Mahasweta DEVI

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Mahasweta DEVI

Message par Armor le Mar 27 Déc - 16:42

Mahasweta Devi
(1926-2016)



Mahasweta Devi est née en 1926 à Dhaka, dans une famille d'écrivains, de poètes et de cinéastes. Le grand réalisateur Ritwick Ghatak était son oncle.

Après la partition du Bengladesh, elle étudia l'anglais à l'université de Santiniketan, fondée par Rabindranath Tagore, puis à Calcutta. Elle fut l'épouse de Bijon Bhattacharya (décédé en 1978), personnalité du théâtre bengali. Ils eurent un fils, né en 1948, également auteur et critique politique. Après son divorce, Mahasweta se remaria avec Asit Gupta, auteur lui aussi.

Durant sa jeunesse, Mahasweta Devi a un temps travaillé à la poste indienne, mais elle fut renvoyée pour ses accointances avec le communisme. Elle effectua ensuite divers métiers, vendant des savons ou rédigeant des courriers en anglais pour les personnes illettrées.
Elle a enseigné à partir de 1964 dans une université destinée aux jeunes filles, et a travaillé quelques temps comme journaliste.

Mahasweta Devi a milité activement toute sa vie pour l'amélioration du statut des basses castes, et en particulier pour les communautés tribales de l'ouest du Bengale. Récemment encore, elle dénonçait en compagnie d'autres intellectuels la spoliation des terres par le gouvernement au profit des industriels.

Bien qu'elle ait fait des études d'anglais, Mahasweta Devi a choisi d'écrire tous ses romans et nouvelles en bengali. Elle y décrit l'oppression dont sont victimes les déshérités de l'Inde, et la corruption des gouvernants. Son premier roman est paru en 1956.
Ecrivain prolifique, Mahasweta Devi est l'un des auteurs les plus connus dans son pays. Elle est décédée en 2016 des suites d'une crise cardiaque.
sources : diverses

Oeuvres traduites en français :

Roman
La mère du 1084

Nouvelles :
Indiennes : Rudali et autres nouvelles
Le char de Jagannath et autres nouvelles


Dernière édition par Armor le Mar 8 Aoû - 18:23, édité 2 fois
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Re: Mahasweta DEVI

Message par Armor le Mar 27 Déc - 17:14




Indiennes, Rudali et autres nouvelles

Mahasweta Devi est une militante, et ses nouvelles parlent de ceux qu’elle défend au quotidien : les oubliés de l’Inde. Plus encore, elle s’attache à décrire le sort des femmes, doublement opprimées : parce que femmes, parce que de basse caste.
Les nouvelles de ce recueil ont pour cadre ces villages reculés du Bengale où, siècle après siècle, le petit peuple trime sous la houlette des maliks et des zamindars, propriétaires terriens et usuriers qui règnent en seigneurs, dispensateurs de rares bienfaits et surtout de malheur. Complexes, les relations d’interdépendance qui se sont crées entre communautés sont autant faites d’acceptation silencieuse que de révolte...

Face à la pauvreté et à l’adversité, le groupe et ses codes sont une sécurité, mais aussi un carcan dont il est fort mal vu de se défaire. Oser braver l'ordre établi, c'est accepter d'en payer le prix. Mais les femmes de Mahasweta Devi font face, par la rébellion ouverte parfois, par une discrète résistance au quotidien le plus souvent.

Mahasweta Devi est un auteur qui prend son temps (chaque nouvelle comporte au minimum une trentaine de pages), et sait créer une véritable atmosphère autour de personnages complexes et attachants. La militante qu'elle est a su éviter avec brio l'écueil d'une dénonciation pesante, misérabiliste ou manichéenne.
Au contraire, elle transmet au lecteur son attachement sincère pour les déshérités du Bengale, notamment à l'aide de dialogues vivants et imagés qui sonnent étonnamment juste. On peut d'ailleurs saluer le travail de la traductrice, qui est parvenue à nous en restituer toute la saveur.
Ces nouvelles ne sont d'ailleurs pas dénuées d'ironie. Pour ne prendre qu'un seul exemple, je vous parlerai de la toute première, celle qui donne son nom au recueil. Il y est question d'une femme qui, accablée par le sort, ne parvient pas à pleurer lorsque la mort emporte tour à tour chacun de ses proches. Pourtant, au soir de sa vie, seule avec un petit-fils à charge, c'est en devenant… "pleureuse professionnelle" qu'elle parviendra à survivre !

Après la lecture des trois premières nouvelles, j'étais totalement séduite. Un délice !
J'avoue que les trois suivantes m'ont au départ un peu déroutée par leur construction et leurs longues digressions. Le contexte, typiquement indien, m'a également demandé plus d'attention ; j'ai même effectué quelques recherches. Mais une fois que le puzzle se mettait en place, le plaisir de lecture revenait, toujours aussi fort, si ce n'est plus. Et à la réflexion, c'est aussi ce que j'ai tellement aimé chez cet auteur : jamais elle ne cherche à séduire le lecteur occidental en mal d'exotisme comme c'est, avouons-le, parfois le cas avec les auteurs indiens.

En conclusion, j'ai profondément aimé cette découverte sans misérabilisme d'une Inde authentique. J'ai eu le sentiment d'approcher, ne serait-ce qu'un peu, la réalité de l'Inde rurale, celle des villages murés dans leurs coutumes séculaires. En effet, même si ces nouvelles ont toutes été écrites entre 1978 et 1979, je crains qu'hormis quelques routes et téléphones portables de plus, la situation des basses castes n'ait guère changé…
Des mois après cette lecture, me restent encore en tête bien des images marquantes. Et l'envie toujours vive de poursuivre la découverte de cet auteur…

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #traditions
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Armor

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