Jean de la Ville de Mirmont

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Jean de la Ville de Mirmont

Message par bix_229 le Jeu 29 Déc 2016 - 11:46

Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914)


Jean de La Ville de Mirmont, né à Bordeaux le 2 décembre 1886 et mort pour la France le 28 novembre 1914 ou 29 novembre 1914 à Verneuil sur le Chemin des Dames, était un poète et homme de lettres français. Il est le fils de Henri de La Ville de Mirmont.

Jean de La Ville de Mirmont est né dans une famille protestante bordelaise. Il était le fils d'Henri de La Ville de Mirmont et de Sophie Malan, qui eurent six enfants. Son père était un professeur de lettres reconnu pour ses traductions de Cicéron, et fut conseiller municipal de Bordeaux.

À 22 ans, Jean s'installa à Paris où il retrouva son ami d'enfance François Mauriac (le dernier a d'ailleurs souvent évoqué le premier, notamment dans La Rencontre avec Barrès, 1945). Jean occupa un emploi de fonctionnaire à la préfecture de la Seine où il était chargé de l'assistance aux vieillards. En 1914, il fut mobilisé avec le grade de sergent au 57e régiment d'infanterie. Il mourut enseveli par un obus en novembre de la même année, sur le Chemin des Dames.
source : wikipédia

Bibliographie :

Les Dimanches de Jean Dézert (1914)
L'Horizon chimérique, recueil de poèmes posthume, dont le célèbre "Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte", mis en musique par Gabriel Fauré
Enfin, l'intégrale de son œuvre, y compris sa correspondance, a été éditée aux éditions Champ Vallon : Jean de la Ville de Mirmont, Œuvres complètes
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bix_229

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Re: Jean de la Ville de Mirmont

Message par bix_229 le Jeu 29 Déc 2016 - 11:56



LES DIMANCHES DE JEAN DEZERT
.
La Table ronde/La Petite vermillon

Comme Louis Chadourne, Jean de la Ville de Mirmont fut, lui aussi, victime de la guerre de 14-18, mort à 27 ans en 1914, et il nous laisse un livre unique.

Jean Désert porte bien son nom. En tout cas c' est ainsi que Mirmont nous le présente.

"Ce jeune homme, appelons le Jean Dézert.
A moins de le bousculer au passage, vous ne le distinguerez pas de la foule, tant il est vêtu d'incolore... Le dimanche, c'est toute la vie de Jean Dézert. Il apprécie ce jour que si peu de personnes comprennent...
Sa famille, son passé ?
Jean Dézert ne parle jamais de sa famille. J'ai su qu'il vit le jour dans une grande ville du Sud-Ouest. Son père occupait l'emploi de sous-directeur de l'usine à gaz. De l'autre côté de la rue, il y avait le cimetère protestant. Il a plu des escarbilles sur une enfance bornée par un horizon de cyprès... Ce renseignement nous aiderait à comprendre la patience et la résignation de son âme, la modestie de ses désirs et la paresse triste de son imagination...
Ses yeux ne quittent pas la terre, ses regards ne s'élèvent pas au-dessus de ce monde, où si certains sont acteurs et d'autres spectateurs, lui n'est que figurant."


On l'a compris, Jean Dézert est un résigné, et sa vie n'est qu'attente.
Toute la semaine, il attend le dimanche. A son ministère parisien, - le ministère de l' Encouragement au Bien - il attend de l'avancement, en attendant la retraite. Une fois retraité, il attendra la mort. Il considère la vie comme une salle d' attente pour voyageurs de troisème classe... Un employé lui dira lorsque le convoi partira ; mais il ne sait pas encore vers quelle station.
Son existence est vide comme les notes qu'il consigne chaque soir sur son agenda.

A la page : 10 octobre, Saint Paulin, il note : Néant. Puis il fume une cigarette, n'ayant rien de mieux à faire avant de s'endormir.

Un jour, il découvre sous l'entassement de bouquins d'un marchand des quais un maigre volume imprimé à Londres, au 18e siècle, intitulé La morale de Confucius. Philosophie de la Chine. Il l'ouvrit au hasard et lut quelques maximes. Jean Dézert goûta le sens et l'à propos des conseils qui correspondaient avec les principes directeurs de sa vie morale et ses conceptions du monde :

"Lorsqu'on ne peut apporter à un mal aucun remède, il est inutile d'en chercher."

Il n'en fallait pas moins pour qu'il achetât l'ouvrage et le plaçât chez lui sur sa table de nuit, entre le bougeoir et le flacon d'eau de fleur d'oranger.

Un dimanche il décide de consacrer la journée entière à se distraire, mais utilement. Il suivra les conseils des prospectus qu'on lui a donnés dans la rue. Le matin, il prend d' abord un bain chaud aux Piscines d'Orient. Puis il se fait couper les cheveux dans un Lavatory rationnel. Il déjeune ensuite dans un restaurant végétarien et antialcoolique. Puis il consulte une voyante d' une clairvoyance extraordinaire, Mme Thérésa de Haarlem. Il va ensuite dans un cinématographhe où il s' endort. Il dîne au champagne aux environs de la Barrière du Trone et termine sa soirée en écoutant une conférence gratuite, avec auditions musicales, près de la Gare du Nord. Telle est la vie de Jean Dézert. De dimanche en dimanche.

Sa vie, elle pourrait ainsi couler sans heurt jusqu'à la retraite et à la mort. Mais un jour, oh surprise, il rencontre une jeune fille au Jardin des Plantes et il ose l' aborder devant la fosse des ours blancs auxquels elle offres des miettes de biscuits.

- A tout prendre, dit alors Jean Dézert, afin de lier conversation, les ours blancs des neiges sont moins féroces que l'ours gris des montagnes Rocheuses et, certes moins dangereux que l'orang-outang de Bornéo.

La jeune fille, elle se nomme Elvire, et ils se promènent en échangeant des propos qui n'engagent en rien. Ils se revoient pourtant, se promènent encore. Ou ils se voient en tout bien tout honneur, dans l'appartement bas de plafond de Jean. Un jour, Elvire décide -c' est elle qui décide- qu'ils pourraient se fiancer, qui sait même...se marier. Jean D accepte la chose à sa façon à lui, résignée. Jusqu'au moment fatal où, "le regardant en face pour la première fois," l'inconséquente Elvire, remarque qu'il a le visage trop long. Plus question de mariage voilà la jeune fille en pleurs. Jean D. n'est pas étonné. Il s'en doutait un peu, figurez-vous.

Mais pour mettre de l'ordre dans sa vie, il décide : 1, de faire la fête. 2, de se saouler, 3, de se suicider. Les deux parties du programme remplies, reste le suicide.

Lorque Jean D. se résolut à se suicider, il choisit un dimanche afin de ne pas manquer au bureau…

Il dina sur les boulevards et s'attarda ensuite dans un café à tziganes. Les valses lui donnaient envie de se balancer, sans raison, dans l'oubli des choses... A minuit, il gagna le pont de de l' Archeveché. Voici la Seine, pense-t-il. Le fleuve s' amuse tout seul entre ses quais d'aplomb, tristement, à petits clapotis...

Deux chalands sont amarrés, l'un près de l' autre. Une corde grince par instants.

- Chalands, pense Jean D., je vous comprends. Vous passez votre existence rectiligne dans ces canaux étroits. Vous attendez devant les écluses. Vous traversez des villes, comme de vrais navires. Vous me ressemblez, somme toute. Vous n' irez jamais jusqu' à la mer.
Puis il releva le collet de son pardessus et rentra se coucher."


Tel est ce livre-doux amer, au ton léger, mais bien à lui. On pense à Emmanuel Bove qu'il ne put connaître et aussi à Jules Laforgue qu'il admirait.
On aurait même pu écrire sur la tombe de Jean Dézert ces vers de Laforgue :

Dans cette vie j'aurai passé
Comme un insensé qui se méfie
J'aurai passé, cadenassé.
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Re: Jean de la Ville de Mirmont

Message par animal le Jeu 29 Déc 2016 - 18:58

j'étais concis ce jour là :



Les dimanches de Jean Dézert

Le ton juste. Désabusé sans perdre son sens de l'humour et servi par un sens aiguisé de la tournure qui fait mouche. Ce voyage au pays du jeune homme moyen, aussi moyen que doucement résigné, ou alors disons qu'il n'y croit pas, ou plus ? est doux amer. A chaque fois qu'on voit poindre le pathétique ultime il rebondit. Nous sommes celui qui n'existe pas vraiment pas pour les autres et pour lui-même. Pourtant on garde une expérience de cette lecture.

... Et de bien belles phrases.

Court mais excellent.

Recommandé et recommandable !

(récup).

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Re: Jean de la Ville de Mirmont

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