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Anne Hébert

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Message par Jeremy. le Mar 27 Déc - 23:48

Anne Hébert
(1916-2000)


Anne Hébert Anne-H%C3%A9bert

Wikipédia a écrit:Anne Hébert, née le 1er août 1916 à Sainte-Catherine de Fossambault, et morte le 22 janvier 2000 à Montréal, est une écrivaine, poétesse et scénariste québécoise.

Œuvres :

Poésie :
Les Songes en équilibre 1942
Le Tombeau des rois 1953
Mystère de la parole 1960
Le jour n'a d'égal que la nuit 1992
Poèmes pour la main gauche 1997

Romans :
Les Chambres de bois 1958
Kamouraska 1970
Les Enfants du Sabbat 1975
Héloïse 1980
Les Fous de Bassan 1982
Le Premier jardin 1988
L'Enfant chargé de songes 1992
Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais 1995
Est-ce que je te dérange ? 1998
Un habit de lumière 1999

Nouvelles :
Le Torrent 1950

Théâtre :
Les Invités au procès 1952
La Mercière assassinée 1958
Le Temps sauvage 1963
L'Île de la demoiselle 1978
La Cage 1990
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Message par Jeremy. le Mer 28 Déc - 0:14

Anne Hébert 41xf9710

Kamouraska

C'est tout le Québec. Y a l'identité double, la dépossession, le rapport à la colonisation, le rapport au catholicisme, etc. Anne Hébert tisse sur un fond culturel particulier, mais ses personnages vont au-delà de l'illusion culturelle et prennent un écho universel parce qu'humain. C'est la grandeur du roman : il va au fond de ses personnages, très vite et adroitement. Hébert n'a pas besoin de 800 pages pour parler de tout et de rien : son style nu et direct le fait en 300. Le mensonge s'effiloche dans les phrases et le sang du meurtre souille la neige : c'est un roman des contraires, du mouvement : anglais/français, intérieur/extérieur, froid/chaud, vie/mort, etc. Le mouvement est aussi dans la narratologie : tout le monde a le droit aux paroles, aux pensées, aux mensonges et tout jaillit, fusionne, coule en jets comme le sang sur la neige blanche.

mots-clés : #historique #colonisation
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 1 Jan - 11:18

Anne Hébert fut célébrée pour ses romans. Elle le fut également pour sa poésie, même si cette poésie pourrait paraître vieille avec les années. Elle demeure l'une des influences les plus prégnantes chez les poétesses de la modernité québécoise.

Je profite de l'occasion pour vous offrir un poème éloquent :

«LA SAGESSE M’A ROMPU LES BRAS»

La sagesse m’a rompu les bras, brisé les os
C’était une très vieille femme envieuse
Pleine d’onction, de fiel et d’eau verte

Elle m’a jeté ses douceurs à la face
Désirant effacer mes traits comme une image mouillée
Lissant ma colère comme une chevelure noyée

Et moi j’ai crié sous l’insulte fade
Et j’ai réclamé le fer et le feu de mon héritage.

Voulant y laisser pousser son âme bénie comme une vigne
Elle avait taillé sa place entre mes côtes.
Longtemps son parfum m’empoisonna des pieds à la tête

Mais l’orage mûrissait sous mes aisselles,
Musc et feuilles brûlées,
J’ai arraché la sagesse de ma poitrine,
Je l’ai mangée par les racines,
Trouvée amère et crachée comme un noyau pourri

J’ai rappelé l’ami le plus cruel, la ville l’ayant chassé,
les mains pleines de pierres.
Je me suis mise avec lui pour mourir sur des grèves mûres

Ô mon amour, fourbis l’éclair de ton coeur,
nous nous battrons jusqu’à l’aube
La violence nous dresse en de très hautes futaies
Nos richesses sont profondes et noires pareilles au
contenu des mines que l’éclair foudroie.

En route, voici le jour, fièvre en plein coeur scellée
Des chants de coq trouent la nuit comme des lueurs
Le soleil appareille à peine, déjà sûr de son plein midi,
Tout feu, toutes flèches, tout désir au plus vif de la lumière,
Envers, endroit, amour et haine, toute la vie en un
seul honneur.

Des chemins durs s’ouvrent à perte de vue sans ombrage
Et la ville blanche derrière nous lave son seuil où
coucha la nuit.

Source : Anne Hébert, Oeuvre poétique 1950-1990
Pierre Graveline, Les 100 plus beaux poèmes du Québec
Lien Internet, pour la transcription informatisée (merci) : https://arbrealettres.wordpress.com/2014/09/02/la-sagesse-ma-rompu-les-bras-anne-hebert/

Il s'agit de l'une des rares qui excellait dans les deux genres (roman et poésie), en plus du théâtre.
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Message par Cliniou le Jeu 4 Avr - 21:52

Anne Hébert 41c7rc10


Kamouraska , célèbre par un fait divers, un crime passionnel qui a eu lieu en 1839 en cette ville du bas du fleuve.
Kamouraska, c’est une femme et sa conscience qui vit avec la torture de ses pensées, tout ce subconscient qui ne nous lâche jamais et, au contraire, nous retrouve au moment de faiblesses.
Haaa, le subconscient qui continue à nous juger, à appliquer la sentence alors que l’on a mit notre vie à trouver les circonstances atténuantes, les excuses platement couchées, le cœur et le corps que l’on a griffé de nos mains pour cette incompréhension du monde, de ce pardon qu’on nous refuse hautainement ; bref, tout ce qui nous paraît clair mais qui reste obscurcit, salit par l’honneur (l’idée de l’honneur) des autres.

« […] L’honneur, quel idéal à avoir devant soi, lorsqu’on a perdu l’amour. L’honneur. La belle idée fixe à faire miroiter sous son nez. La carotte du petit âne. La pitance parfaite au bout d’une branche. Et le petit âne affamé avance, avance tout le jour. Toute sa vie. Au-delà de ses forces. Quelle duperie ! Mais ça fait marcher, toute une vie. J’adore marcher dans les rues, l’idée que je me fais de ma vertu à deux pas devant moi. Ne quittant cette idée de l’œil, un seul instant. Une surveillance de garde-chiourme. L’idée, toujours l’idée. L’ostensoir dans la procession. Et moi qui emboîte le pas derrière, comme une dinde. C’est cela une honnête femme : une dinde qui marche, fascinée par l’idée qu’elle se fait de son honneur. Rêver, m’échapper, perdre de vue l’idée. Relever mon voile deuil. Regarder tous les hommes, dans la rue. Tous. Un par un. Etre regardée par eux. Fuir la rue du Parloir. Rejoindre mon Amour, à l’autre bout du monde. […] »
Voilà le poids avec lequel il faut lire le roman, le poids du regard des autres…..Tout est dit dans cet extrait du tout début du roman.
Elisabeth d’Aulnières est au chevet de son mari mourant ; éreintée, elle va revivre son passé tumultueux en rêve sous l’effet d’un somnifère.
Dès le début du roman, on est confronté à de courtes phrases.
Style haletant comme l’angoisse de cette femme. L’histoire se déroule à nouveau et elle est tout impuissante, ne pouvant crier mot, faire aucun geste. Notre cœur bat au rythme du phrasé de Mme Hébert.
Tout le livre est écrit avec ce rythme-là, on perçoit toutes les images aux contours mal définis, la sueur sur les tempes de cette femme, on aime, on déteste avec elle. Le roman s’achève à son réveil, au bout de 246 pages ; le style ne demandant pas plus long.

Je n’avais encore rien lu d’Anne Hébert mais j’avoue que j’ai été séduite par ce choix, ce rythme qui s’accorde tout à fait avec la situation d’angoisse dans laquelle se trouve Elisabeth. C’est réaliste et humain avec toute la cruauté que cela peut comporter, on est obligé de vibrer avec les phrases entrecoupées couchées sur les pages.


Commentaire de 2009 récupéré d'un ailleurs.


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Message par topocl le Ven 5 Avr - 15:48

Les fous de Bassan

Anne Hébert Proxy156

L'austère village s'accroche aux rochers, et à sa petite communauté protestante consanguine.  Le pasteur, imbu de l’arrogance de sa toute-puissance ecclésiastique,  entretient le spectre du péché, les hommes brident(s ou ne brident pas) leurs instincts, les femmes se taisent, obéissent, et les jeunes filles brillent par leur beauté virginale. Un jeune idiot épie tout ce monde. Les marrées, les vagues, et le vent sauvage attisent l’âpreté de cette atmosphère hostile. Et depuis que deux jeunes filles ont disparu, le 31 août 1936, les fantômes errent sur la grève et attisent le malheur.

C'est dans cette ambiance à la poésie tragique, que Anne Hébert nous décrit, dans une langue ardente ces âmes perclues  de rancœurs, de passions et de non-dits dont le ressassement répond aux assauts d'une nature hostile.
Très beau texte, dans une prose fiévreuse et pleine de lyrisme, de mystères et de romantisme.


Mots-clés : #famille #huisclos #humour #mort #violence

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Message par Arturo le Ven 5 Avr - 16:57

Je suis en train de lire Les fous de Bassan. L'ouvrage est court, je n'avance guère, mais pas parce que ça ne me plaît pas. Au contraire. Je picore, quelques pages par à-coups. L'histoire passe au second plan, je me laisse juste porter par sa prose poétique, cette sensation de bout du monde, de faire corps avec l'immensité d'un monde hors de portée.
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Message par topocl le Ven 5 Avr - 18:48

C'est sûr que si on s'en tient à l'histoire, on va sortit un mot clé genre polar.
Mais il faut se laisser porter par le rythme , la densité , de cette prose poétique (elle écrit des poèmes, Anne Hébert, comme on peut voir plus haut). Et s'imprégner de l'ambiance noire de ce milieu en vase clos ou tout n’est que pêché et pulsion incontrôlable.
J'ai pensé aux sœurs Bronté par moments.

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Message par Tristram le Ven 5 Avr - 19:56

Ah ! si c'est un polar, alors...

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