Didier Eribon

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Didier Eribon

Message par topocl le Mar 27 Déc - 10:09

Didier Eribon
Né en  1953




Didier Eribon (né le 10 juillet 1953 à Reims) est un sociologue et philosophe français.
Didier Eribon naît dans un milieu modeste d'un père ouvrier et d'une mère femme de ménage. Durant son adolescence, il milite un temps dans une organisation trotskiste qu'il abandonne ensuite jugeant alors que la politisation des questions sexuelles passe « par une mise à distance du marxisme qui ne considérait comme politique que ce qui relevait de la domination de classe ».

Titulaire d'une thèse d'habilitation à diriger des recherches soutenue à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, Didier Eribon est professeur à la faculté de philosophie, sciences humaines et sociales de l'université d'Amiens. Il a également été pendant plusieurs années Visiting Professor of Philosophy and Theory à l'université de Berkeley aux États-Unis, y donnant un séminaire de recherche pour étudiants doctorants, puis Visiting Scholar à l'Institute for Advanced Study de Princeton. Il participe à la vie universitaire et intellectuelle aussi bien en Europe qu'aux États-Unis par des cours, séminaires et conférences. L'université nationale de Tres de Febrero à Buenos-Aires (Argentine) lui a décerné en 2014 un doctorat honoris causa pour l'ensemble de ses travaux et notamment pour sa contribution aux études sur le genre et les identités

Il organise au Centre Georges Pompidou, en juin 1997, un colloque consacré aux études gays et lesbiennes et à la théorie queer, auquel participaient notamment Monique Wittig et Eve Kosofsky Sedgwick. Il publie l'année suivante les actes de ce colloque, sous le titre Les Études gays et lesbiennes.

Il anime de 1998 à 2004 un séminaire à l'École des hautes études en sciences sociales sur les études gays, lesbiennes et queer menées en France comme à l'étranger. Ce séminaire, auquel il invite d'éminents chercheurs américains (comme Judith Butler, George Chauncey, Leo Bersani, Michael Warner, Michael Lucey, Carolyn Dinshaw) ou français (comme Pierre Bourdieu, Michel Tort, etc.) contribue à installer en France ce nouveau champ de recherche.

Ses cours et séminaires portent aujourd'hui principalement sur les questions de théorie politique et de sociologie des classes sociales et tout particulièrement des classes populaires ou encore sur les "modes de domination" et sur les mouvements sociaux et les mobilisations politiques.


Il commence sa carrière, après des études de philosophie, comme critique littéraire à Libération de 1979 à 1983, puis, à partir de 1984, et jusqu'au milieu des années 1990, au Nouvel Observateur.


Œuvres principales

Michel Foucault, 1926-1984, 1989
Faut-il brûler Dumézil. Mythologie, science et politique,1992
Michel Foucault et ses contemporains, 1994
Réflexions sur la question gay, 1999.
Papiers d'identité. Interventions sur la question gay, 2000
Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, 2001
Hérésies. Essais sur la théorie de la sexualité, 2003
Sur cet instant fragile… Carnets janvier-août 2004, 2004
Échapper à la psychanalyse, Paris, 2005
D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, 2007.
Contre l'égalité et autres chroniques, 2008.
Retour à Reims, 2009.
De la subversion. Droit, norme et politique, 2010.
Retours sur Retour à Reims, 2011.
La Société comme verdict. Classes, identités, trajectoires, Paris, Fayard, 2013.
Théories de la littérature. Système du genre et verdicts sexuels, Paris, Presses universitaires de France, 2015.
Principes d'une pensée critique, Paris, Fayard, 2016.

Dialogues
Entretiens avec Georges Dumézil, 1987
De près et de loin. Entretiens avec Claude Lévi-Strauss, 1988.
Ce que l'image nous dit. Entretiens sur l'art et la science, avec Ernst Gombrich, 1991.

Direction d'ouvrage
Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (dir.), 2003.
Actes de colloques internationaux :
- Les Études gays et lesbiennes. Actes du colloque des 21 et 27 juin 1997 (dir.), 1998.
- L'Infréquentable Michel Foucault. Renouveaux de la pensée critique. Actes du colloque du Centre Georges Pompidou (dir.), 21-22 juin 2000, 2001
- Foucault aujourd'hui. Actes des neuvièmes rencontres INA-Sorbonne, 27 novembre 2004 (dir. avec Roger Chartier), 2006.

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Re: Didier Eribon

Message par topocl le Mar 27 Déc - 10:14

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Très riche, ce livre. Passionnant, intelligent, ouvrant à plein de débats et de questions .
Il s'agit donc d'un homosexuel professeur de philosophie, issu d’un milieu ouvrier très réac et primaire, qui a totalement coupé les ponts  pendant des dizaines d'années. Quand son père meurt, ce père tant haï, mais ce père qui n’est plus lui-même puisqu’atteint de la maladie d'Alzheimer, c’est pour lui le moment de revenir sur son parcours.

J’imaginais un truc sur cette rupture du lien, cette fracture sociale et humaine. Encore sous l'emprise de Y revenir de Dominique Ané, je pensais trouver un travail émotionnel, ou même une réflexion rétrospective sur le lien familial et sa défaillance. Mais  Didier Eribon  livre des faits. C'est comme ça, il ne reviendra pas dessus. La blessure est telle que c'est indiscutable. Didier Eribon s’est construit sur la honte, il se considère comme un « miraculé ». La façon dont il nous présente la situation tend à nous le rendre compréhensible. Il reconnaît à la rigueur qu'il a peut-être un peu simplifié le problème, qu’il n'a pas vu les ouvertures possibles (il avait 20 ans, dit-il comme  « excuse »), mais il les considère comme ayant été tellement infimes qu’elles étaient négligeables.

Donc, contrairement à ce que l'on croit au départ, se raconter, si c’en est une part importante, n'est pas le l'objet réel du livre. L’objet du livre, c’est le Pourquoi et le Comment.

Eribon élargit son propos,  s'appuyant sur son expérience individuelle, mais sans aucun mode de traitement psychologisant. C'est d’abord l’ analyse socio-politique d'une certaine classe ouvrière sans culture et sans savoir, avec un quotidien et une pensée totalement misérables. Des gens qui n' avaient (n’ont ?) d'autres ressources que de chercher à se protéger, et cela c'est fait dans le rejet de l'autre, puisque l'autre s'est si mal comporté avec eux.. Cela passait par un vote d'abord communiste (contre les possédants) puis FN (contre l'étranger, l'autre en général puisque, dans cette misère, personne ne peut trouver grâce à leurs yeux). Mais comprendre cela n’est pas forcément l’admettre


   Il est assez facile de se persuader, de façon abstraite, qu'on n'adresserait pas la parole ou qu'on ne serrerait pas la main à quelqu'un qui vote pour le Front National… Mais comment réagir quand on découvre qu'il s'agit de sa propre famille ? Que dire ? Que faire ? Et que penser ?

Eribon reste sur ce questionnement et n’apporte pas de réponse.


Si cette faille culturelle s'est installée entre lui et sa famille c’est qu’il a pu franchir un autre fossé, celui qui le séparait du milieu scolaire, de la culture et de la pensée. Un  milieu d’origine où le seul savoir à acquérir était la lecture et le calcul, où la notion d’étude était étrangère, où le savoir était rejeté comme l’affaire des nantis. Et un lieu , l’école, seule porte de sortie, qui se croit la Reine de la fameuse égalité des chances, mais totalement rejetante pour un enfant, « sauvage » en quelque sorte, qui lui rend bien cette incompréhension et ce rejet. Une histoire d’amour , de haine et de fascination.

Pris entre ces deux monde, pour Eribon

   Résister c'était me perdre. Me soumettre, me sauver.

Il ne pouvait se vivre que comme en exil.

 
Et comme tout exil, celui-ci contenait une forme de violence.


   C'est pourquoi une philosophie de la « démocratie » qui se contente (même si ses auteurs s'émerveillent eux-mêmes d'avancer une pensée aussi « scandaleuse ») de célébrer « l’égalité » » première de tous avec tous et de ressasser que chaque individu serait doté de la même « compétence » que tous les autres n'est en rien une pensée de l'émancipation, dans la mesure où elle ne s'interroge jamais sur les modalités de la formation des opinions ni sur la manière dont ce qui résulte de cette « compétence » peut s'inverser du tout au tout - pour le meilleur ou pour le pire – chez une même personne dans un même groupe social, selon les lieux et les conjonctures, et selon les configurations discursives à l'intérieur desquelles, par exemple, les mêmes préjugés peuvent soit devenir la priorité absolue, soit être tenus à l'écart du registre politique.

Enfin Eribon parle de son homosexualité, du besoin de la vivre et de la protége/cacher en même temps, face à une homophobie dont la description nous montre à quel point il est utopique de la considérer comme marginale, et de l’acquisition « sur le tas » de sa culture spécifique, du mode de vie qu’elle implique entre revendication et « besoin d’assimilation »..

   Cette résistance quotidienne, obstinée, indéracinable, inventive que les gays ont opposée aux forces de la culture dominante qui les menaçaient sans cesse, les maltraitaient, les humiliaient, les réprimaient, les traquaient, les  pourchassaient, les frappaient, les blessaient, les arrêtaient, les emprisonnaient…

Là encore, se construire avec, et contre.

   Notre passé est encore notre présent. Par conséquent, on se reformule, on se recrée (comme une tâche à reprendre indéfiniment), mais on ne se formule pas, on ne se crée pas.(…) Il ne faut pas rêver d'un impossible « affranchissement », tout au plus peut-on franchir quelques frontières instituées par l'histoire et qui enserrent nos existences.
Ne cherchez pas ici de l'affectif. Eribon se satisfait de l'analyse, du factuel, il donne à voir, il donne à  comprendre. Il s'est blindé, et il n'a aucune intention de gratter ce blindage. En tout cas , ce n’est qu’à la dernière page, bouleversante après cette somme de distance et d’érudition, que les interrogations brutalement le submergent et que l’émotion reprend ses droits.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #identitesexuelle #segregation #social

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