Michel Houellebecq

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Re: Michel Houellebecq

Message par Ouliposuccion le Dim 12 Mar - 10:13

La carte et le territoire



Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman devaitvous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël. Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russerencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des 'métiers ', ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures. L' art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman, résolument classique et ouvertement moderne.


J'aime Houellebecq , mais je reste honnête ,le prix Goncourt pour" la carte et le territoire" n'est pas mérité , à moins que le plagiat fasse maintenant partie des critères pour cette récompense honorifique...
Michel H a beau être un auteur de talent , cela ne lui donne pas pour autant le droit de pomper du wikipédia à moins qu'encore une fois , l'intertextualité soit la défense de l'auteur ! Ah non pardon , c'est bien celle de Joseph Macé Scaron...
Houellebecq n'a pas été jusqu'à montrer du doigt notre cher Montaigne et ses références à Plutarque dans "les essais" ,plus que ça , il a plagié très subtilement son compère Beigbeder que l'on retrouve également dans son livre en ressortant la carte du personnage russe de " Au secours pardon".
Mais comment ne pas sourire devant cette fusion si touchante entre eux à but publicitaire, clin d’œil pourtant bien visible .
Alors je dis OUI à sa plume acerbe  , mais quand on a son talent et la reconnaissance littéraire , on se doit de garder un certain code d'honneur ( je vais donc jouer aussi du clin d’œil appuyé au rédacteur en chef du magazine littéraire) .

J'entends que c'est un travail de maturité...
Alors si le travail de maturité s'identifie à de tels recours par manque d'imagination ou tout simplement par condescendance , autant rester dans la littérature immature qui elle restera intègre (souhaitons le).

Je retrouve le personnage , parce que c'en est un Houellebecq. Une plume acerbe , un humour noir , le misanthrope avec toute la sensibilité qui va avec lorsqu'il regarde le monde.
J'ai aimé le parti pris de se mettre en scène via le personnage principal en nous immisçant dans son territoire , évoquant les difficultés qu'il a toujours eu avec on père...Ce qui fait par ailleurs sa grande émotivité à fleur de peau.
Je retrouve dans ce livre à travers les créations artistiques sa vision sur la condition humaine et son mal être , aussi , j'ai interprété son propre assassinat comme une façon d'en finir avec des pensées sombres après les avoir mises à l'écrit , comme la finalité de maux enfouis.

Comme je l'ai écrit d'entrée , j'aime Houellebecq , aussi la déception de ne pouvoir m'immerger complètement à cause des ressentis relatés me rende virulente , je lui en veux.
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Re: Michel Houellebecq

Message par Tristram le Dim 12 Mar - 11:56

@Ouliposuccion a écrit:Je retrouve dans ce livre à travers les créations artistiques sa vision sur la condition humaine et son mal être , aussi , j'ai interprété son propre assassinat comme une façon d'en finir avec des pensées sombres après les avoir mises à l'écrit , comme la finalité de maux enfouis.
As-tu vu le film où Houellebecq joue son enlèvement ?

Quelques citations d'un livre où il y a pas mal de choses :
« On peut travailler en solitaire pendant des années, c’est même la seule manière de travailler à vrai dire ; vient toujours un moment où l’on éprouve le besoin de montrer son travail au monde, moins pour recueillir son jugement que pour se rassurer soi-même sur l’existence de ce travail, et même sur son existence propre, au sein d’une espèce sociale l’individualité n’est guère qu’une fiction brève. »

« …] le diktat irresponsable et fasciste des responsables des lignes de produit qui savent naturellement mieux que tout autre ce que veut le consommateur, qui prétendent capter une attente de nouveauté chez le consommateur, qui ne font en réalité que transformer sa vie en une quête épuisante et désespérée, une errance sans fin être des linéaires éternellement modifiés. »

« Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables. »

« On peut toujours, lui avait dit Houellebecq lorsqu’il avait évoqué sa carrière romanesque, prendre des notes, essayer d’aligner des phrases ; mais pour se lancer dans l’écriture d’un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l’apparition d’un authentique noyau de nécessité. On ne décide jamais soi-même de l’écriture d’un livre, avait-il ajouté ; un livre, selon lui, c’était comme un bloc de béton qui se décide à prendre, et les possibilités d’action de l’auteur se limitent au fait d’être là, et d’attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même. »

A noter que le titre se réfère au sémanticien Alfred Korzybski, auteur de Une carte n'est pas le territoire (un mot n'est pas ce qu'il représente).
Ouliposuccion, que penses-tu de l'oeuvre de Beigbeder (que j'ai peu lu) ?
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Re: Michel Houellebecq

Message par Ouliposuccion le Dim 12 Mar - 13:32

As-tu vu le film où Houellebecq joue son enlèvement ?

Je n'ai pas vu celui-ci , je garde le souvenir en revanche de "Near death expérience"que j'avais beaucoup aimé.

Ouliposuccion, que penses-tu de l'oeuvre de Beigbeder (que j'ai peu lu) ?

Je n'ai pas tout lu de Beigbeder , " Au secours pardon" est celui que j'ai préféré pour le moment.
" Un roman français " m'a agacée.
Il reste un provocateur souvent intéressant qui au même titre que Houellebecq décrie et dérange un certain ordre établi.    
J'en ai encore à lire dans ma bibliothèque , je rebondirai donc sur son fil ultérieurement.
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Re: Michel Houellebecq

Message par Ouliposuccion le Dim 12 Mar - 15:34

Plateforme



Michel, qui travaille au ministère de la Culture, mène, après la mort de son père, une existence sans éclat : il fréquente un peep-show, s'endort devant sa télévision. Un jour, il décide d'aller en Thaïlande, pays du tourisme sexuel. Il y rencontre Valérie, cadre d'une agence de tour-opérators. Leur relation est intense, sexuellement parfaite, sentimentalement accomplie.
A Paris, autour d'eux, les personnages secondaires illustrent divers aspects du mal-être contemporain. Michel et Valérie retourneront en Thaïlande.
Sur fond de mondialisation Michel Houellebecq écrit un beau et grand roman d'amour, osé, fiévreux et déroutant.


C’est avec grand intérêt que j’ai lu ce livre, Houellebecq, c’est toujours très prometteur en ce qui me concerne.
Agrippée à mon livre, j’y ai lu une sensibilité exacerbée, un mal de vivre et pourtant l’espoir.
C’est un homme brisé qui écrit, et comment mieux le retransmettre ?
Plateforme, malgré les propos de Houellebecq qui peuvent être déconcertants pour certains, voire peuvent faire l’effet d’un bris de verre acéré, caresse la lame aiguisée de l’amour et de la destruction. C’est sans apparat mais toujours avec sa verve mordante que Houellebecq examine le monde, fort de son bagage intellectuel, il déculpabilise la honte et les travers humains, immobilise le bien-pensant  en cherchant l’ultime secours dans les bras de celle qu’on aime puis celles que l’on paie.
Le livre d'un visionnaire.

Jusqu'au bout je resterai un enfant de l'Europe, du souci et de la honte ; je n'ai aucun message d'espérance à délivrer. Pour l'Occident je n'éprouve pas de haine, tout au plus un immense mépris. Je sais seulement que, tous autant que nous sommes, nous puons l'égoïsme, le masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est devenu simplement impossible de vivre ; et, de plus, nous continuons à l'exporter

-Séduire une femme qu’on ne connait pas, baiser avec elle, c’est surtout devenu une source de vexations et de problèmes. Quand on considère les conversations fastidieuses qu’il faut subir pour amener une nana dans son lit, et que la fille s’avérera dans la plupart des cas une amante décevante, qui vous fera chier avec ses problèmes, vous parlera de ses anciens mecs – en vous donnant, au passage, l’impression de ne pas être tout à fait à la hauteur – et qu’il faudra impérativement passer avec elle au moins le reste de la nuit, on conçoit que les hommes puissent préférer s’éviter beaucoup de soucis en payant une petite somme. Dès qu’ils ont un peu d’âge et d’expérience, ils préfèrent éviter l’amour ; ils trouvent plus simple d’aller voir les putes. Enfin pas les putes en Occident, ça n’en vaut pas la peine, ce sont de vrais débris humains, et de toute façon pendant l’année ils n’ont pas le temps, ils travaillent trop. Donc ; la plupart ne font rien ; et certains, de temps en temps, se paient un petit peu de tourisme sexuel. Et encore ça, c’est dans le meilleur des cas : aller voir une pute, c’est encore maintenir un petit contact humain. Il y a aussi tous ceux qui trouvent plus simple de se branler sur Internet, ou en regardant des pornos. Une fois que la bite a craché son petit jet, on est bien tranquille.
-Et tu ne crois pas que les hommes ou les femmes puissent changer ?
-Je ne pense pas que les choses puissent revenir en arrière, non. Ce qui va probablement se passer, c’est que les femmes deviendront de plus en plus semblables aux hommes ; pour l’instant, elles restent très attachées à la séduction ; alors que les hommes, au fond, s’en foutent de séduire, ils veulent surtout baiser. La séduction n’intéresse que quelques types qui n’ont pas vraiment de vie professionnelle excitante, ni d’autre source d’intérêt dans la vie. A mesure que les femmes s’attacheront davantage à leur vie professionnelle, à leurs projets personnels, elles trouveront plus simple, elles aussi, de payer pour baiser ; et elles se tourneront vers le tourisme sexuel. Les femmes peuvent s’adapter aux valeurs masculines (…)
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Re: Michel Houellebecq

Message par tom léo le Sam 29 Avr - 16:51



Soumission


Comme le livre avait été présenté déjà, je ne commencerai pas à zéro, mais je ne donne que quelques remarques supplémentaires (?) et personnelles. D’abord je dois dire qu’à cause de sa réputation sulfureuse j’ai évité Houellebecq jusqu’à maintenant. Une faute, me semble-t-il maintenant, car je trouvais la lecture de « Soumission » extrêmement intéressante et impressionnante, un foisonnement d’idées. Au début en plus cela fût une découverte d’un style, d’une langue que je trouvais bons, voir très bons dans son mélange de maîtrise, humour, de dérision.

On ne devrait pas se laisser tromper par de nombreuses scènes de sexes car bien sûr l’auteur n’écrit pas un roman érotique, mais y met, à mon avis, encore une autre intention autant que je puisse le supposer de cet auteur.

Bien sûr on pourrait voir en François encore le chercheur autour de l’oeuvre de Huysmans, mais à vrai dire : n’est-ce pas déjà quelque chose du passé ? Où alors sont ses vraies « passions » d’aujourd’hui (ou justement pas) ? Ne faut-il pas retenir avant tout du caractère de François l’indifférence, aussi bien politique que spirituelle que existentielle ? Les exemples pour cela ne manque pas : qu’on se souvient de son voyage en voiture et comme il est nullement interrogé par les cadavres à la poste d’essence... Pensons à ses relations avec ses propres parents, quasiment inexistantes. Ou les soirées d’élections qui sont vécues comme happening avec des sushis et une bonne bouteille de vin à coté... Mais avant tout : les vraies religions d’Ersatz, de remplacements sont dans sa vie alors la bouffe et justement le sexe. Il frôle le désir de suicide mais le sexe le sauve (?).

Donc, spirituellement il n’y a plus grande chose qui tient debout ce personnage vide. Les racines vivifiantes, venant d’ailleurs, d’Un ailleurs, n’existent plus ou juste encore dans une forme d’une certaine nostalgie pour autre chose (peut-être de là son attirance pour une personne comme Huysmans???). Mais sans ces racines, comment résister à ce qui semble de plus en plus comme « le chemin le plus simple » vers la fin du livre ? Le chemin aussi qui lui ouvre de vivre dans le cadre d’une appartenance quasiment religieuse ses pulsions ? (Ce qui semble pas possible dans le christianisme?) Si Huysmans est connu alors comme un écrivain décadent, et aimé par François en tant que tel, celui-ci ne peut plus le suivre dans sa conversion postérieure vers la foi chrétienne et son entrée chez les Oblats. Il dit que là, il ne peut plus « comprendre » Huysmans. Ou alors on veut comparer la conversion de Huysmans d’une vie décadente avec ce qui est dans l’atmosphère de 2022 du roman une conversion vers l’Islam ?

Mais on ne peut pas s’empêcher de penser que la critique principale (comme je la conçois là) n’est pas dirigée contre un Islam (Ben Abbes n’est pas le grand méchant), mais est un inventaire de la « perte des valeurs » en Occident, la perte d’une vraie alternative (chrétienne), offrant un projet de vie. L’Islam semble (et c’est probablement vrai) donner des réponses plus simples, moins complexes que le monde des antinomies dans lequel se meut le croyant chrétien entre lumière et obscurité.

Face aux développements politiques décrits dans le roman on peut bien se demander si cela est tellement, tellement invraisemblable : Peut-être dans l’horizon de 7 ans, oui. Mais les mécanismes expliqués par l’auteur, ne sont-il pas déjà en place ? Quand on pense à la logique de l’élection de Chirac face au FN, cela devrait nous faire réfléchir... Si on pense à l’omnipuissance de l’argent, est-ce si invraisemblable qu’un jour des universités de prestige (comme le sont déjà certaines entreprises, ou des clubs de foot...) seront « achetées » financées par des états du Golfe ? Etc... Là, je trouve les descriptions, explications de l’auteur très fortes. Ces petits résumés "historiques" sont d’une grande pertinence, assez juste, me semblait-il.

Non, ce n’est pas un livre commode et il nous laisse à la fin de lecture avec beaucoup de questions, peut-être aussi celle de la position de l’auteur. Je ne pense pas alors qu’on puisse lui reprocher une islamophobie, mais plutôt une attente plus haute de nos ressources « européennes », voir chrétiennes. Un peu caché, l’auteur semble exprimer une attente. On n’a pas besoin de dire son Oui à tout ce qui est décrit (je pense à ce que certains y voient comme mysogénie p ex etc), mais le mettre dans un contexte d’un personnage et narrateur qui n’est pas forcement Houellebecq (ce serait trop simple).

Je suis très loin d’avoir touché toutes les questions, thèses, implications du roman, mais c’est ça sa richesse. Il nous invite à réfléchir et à avancer, peut-être, malgré l’apparent pessimisme de Houellebecq.

Donc, recommandation de ma part et invitation à la lecture !

(écrit peu de temps après la sortie du livre)
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Re: Michel Houellebecq

Message par topocl le Sam 29 Avr - 17:11

@tom léo a écrit:(écrit peu de temps après la sortie du livre)

C'est sûr que la lecture doit beaucoup varier avec la période.

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Re: Michel Houellebecq

Message par églantine le Lun 23 Avr - 2:07




Eh bien j'ai terminé Soumission .

Motivée par ma dernière lecture de Tesson qui me permit de réajuster mon regard et retrouver un peu d'aménité à son égard, portée par un élan d'optimisme qui je sais ne durera pas , je me suis lancée dans cette aventure vierge de tous à-prioris laissés au vestiaire .
Pourtant le seul ouvrage que j'ai lu à sa sortie , Les fameuses particules élémentaires , me laissèrent plusieurs années et presque décennies , un goût âcre de vomissure dès que je repensais à cette désastreuse aventure livresque .

Au final j'ai bien fait de me laisser porter par la vague du moment .
Parce que les relents de vomissure ont disparu et même mieux que ça , j'ai eu grand intérêt à cette lecture en dépit de mon manque de culture politique .
Du reste , je ne comprends vraiment pas la polémique autour de ce ROMAN .
Bien mené , nourri habilement par la température de notre époque , suffisamment fantaisiste pour écarter tout portée tendancieuse et propagandiste , écrit de façon fort plaisante avec un rythme régulier alternant humour désabusé (mais bien trop pour me crisper )qui pourrait être perçu comme graveleux et de simple mauvais goût sans ce recul et pistes de réflexions audacieuses , c'est un ouvrage sans autre prétention que de faire réfléchir son lecteur sur l'état sociopolitique du monde . Houellebecq s'amuse pour survivre . Avec intelligence , désinvolture feinte , documentation solide , finesse d'esprit , potacherie douloureuse , et loupe scripturale
J'ai bien ri .
Même ses scènes de sexe ne m'ont pas dérangées : trop appuyées et parodiques pour témoigner d'un sexisme véritable ! Juste une sorte de démonstration d'impuissance à n'être que cela . Un homme avec des couilles et une queue . Incapable d'accéder à quelque élévation spirituelle , ou quelque forme d'appréhension de vie plus constructive. L'humanité réduite à une paire de couille et une chatte . C'est triste .
Mais Houellebecq a la chance de savoir en faire quelque chose avec sa plume et son trop de lucidité et rejet du voile salvateur s'en trouve compensé . Pour son salut . Et notre plaisir .

Les critiques sur Babélio se comptent en centaines , par des esprits bien plus éclairés que le mien sur l'analyse politique de cet ouvrage : pour ma part je m'en contrefiche de sa position , ( parce que j'ai l'intime conviction qu'il se situe au delà de ces débats de cours de récré . )
La vie est une comédie : et l'artiste y joue librement et avec honnêteté . ( Nos chers politiciens pourraient en prendre de la graine )
Parce qu'il faut bien passer le temps . En attendant de passer à trépas .
Et que jusqu'à présent on a rien trouvé de mieux que le divertissement Pascalien .
Presque douce cette lecture . Sans provocation aucune .
Et assurément stimulante intellectuellement .

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Re: Michel Houellebecq

Message par colimasson le Lun 23 Avr - 10:40

Super, ça t'a donné envie d'essayer d'autres de ces livres alors ? Smile

Dans Interventions 2, à ce sujet, sur son ton provocateur habituel, Houellebecq répondait à un journaliste de la façon:

« Je sais que ça peut surprendre, mais quand je disais : « l’islam, c’est quand même la religion la plus con », c’était sur le ton de l’évidence. Je ne pensais pas que ce serait critiqué, ni même contesté. La plupart des bons auteurs du passé, de Spinoza à Lévi-Strauss, sont parvenus à la même conclusion ; je pensais donc pouvoir me contenter d’une synthèse rapide. Je n’avais pas saisi que le respect pour les identités était devenu si fort. Le respect est devenu obligatoire, y compris pour les cultures les plus immorales et les plus sottes. »

Le pense-t-il vraiment ? Je n'en sais rien. Je crois que le principal, ce qu'il veut montrer avant toute chose, c'est que l'orgueil des identités va peut-être finir par détruire l'humanité. En ce sens, Houellebecq est un peu un moine zen :

« Adolescent, encore jeune homme je parlais de moi, je pensais à moi, j’étais comme empli de ma propre personne ; ce n’est plus le cas. Je me suis absenté de mes pensées, et la seule perspective d’avoir à raconter une anecdote personnelle me plonge dans un ennui voisin de la catalepsie. Lorsque j’y suis absolument obligé, je mens. »
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Re: Michel Houellebecq

Message par Bédoulène le Lun 23 Avr - 10:47

merci Coli ! ces extraits vont peut-être m'amenée à une lecture (quelques livres dans ma pal)

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Re: Michel Houellebecq

Message par Hanta le Lun 23 Avr - 11:03

il a tort sur Spinoza.
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Re: Michel Houellebecq

Message par Armor le Lun 23 Avr - 12:13

@Hanta a écrit:il a tort sur Spinoza.

Ca serait bien de développer, ne serait-ce que pour éclairer les profanes en philo, dont je suis...

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Re: Michel Houellebecq

Message par Hanta le Lun 23 Avr - 14:23

Spinoza ne mentionne pas un seule fois l'islam. Son jugement critique porte sur toutes les religions pas seulement l'islam. et il ne les trouve pas connes juste incohérentes.
https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/2010-v37-n2-philoso3970/045184ar/
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Re: Michel Houellebecq

Message par topocl le Lun 23 Avr - 14:45

Merci hanta!

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Re: Michel Houellebecq

Message par bix_229 le Lun 23 Avr - 16:22

Pas si incohérente que ça.
La foi consiste à tenter d' expliquer ce qui l' effraie ou qu' il ne comprend pas.
C' est humain et c' est compréhensible.
Les religions, elles, ordonnent la foi et les organisent socialement et politiquement.
A conquérir du pouvoir et des territoires sur les bases de la crédulité, de l' inquiétude humaine et de la morale.
Du coup elles exercent un role politique, de préférence exclusif, puisqu' elles
prétendent porter une parole supérieure, donc ne souffrant aucune contradiction.
Et c' est là qu' on trouve dans le discours de Macron un contradiction facheuse.
Il est censé incarner un état républicain, or il déclare "ne pas séparer Dieu du
reste".
C' est faire passer une conviction intime  et personnelle avant le droit constitutionnel.
Aux vrais croyants de distinguer entre la foi intime et ses extrapolations publiques.


Dernière édition par bix_229 le Lun 23 Avr - 16:24, édité 1 fois
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Re: Michel Houellebecq

Message par Hanta le Lun 23 Avr - 16:24

Spinoza st rationaliste. Il se réfère aux Textes non au rôles des religions. Il pointe juste des contradictions et es incohérences logiques dans les Textes.
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Re: Michel Houellebecq

Message par églantine le Lun 23 Avr - 19:09

Hé Colimasson ça te dirait de ramener ton brillant et si personnel commentaire de parfums par ici ?
...........

Ta vision de Houellebecq en moine zen ne me déplait pas de ce que j'ai perçu avec Soumission . Avec ses chemins à lui et en dépit de sa patte salace pour le"tristefun", il y a de ça .
Oui je vais continuer à le lire .
J'hésite quand même à relire ses particules . Rolling Eyes

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Re: Michel Houellebecq

Message par Cliniou le Lun 23 Avr - 19:13

C’est bien erudit.org !
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Re: Michel Houellebecq

Message par colimasson le Mar 24 Avr - 14:54

@églantine a écrit:Hé Colimasson ça te dirait de ramener ton brillant et si personnel commentaire de parfums par ici ?
...........

Ta vision de Houellebecq en moine zen ne me déplait pas de ce que j'ai perçu avec Soumission . Avec ses chemins à lui et en dépit de sa patte salace pour le"tristefun", il y a de ça .
Oui je vais continuer à le lire .
J'hésite quand même à relire ses particules . Rolling Eyes

C'était sur quel Houellebecq déjà le commentaire ?

Tu peux peut-être lire ses poèmes si tu hésites à repasser par les particules. Ou son magnifique essai sur Lovecraft (et sur la vie, et sur la littérature).
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Re: Michel Houellebecq

Message par colimasson le Ven 27 Avr - 11:06

Interventions 2 (2009)




Michel s'est fait connaître par quelques romans responsables d'une grande nostalgie ontologique. Sommes-nous aussi malheureux parce que nous prenons progressivement conscience de notre incomplétude définitive ? Pour Lacan, la Chose est à jamais inaccessible et nous passons notre vie à vouloir la retrouver. Nous nous enfermons ainsi dans des histoires dignes d'une série Netflix. Michel préfère imaginer qu'on pourra un jour combler ce vide, quitte à briser le mouvement du désir, en recourant aux manipulations génétiques dans un transhumanisme asexualisé. Ce n'est pas la promesse d'un monde plus fun style millénarisme capitaliste mais la promesse d'un monde débarrassé de toutes affres sentimentales, d'un monde d'immobilisme métaphysique. Nous vivrions alors comme les molécules primitives du bain de soupe primordial et nous éviterions de commettre la même erreur que nos ancêtres eucaryotes (céder à la tentation de l'évolution génétique spontanée) en recourant à des modifications génétiques chargées de préserver un monolithisme contre-nature. Une fois l'être humain idéal créé, stable sur ses pieds, débarrassé de la contrainte reproductrice, son génotype n'évoluerait plus jamais et serait en chacun de nous identique.


En attendant, il faut bien se taper les désagréments liés à notre imperfection humaine. On peut localiser les symptômes dans la littérature (Jacques Prévert est un con), dans l'art contemporain (L'art comme épluchage), dans l'architecture moderne (Approches du désarroi), dans le festivisme (La fête), dans le féminisme (L'humanité, second stade), dans la beaufitude (Vers une semi-réhabilitation du beauf) et dans moult autres petites affaires qui écorchent notre endurance au fil des jours.


Houellebecq a pourtant un côté lumineux que beaucoup de lecteurs à la mauvaise digestion ignorent. Houellebecq ne nourrit aucune haine particulière contre ce monde. Ce monde, il n'en a rien à foutre, comme un authentique gnostique. Il constate notre imperfection mais ne veut pas la combattre. Il attend simplement le jour où on pourra transcender génétiquement notre incomplétude. Ou ce jour ou toute l'humanité disparaîtra. Si Houellebecq est notre Bukowski national, ça ne l'empêche pas non plus d'être notre Dalaï-Lama local. Contemplatif, il contourne la résignation et nous suggère la voie de la contemplation. Puisqu'en Occident, on ne peut plus mener « une vie humaine », puisqu'en fait, « il n'y a qu'une seule chose que l'on puisse vraiment faire en Occident, c'est gagner de l'argent » ; puisqu'on ne peut plus rien dire et que « Nietzsche, Schopenhauer et Spinoza ne passeraient plus aujourd'hui » ; puisque « de plus en plus de choses deviennent impossibles à penser », alors on se détache. Puisque « le respect pour les identités [est]devenu si fort » et que « le respect est devenu obligatoire, y compris pour les cultures les plus immorales et les plus sottes », alors il faut se rappeler que l'individu n'est qu'une construction sociale.


« Adolescent, encore jeune homme je parlais de moi, je pensais à moi, j'étais comme empli de ma propre personne ; ce n'est plus le cas. Je me suis absenté de mes pensées, et la seule perspective d'avoir à raconter une anecdote personnelle me plonge dans un ennui voisin de la catalepsie. Lorsque j'y suis absolument obligé, je mens. »


Puisqu'il n'y a plus rien à faire que de subir « des normes excessives » et de s'en réconforter parce que « on me promet […] de pouvoir continuer à me faire chier, de pouvoir acheter des polos Ralph Lauren », il faut revenir aux joies évidentes (« je ne parviens pas à m'imaginer sans un livre »), il faut les cultiver dans la répétition du geste sans se soucier de l'exhortation à la nouveauté à laquelle nous soumet notre monde (« Je ne trouve pas ennuyeux de répéter à l'infini ce que j'aime faire, j'irai même plus loin : le vrai bonheur est dans la répétition, dans le perpétuel recommencement du même »).


Soulevant le monde des apparences pour toucher la vacuité qui se cache derrière toute chose, Houellebecq est souvent drôle dans les évidences qu'il énonce (« J'ai l'impression qu'on se comporte aujourd'hui avec les religions comme avec les danses bretonnes : du moment que c'est un peu traditionnel, un peu vieux, ça devient respectable et presque sympathique ») et dans la spontanéité de ses remarques (« Qu'est-ce que je fous avec ces cons ? » dans son essai sur la Fête). Son témoignage est celui d'un homme qui est devenu sage, qui a renoncé au monde, à son pouvoir, à ses illusions, à ses bonheurs obligatoires, trouvant non pas ce bonheur aseptisé qu'on nous recommande, mais peut-être l'apaisement. Un prélude tranquille à la disparition de l'ego.
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Re: Michel Houellebecq

Message par Tristram le Ven 27 Avr - 12:20

Merci Colimasson ; je n'ai pas lu Interventions, mais il semble bien qu'on y retrouve (évidemment) la même personne dérangeante et fort actuelle, si brillante sous son terne placide qu'elle ne peut que nous être désagréable et nous entraîner dans son inespoir, ce que les lecteurs acceptent plus ou moins mal...
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Tristram

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Re: Michel Houellebecq

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