Jabbour Douaihy

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Jabbour Douaihy

Message par shanidar le Mer 28 Déc 2016 - 12:39

Jabbour Douaihy
Né en 1949



Jabbour Douaihy est né en 1949, à Zhgarta (Liban Nord). Professeur de littérature française à l’Université libanaise de Tripoli, traducteur et critique à L’Orient littéraire, il compte parmi les grands acteurs culturels du pays.

Bibliographie en français

1995 Equinoxe d'automne
2009 Rose Fountain Motel
2010 Pluie de juin
2013 Saint Georges regardait ailleurs
2015 Le quartier américain

source : Actes-sud
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shanidar

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Re: Jabbour Douaihy

Message par shanidar le Mer 28 Déc 2016 - 12:41

Le Quartier américain

Petit résumé en remplacement de la présentation affreuse de l'éditeur (Actes-sud) : Intissâr, quarante ans, vivant dans le quartier pauvre dit 'américain' de Tripoli, mère de quatre enfants, mal mariée, femme de ménage de mère en fille, découvre l'absence de son fils aîné avant de se rendre dans la belle maison de notables où elle travaille. Là, elle rejoint Abdel-Karim, à peine rentré d'un séjour en France, d'où il revient le cœur brisé par une danseuse étoile. De la confrontation entre les deux mondes, des liens qui se tissent de l'un à l'autre, des amours brisées et des rêves asphyxiés dans un pays exsangue, Jabbour Douaihy imagine un roman limpide et attachant.


Le Quartier américain est un livre inattendu qui n'a rien de compliqué dans sa forme ou sa chronologie, qui ne demande pas d'avoir eu un cours intensif de géopolitique sur le Liban pour le comprendre mais qui se lit d'une drôle de manière, comme si l'auteur, en présentant son histoire et ses personnages un peu en biais offrait au lecteur un angle de vision inédit et séduisant.

Sans jamais succomber aux sirènes du sensationnel, sans jamais s'offrir le luxe d'un récit déjà lu, Douaihy par petits entrechats et légers pas-chassés fait découvrir à son lecteur des personnages atypiques, souvent décrits selon leurs actes, rarement leurs pensées ou leurs sentiments alors même que l'auteur parvient à nous faire toucher du doigt l'intériorité émotionnelle de tous ceux que nous croisons: d'Intissâr attachante femme de ménage dont les enfants lui échappent ainsi que son mari coincé dans un passé guerrier, à la disparition d'Ismaël (dont on devine rapidement qu'il est parti pour le djihad mais dont l'auteur se garde bien de nous faire un portrait justicier, face caméra), à l'irrésistible mélancolie chorégraphiée d'Abdel-Karim, Jabbour Douaihy raconte le quotidien d'un quartier pauvre du Liban, d'une riche famille de notables, d'un émigré parisien, de la tentation exercée par la lutte armée…

J'ai trouvé particulièrement intéressante la manière dont Douaihy parvient à décrire le microcosme du Quartier américain, sa misère, ses escaliers en pente, son impossible intimité et le macrocosme d'une mondialisation qui ne passe pas seulement par la télévision mais aussi par la capacité à se mouvoir dans un univers sans cesse contrôlé. Car se pose dans ce roman la question aujourd'hui essentielle de la localisation des corps, qu'il s'agisse de celui de la femme aimée, danseuse et disparue ou de celui de l'enfant embrigadé et sans doute éparpillé en Irak, Douaihy nous rappelle qu'il est bien difficile aujourd'hui de disparaitre des écrans-radars et que l'ultime rébellion tient peut-être à cela : une possible disparition.

Tout en écrivant le récit détaillé d'une dérive à la fois familiale, nationale et mondiale, Douaihy grâce à ce regard décalé, imparfait, empathique n'hésite pas à prendre les chemins de traverses de l'entretien des bonzaï, de l'opéra et de la danse, du réveil des papilles avec l'évocation récurrente de desserts alléchants, d'une histoire des agrumes pour raconter sans se perdre le quotidien des libanais… Sans jamais verser dans le sensationnalisme qu'un tel sujet aurait pu générer, l'auteur se garde bien de tout jugement comme de tout manichéisme, renonçant au racolage identitaire ou à l'étalage morbide du sang versé, il propose une œuvre qui est avant tout humaniste et sensible.

Il m'a juste semblé parfois que l'auteur se permettait quelques licences avec une forme choisie de réalisme, mais cela ne gêne en rien la lecture et apporte, peut-être, cette petite touche d'orientalisme qui permet aux contes de s'infiltrer dans la plus dure des réalités.
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shanidar

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