Chamaco_VilaMatas

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Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Ernest Gaines

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    Ernest Gaines

    Message par topocl le Mar 27 Déc - 10:36

    Ernest J. Gaines
    Né en 1933



    Ernest James Gaines, né le 15 janvier 1933, est un écrivain afro-américain. Son roman publié en 1993, Dites-leur que je suis un homme (A Lesson Before Dying), a remporté le National Book Critics Circle Award et a été nommé au Prix Pulitzer. Gaines est chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Né dans une plantation de Louisiane, dès neuf ans il gagne 50 cents par jour en ramassant des pommes de terre. À quinze ans, avec sa famille, il rejoint la Californie où il s'attèle plus sérieusement à ses études et commence à lire avec passion, tout en regrettant que « son monde » ne figure pas dans les livres. Il décide donc d'écrire pour le mettre en scène et publie ses premières nouvelles dans un magazine en 1956, suivies de plusieurs romans. Il s'affirme comme un des seuls écrivains américains à peindre un Sud en évolution, où les Noirs de la nouvelle génération s'opposent aux anciens dans une quête de dignité. La mutation est porteuse de conflits et de drames, car les règles du jeu ne sont plus codifiées. Ernest J. Gaines est aujourd'hui considéré aux États-Unis comme un des auteurs majeurs du « roman du Sud ». En 1996 il assure pendant un semestre entier des enseignements de creative writing à l'Université Rennes 2 Haute Bretagne. En 2004, il est nommé pour le Prix Nobel de littérature mais c'est finalement Elfriede Jelinek qui l'obtient.

    Bibliographie française

    1964 : Catherine Carmier
    1967 : D'amour et de poussière
    1968 : Bloodline - Par la petite porte
    1971 : Autobiographie de Miss Jane Pittman
    1971 : Une longue journée de novembre, publié aussi sous le titre Ti-Bonhomme
    1983 : Colère en Louisiane
    1993 : Dites-leur que je suis un homme
    2002 : Quatre heures du matin
    2005 : Mozart est un joueur de blues


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    Re: Ernest Gaines

    Message par topocl le Mar 27 Déc - 10:37

    Autobiographie de Miss Jane Pittman



    La vie de Jane Pittman se passe en Louisiane, et s’étale sur plus d’un siècle . Née esclave dans une plantation, elle a dix ans quand l’esclavage est aboli, mais gardera toute sa vie la cicatrice des coups de fouet sur son dos.. Elle nous rapporte ses errances d’enfant, puis sa vie de femme au sein d’une plantation où elle continue à habiter « les quartiers », à servir les Blancs , à la cuisine ou au champs, s’imposant à tous par sa sagesse. Et 100 ans plus tard, quand les lois antiségrégationnistes s’imposent peu à peu, elle est encore là, et, avant beaucoup d’ autres, elle comprend que cette liberté dont elle a cru profiter toutes ces années, n’était qu’une misère et qu’un nouvel espoir est en train de naître.

    C’est Jane qui raconte à un jeune professeur qui ne veut pas laisser se perdre son témoignage. Une conteuse hors pair, pleine de détermination et d’ humour, entre croyances, certitudes et espérances, dans son langage imagé, d’une grande vivacité .
    Un excellent roman du Sud qui nous fait vivre les infortunes et petits bonheurs de cette femme volontaire et attachante et de la communauté noire qui l’entoure. Ce roman n’est pas aussi percutant que Colère en Louisiane (que je considère comme son chef d’œuvre), on y retrouve cependant avec grand plaisir les thèmes chers à Gaines.


    (commentaire récupéré)


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    Re: Ernest Gaines

    Message par topocl le Mar 27 Déc - 10:39

    Une longue journée de novembre suivi de Le ciel est gris



    Deux nouvelles qui regardent le monde avec les yeux de l’enfance. Des enfants que les adultes, pris dans leurs tourments, traînent par la main, et qui observent. Ils sont profondément aimés, ces enfants, cet amour s’exprime par des leçons à savoir, des dents à soigner, un manteau reboutonné, un fouet accroché au mur. Ce sont deux textes qui ont un rôle essentiellement descriptif, de l'univers intime de  noirs qui vivent encore dans les quartiers, s'assoient au fond du bus , se laissent avec fatalité malmener par les blancs, et n'ont que leur tendresse fragile intimité et leur dignité à leur opposer, douleur et douceur entremêlées.

    (commentaire récupéré)


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    Re: Ernest Gaines

    Message par topocl le Jeu 5 Jan - 11:36

    Le nom du fils



    Le révérend Philipp Martin, la soixantaine empâtée, bon père, bon époux, belle maison, est unanimement respecté par ses paroissiens et par tous les habitants de Saint Adrienne, les Blancs comme les Noirs, pour avoir construit, organisé, donné un poids réel au Mouvement des Droits Civiques local. Mais quand arrive son fils abandonné d'une première union, étrange, inquiétant, son ancienne vie de débauche lui revient en pleine figure, une paternité honteuse le bouleverse, le doute s'installe et tout s'effondre : la famille, la foi, les amis, l'engagement :

    J'étais rien qu'une de ces brutes épaisses, capable de tricher, de voler, de tuer, mais pas de tenir debout, d'être responsable, de vous protéger, toi ou ta mère. Ils nous avaient mis ça dans la tête depuis le temps de l'esclavage.

    Le roman commence de façon très prenante dans cette petite ville, la nuit, sous la pluie, par un homme inconnu qui débarque ici sans vouloir communiquer, un désir de vengeance chevillé au corps. On se croirait dans un western, mais non, ce n'est pas d'action que l'on va parler, mais bien de culpabilité, de rédemption et de pardon, dans cette vertigineuse  descente aux enfers d'un homme rattrapé par son passé.

    Le récit se centre ensuite sur le pasteur, pris dans un marécage de remords et d'incompréhension, et on pense aux pièces de théâtre à thèse de Sartre ou de Camus : un homme bon, charismatique, traqué par sa conscience. Pièces de théâtre car il y a énormément de dialogues, et que le texte suit avec une précision obsédante les gestes, les déplacements, les contacts physiques entre les personnages, comme une espèce de didascalie géante  romancée . Gaines colle à la peau de son héros, tourne en rond, se noie avec lui (et nous avec) dans ses sables mouvants, et il faut accepter de prendre son temps, de revenir en arrière, de voir  les protagonistes se répéter, dans leurs paroles comme dans leurs non-dits. C'est une ambiance très troublante, étouffante par moment, un reflet terrifiant du tumulte qui s'empare de Philipp :

      Je suis en guerre avec moi-même, Adeline . En guerre avec mon âme. Depuis quelques jours je n'arrête pas de me poser des questions, et je ne rencontre que des doutes, sur tout.

    On parle donc ici de liberté, de libre arbitre, de filiation et de paternité. Il faut aussi relever la place des femmes, ces personnages apparemment effacés, vouées au service de leurs hommes, maris ou enfants, (on est dans le Sud des années 70), mais qui au final  sont la source de tout, en particulier de l'élan vital et du pardon : elles sont la source et le refuge. Car ce roman si sombre est un roman de foi, un roman qui croit en l'homme et sa capacité à se sauver lui-même.

    (commentairé récupéré)


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    Re: Ernest Gaines

    Message par tom léo le Lun 27 Mar - 22:38



    Dites-leur que je suis un homme


    Original: A lesson before dying (1993)

    Présentation de l'éditeur a écrit:Dans les années quarante, en Louisiane, Jefferson, un jeune Noir démuni et ignorant, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : l’assassinat d’un Blanc. Au cours du procès, il est bafoué et traité comme un animal par son propre avocat commis d’office devant la cour et, pour finir, condamné à mort. La marraine du jeune homme décide alors que ce dernier doit, par une mort digne, démentir ces propos méprisants. Elle supplie l’instituteur, Grant Wiggins, de prendre en charge l’éducation de Jefferson. Le face à face entre les deux hommes, que seule unit la couleur de la peau, commence alors…

    Ce que Gaines écrit dans son premier chapitre de ce roman, constituerait chez d’autres toute l’histoire: crime, procès d’un innocent, condamnation ! Alors on se demande bien comment il va remplir les autres 280 pages restantes ! Mais en fait, ce n’est que le début de la vraie histoire : L’humiliation vécue dans ce procès de marionnettes n’est que le pic visible d’une histoire d’humiliations d’un peuple depuis presque trois siècles. Et la victime est en Jefferson tout un chacun, d’abord évidemment de son peuple : il est comme le bouc émissaire. Mais comment ce mécanisme de victime va pouvoir se transformer ? Comment le désir de sa marraine va s’accomplir que Jefferson mourra dans la dignité, bien droit sur ses deux pieds, et ne point sur quatre pattes ? Alors Gaines décrira ce processus d’apprentissage de Jefferson, mais aussi chez le jeune professeur, le narrateur de l’histoire, lui-même aussi de couleur noir et refusant d’abord à s’approcher de Jefferson.

    Un roman magnifique du Sud profond des Etats-Unis qui est situé dans les années 40, mais qui pourtant – écrit alors au début des années 90 ! – contient un message fort pour la vie ensemble des uns avec des autres et qui, surtout, invite chacun de marcher la tête haute à travers la vie et de laisser derrière soi l’esclavage intérieure !

    Splendide, une vraie découverte !
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    Re: Ernest Gaines

    Message par Bédoulène le Lun 27 Mar - 22:54

    Il me tente beaucoup cet auteur, merci pour vos commentaires


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    Re: Ernest Gaines

    Message par tom léo le Mar 11 Avr - 7:36

    D'amour et de poussière


    Original: Of Love and Dust (Anglais/E.-U. 1967)

    CONTENU:
    Présentation de l'éditeur a écrit:Une plantation aride de Louisiane, théâtre de tous les déchirements. C'est là que se nouent les amours du contremaître cajun Bonbon et de Louise, une esclave noire. Et celles, plus coupables encore, du farouche Marcus, tout juste sorti de prison, et de Louise, la femme blanche du contremaître. Sous le regard réprobateur de toute une communauté, tabous et non- dits volent en éclats. Mais comme dans une tragédie antique, leurs destins prendront peu à peu valeur d'exemple.

    REMARQUES:
    Le roman est divisé en trois grandes parties de 22,17 et 16 chapitres. Vu la longeur du roman, alors des chapitres assez courts.

    C'est sur une plantation non loin de Baton Rouge, la capitale de la Louisiane, qu'atterrit un jour de 1948 le jeune Marcus, homme de couleur: il fut libéré sous caution, en attendant son procès, et le Maréchal l'emploie alors comme ouvrier peu couteux sur son exploitation de coton, de maïs etc. Sur l'ordre du Maréchal le cajun Bonbon, le contre-maître, prend Marcus dans son viseur, le prend durement. Bonbon, tout en étant marié avec Louise, vit alors une relation avec la belle Pauline. C'est d'abord pour se venger pour les humiliations que Marcus va essayer de s'approcher de Louise qui s'ennuie tout seule dans la maison.

    Le narrateur est James „Jim“ oder Jime Kelley, mécanicien et conducteur de tracteur. C'est lui qui est demandé d'accueillir Marcus dans sa maisonette dans „les quartiers“, et que la marraine du jeune garçon demande de bien vouloir jeter un coup d'oeil bienveillant sur son filleul. Difficile, car celui-là vient comme enfant de ville, si possible avec chaussures cirées et chemise en soie, en recherche d'une fille facile et après avoir tué pour pas grande chose un concurrent.

    Raconté par Kelley, celui-ci n'a pas vécu tous les événements relatés: donc il doit récourir à la citation, à ce qu'il a entendu etc. Cette technique rend des fois la narration un peu compliquée ou même construite (artificiellement). Mais cela n'empêche pas en général une narration avec des vrais coup de génies, comme par exemple une récolte des épis de maîs qui est narrée sur pas mal de pages: on essaie de mâter Marcus en augmentant lentement le rythme de la vitesse de récolte. Ou il y a cette beuverie et bagarre mémorable dans une hutte entre la moitié des gens du quartier...

    Mais l'essentiel du récit est l'atmosphère d'une époque où l'esclavage avait bel et bien disparu, mais ou un esprit de séparation de classes et de races domine encore tout. Dans le centre d'intérêt on trouvera la juxtaposition d'un coté de la relation plus que charnelle (tolerée), mais même d'amour entre Bonbon et Pauline et, d'autre coté de cette relation naissante d'abord d'un acte de vengeance, mais qui se transforme en histoire d'amour entre la „blanche“ Louise et le „negro“ Marcus. Et là, franchement, c'est l'interdit absolu! On se trouve dans le grand sud, et seulement d'envisager une fin de ce tabou est impossible à s'imaginer. Et pas seulement pour la population blanche, non, aussi pour les gens de couleurs eux-mêmes. Marcus suscite ainsi la peur!

    Et pendant presque toute la narration domine cette impression du tranquillement admis d'un coté, et de l'impossible de l'autre. Jusqu'à ce qu'à la fin des questions se lèvent...

    Mais quel courage faudrait-il pour vaincre les tabous intérieurs, les anciens peurs? Reste un énorme impression d'un drame, oui, d'une tragédie: les personnes, Blancs et Noirs, sont des prisonniers d'un système et chacun dans sa part un pion dans les manigances d'autres. Et où en est la liberté?

    Un roman à des multiples facettes qui va plaire aux amateurs de la bonne littérature du Sud des Etats-Unis, et spécialement à ceux qui ont déjà fait connaissance d'Ernest Gaines. Il évite l'unilatéralité, et voit derrière les choses simples la complexité de l'homme, mais derrière les questions apparemment si insolubles aussi les réponses simples, même s'ils sont pas encore universellement admises...

    Splendide!

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    Re: Ernest Gaines

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