Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Vladimir Nabokov

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Lun 27 Fév - 16:55

L'inceste entre frère et soeur est aussi une des thématiques de L'Homme sans qualités, sans qu'il soit possible de réduire l'ouvrage à cette histoire d'amour...

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par bix_229 le Lun 27 Fév - 17:51

Une phrase extraite de Littératures et que je partage, meme si je suis loin du compte en fait de
relectures.

« Assez curieusement, on ne peut pas lire un livre : on ne peut que le relire. Un bon lecteur, un lecteur actif et créateur est un re-lecteur. Et je vais vous dire pourquoi. Lorsqu’on lit un livre pour la première fois, le simple fait de devoir faire laborieusement aller les yeux de gauche à droite, d’une ligne à l’autre, d’une page à l’autre, ce travail physique compliqué qu’impose le livre, le simple fait de devoir découvrir en termes d’espaces et de temps de quoi il est question dans ce livre, tout cela s’interpose entre le lecteur et le jugement artistique. […] Mais à la deuxième, à la troisième ou à la quatrième lecture, nous pouvons, en un sens, nous comporter à l’égard d’un livre de la même manière qu’à l’égard d’un tableau. »

bix_229
bix_229

Messages : 10647
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Chamaco le Lun 27 Fév - 18:15

je me souviens avoir lu Lolita étant jeune adolescent, quel bouleversement à une époque où les moeurs étaient plus cintrées que maintenant...
Chamaco
Chamaco

Messages : 3263
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : entre ombre et soleil

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Lun 27 Fév - 19:02

@bix_229 : je n'ai pas lu Littératures : tu en recommandes la lecture (en attendant la re-lecture...) ?

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par bix_229 le Lun 27 Fév - 19:55

@Tristram a écrit:@bix_229 : je n'ai pas lu Littératures : tu en recommandes la lecture (en attendant la re-lecture...) ?

Pas lu non plus. Simplement des articles de presse ou des extraits.
Je crois que ça regroupe des cours à  ses étudiants. En gros.
Et qu' il a parfois la dent dure. Notamment envers Dostoievski.
Il préfère manifestement Tolstoi ou Gogol.
bix_229
bix_229

Messages : 10647
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Lun 27 Fév - 20:18

Je vais peut-être me laisser tenter (j'ai aussi lu quelques extraits, sur Cervantes notamment, et Nabokov semble avoir pour le moins une approche non orthodoxe, peu laudatrice...)
Je ne suis pas inquiet pour Dostoïevski, encore que ne l'ayant bien sûr pas lu dans le texte...

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par shanidar le Mar 28 Fév - 11:17

J'ai trouvé très mauvaise l'étude de Nabokov qui suivait le texte de La Métamorphose de Kafka. Une longue paraphrase à peu près sans saveur et qui ne m'a pas apporté grand-chose.

En revanche, je ne résiste pas au plaisir de recopier ici un extrait d'une nouvelle intitulée Bruits

Ton amour était assourdi, comme ta voix. Tu aimais à la dérobée en quelque sorte, et jamais tu ne parlais d'amour. Tu étais une de ces femmes qui sont habituellement silencieuses et au silence desquelles on s'habitue aussitôt. Mais parfois quelque chose s'échappait de toi. Alors, ton énorme Bechstein grondait : sinon, regardant vaguement devant toi, tu me racontais de petites histoires très drôles que tu tenais de ton mari ou de ses camarades de régiment. Je me souviens de tes mains, longues, blanches, aux veines bleuâtres.
shanidar
shanidar

Messages : 1592
Date d'inscription : 02/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Mer 10 Avr - 0:04

Littératures 1 : Austen, Dickens, Flaubert, Stevenson, Proust, Kafka, Joyce

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Littzo10


Ce sont les (notes de) cours donnés par Vladimir Nabokov, où l’on retrouve ses points de vue personnels sans faux-fuyant, avec un peu de son vif esprit (notamment lorsqu’il rejette les thèses freudiennes avec humour).
« Style et structure sont l’essence d’un livre, les grandes idées ne sont que foutaise. »
Pour lui, la littérature fait frissonner les moelles épinières réceptives :
« Beauté plus pitié, c’est le plus près que nous puissions approcher d’une définition de l’art. Où il y a beauté, il y a pitié, pour la simple raison que la beauté doit mourir ; la beauté meurt toujours, la manière meurt avec la matière, le monde meurt avec l’individu. »
Comme c’est un des écrivains dont l’œuvre retient le plus mon attention, que je partage beaucoup de ses opinions et qu’il me fait rire, cette lecture m’a exaucé. Nabokov fut sans conteste un bon lecteur, à rapprocher d’Umberto Eco.
J’ai longtemps nourri des doutes sur la valeur ou l’intérêt de la « critique littéraire », mais pense maintenant, grâce à certains auteurs dont ceux-ci, que l’étude des œuvres ne les déprécie pas, qu’au contraire le travail d’un écrivain valable gagne à l’examen sous différents points de vue de sa structure et de son style, comme sans doute aussi de sa genèse et de ses variantes.
Je ne peux jamais m’empêcher de penser que, quoique géniaux, ces auteurs et œuvres classiques sont choisis comme terrains de jeux, de joutes littéraires, surtout par une sorte de consensus qui a le mérite de sélectionner et s’entendre sur les sujets d’étude communs des critiques. L’intérêt n’en est pas moindre d’apprendre à (mieux) lire, qui me semble le propos de l’exercice ‒ qui semble consister à comprendre comment on écrit.
Pour profiter au mieux de ces cours où est étudiée une œuvre de chacun des auteurs concernés, je pense qu’il serait souhaitable pour le lecteur de disposer simultanément des livres étudiés, à l’instar des élèves de Nabokov ; cependant, les avoir lus est suffisant, compte tenu des nombreuses citations. (Maintenant, pour quelqu’un qui ne se sent pas de se lancer dans A la recherche du temps perdu et/ou Ulysse, il y a là moyen de se faire une bonne idée sans grand effort…)
« En fait, toute fiction est fiction. Tout art est mensonge. Le monde de Flaubert, comme celui de tous les grands écrivains, est un monde imaginaire, qui a sa propre logique, ses propres conventions, ses propres coïncidences. […] Toute réalité n’est qu’une réalité comparative [… »
Cette tonique lecture m’a ramentu (ou appris) que l’argent (les dettes) est pour moitié dans la mort d’Emma Bovary (avec le romanesque mâtiné de rouerie) ; que ce livre constitue un sottisier des poncifs de la bêtise philistine, dite bourgeoise, qui fait plus qu’annoncer Bouvard et Pécuchet ; que Flaubert est un transmutateur du vulgaire et du médiocre en art (projet typique de son contemporain Baudelaire), ce que Nabokov appelle un enchanteur ; que, poème en prose, son roman est structuré comme une symphonie.
« Il y a une chose dont vos esprits doivent bien se pénétrer : l’œuvre n’est pas autobiographique, le narrateur n’est pas Proust en tant qu’individu, et les personnages n’ont jamais existé ailleurs que dans l’esprit de l’auteur. Inutile, par conséquent, de nous attarder sur la vie de l’auteur. Cela est sans importance dans le cas présent et ne ferait qu’embrouiller la question, d’autant que le narrateur et l’auteur ont plus d’un point en commun et évoluent dans des milieux très semblables.
Proust est un prisme. Son seul objet est de réfracter, et, par réfraction, de recréer rétrospectivement un monde. Ce monde lui-même, les habitants de ce monde, n’ont aucune espèce d’importance historique ou sociale. Il se trouve qu’ils sont ce que les échotiers appellent des représentants du Tout-Paris, des messieurs et des dames qui ne font rien, de riches oisifs. Les seules professions que l’on nous montre en action, ou à travers leurs résultats, relèvent de l’art ou de l’érudition. Les créatures prismatiques de Proust n’ont pas d’emploi, leur emploi est d’amuser l’auteur. »
Il m’avait échappé (ou j’ai oublié) que les personnages de Proust sont systématiquement présentés sous des facettes différentes :
« La diversité des aspects sous lesquels apparaissent les personnages selon la diversité des regards qui les observent […]
Proust, pour sa part, soutient qu’un personnage, une personnalité, n’est jamais connu de façon absolue, mais seulement comparative. Au lieu de le hacher menu [comme Joyce], il nous montre tel personnage à travers l’idée que d’autres personnages se font de ce personnage. Et il espère, après avoir donné une série de ces prismes et de ces reflets, les combiner pour en faire une réalité artistique. »

J’ai lu ces cours dans l’édition de poche… Le livre de poche (Fayard), qui m’a parfaitement convenu, surtout comparativement à un Christian Bourgois de sinistre mémoire. Il s’agit d’un exemplaire d’occasion, marqué S. P. ‒ si ce sigle signifie « Service de Presse », cela expliquerait peut-être qu’il paraisse n’avoir jamais été lu avant de me parvenir.


Mots-clés : #essai #universdulivre

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Ven 12 Avr - 2:17

Où l'on expose différemment ces cours d'un enchanteur "solipsiste" "élitiste" : https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/vladimir-nabokov-44-le-professeur-nabokov

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Mer 29 Mai - 17:43

Invitation au Supplice

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Invita10


Cincinnatus attend d’être décapité dans une geôle où il est traité avec égards, même si l’ignorance de la date de son exécution le torture de faux espoirs. Le ton est assez loufoque, ne serait-ce que parce qu’il a été condamné pour ne pas être… transparent !
« Accusé du plus épouvantable des forfaits, de turpitude gnoséologique, si peu convenable à exprimer qu’il fallait recourir à des euphémismes tels que : impénétrabilité, opacité, obstacle à la lumière [… »

« Voilà trente ans que je vis parmi des ombres perceptibles au toucher, leur cachant que j’étais doué de vie et de réalité. »
« Impénétrable aux rayons d’autrui », Cincinnatus paraît même un peu christique :
« Non, il faut quand même que je note quelques impressions, en legs à la postérité. Je ne suis pas n’importe qui, je suis celui qui vit au milieu de vous… »
Cincinnatus se dédouble parfois étrangement, l’histoire est teintée d’onirisme dans un univers de reflets où quelquefois quelque chose cloche, traversée de poussées hallucinatoires qui m’ont fait rapprocher ce roman de ceux de Boulgakov et Gogol (ainsi qu’aux contes d’Hoffmann), comparaison aussi légitime que celle de Kafka quant à l’aspect absurde et totalitaire de la captivité.
« Très longtemps ils gravirent des escaliers – la forteresse avait sans doute souffert d’une légère attaque, car les degrés destinés à la descente servaient à présent à la montée, et vice versa. De nouveau, il fallut enfiler des corridors – mais qui paraissaient plus habités, en ce sens qu’ils indiquaient nettement, soit par du linoléum, soit par du papier de tenture, soit par un bahut à la muraille qu’ils étaient contigus à des appartements occupés. A un détour, on sentait même une odeur de choux. Plus loin, on dépassa une porte vitrée sur laquelle était écrit …ureau et après un nouveau périple dans l’obscurité, on déboucha subitement dans une cour toute vibrante du grand soleil de midi. »
Dans cette mascarade parodique et farcesque, riche en illusions d’optique et précises descriptions de menues choses du décor, on trouve aussi la petite Emma (précurseur de Lolita ?), des papillons, un bourreau grotesque mais jovial, ayant à cœur de sympathiser avec sa victime… et une armoire gestante :
« Une large armoire à glace rutilait, apparue [dans la cellule de Cincinnatus lors de la visite de sa femme avec famille et bagages] avec ce qu’elle réfléchissait personnellement (à savoir : un petit coin de la chambre à coucher conjugale – une raie de soleil sur le plancher, un gant tombé à terre et une porte ouverte sur le fond). »

« Dans ce remue-ménage, la large armoire avec son propre reflet se dressait, pareille à une femme enceinte, tenant précautionneusement et le garant à mesure son ventre bardé de glace, de peur qu’on ne le heurtât. »

« Dans un ravin pouvait se voir une grande armoire à glace, adossée dans les douleurs de l’enfantement à un rocher. »
Métaphores typiques de l’Enchanteur :
« Mais Cincinnatus ne se sentait pas d’humeur à causer. Mieux valait la solitude – solitude percée, il est vrai, dans ce réduit à judas, rappelant une nacelle qui fait eau. »

« Sur la table, une feuille de papier étalait sa virginité et, ressortant sur cette blancheur, gisait avec un reflet d’ébène sur chacun de ses six pans, un crayon admirablement taillé, long comme la vie de n’importe quel homme, à l’exception de Cincinnatus ; crayon, descendant civilisé de notre index. »

« Avec ce lourd volume en guise de lest [un livre], j’ai plongé, savez-vous, jusqu’au fond des temps. »

Remarque : livre paru en 1938...  
Nota bene : rien à voir non plus, à ma connaissance, avec Cincinnatus Lucius Quinctius (VE s. av. J.-C.), le bouclé, parangon de vertu du citoyen romain…


Mots-clés : #fantastique #humour #reve

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par ArenSor le Mer 29 Mai - 19:17

Des "fake novels" maintenant affraid.  Que ne ferait-on pas pour se "faire mousser" Rolling Eyes

Sans plaisanter, je n'avais jamais entendu parler de ce livre de Nabo Very Happy
ArenSor
ArenSor

Messages : 1957
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Bédoulène le Mer 29 Mai - 20:00

bizarre ! mais l'enfantement de l'armoire c'est quelque chose tout de même !

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 12894
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 74
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Mer 29 Mai - 23:27

Cette armoire n'apparaît que trois fois, c'est une des facéties de Nabokov, et il y a en sûrement d'autres que j'ai loupées...

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Tristram le Ven 6 Sep - 0:27

La vraie vie de Sebastian Knight

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 La_vra10
(Couverture de Lucian Freud)

Peu après Roi, dame, valet, et surtout La Défense Loujine, notre féru d’échecs met en scène le cavalier ; le thème principal est au moins partiellement le même que dans son précédent roman, Le Don : biographie d’un écrivain, création littéraire.
Le narrateur, V., entreprend donc d'écrire la biographie de son demi-frère aîné, célèbre romancier brusquement décédé. Dans son amour (qui paraît n’avoir pas été payé de retour) pour ce proche qu’il a finalement peu connu, il semble victime de l’ascendant de ce dernier, auquel il s’identifie aussi plus ou moins. Et dans sa tentative d’exploration par l’écriture d’une vie méconnue, il butte répétitivement sur la difficulté à exprimer la personnalité d’un proche qui disparaît sans que l’on puisse vraiment le connaître.
« Ne perds pas de vue que tout ce qu’on te dit est en réalité triple : façonné par celui qui le dit, refaçonné par celui qui l’écoute, dissimulé à tous les deux par le mort de l’histoire. »
Avec une caricature d’enquête et l’exposé de rêves judicieusement ininterprétables, Nabokov fait usage des souvenirs d’enfance et de minutieux détails dont il a le goût, avec celui d’égarer son lecteur…
Un humour très subtil joue avec les allusions autobiographiques, comme la fine critique de l’Angleterre qui l’accueillit en exil, au travers notamment du premier biographe et ancien secrétaire de Knight, Goodman. De même, le narrateur a suivi un cours d’écriture pour se lancer dans cette rédaction, et c’est l’occasion de tourner en ridicule le métier des lettres en général.
On retrouve Mademoiselle O, la ronde gouvernante suisse de Vladimir enfant et sa fratrie, celle-là même de la nouvelle éponyme et de l’autobiographie Autres rivages :
« Elle s’appelait, elle s’appelle toujours Olga Olegovna Orlova : allitération oviforme qu’il eût été bien dommage de garder pour soi ! »
Ce portrait est aussi l’opportunité de celui, plein de perspicacité, de l’exilé ‒ émigré, expatrié :
« Ce fut pour découvrir là-bas l’existence d’un asile pour vieilles Suissesses ayant été institutrices en Russie avant la Révolution. Comme me l’expliqua le monsieur très aimable qui m’y guida, elles "vivaient dans leur passé", passant leurs dernières années – et la plupart de ces dames étaient décrépites et retombées en enfance – à comparer leurs impressions, à nourrir de l’une à l’autre de mesquines inimitiés, et à dénigrer le train dont allaient les choses dans cette Suisse qu’elles avaient redécouverte après avoir si longtemps vécu en Russie. Ce qu’il y avait de tragique dans leur cas c’était que, durant toutes ces années passées dans un pays étranger, elles étaient demeurées absolument imperméables à son influence (au point de ne même pas apprendre les mots russes les plus simples), et même un peu hostiles à leur entourage – combien de fois n’avais-je pas entendu Mademoiselle se lamenter sur son exil, se plaindre qu’on lui manquât d’égards ou qu’on ne la comprît pas, et soupirer après sa belle terre natale ! – mais quand ces pauvres âmes flottantes revenaient chez elles, elles se découvraient complètement étrangères dans une patrie transformée, – si bien que, par un étrange tour de passe-passe sentimental, la Russie (qui, dans la réalité, avait été pour elles un abîme inconnu qui grondait sourdement au-delà du coin éclairé par la lampe dans une chambre mal aérée donnant sur la cour, enjolivée de photographies de famille dans des cadres de nacre et d’une aquarelle du château de Chillon), la Russie inconnue revêtait à présent l’aspect d’un paradis perdu, d’un lieu vaste, vague mais rétrospectivement amical, peuplé de regrets illusoires. »
Mais l’essentiel n’est pas là : le thème de la biographie… est mis en abîme dans la biographie elle-même !
« Auteur écrivant biographie imaginaire recherche photos de messieurs, air compétent, sans beauté, posés, ne buvant pas, célibataires de préférence. Acheteur photos enfance, adolescence, âge viril, pour reproduction dans ledit ouvrage. »

« …] dans le premier livre de Sebastian, L’Iris du miroir (1925), l’un des personnages secondaires est une charge extrêmement comique et cruelle d’un certain auteur vivant que Sebastian trouvait nécessaire de fustiger. »

« Le sujet de son [dernier] livre est simple : un homme se meurt : vous le sentez, tout au long du livre, en train de sombrer [… »
Parodie dans la parodie :
« Ainsi qu’il le fait souvent, Sebastian se sert ici de la parodie comme d’une sorte de tremplin pour bondir dans la région la plus élevée du grave et de l’ému. »
Le, ou un des projets (?) de l’auteur :
« C’est comme si un peintre disait : "Attention ! je m’en vais vous montrer non la peinture d’un paysage, mais la peinture des différentes façons de peindre un certain paysage, et je suis sûr que de leur fusion harmonieuse naîtra à vos yeux le paysage tel que je veux que vous le voyiez." »
Ce roman est à la fois un plaisir de lecture spirituelle, une complexe exposition des conceptions littéraires de l’auteur et du problème de la « parfaite solution » d’un écrivain, une méditation sur le destin (avec prestidigitateur), une approche métaphysique de l’existence et de la mort. Sans comprendre complètement le propos de Nabokov, j’ai quand même saisi que celui-ci est parvenu à mettre du sens dans son livre !
Ainsi, il semble que l’histoire demeure perpétuellement bloquée à deux mois après le décès de Sebastian Knight…
Donc méandreux en diable :
« Le nœud le plus ardu n’est qu’une corde sinueuse ; résistant aux ongles, mais en réalité simple affaire de boucles indolentes et gracieuses. L’œil le défait, cependant que les doigts maladroits saignent. C’était lui (l’homme qui se mourait) ce nœud, et il allait être sur-le-champ dénoué, si seulement il trouvait le moyen de ne pas perdre le fil. Et pas seulement lui, mais tout serait débrouillé, – tout ce qu’il pourrait concevoir en fonction de nos puériles notions d’espace et de temps, l’une et l’autre, énigmes inventées par l’homme à titre d’énigmes, et par suite, revenant nous frapper : boomerangs de l’absurdité… Il avait à présent saisi quelque chose de réel, qui n’avait rien à voir avec aucun des sentiments ou pensées ou expériences par lesquels il pouvait avoir passé dans “le jardin d’enfants” de la vie… »
Sinon, l’astuce de la fausse biographie (d’un écrivain) n’est pas nouvelle, mais son traitement plein de malice par Nabokov me fait y soupçonner une source de l’inspiration de Philip Roth, David Lodge et/ou Enrique Vila-Matas (et je me demande si Nabokov a lu Henry James).

Mots-clés : #biographie #ecriture #portrait

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8469
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Bédoulène le Ven 6 Sep - 15:07

merci Tristram, ressenti et extraits en regard.

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
Bédoulène

Messages : 12894
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 74
Localisation : En Provence

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

humour - Vladimir Nabokov - Page 2 Empty Re: Vladimir Nabokov

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains des États-Unis d'Amérique

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum