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Fritz Zorn

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Message par topocl le Ven 23 Déc - 16:25

Fritz Zorn
( 1944 - 1976 )


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Fritz Zorn est le nom de plume de Fritz Angst, né le 10 avril 1944 à Meilen dans le canton de Zurich et mort le 2 novembre 1976 à Zurich, un écrivain suisse de langue allemande.

Fils d’une famille patricienne très austère, il a passé son enfance et jeunesse sur la « Rive dorée » de Zurich. Après le lycée, il a étudié la philologie allemande et les langues romanes. À l’université, il obtient le titre de docteur. Pendant une brève période, il a été professeur dans un lycée, jusqu'à ce que son cancer le force à abandonner cette profession. Il entame une psychothérapie et commence à écrire ses mémoires.

Il a terminé d'écrire Mars en 1976 (paru en allemand en 1977 et en français en 1979), histoire de son cancer, de sa vie névrotique, de son impossibilité à aimer et à communiquer. Il y décrit également tout l'ennui de la Suisse, lui qui était issu de la grande bourgeoisie zurichoise.

Son vrai nom de famille, Angst, signifie en français « peur », « angoisse », et son pseudonyme « colère ».

Œuvre

   Mars  (1979), Page 1,

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Message par topocl le Ven 23 Déc - 16:28

Mars

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Ce n'est pas que je n'ai pas de compassion pour ce jeune homme, présentant un trouble de la personnalité sévère, au moins en partie lié à une éducation pathogène, qui développa à 17 ans une dépression chronique puis un lymphome. Ce n’est pas que son point de vue ne m’intéresse pas, même si je suis loin de partager toutes ses analyses. Mais ce livre est pour moi un fatras de déversement d’autoanalyse et d’opinions proclamées dans un style lourd et redondant, fatras dans lequel il y a cependant mille pistes de réflexion...


Dans les 100 premières pages, la description de la famille est finement analysée, mais il n’ y a pas un personnage autre que l’auteur, pas une anecdote, rien que du général. Rien de vivant, en fait. Et ça ne parle que de lui. Alors certes je comprends que compte tenu de son fonctionnement psychique, c'est sans doute un excellent reflet de son mode de  pensée, mais, bien franchement je trouve cela rébarbatif. Cependant, malgré ces réserves stylistiques, c’est quand même plutôt intéressant cette analyse du retentissement sur la construction de la personnalité de l'auteur. D’autant qu’on y retrouve, cumulés et passés à la loupe, des dysfonctionnements qu’on retrouve de façon plus ponctuelle et moins développée dans pas mal de familles plus banales, y compris les nôtres, celle où nous avons vécue en tant qu'enfant et celle que nous avons construite pour nos enfants.

Dans la 2e partie, la dépression, puis le cancer, se déclarent. On quitte le récit pour passer à l’essai.Zorn tente de nous expliquer la filiation directe entre ces 3 phénomènes : son éducation, sa dépression et son cancer.  En fait il ne tente pas, il postule. Et je dois dire que je ne suis pas arrivée à comprendre en quoi l’arrivée du cancer était une joie. Parce que cela le conforte dans ses idées et sa  pensée magique ?
Au niveau médical, il y a des choses très vraies, sur la nécessité de nommer le mal, et la maladie. On  est en 1977 et que c'était encore moins évident que maintenant à cette époque. Par contre le lien éducation-personnalité-cancer est pour moi tout à fait inacceptable, en tout cas sous cette forme (ce qui ne revient pas du tout à nier les troubles psychosomatiques, ni le rôle du stress sur le déclenchement des maladies, ni  la relation psychologique/somatique)

Enfin, 3ème partie,  l’ essai se fait de plus en plus marqué. C’ est  une réflexion sur ce qui pourrait se résumer à la bourgeoisie et le mal, voire la bourgeoisie suisse et le mal .Tout ceci est assez simpliste, ou parfois totalement confus pour moi, et ma gêne est aggravée par la tendance aux généralités assénées comme vérités.

Zorn montre le caractère apparemment inéluctable des choses : j'ai été élevé dans  une famille hypocrite, sans affect, uniquement préoccupée de sa respectabilité, je suis donc devenu un homme inapte au monde, j'ai donc fait une dépression, j'ai donc eu un cancer. Je n'en veux à personne parce que mes pauvres parents ne sont cela que parce que leurs propres parents étaient déjà de pauvres parents éduqués dans une ambiance délétère… Cette vison est totalement pessimiste et fataliste.

Mais  son analyse évoluant, il prend enfin distance par rapport à son milieu. C’est ici qu’on peut voir comme une révolte, qu’enfin on voit Zorn s’éveiller, qu’on n’ a plus envie de lui donner des coups de pieds dans les fesses. Il appelle au rejet de ces valeurs et à la révolution. Mais  lui-même n’en sera jamais acteur, il est trop longtemps resté fondamentalement bourgeois lui-même dans son inaptitude à transgresser et rebondir. Car au final, il est pris dans une espèce de filet où le cancer lui refuse un avenir dans lequel il pourrait (dit-il), devenir autre. On se demande si ce filet ne le réjouit pas, d’ailleurs, permettant de justifier son incapacité à  quitter ce carcan qu'on lui a imposé : malheureusement, il est trop tard.

Mais bon, écrire, c’est peut-être déjà une transgression, c’est peut-être déjà un geste révolutionnaire.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #essai #pathologie

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Message par bix_229 le Ven 23 Déc - 16:39

Oui la lecture de ce livre est éprouvante.
Mais, peut-être l'une des leçons que j'en ai retenues, c'est la manière admirable qu'a l'auteur de nous livrer le milieu familial dans lequel il a vécu, et dans lequel, croit il, il a développé sa maladie.
Et de le découper au scalpel.
Ensuite, la façon dont il s'est battu contre cette maladie en pensant et en espérant qu'il survivrait.

"Si ce n'est pas vrai qu'on meurt réconcilié avec soi et le monde, il ne faut pas le dire non plus, même à l'article de la mort où toute chance d'aide et d'amélioration et toute possibilité de consolation sont exclues.

Je définirai ma tragédie en disant que je n'ai pas pu être et incarner dans ma vie tout ce qui m'apparaissait comme seul digne d'être vécu, parce que dans ma vie, manifestement, ce ne sont pas ma volonté, et mes sentiments et mon moi qui ont été l'essentiel, mais seulement et toujours l'héritage des autres en moi : ce n'est pas ce que je voulais qui est arrivé, mais ce que mes parents -ou mieux, mes "parents" entre guillemets- qui ont déposé en moi...
Je crois que c'est la partie la plus infime de mon moi qui est moi-même ; sa plus grande partie est empoisonnée, violée et détruite par le principe hostile, dont les représentants les plus typiques pour moi étaient mes parents...


La mort de chaque être humain est la mort de tous les hommes et la mort de chaque homme est la fin du monde."

Message récupéré
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Message par Arturo le Jeu 11 Juil - 18:43

Naturellement on peut comprendre toute l'histoire des générations comme une éternelle reproduction de la même situation, où toujours les parents ne "veulent que le bien" de leurs enfants mais les élèvent complètement de travers, de sorte que les enfants réagissent ensuite contre cela, tombent dans l'autre extrême, veulent tout réparer et, à leur tour, "ne veulent que le bien" de leurs enfants, de sorte que le cercle vicieux continue à l'infini. En d'autres termes : quoi qu'on fasse, c'est mal fait.
Dans Mars, p. 59.

Spoiler:
conclusion : ne faites pas d'enfants !
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