Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Alice Ferney

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    Alice Ferney

    Message par topocl le Sam 24 Déc - 10:50

    Alice Ferney
    Née en 1961



    Alice Ferney, née le 21 novembre 1961 à Paris de sa véritable identité Cécile Brossollet, épouse Gavriloff, est un écrivain français.

    Elle étudie à l'ESSEC (1981-1984) puis prépare à l'EHESS une thèse en sciences économiques, qu'elle soutient en 1990. Elle devient maître de conférences à l'université d'Orléans.

    Œuvres

    Le Ventre de la fée, 1993
    L'Élégance des veuves, 1995
    Grâce et Dénuement, 1997
    La Conversation amoureuse, 2000
    Dans la guerre, 2003
    Les Autres, 2006
    Paradis conjugal, 2008
    Passé sous silence, 2010
    Cherchez la femme, 2013
    Le Règne du vivant, 2014


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    Re: Alice Ferney

    Message par topocl le Sam 24 Déc - 10:52



    Grâce et dénuement
         
         Ce qui se perdaient dans la misère c'était aussi le désir et l'élan vers l'avenir

    Entre deux expulsions, cette famille de gitans a trouvé à se fixer dans un jardin abandonné de banlieue. Quelques poules cohabitent avec les rats dans la boue, on s'entasse dans les caravanes, mais ils se tiennent les uns les autres : la matriarche, crainte et vénérée, les cinq fils, qui ferraillent vaguement pour masquer leur honteuse inutilité, les belles-filles, épouses et mères, et la troupe de marmots qui ne sait même pas qu'il existe autre chose que cette « liberté » bien chère payée. Tous analphabètes, à la fois fiers et humiliés de n'être pas insérés dans cette société qu'ils connaissent si peu et qui le leur rend bien.

               Ils sont semblables à n'importe lequel des enfants qui sont ici. La seule chose qui les différencie, murmura-t-elle, c'est que leurs parents ne savent ni lire ni écrire et qu'ils n'ont pas de maison.

    Et puis un beau matin, survient Esther, ses livres illustrés sous le bras main, qui va lire des histoires, ouvrir un dialogue, générer des confidences, et finalement se battre pour que, coûte que coûte, Anita aille à l'école.

    Sujet à haut risque avec tout ce qu'on pouvait redouter de stéréotypes, de bons sentiments, de bien-pensance et de lacrymal.
    Et bien, Alice Ferney fait très fort, elle évite tous ces écueils. Cette main tendue devient subtilement partage, mais pas miracle. Les personnages sont tout entremêlés de contradictions et de douleurs. Esther elle-même est une espèce de minéral plein de douceur. Il y a en Alice Ferney une sensibilité aux failles et fragilités d'autrui, à leurs petits bonheurs aussi, une humanité qui est à bien des moments bouleversante. Cette façon qu'on les petits de se lover autour de leur lectrice, cette adepte de la lecture à haute voix comme lien premier façon Pennac , il y a là de grands moments .

               Il y avait un secret au cœur des mots. Il suffisait de lire pour entendre et voir, et l'on n'avait que du papier entre les mains. Il y avait dans les mots des images et des bruits, la place de nos peurs et de quoi nourrir nos cœurs.


    Et puis il y a les mots, à la fois outils et personnages. La langue d'Alice Ferney est dense, généreuse et fouettante. C'est une langue qui fouille et qui remue, avec ces dialogues tendus imbriqués dans le texte, cette façon de passer de l'un à l'autre avec un œil plein de compassion pas mièvre du tout, une compréhension de ces vies d'espoir et de désespoir mêlés.

    Mais surtout les mots sont le fil rouge de ce récit, des mots qui apportent le réconfort , la fierté, la foi en l'autre, la consolation, la transmission. Des mots émancipateurs. Mots des livres (on se régale à identifier les extraits des lectures d'Esther), mots des dialogues et monologues, joyeux, furieux ou confidents.

    Quant à la question de savoir si c’est « bien vu », « comme si on y était », je suis bien incapable d'y répondre, et peu sont à même de le faire : comment ça se passe chez les gitans, dans leurs campements, dans leurs têtes et dans leurs cœurs? Tour ce que je sais, c'est qu'Alice Ferney nous propose ici sa version, pleine d'honnêteté et de respect, qu'elle est probable, touchante, renversante.


    (commentaire récupéré)


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    Re: Alice Ferney

    Message par topocl le Sam 24 Déc - 17:26



    L'élégance des veuves

    C'est une histoire de transmission intergénérationnelle, un flux ininterrompu qui passe de femmes à enfants.
    C'est une famille bourgeoise, catholique, convenue, où les femmes, vouées à être épouses et mères, endossent ce rôle avec bonheur et détermination. Elles sont cependant des figures phares, dignes, intensément jouissantes et chaleureuses, matricielles. Décidées au bonheur et affrontant les peines le front haut.
    On se dit "vous" et "mon ami" quand l'amour est cependant tant dévotion que passion, on enfante à foison car enfanter épanouit et magnifie les femmes. Celles-ci sont encore là face à l'arrachement : les enfants morts en bas âge, et les fils aînés à la guerre. Et elles restent là, dignes et fidèles, nourricières. Leur mort laisse une empreinte irremplaçable.

    J'ai eu à cette lecture une petite gêne dans l'apologie de ces modes de vie caducs, où Alice Ferney décide de gommer le renoncement et la soumission, au profit des choix et de l'épanouissement. Emportée par une langue au classicisme mélodieux, j'ai choisi de n'écouter que le cœur de ces femmes, d'être touchée par la plénitude et la noblesse que leur apportent les enfantements. Et j'ai aimé ce tableau admirable de belles figures féminines.





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    Re: Alice Ferney

    Message par topocl le Mer 22 Mar - 12:49

    Dans la guerre



    C'est , une fois de plus me direz-vous , un récit de la Grande Guerre, sur le front et à l'arrière, de la mobilisation à l'armistice, auquel n'échappe ni l'horreur, ni l'absurde.

    Alice Ferney y glisse son univers propre, fait de l'amour salvateur, de la transmission générationnelle, de l'amour des mots comme des silences. Elle instille à chaque personnage un désir profond d'humanité, un sens du devoir qui n'exclut pas la critique, un besoin de bonté face à l'infortune du destin, l'amour de la terre plus que de la patrie. Elle accompagne chaque personnage, homme ou bête, dans sa douloureuse quête d'un chemin. Ses héros sont humbles et respectueux, ce sont des purs.  Dans un style dont la beauté prend aux tripes, elle partage leur intimité la plus profonde. Son  livre  ne masque pas une atrocité mais, au sien de cet effroyable gâchis, donne paradoxalement comme une impression de paix et d'espoir . On y trouve des raisons de croire en l'homme, en la femme, en leur chien et en l’enfant à naître.

    Un livre que l'on conseillerait presque à ceux - ou celles - qui doutent de la littérature française d'aujourd'hui.


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    Re: Alice Ferney

    Message par Bédoulène le Mer 22 Mar - 20:20

    merci topocl pour ton juste commentaire. Je me souviens de mes ressentis à cette lecture et ta conclusion me plait bien.


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    Re: Alice Ferney

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