Bruno Arpaia

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Bruno Arpaia

Message par Bédoulène le Ven 23 Déc - 17:06

Bruno Arpaia
Né en 1959



Bruno Arpaia est un écrivain et journaliste italien né à Naples en 1957. Il est diplômé en sciences politiques de l'université de Naples et spécialisé en histoire de l'Amérique. Il se lance dans une carrière de journaliste au Il Mattino de Naples, avant d'émigrer à Milan en 1989, où il travaille pour le journal La Repubblica. L'année suivante, il publie son premier roman, I forestieri, prix Bagutta - première œuvre en 1991. Il ajoute à son activité de journaliste, une activité littéraire, en publiant en 1994 Il futuro in punta di piedi. Il abandonne son poste à la rédaction de La Repubblica en 1998, pour se consacrer à l'écriture. Il reste journaliste en tant que pigiste.

En 1997, il publie Tempo perso (Du temps perdu) qui se passe lors de la révolution asturienne de 1934. Dans ce roman apparait pour la première fois la figure du jeune révolutionnaire Laureano, dont l'histoire s'entremêlera avec celle du philosophe Walter Benjamin dans son livre suivant L'Angelo della storia. C'est l'histoire d'un destin railleur, celui de Walter Benjamin, fuyant l'Allemagne nazie, avec en arrière-plan le sort d'un continent se précipitant vers la Seconde Guerre mondiale. La relation complexe entre destins individuel et collectif est un des thèmes chers à l'écrivain, comme la réflexion constante sur le temps.

En 2003, il publie Raccontare, Resistere - Conversazione con Bruno Arpaia, long entretien avec l'écrivain chilien Luis Sepulveda, où les deux auteurs dissertent d'un certain nombre de questions qui les unissent : la littérature, la passion politique, l'engagement pour l'environnement, le journalisme.

En 2006 vient Il passato davanti a noi, une évocation des années soixante-dix, de la maturation politique d'une génération, entre la lutte des travailleurs et les grandes batailles pour les droits civiques, jusqu'à la période du terrorisme italien et de la répression. Le livre remporte le Prix Napoli. En 2007, il sort le pamphlet Per una sinistra reazionaria.

En 2011, il publie le roman L'energia del vuoto, avec lequel il plonge dans le monde de la physique des particules, racontant l'aventure de la science sous la forme d'un thriller politique. Connaisseur des littératures espagnole et latino-américaine, Bruno Arpaia complète ses activités de romancier et d'essayiste avec celle de traducteur. Il est également conseiller éditorial et collaborateur des pages culturelles du quotidien Il Sole 24 Ore. Il traduit et édite pour la maison Mondadori les romans de Carlos Ruiz Zafón.

(wikipedia)


Œuvres en français

Dernière frontière
Du temps perdu
Avant la bataille

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Dernière frontière

L’auteur imagine une rencontre entre un Républicain Espagnol et le philosophe Juif Allemand Walter Benjamin,  sur un chemin de montagne dans les  Pyrénées , plus exactement au passage déjoué de la frontière Franco-Espagnole.

Mais cet auteur est rusé, la rencontre se fera tardivement dans le récit ce qui permet au lecteur de faire  longuement connaissance avec le narrateur, Laureano le Républicain Espagnol, émigré au Mexique et lentement  au rythme de sa démarche mal assurée, du vieux Benj  comme ses amis le surnomme, le philosophe.

Tous deux sont des émigrés qui ont fuit leur pays devant le fascisme pour sauver leur vie et leur parcours, leur fuite est aussi terrible pour l’un que pour l’autre, mais Laureano est jeune, fort et a un but , rejoindre celle qu’il aime. Walter est vieux avant l’âge, il n’aspirait qu’à penser, écrire, vivre une vie  tranquille ; il a besoin de la solitude, du silence pour se sentir à l’aise, d’autant que sa santé est fragile. Mais le sort en a décidé autrement, il est poursuivi par le « petit bossu » malfaisant de la comptine depuis son enfance et jusqu’à sa mort.

Seuls ses écrits permettent à Walter de survivre, il ne trouve d’intérêt qu’à l’écriture ; passant des après-midi entières à la bibliothèque nationale de Paris.  Il transportera  dans sa valise les pages écrites d’une thèse qu’il espère faire éditer aux Etats unis, sa fuite l’épuise, la maladie l’accable mais il refuse d’abandonner  ce bagage à l’incompréhension, voir au reproche  de ses compagnons d’infortune.

De nombreux personnages connus, certains de ses amis croisent Benj dans cet exil,  ces rencontres aident Walter à continuer le chemin.   Lui dont les manières surannées, l’ extrême politesse étonnent ceux qui  croisent son chemin et dont la  fragilité invite à l’attention.

L’auteur  a, comme il le dit, puisé largement dans les écrits de Koestler, d’Anna Seghers et de tant d’autres  ce qui m’a rendu la lecture très facile puisque j’ai rencontré dans  mes précédentes lectures, la guerre d’Espagne, les camps de concentration Français. Par contre, je  ne connaissais pas Walter Benjamin (seulement aperçu), cet écrivain, philosophe chassé par le fascisme, par « le petit bossu »  et qui a fait du tableau de Klee « l’angelus Novus » l’allégorie de l’Histoire.

Une bonne lecture  et une écriture agréable,  la construction du récit qui alterne le destin de Laureano et celui de Walter  figure bien le chemin parcouru et à parcourir pour l’un comme pour l’autre, jusqu'à cette "dernière frontière" qui est aussi pour Walter celle  qui sépare la vie de la mort.
Après recherche, je me rend compte de l’habileté de l’auteur à porter à notre connaissance certains écrits de Walter Benjamin en  les « condamnant » mystérieusement dans la valise.

Extraits :  

« Je pense lui racontait-il, que pour mon anniversaire je serai à Nice, en compagnie d’un type plutôt drôle que j’ai déjà rencontré souvent dans mes vagabondages, et que j’inviterai à boire un verre à ma santé, à moins que je ne préfère rester seul. Qui était ce type, Scholem se creusa inutilement la tête pour le comprendre. Aujourd’hui seulement nous pouvons imaginer que c’était le « petit bossu » de ses comptines d’enfant et de ses pires cauchemars, que c’était son destin déjà aux aguets. »

« En peu de temps, il se créa une communauté à partir du néant, une société naquit du chaos et de la confusion. Soudain était apparu un homme qui disait à tous ce qu’il fallait faire. «  Personne ne savait d’où il était sorti ; on savait seulement que cet homme faisait la bonne proposition au bon moment. »

« Walter vivait de détails, et il était capable de reconstruire l’univers de ces vétilles ; mais dans un camp, il cousait les jours ensemble avec un fil de détails absurdes qui résistait à sa pensée. «

« Je crois que le vieux Benj ne pouvait prendre une tasse de thé bouillant qu’après avoir développé une théorie sur la tasse. »

« Il écrivit les dix-huit Thèses au verso d’un de ses carnets, remplissant les marges de lettres minuscules et hâtives, dépouillées par l’urgence de toute hésitation, de tout ornement. Il écrivit comme s’il laissait un témoin dans un relais, un talisman à remettre à ses amis d’outre-atlantique avant qu’il ne soit trop tard. Il écrivit en réunissant enfin marxisme et messianisme, liés dans une ultime et terrible défense contre la foi obtuse dans le progrès, contre l’absurdité de l’histoire.  Il écrivit en franchissant avec une ironie libérée les frontières entre théologie, philosophie et littérature, comme si, face au danger, tout devait apporter sa contribution au salut. »

« Jamais à sa place : telle était toute sa vie »

« Lui qui ne savait sans doute rien faire d’autre, qui à force de se bourrer la tête de pensées était allé  dans la vie comme si elle lui était prêtée, une vie d’occasion. Voilà que cette vie – son corps, son cœur, ses muscles, ses poumons – lui présentait l’addition. »


(message rapatrié)


mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire

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