Nikos Kavvadias

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Nikos Kavvadias

Message par bix_229 le Ven 23 Déc - 16:25

Nikos Kavvadias (1910-1975)


Níkos Kavvadías ( né le 11 janvier 1910 à Nikolski Oussouriski en Mandchourie extérieure et mort le 10 février 1975 à Athènes), est un écrivain, poète et marin grec. Níkos Kavvadías est né de parents grecs originaires de Céphalonie. Son père, Harilaos Kavvadias, y possède une entreprise d’import–export. Les deux autres enfants de la famille, Genia et Mikas, sont également nés dans cette petite ville.

En 1914, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la famille rentre en Grèce et s’installe à Argostoli. Harilaos Kavvadias transfère son entreprise en Russie où il est ruiné. En 1917, il est emprisonné pendant la Révolution d’Octobre. Il revient en Grèce en 1921, brisé et inadapté à l’environnement de son pays d’origine.

La famille Kavvadias déménage ensuite au Pirée. Le petit Nikos va à l’école primaire où l’un de ses camarades de classe est Yannis Tsarouchis qui deviendra l’un des grands peintres grecs du xxe siècle. Au lycée, il se lie avec un médecin de la marine et écrivain, Pavlos Nirvanas (el). À l’âge de 18 ans, il commence à publier des poèmes dans le magazine de la Grande Encyclopédie Grecque sous le pseudonyme de Petros Valhalas.

Il passe ensuite les examens d’entrée à la faculté de médecine, mais à cette époque son père meurt et il est contraint de travailler pour vivre dans une compagnie de navigation. Il continue toutefois à collaborer à diverses revues littéraires. En novembre 1928, Kavvadias s’embarque pour la première fois, comme mousse, à bord du cargo Aghios Nikolas (Saint Nicolas).

En 1934, la famille déménage du Pirée pour s’installer à Athènes. La maison devient un lieu de réunion pour les écrivains, les peintres et les poètes. À cette époque, Níkos Kavvadías est décrit comme un homme simple et taciturne, doué de beaucoup d’humour et apprécié de tous.

En 1939, il obtient le diplôme de radio–télégraphiste. Au début de la Seconde Guerre mondiale il est envoyé sur le front albanais où il est employé comme radio, puis revient à Athènes. Lorsque la guerre civile éclate en Grèce, il prend à nouveau la mer. De 1944 à 1974, il navigue pratiquement sans cesse. Il publie son roman « Vardia » (Le Quart) en 1954 (traduit en français en 1959) et meurt à Athènes en 1975.

Bibliographie traduite en français :

1954 : Le quart








Le quart

Nikos Kavaddias est né en Mandchourie ; il rentre en 1910 en Grèce et ne quittera plus son pays, sinon pour d'interminables virées sur des bateaux pourris. Enfin c'est ainsi que je m'imagine après avoir lu Le Quart, son unique roman.

Kavvadias était autant marin que poète et vice versa. A-t-il obtenu satisfaction ? On ne le saura pas. En tout cas, si on en juge par son roman, l'homme avait du caractère, je pense qu'on peut l'imaginer facilement.

Son roman Le Quart est un grand livre noir, désespéré, plein de rage et de mélancolie. De poésie rude et lyrique.
On ne le lit pas facilement parce que ce n'est surtout pas un livre aimable. Mais si on le lit (je l'ai lu deux fois et ce n'est pas fini) on sera hanté définitivement par lui. Il paraît que ce livre est très populaire en Grèce et je veux bien le croire. Le peuple grec est tellement habité par le malheur, la misère, les guerres civiles -ou non- les colonels, le fascisme, le tourisme et j'en passe...
Le quart a été réédité par Denoël en 2006.

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Re: Nikos Kavvadias

Message par bix_229 le Ven 23 Déc - 16:35

MARABOUT


Tous ceux qui sur la mer ont ma vie partagé
prétendent que je suis un pervers, un infâme,
que très sournoisement je déteste les femmes,
qu'avec elles jamais je ne vais m'allonger.

On dit que je carbure au hasch, à la coco
et que je suis le jouet d'une passion impure,
que je porte gravées de bizarres peintures,
obscènes à vomir, cachées sous mon tricot.

On dit de moi d'horribles choses, sans arrêt,
qui ne sont que bobards et que fausses nouvelles ;
et ce qui m'a frappé de blessure mortelle,
nul ne l'a jamais su — j'ai gardé le secret.

Mais tandis que ce soir descend sur les tropiques,
que s'éloignent à l'ouest les vols de marabouts,
je suis forcé d'écrire, et d'avouer jusqu'au bout
quelle plaie est en moi, obscure et tyrannique.

En ce temps-là j'étais sur un bateau postal,
aspirant, sur la ligne d'Égypte à Marseille,
quand je la vis, aux fleurs de montagne pareille,
et devins son ami, son frère, son féal.

Noble, toute en finesse et en mélancolie
— son père, un Égyptien, s'était ouvert les veines—
elle traînait son deuil dans les contrées lointaines,
croyant qu'en les bougeant ces choses-là s'oublient.

De Marie Baschkirtseff elle adulait la prose,
aimait avec transport la Sainte d'Avila,
disait de tristes vers français d'un ton très las
et contemplait longtemps l'étendue bleue, morose.

Moi qui n'avais connu que les corps des drôlesses,
moi, l'âme sans vigueur, par la mer ballotté,
je retrouvais ma joie d'enfance à l'écouter parler
comme un prophète — extase et allégresse.

Je passai à son cou une petite croix
et reçus d'elle un portefeuille. Et à mesure que le port
approchait, terme de l'aventure,
mon cœur se remplissait de tristesse et d'effroi.

Combien de fois, plus tard, sur les cargos si lents,
ai-je invoqué l'amie, complice, ange gardienne !
Sa photo emportée dans mes virées lointaines était
une oasis sur les sables brûlants.

C'est là, je le sais bien, que je devrais finir.
Ma main tremble, le vent brûle et brouille ma vue.
Sur le fleuve africain les fleurs superbes puent.
Un marabout crétin se remet à glapir.

Je continue !... Un soir, dans un port très lointain,
m'étant noirci au gin, au whisky, à la bière,
vers minuit, titubant à m'en rouler par terre,
Je pris la rue qui mène aux maisons des putains.

C'est là que les traînées attirent les marins.
L'une d'elles, rieuse, arracha ma casquette
(vieil usage français qui signe une conquête),
et moi, sans le vouloir, je suivis le bourrin.

Une petite chambre sale aux murs sordides
où la chaux s'écaillant tombait comme une peau,
et cette loque humaine à la voix de corbeau, à l'étrange regard, noir, possédé, morbide.

Sans tarder je la fis éteindre. On se coucha.
Mes doigts sur tout son corps comptaient ses os
pointus. Elle empestait l'alcool. J'émergeai, courbatu,
«quand l'aurore sur nous sa joue rose pencha».

Lorsque dans la lueur pâle du petit jour, je la vis,
pitoyable, et pourtant impudique,
pris d'un étrange émoi proche de la panique,
je pris mon portefeuille et payai sans amour.

Douze francs... Mais poussant un grand cri tout à
coup, elle posa les yeux sur moi, blême, égarée,
puis sur mon portefeuille... Et c'est là, bouche bée,
que j'aperçus la croix suspendue à son cou.

Oubliant mon chapeau, je me ruai dehors
comme un fou, titubant et perdant la boussole,
emportant dans mon sang la méchante bestiole
qui depuis n'a cessé de tourmenter mon corps.

Tous ceux qui sur la mer avec moi ont peiné me
voient en vieux salaud, qui jamais ne s'allonge dans
le lit d'une femme, et que la coco ronge.
Malheureux ! S'ils savaient, ils m'auraient pardonné...

Ma main tremble... La fièvre... Ahuri, tête vide,
fixant un marabout là-bas, sans mouvement,
qui me zieute à son tour, non moins obstinément,
je me sens son égal, aussi seul et stupide.
-cumemini5.jpg  
   Traduction française de Michel  Volkovitch

Sur le site :
dornac.over-blog.com

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Re: Nikos Kavvadias

Message par Tristram le Ven 23 Déc - 17:17

Voilà une vraie histoire de marin...

« ‒ La vérité est un péché. C’est la forme la plus grossière, la plus inhumaine du mensonge. C’est seulement pour sauver une tête de la potence qu’il est permis de la dire. »

Le quart, première partie, troisième quart

« Il n’est rien qui soit impossible en ce monde. La chose la plus invraisemblable, il suffit que quelqu’un y ait songé. »

Le quart, troisième partie

Alors, est-ce une histoire vraie ?
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Re: Nikos Kavvadias

Message par ArenSor le Ven 23 Déc - 18:56



Le Quart

Embarquez à bord du Pytheas, parmi ces marins, vieux briscards boucanés, ayant fréquenté tous les bordels de Valparaiso à Yokohama, épuisés tous les trafics. C’est un milieu qui déborde aussi de sensibilité et de tendresse sous des apparences brutales. Dans une première partie, le capitaine et le radio évoquent leurs souvenirs de femmes pendant les quarts, la seconde partie se concentre sur les délires du radio, enfin la dernière élargit le champ à l’ensemble de l’équipage. Toujours, il n’est question que de femmes : la mère, souvent une sainte, puis les autres, les épouses plus ou moins fidèles et les putains. On rêve beaucoup sur la passerelle, des prochaines escales portuaires avec leur lot de filles ou bien d’une paisible retraite sur terre entouré d’enfants. Les images, le style de ce roman, mais peut-on le qualifier de ce nom ? m’ont souvent fait penser à Malaparte. La quatrième de couverture parle d’un livre d’une « noirceur totale ». Pour ma part, j’y ai trouvé beaucoup d’humanité, d’attention et d’entraide. Bref, si ce vieux rafiot, perdu dans les mers de Chine, vient à s’échouer un jour sur votre PAL, explorez-le à l’envi puis remettez le à flot pour le plaisir de nouveaux lecteurs. Smile
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Re: Nikos Kavvadias

Message par Tristram le Ven 23 Déc - 19:03

@ArenSor a écrit:« Il n'était pas possible à un seul homme de coucher avec toutes les femmes du monde mais il fallait essayer d'y parvenir, disaient les vieux marins sur les quais du port. »
« Les pâtres de la nuit »

Tous les mêmes, ces marins...
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