Hakan Günday

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Hakan Günday

Message par topocl le Mer 28 Déc - 9:22

Hakan Günday
Né en 1976



Présentation des éditions Galaade :

Hakan Günday est né à Rhodes en 1976. Il vit à Istanbul.
Francophone pour avoir suivi dans sa jeunesse son père diplomate à Bruxelles et dans nombre de pays d’Europe, il s’est passionné pour Voyage au bout de la nuit de Céline, qui a beaucoup influencé son écriture et son regard sur le monde.
Après des études littéraires à l’université Haccetepe d’Ankara, il a poursuivi des études de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles et à l’université d’Ankara.
Romans traduits en français  :

D’un extrême l’autre, 2013,   prix du meilleur roman de l’année 2011 en Turquie.
Ziyan , 2014, prix France-Turquie 2014.
Encore, 2015, Prix Médicis étranger 2015.

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Re: Hakan Günday

Message par topocl le Mer 28 Déc - 9:25

Encore
Prix Médicis du roman étranger



   
Le fait qu'il y ait un enfer ne prouve nullement qu'il y ait un paradis !

 
En fait, ce qui éclaire le monde, ce n'est pas le soleil, c'est le feu de l'enfer.


On ne ressort pas de ce livre comme si on avait pris une claque ; on en ressort comme si on avait été roué de coups, qu'on vous avait abandonné au fond d'une cave humide et sombre, et qu'on en émergeait enfin, au-delà du désespoir, partagé entre soulagement et culpabilité : ah bon, ce n'était pas moi…et impuissant face à ce constat .

Gazâ a survécu à sa première journée parce que son père a assassiné sa mère qui voulait l'enterrer vivant. Il doit donc désormais tout à ce père infâme et  tyrannique, à la fois aimé et haï, passeur de clandestins en Turquie. Par le chantage affectif, la domination et la terreur, le père impose à son fils son destin : tu seras passeur mon fils, deviens fort, deviens dur, deviens insensible, prends plaisir à la manipulation des autres, oublie ta conscience, transforme ton pouvoir en haine et tu survivras. Dans quel état ? Roi ou bouffon ? quelle importance !

   Le fait d'obéir et de se soumettre permettait de commettre en toute sérénité tous les péchés, tous les crimes du monde sans être l'auteur de ses propres actions. L'obéissance était un vrai miracle. On pouvait lancer une bombe atomique et afficher ensuite son innocence. Plus de responsabilité, plus de remords. Tout le monde aurait dû obéir, pour rejeter ses fautes sur autrui. Que l'on dirige une nation ou une bande de gamins, c'était l'unique moyen de rester sain d'esprit.


Aucun détail ne nous est épargné, de l'effroyable souffrance des clandestins ou de la désespérance mortifère et manipulatrice de Gazà. C'est d'une lucidité terrifiante, d'une obsessionnalité  dans les détails sordides absolument plombantes. Jusqu'à l 'accident en forme d’apothéose apocalyptique, à la noirceur expressionniste, qui met fin à cet enfer.




La chute des anges rebelles, Rubens

Quand on a atteint ce stade-là (à peu près la moitié du livre), on ne passe pas à de la lecture facile et douce, mais le plus dur est fait.
La société se donne facilement bonne conscience et veut croire qu'il suffit de donner sa chance à Gazà pour qu'il devienne un homme meilleur. Cela ne va pas être facile, on va passer par la drogue, la folie, la violence gratuite et le déchaînement haineux, et au bout de toutes ces "épreuves", les dernières pages, vraiment les dernières pages,  apportent une possibilité  de rédemption.

Le message, après avoir reposé le livre, bien pris son temps, avalé toutes les couleuvres proposées, laissé retombé la nausée, est peut-être un  message d'espoir . Il faut cependant prendre une bonne distance pour arriver à cette conclusion. Dans cette société implacable, rejetante, égoïste à outrance se lèvent un ou deux passeurs de bonté, et ils peuvent , parfois, être entendus. Mais qu'il faut de la persévérance, au héros comme au lecteur, pour qu'émergent ces fragiles signaux bienveillants, au milieu d'une fange de violence, d'égoïsme et de détestation !

(commentaire récupéré)


mots-clés : #violence

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Re: Hakan Günday

Message par shanidar le Mer 28 Déc - 14:04

Encore

Un peu too much.

Certes ce roman est intéressant mais j'ai trouvé que Günday en faisait parfois un peu trop avec son personnage. Il est possible d'écrire 370 pages introspectives sans lasser son lecteur, d'autres l'ont fait, mais je dois avouer que par moment cette plongée univoque dans la vie du jeune Gazâ a été un peu asphyxiante. Pas seulement parce qu'il a vécu de sombres horreurs mais surtout à cause de l'accumulation, de la surabondance de ces horreurs. Qu'on en juge : viols, meurtres et lynchage, passeur de clandestin, enfant surdoué, joueur d'échecs, angoissé post-traumatique, enfoui vivant sous un monceau de cadavres, trahissant son seul ami, passant par la folie, la drogue et le sulfate de morphine… un père alcoolique, une mère morte (c'est salé), un passage brillant à l'école, puis l'internat, puis l'asile psychiatrique pour finir (presque) à l'hôtel, un trésor enfoui dans le sable, trois jours en cellule, une étude sur le pouvoir sous forme de spirale, une grenouille en papier, etc.

Cela fait tout de même vraiment beaucoup…

Alors la langue !! L'écriture !! Le style parviennent-ils à sauver de l'asphyxie programmée le lecteur apnéique ?? Pas vraiment… D'abord parce que Günday ne nous épargne aucun détails, aucun des nombreux questionnements qui hantent  Gazâ, aucune des nombreuses péripéties qui jalonnent son existence. Et de temps en temps, je me suis demandée (avec un peu d'effroi) si ce livre n'était pas en partie autobiographique... La haine de Gazâ trouvant dans la logorrhée de Günday comme un écho troublant, une ressource hallucinatoire, un bienfait morphinique fait trembler le lecteur au bord de la crise de nerfs…

Finalement, c'est dans le recours à la gémellité que j'ai trouvé le plus d'intérêt à ce texte. Le double étant dans l'imaginaire de Gazâ le lieu possible de la joie, du partage, de l'amitié. Ainsi de sa relation avec les deux frères Dordor et Harmin ; ainsi de la grenouille en papier offerte par un clandestin et qui une fois dépliée offre le dessin gémellaire des Bouddhas de Bâmiyân. Comme si Gazâ pouvait trouver un exutoire, une sortie, une possible rédemption, s'il acceptait de confier à son double la part hideuse de son existence et de pouvoir ainsi continuer à vivre, solitaire, scindé mais (un peu) pardonné.

Et bien sûr, la solution que retient Günday est de passer par la gémellité détruite pour atteindre l'unicité  qui apporte une sorte de paix à Gazâ.


En tout cas après cette lecture on rêverait presque de trouver une capsule de sulfate de morphine ou de voir reconstruire les deux Bouddhas de Bâmiyân… Et puis on pense à tous ces clandestins confiés aux mains de salauds et on voudrait alors inverser les règles des mouvements migratoires, exactement comme nous y invite Günday.


mots-clés : #initiatique #violence
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Re: Hakan Günday

Message par topocl le Mer 28 Déc - 14:15

Ca reste à distance une lecture très perturbante, d'un (hyper)réalisme noir.

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Re: Hakan Günday

Message par shanidar le Mer 28 Déc - 14:18

Oui, du coup j'hésite à emprunter d'autres livres de lui... un peu peur du coup de massue...
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Re: Hakan Günday

Message par topocl le Mer 28 Déc - 14:41

Faudrait prévoir un livre doudou, pour juste après, alors flower ! car je me revois encore l'an dernier, dans une gare sordide, attendant un train qui ne venait pas, l'ambiance était lugubre et j'avais froid, je déprimais et je me disais que c'était vraiment le livre à ne pas lire dans ces conditions.

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Re: Hakan Günday

Message par shanidar le Mer 28 Déc - 14:47

c'est joli un 'livre doudou', je n'avais jamais pensé à cette appellation, ni à ce qui pourrait entrer dans cette catégorie... je réfléchis.
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Re: Hakan Günday

Message par topocl le Mer 28 Déc - 14:48

C'est Marie qui en a parlé l'autre jour, et je me la suis appropriée.

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Re: Hakan Günday

Message par silou le Lun 27 Fév - 20:38

D'un extrême l'autre



Parution en Turquie : 2011, Parution en France : 2013 aux Editions Galaade (496 p.) traducteur Jean Descat.

D'un extrême l'autre c'est l'histoire de deux destins parallèles.

Il y a Derdâ, petite fille kurde qui vit dans un pensionnat : 
 une école aménagée sur un terrain de vingt deux mille mètres carrés, quatre enseignants, quatre cents élèves. Dans cette école, il n’y avait pas de mauvais élèves, de dissipés ou de paresseux, et les professeurs étaient chargés de laver le cerveau des élèves. Pour ces enfants emprisonnés, dont les pères étaient en guerre contre l’état, l’étude des sciences sociales, des mathématiques et du turc était un supplice.

La mère  de Derdâ décide qu’à 11 ans on peut en tirer quelque argent bien utile, 
Tu es partie mettre ta fille à l’école et maintenant t tu veux lui trouver un mari. Qui voudra d’une fille instruite ? Elle est impure, ta petite.
Derdâ est mariée à un islamiste et conduite à Londres où elle doit vivre en recluse.  Elle s’échappera, mais de l’autre côté du couloir c’est seulement  le début d’un autre enfermement, d'une autre forme de violence. Pourtant  Derdâ refusera toute sa vie la soumission, elle retournera les événements aussi violents soient-ils pour en devenir l'actrice et non la victime

Il y a Derda, il a le même âge que Derdâ, c’est un enfant des cimetières, il survit d’aumônes en  arrosant les tombes d’un cimetière d’Istanbul, sa mère va mourir mais il doit cacher cette mort pour ne pas partir dans un orphelinat, et on est capable de tout quand on a 11 ans. Lui aussi refuse d’être une victime, il apprendra à lire    
Le matin, Derda s’exerçait à lire les stèles de marbre du cimetière. En apprenant le nom des défunts qui, jusqu’alors n’avaient été pour lui que de la terre et de la pierre, il se prenait à rêver d’eux. Il apprenait aussi les chiffres. En regardant le tiret entre la date de naissance et celle du décès, il s’étonnait que l’on pût figurer par ce petit signe cinquante année d’existence. Et il avait l’impression que quand il lisait leur nom, les morts ressuscitaient l’espace d’un instant.
Et tombant sur un livre d’Ogüz Atay, (Oğuz Atay, écrivain mort à Istanbul en 1977 considéré comme une figure majeure de la littérature turque), il réalise que ce nom figure sur une tombe du cimetière, cela va changer sa vie mais c'est aussi le début d'un enfermement.

Haran Günday dit de son livre :
"L’histoire exigeait de moi que je crée des personnages faits de prisons de chair. J’ai inventé deux personnages de ce type, et je leur ai ensuite donné la volonté de quitter leurs cellules. Il y a beaucoup de prisons de ce type dans notre monde : la famille, la religion, l’armée, toutes sortes d’organisations humaines. Mes deux héros ont avancé après avoir nagé dans la souffrance. Une victime qui refait surface et qui se pardonne à elle-même et qui devient une autre personne."
" La vie nous façonne malgré nous et nous sommes un accident. Combien de chance y avait-il pour que je devienne écrivain par exemple ? J’ai voulu montrer l’universalité de ces destins en juxtaposant des prénoms similaires.".

C’est un roman que je n’ai pas lâché, c'est un livre qui parle de la souffrance, l'injustice, d'enfermement, de rejet, tout ce qui peut conduire à l'extrémisme mais aussi de la volonté, de la construction d'une identité au delà de la souffrance. C'est aussi un roman d'espoir.
Il y a beaucoup de nuances dans l’écriture et d'émotion mais aussi trop d’excès parfois. Il me semble que l’auteur ne sait pas toujours s’arrêter à temps, trop c'est trop, j'ai sauté 3 pages d'une violence qui ne me semblait pas soutenable.

J'avais entendu sur France-Inter le roman présenté et l'auteur interviewé dans l'émission Cosmopolitaine LIEN, je m’étais dit que ce n’était pas un livre pour moi, j’ai bien changé d’avis.

C'est loin d'être lui aussi un livre "doudou", j'ai Zihan dans ma PAL depuis un bon moment, mais je tremble un peu à l'idée de ce qui m'attend..
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