Arnon Grunberg

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Arnon Grunberg

Message par topocl le Mer 28 Déc - 9:18

Arnon Grünberg
Né en 1971  




Il a l'habitude d'orthographier son nom de famille sans umlaut : Grunberg.

L'auteur publie son premier roman à l'âge de vingt-deux ans, Lundis bleus connaît immédiatement un vif succès en Europe et est traduit en treize langues. Depuis, Arnon Grünberg vit à New York. En 2009 il obtient le prix Constantijn Huygens.

Arnon Grünberg a publié quelques ouvrages sous le pseudonyme hétéronyme Marek van der Jagt, ce qui lui a permis de remporter deux fois le prix Anton Wachter1 du meilleur premier roman (pour Lundis bleus en 1999 sous le nom Arnon Grünberg, et pour Histoire de ma calvitie sous le nom Marek van der Jagt en 2000). Il est également l'auteur de scénarios pour le cinéma et le théâtre et a joué dans trois films dont De Kassière en 1989. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains contemporains néerlandais2.

Bibliographie française

Avec son nom d'auteurArnon Grunberg:

   1994 - Lundis bleus, Page 1,
   2000 - Douleur fantôme
   2000 - (Lettre; Cadeau de nouvel an)
   2003 - L'oiseau est malade
   2004 - Le Bonheur attrapé par un singe (nouvelles), Page 1,
   2004 - Le messie juif
   2006 - Tirza, Page 1,
   2008 - Notre oncle
   2010 - Tout cru
   2012 - L’Homme sans maladie

Sous l'hétéronyme de Marek van der Jagt:

   2000 - Histoire de ma calvitie
   2002 - Je suis monogame (essai)

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Re: Arnon Grunberg

Message par topocl le Mer 28 Déc - 9:19

Le bonheur attrapé par un singe



Un tout petit roman, superbement construit qui dès la début distille un malaise qui va exploser à la toute dernière page

1997. Jean-Baptiste Warnke est un jeune diplomate néerlandais au Pérou, un Pérou terrorisé par les attentats du Sentier Lumineux et autres organisations clandestines. Cela n’affecte pas notre héros, qui vit une petite vie tranquille, à mille lieu de toute remise en question, et se réjouit dès les premières pages du roman d’être «un homme satisfait à un point qui frise l’insolence ». Cependant dans ce bonheur béat, on remarque bien vite une faille tragique : « Parfois toute cette vie est si belle, si terriblement belle, si insupportablement belle que Warnke se voit en train de noyer ses deux filles, comme deux chatons enfermés dans un sac de jute lesté de pierres. » Dans cette faille va s’engouffrer un monde que Warnke ne soupçonne pas , qui va renverser son sens des valeurs, l’amener à une remise en question complète.
Un peu par hasard, s’en rendant à peine compte, il tombe follement amoureux de Maléna une toute jeune péruvienne rencontrée au café. Il se rend compte que toute sa vie n’est qu’une méprise, et de là ce petit fonctionnaire obscur et guindé part à la dérive. Il met le doigt dans un engrenage fou, ne se rendant pas compte que Grunberg allait tout avaler , le bras, le cœur et l’âme de Warnke . Celui-ci n’ a pas fini de se surprendre et de nous surprendre.
C’est la fin qui donne toute la valeur à ce roman, dernière page que je ne veux pas dévoiler et qui signe la folie ordinaire enfouie en chacun de nous

Très descriptif, avec un recul discret, tendre en même temps qu’amusé par son personnage, Grunberg nous mène de façon implacable, dans un suspense réel, jusqu’à un dénouement troublant.

(commentaire récupéré)

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Re: Arnon Grunberg

Message par bix_229 le Mer 28 Déc - 15:35



TIRZA

Quel écrivain oserait-il s'embarrasser d'un personnage aussi flou et peu intéressant  que l'est Jorgen Hofmeister.
Il sait lui-même qu' il n'interesse vraiment personne. Sa femme l'a quitté et lorsqu'elle est revenue,  c'est parce qu'elle n'avait pas d'autre endroit où aller. Ni personne à aimer.
De ses deux filles, l'aînée est déjà partie, et l'autre est sur le point de le faire.
Directeur de collection chez un éditeur, il est jeté sans ménagements après trente ans et plus de service. Depuis, il va tous les matin à l'aérodrome d'Amsterdam/Schiphol.
Il regarde les gens passer et parfois, il leur adresse un salut, comme s' il attendait quelqu'un.

Tout ce qu'il a dit ou fait dans sa vie s'est retourné contre lui. Et il ne peut pas dire non plus qu'il a fait pour le mieux. Mais il s'est toujours senti "superflu". Il a honte de ce qu'il est ou de ce qu'il paraît aux autres.

"Moins les autres existaient, plus  ils devenaient agréables. Il s'en était aperçu à l'aéroport."
"Il avait été conseiller éditorial pour les œuvres de fiction traduites. Il avait consacré toute sa vie à ce qui n'existait pas, au possible toutau plus, au probable peut-être. A présent, la distinction entre ce qui existait et ce qui n'existait pas s'estompait, la frontière était devenuefloue. Brumeuse comme les matins d' automne à l'aéroport en automne."

" La vie lui fait mal, l'enfer c'est lui-même".  Sa femme lui dit qu'il est le serviteur du malheur et de la Fatalité. Ils sont les deux moitiésd'un ratage collectif. Et ils le savent parfaitement.

Pourtant, il y a Tirza, sa fille cadette. Il l'aime, la vénère, l'idolâtre. Il pense que Tirza est la seule à l'aimer et à le comprendre.
Et Tirza l'aime aussi, alors qu'elle déteste sa mère trop souvent absente ou embarquée dans des aventures sexuelles.
Mais Tirza à dix huit ans se rend compte que son père l'étouffe et qu'il l'a manipulée sans le vouloir.  Contrairement à ce qu'il croit, elle a l'impression tout d'un coup d'etre seule, laide, non aimée.
Et Tirza se laisse mourir de faim pour s'affirmer, prendre le contrôle de sa vie.
On doit l'hospitaliser et c'est alors que Jorgen comprend son erreur.
Contre sa volonté, il décide enfin "de ne plus être amoureux de la femme qui est sa fille."

Tirza décide de partir en Afrique avec son ami. 
Et je n' en dirai pas plus. Ce livre est un vrai grand thriller psychologique. Et il faut attendre et découvrir soi-même la suite.

Sinon que ce livre est aussi dérangeant que passionnant. Il nous remet en cause et nous émeut.
Il nous aide aussi à comprendre le calvaire d'un homme sans qualités et dont le niveau affectif, psychologique et émotionnel est celui d'un enfant de neuf ans. Et son drame de ne pas avoir dépassé cet âge mental.
Mais cette malédiction lui procurera quand même in extremis une révélation foudroyante.

Message récupéré


mots-clés : #psychologique
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Re: Arnon Grunberg

Message par shanidar le Dim 8 Jan - 18:49

Tirza


L'illustration est de Mathilde Aubier

Lire Tirza c'est un peu comme s'attaquer à un plateau de fruits de mer. C'est long, fastidieux, mais au milieu d'une marée de mots peut se cacher une perle minuscule, éblouissante.

Tirza est le portrait méticuleux d'un homme d'une soixantaine d'années, vivant dans la plus belle rue d'Amsterdam, fier de sa maison, de son jardin dans lequel il aime travailler, les mains dans la terre, fier de sa fille cadette, la prénommée Tirza. L'homme au fil du roman nous est décrit dans ses moindres gestes, ses moindres pensées, ses moindres désirs, avec une précision effarante, quasiment maladive, rien ne sera épargné au lecteur, ni la couleur de ses slips, ni l'ambiguité de ses désirs sexuels, ni le nombre de verres (impressionnant, excessif) qu'il ingurgite.

Le livre s'ouvre un peu comme une gentille parabole familiale, Jörgen Hofmeester prépare des sushis et des sashimis pour la dernière soirée de sa fille. En effet, la jeune femme vient de passer brillamment ses examens et doit partir avec son compagnon faire le tour de l'Afrique du sud (Namibie, Afrique du Sud et Botswana). Par un jeu subtil d'aller et retour dans le temps, le narrateur nous permet de découvrir toutes les facettes d'un homme dont la vie oscille, fragile, déséquilibrée, brutale. Cet homme commence par inspirer un peu de pitié et devient au fil d'un récit sans aucune concession une sorte de bête, violente, impulsive, alcoolique, repoussante. Extraordinairement lucide sur le désastre qu'est sa vie, Hofmeester pourrait être un pré-retraité lisse et mou, s'il n'entretenait pas un rapport biaisé avec la gente féminine (et sa fille en particulier). Ce qui donne une dimension passionnante au roman.

La lecture de ce livre est parfois laborieuse, l'auteur à la recherche d'une exhaustivité impossible semble vouloir circonscrire son personnage de A à Z, ne nous épargnant rien de ses déboires. Certaines scènes sont complètement inattendues, surprenantes de véracité (les dialogues donnent énormément de vie et de relief à l'intrigue), et fonctionnent à plein. On tourne les pages avec avidité, cherchant à découvrir jusqu'où l'homme, le père pourra aller pour préserver sa fille. La fin n'est pas du tout décevante, bien au contraire.

Et on referme ce roman, un brin estomaqué par la manière dont Grunberg a mené son lecteur.


Dernière édition par shanidar le Dim 8 Jan - 18:56, édité 1 fois
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Re: Arnon Grunberg

Message par Armor le Dim 8 Jan - 18:53

Drôle, ta vision de la dégustation d'un plateau de fruits de mer ! (Comment ça, je suis hors sujet ?)
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Re: Arnon Grunberg

Message par shanidar le Dim 8 Jan - 18:55

Je ne suis pas trop fruits de la mer...
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Re: Arnon Grunberg

Message par shanidar le Lun 9 Jan - 12:46



Lundis bleus

Premier roman d'un écrivain qui a, au moment de sa publication : 22 ans. Et c'est plutôt réussi, joyeux, iconoclaste, nombriliste, juvénile et froidement intempestif.

Arnon a quinze ans, des boutons plein la gueule, une mère hystérique et très croyante, un père agnostique, menteur et un brin buveur : "Avant sa maladie il n'était l'empereur que dans certaines occasions, quand l'alcool avait coulé plus généreusement qu'à l'ordinaire. Il buvait modérément, mais régulièrement. Sauf à l'occasion des anniversaires, des fêtes juives et des soirs où il y avait de la visite, où il buvait trois fois plus que de coutume.
"Je suis un jouisseur", disait-il régulièrement de lui-même. Mais je n'avais jamais clairement compris ce dont il jouissait.


Arnon est un fumiste qui ne pense qu'aux filles, se pend au rideau pendant les examens et sèche copieusement les cours qui ne l'intéresse pas. Sa petite copine, Rosie tente de le déniaiser côté sexualité, réglisse et manipulation génitale. Elle lui écrit des centaines de lettres qu'il ne lit pas et ils se promettent de ne jamais devenir de vieux cons.

C'était la première fois que j'étais dans sa chambre et la seule lumière provenait d'un réverbère dans la rue. Pourtant je voyais bien, tout était comme elle me l'avait décrit l'été dernier. J'étais si fatigué que j'aurais préféré m'endormir tout de suite avec elle pour me réveiller que lorsque tout aurait changé. Lorsque tout aurait été réellement différent. Nous, le monde, les boutiques de fringues, le soleil. C'était impossible bien sûr, on a donc commencé à s'embrasser. J'ai pensé à la caissière de la droguerie qui avait exactement la même coiffure que notre médecin de famille. C'est pourquoi j'étais allé dans une autre droguerie. Là aussi, il y avait une fille derrière la caisse qui ne me plaisait pas. J'osais traiter les gens âgés de vieux cons, je ne craignais pas de rendre Mme De Wilde aphone à force de crier, ni de causer aux mamies qui promenaient leurs toutous au parc Beatrix des frayeurs telles qu'elles n'osaient plus se montrer pendant plusieurs jours. Acheter des bouteilles de gin et voler des prunes ne me posait pas de problèmes. De tous les rendez-vous que j'ai donnés au cours de ma vie, je n'en ai tenu que très peu. J'ai toujours dû inventer mille et une histoires parce que j'avais peur de la réaction des gens si je leur avais dit la vérité. J'aurais donné beaucoup pour pouvoir raconter ne serait-ce qu'à une seule personne pourquoi je me comportais de la sorte mais c'était ce que voulaient tous les salopards du monde. Et par-dessus le marché je n'en savais rien moi-même.

La seconde partie du livre se passe quelques années plus tard, Arnon vit seul dans un petit appartement, il passe ses journées à boire, manger, baiser avec des professionnelles et se faire virer des petits boulots qu'il trouve aussi régulièrement qu'il éjacule. Cela pourrait être triste et cynique mais c'est plutôt drôle, dépassionné, pas forcément vulgaire mais pas non plus la grosse poilade. C'est la vie étriquée d'un vieil ado qui voulait être acteur et qui se retrouve à mater des peep show en buvant de la bière, tout en se regardant sombrer d'un œil joueur.

On atteint presque le stade ultime de la dégringolade mais le livre de Grunberg, sans doute parce que écrit par un tout jeune homme, garde une fraîcheur étonnante et une lucidité qui le sauve à la fois de la perversion et de la perdition.


Un étonnant premier roman.
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