.
    Pour ce livre de Vigan j'ignore pourquoi cela m'a si nettementfais bailler, j'étais agacée, aussi. Seulement à l'époque je ne rendais compte de mes impressions à personne et négligeais d'y trouver intérêt. or il y a intérêt à se comprendre à travers une lecture je trouve.
    Ma formulation était écrite familierement "mais où est votre problème? comment avez vous pu aimer ? What a Face   " (c'est en ce sens que je supposais un problème chez vous Twisted Evil , pas dans le sens ou vous vous offusqueriez d'un désaccord hugh hugh): Mais passé la familiarité je ne considère pas ce stade de réaction très fertile en soi nous sommes d'accord .
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    Re: Delphine de Vigan

    Message par églantine le Jeu 9 Fév - 19:50

    @Nadine a écrit:Mince les filles, "D'après une histoire vraie" , lu l'année dernière, m'a ennuyée un max. C'est le juste mot. J'étais dépitée. je l'ai lu sans difficulté, c'est vrai il glisse bien,, mais je trouvais plat plat la décalcomanie de cet esprit aux temps modernes, comme n'ayant rien à y apprendre.
    J'ai plusieurs fois envisagé de l'abandonner dans la rue , je ne l'ai pas fais, il est encore là le malheureux : tant mieux, je vais le reprendre un de ces 4, parce que je ne doutais pas que ce soit à mes yeux une bonne bouse. Seulement je veux comprendre pourquoi.
    Seulement je me demande où est mon soucis. Ou le vôtre.
    A suivre.
    Je n'ai pas du tout aimé on plus.
    Mais non ....chercher mon souci par rapport à cet état de fait , et comprendre , ne font pas partie de mes préoccupations.
    Heureusement car si l'on considère que que 20 pour100 de ce que je lis me déplait (En diagonale quand ça me plait ) ce serait l'enfer .
    Pas envie de tout décortiquer , analyser , me regarder en situation pour diagnostiquer l'origine de mon rejet etc....
    Mais De Vigan , c'est pas pour moi et je m'envole ailleurs


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    Nadine

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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 20:02

    Je comprends ton point de vue, mais disons que là j'ai vraiment pas aimé, agacée quoi. ça me parais toujours douteux d'être énervé, rarement anodin. Je veux donc creuser. (Mais ça attendra son heure)
    et puis je veux pas me voir en situation etc, je veux regarder l'écriture, pas moi, voir ce que je lui reproche.
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    Re: Delphine de Vigan

    Message par églantine le Jeu 9 Fév - 20:12

    Alors bonne enquête mamzelle Nadine ! cheers
    Oui mais aussi j'avais été agacée . Razz
    Olivier Adam m'agace aussi . Rolling Eyes


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    Re: Delphine de Vigan

    Message par Nadine le Jeu 9 Fév - 20:22

    (Olivier Adam, c'est qui déjà ? hihi, je vais voir)
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    Re: Delphine de Vigan

    Message par chrysta le Ven 24 Fév - 7:19



    Résumé : "Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."

    Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.


    PRIX RENAUDOT 2015

    Je n'ai pas accroché à ce livre comme à d'autres de cet auteure, peut être en partie parce que le thème me plait moins. De Vigan aborde souvent des thèmes de société : les SDF dans "No et moi" (livre qui m'avait beaucoup touchée car j'avais fait deux années de stage dans un accueil de rue pour toxicomanes), la souffrance au travail dans "les heures souterraines", l'histoire familiale et la maladie de sa mère dans "Rien ne s'oppose à la nuit" ( le meilleur d'elle d'après moi qui nous promène dans le Paris des années d'après guerre avec les violences intra familiales subies par sa mère et la femme qu'elle est devenue, a été, dans sa lutte contre une psychose maniaco dépressive ) , un livre sur l'anorexie : "jour sans faim" (Et d'autres que je n'ai pas encore lus)
    Là le thème "à priori" est le développement insidieux d'une relation d'emprise et de manipulation entre deux femmes, avec une inspiration qui semble tirer un peu de "Misery", ainsi que de "JF cherche appartement".
    Le rythme m'a semblé lent, je ne suis pas trop entré dans l'histoire, le seul plus que j'ai trouvé c'est la fin qui ouvre sur une autre interprétation et compréhension de l'histoire bien plus riche et intéressante à mon gout ... par contre là je ne suis pas branché de le relire pour voir la nuance que cela donne ...peut être un jour je le relirai sous ce jour nouveau

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    Re: Delphine de Vigan

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