Chamaco_VilaMatas

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Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Michel Houellebecq

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    Ouliposuccion

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    Re: Michel Houellebecq

    Message par Ouliposuccion le Dim 12 Mar - 10:13

    La carte et le territoire



    Si Jed Martin, le personnage principal de ce roman devaitvous en raconter l'histoire, il commencerait peut-être par vous parler d'une panne de chauffe-eau, un certain 15 décembre. Ou de son père, architecte connu et engagé, avec qui il passa seul de nombreux réveillons de Noël. Il évoquerait certainement Olga, une très jolie Russerencontrée au début de sa carrière, lors d'une première exposition de son travail photographique à partir de cartes routières Michelin. C'était avant que le succès mondial n'arrive avec la série des 'métiers ', ces portraits de personnalités de tous milieux (dont l'écrivain Michel Houellebecq), saisis dans l'exercice de leur profession. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Sur la fin de sa vie il accédera à une certaine sérénité, et n'émettra plus que des murmures. L' art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail, la France devenue un paradis touristique sont quelques-uns des thèmes de ce roman, résolument classique et ouvertement moderne.


    J'aime Houellebecq , mais je reste honnête ,le prix Goncourt pour" la carte et le territoire" n'est pas mérité , à moins que le plagiat fasse maintenant partie des critères pour cette récompense honorifique...
    Michel H a beau être un auteur de talent , cela ne lui donne pas pour autant le droit de pomper du wikipédia à moins qu'encore une fois , l'intertextualité soit la défense de l'auteur ! Ah non pardon , c'est bien celle de Joseph Macé Scaron...
    Houellebecq n'a pas été jusqu'à montrer du doigt notre cher Montaigne et ses références à Plutarque dans "les essais" ,plus que ça , il a plagié très subtilement son compère Beigbeder que l'on retrouve également dans son livre en ressortant la carte du personnage russe de " Au secours pardon".
    Mais comment ne pas sourire devant cette fusion si touchante entre eux à but publicitaire, clin d’œil pourtant bien visible .
    Alors je dis OUI à sa plume acerbe  , mais quand on a son talent et la reconnaissance littéraire , on se doit de garder un certain code d'honneur ( je vais donc jouer aussi du clin d’œil appuyé au rédacteur en chef du magazine littéraire) .

    J'entends que c'est un travail de maturité...
    Alors si le travail de maturité s'identifie à de tels recours par manque d'imagination ou tout simplement par condescendance , autant rester dans la littérature immature qui elle restera intègre (souhaitons le).

    Je retrouve le personnage , parce que c'en est un Houellebecq. Une plume acerbe , un humour noir , le misanthrope avec toute la sensibilité qui va avec lorsqu'il regarde le monde.
    J'ai aimé le parti pris de se mettre en scène via le personnage principal en nous immisçant dans son territoire , évoquant les difficultés qu'il a toujours eu avec on père...Ce qui fait par ailleurs sa grande émotivité à fleur de peau.
    Je retrouve dans ce livre à travers les créations artistiques sa vision sur la condition humaine et son mal être , aussi , j'ai interprété son propre assassinat comme une façon d'en finir avec des pensées sombres après les avoir mises à l'écrit , comme la finalité de maux enfouis.

    Comme je l'ai écrit d'entrée , j'aime Houellebecq , aussi la déception de ne pouvoir m'immerger complètement à cause des ressentis relatés me rende virulente , je lui en veux.
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    Tristram

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    Re: Michel Houellebecq

    Message par Tristram le Dim 12 Mar - 11:56

    @Ouliposuccion a écrit:Je retrouve dans ce livre à travers les créations artistiques sa vision sur la condition humaine et son mal être , aussi , j'ai interprété son propre assassinat comme une façon d'en finir avec des pensées sombres après les avoir mises à l'écrit , comme la finalité de maux enfouis.
    As-tu vu le film où Houellebecq joue son enlèvement ?

    Quelques citations d'un livre où il y a pas mal de choses :
    « On peut travailler en solitaire pendant des années, c’est même la seule manière de travailler à vrai dire ; vient toujours un moment où l’on éprouve le besoin de montrer son travail au monde, moins pour recueillir son jugement que pour se rassurer soi-même sur l’existence de ce travail, et même sur son existence propre, au sein d’une espèce sociale l’individualité n’est guère qu’une fiction brève. »

    « …] le diktat irresponsable et fasciste des responsables des lignes de produit qui savent naturellement mieux que tout autre ce que veut le consommateur, qui prétendent capter une attente de nouveauté chez le consommateur, qui ne font en réalité que transformer sa vie en une quête épuisante et désespérée, une errance sans fin être des linéaires éternellement modifiés. »

    « Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables. »

    « On peut toujours, lui avait dit Houellebecq lorsqu’il avait évoqué sa carrière romanesque, prendre des notes, essayer d’aligner des phrases ; mais pour se lancer dans l’écriture d’un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l’apparition d’un authentique noyau de nécessité. On ne décide jamais soi-même de l’écriture d’un livre, avait-il ajouté ; un livre, selon lui, c’était comme un bloc de béton qui se décide à prendre, et les possibilités d’action de l’auteur se limitent au fait d’être là, et d’attendre, dans une inaction angoissante, que le processus démarre de lui-même. »

    A noter que le titre se réfère au sémanticien Alfred Korzybski, auteur de Une carte n'est pas le territoire (un mot n'est pas ce qu'il représente).
    Ouliposuccion, que penses-tu de l'oeuvre de Beigbeder (que j'ai peu lu) ?
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    Ouliposuccion

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    Re: Michel Houellebecq

    Message par Ouliposuccion le Dim 12 Mar - 13:32

    As-tu vu le film où Houellebecq joue son enlèvement ?

    Je n'ai pas vu celui-ci , je garde le souvenir en revanche de "Near death expérience"que j'avais beaucoup aimé.

    Ouliposuccion, que penses-tu de l'oeuvre de Beigbeder (que j'ai peu lu) ?

    Je n'ai pas tout lu de Beigbeder , " Au secours pardon" est celui que j'ai préféré pour le moment.
    " Un roman français " m'a agacée.
    Il reste un provocateur souvent intéressant qui au même titre que Houellebecq décrie et dérange un certain ordre établi.    
    J'en ai encore à lire dans ma bibliothèque , je rebondirai donc sur son fil ultérieurement.
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    Ouliposuccion

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    Re: Michel Houellebecq

    Message par Ouliposuccion le Dim 12 Mar - 15:34

    Plateforme



    Michel, qui travaille au ministère de la Culture, mène, après la mort de son père, une existence sans éclat : il fréquente un peep-show, s'endort devant sa télévision. Un jour, il décide d'aller en Thaïlande, pays du tourisme sexuel. Il y rencontre Valérie, cadre d'une agence de tour-opérators. Leur relation est intense, sexuellement parfaite, sentimentalement accomplie.
    A Paris, autour d'eux, les personnages secondaires illustrent divers aspects du mal-être contemporain. Michel et Valérie retourneront en Thaïlande.
    Sur fond de mondialisation Michel Houellebecq écrit un beau et grand roman d'amour, osé, fiévreux et déroutant.


    C’est avec grand intérêt que j’ai lu ce livre, Houellebecq, c’est toujours très prometteur en ce qui me concerne.
    Agrippée à mon livre, j’y ai lu une sensibilité exacerbée, un mal de vivre et pourtant l’espoir.
    C’est un homme brisé qui écrit, et comment mieux le retransmettre ?
    Plateforme, malgré les propos de Houellebecq qui peuvent être déconcertants pour certains, voire peuvent faire l’effet d’un bris de verre acéré, caresse la lame aiguisée de l’amour et de la destruction. C’est sans apparat mais toujours avec sa verve mordante que Houellebecq examine le monde, fort de son bagage intellectuel, il déculpabilise la honte et les travers humains, immobilise le bien-pensant  en cherchant l’ultime secours dans les bras de celle qu’on aime puis celles que l’on paie.
    Le livre d'un visionnaire.

    Jusqu'au bout je resterai un enfant de l'Europe, du souci et de la honte ; je n'ai aucun message d'espérance à délivrer. Pour l'Occident je n'éprouve pas de haine, tout au plus un immense mépris. Je sais seulement que, tous autant que nous sommes, nous puons l'égoïsme, le masochisme et la mort. Nous avons créé un système dans lequel il est devenu simplement impossible de vivre ; et, de plus, nous continuons à l'exporter

    -Séduire une femme qu’on ne connait pas, baiser avec elle, c’est surtout devenu une source de vexations et de problèmes. Quand on considère les conversations fastidieuses qu’il faut subir pour amener une nana dans son lit, et que la fille s’avérera dans la plupart des cas une amante décevante, qui vous fera chier avec ses problèmes, vous parlera de ses anciens mecs – en vous donnant, au passage, l’impression de ne pas être tout à fait à la hauteur – et qu’il faudra impérativement passer avec elle au moins le reste de la nuit, on conçoit que les hommes puissent préférer s’éviter beaucoup de soucis en payant une petite somme. Dès qu’ils ont un peu d’âge et d’expérience, ils préfèrent éviter l’amour ; ils trouvent plus simple d’aller voir les putes. Enfin pas les putes en Occident, ça n’en vaut pas la peine, ce sont de vrais débris humains, et de toute façon pendant l’année ils n’ont pas le temps, ils travaillent trop. Donc ; la plupart ne font rien ; et certains, de temps en temps, se paient un petit peu de tourisme sexuel. Et encore ça, c’est dans le meilleur des cas : aller voir une pute, c’est encore maintenir un petit contact humain. Il y a aussi tous ceux qui trouvent plus simple de se branler sur Internet, ou en regardant des pornos. Une fois que la bite a craché son petit jet, on est bien tranquille.
    -Et tu ne crois pas que les hommes ou les femmes puissent changer ?
    -Je ne pense pas que les choses puissent revenir en arrière, non. Ce qui va probablement se passer, c’est que les femmes deviendront de plus en plus semblables aux hommes ; pour l’instant, elles restent très attachées à la séduction ; alors que les hommes, au fond, s’en foutent de séduire, ils veulent surtout baiser. La séduction n’intéresse que quelques types qui n’ont pas vraiment de vie professionnelle excitante, ni d’autre source d’intérêt dans la vie. A mesure que les femmes s’attacheront davantage à leur vie professionnelle, à leurs projets personnels, elles trouveront plus simple, elles aussi, de payer pour baiser ; et elles se tourneront vers le tourisme sexuel. Les femmes peuvent s’adapter aux valeurs masculines (…)
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    tom léo

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    Re: Michel Houellebecq

    Message par tom léo le Sam 29 Avr - 16:51



    Soumission


    Comme le livre avait été présenté déjà, je ne commencerai pas à zéro, mais je ne donne que quelques remarques supplémentaires (?) et personnelles. D’abord je dois dire qu’à cause de sa réputation sulfureuse j’ai évité Houellebecq jusqu’à maintenant. Une faute, me semble-t-il maintenant, car je trouvais la lecture de « Soumission » extrêmement intéressante et impressionnante, un foisonnement d’idées. Au début en plus cela fût une découverte d’un style, d’une langue que je trouvais bons, voir très bons dans son mélange de maîtrise, humour, de dérision.

    On ne devrait pas se laisser tromper par de nombreuses scènes de sexes car bien sûr l’auteur n’écrit pas un roman érotique, mais y met, à mon avis, encore une autre intention autant que je puisse le supposer de cet auteur.

    Bien sûr on pourrait voir en François encore le chercheur autour de l’oeuvre de Huysmans, mais à vrai dire : n’est-ce pas déjà quelque chose du passé ? Où alors sont ses vraies « passions » d’aujourd’hui (ou justement pas) ? Ne faut-il pas retenir avant tout du caractère de François l’indifférence, aussi bien politique que spirituelle que existentielle ? Les exemples pour cela ne manque pas : qu’on se souvient de son voyage en voiture et comme il est nullement interrogé par les cadavres à la poste d’essence... Pensons à ses relations avec ses propres parents, quasiment inexistantes. Ou les soirées d’élections qui sont vécues comme happening avec des sushis et une bonne bouteille de vin à coté... Mais avant tout : les vraies religions d’Ersatz, de remplacements sont dans sa vie alors la bouffe et justement le sexe. Il frôle le désir de suicide mais le sexe le sauve (?).

    Donc, spirituellement il n’y a plus grande chose qui tient debout ce personnage vide. Les racines vivifiantes, venant d’ailleurs, d’Un ailleurs, n’existent plus ou juste encore dans une forme d’une certaine nostalgie pour autre chose (peut-être de là son attirance pour une personne comme Huysmans???). Mais sans ces racines, comment résister à ce qui semble de plus en plus comme « le chemin le plus simple » vers la fin du livre ? Le chemin aussi qui lui ouvre de vivre dans le cadre d’une appartenance quasiment religieuse ses pulsions ? (Ce qui semble pas possible dans le christianisme?) Si Huysmans est connu alors comme un écrivain décadent, et aimé par François en tant que tel, celui-ci ne peut plus le suivre dans sa conversion postérieure vers la foi chrétienne et son entrée chez les Oblats. Il dit que là, il ne peut plus « comprendre » Huysmans. Ou alors on veut comparer la conversion de Huysmans d’une vie décadente avec ce qui est dans l’atmosphère de 2022 du roman une conversion vers l’Islam ?

    Mais on ne peut pas s’empêcher de penser que la critique principale (comme je la conçois là) n’est pas dirigée contre un Islam (Ben Abbes n’est pas le grand méchant), mais est un inventaire de la « perte des valeurs » en Occident, la perte d’une vraie alternative (chrétienne), offrant un projet de vie. L’Islam semble (et c’est probablement vrai) donner des réponses plus simples, moins complexes que le monde des antinomies dans lequel se meut le croyant chrétien entre lumière et obscurité.

    Face aux développements politiques décrits dans le roman on peut bien se demander si cela est tellement, tellement invraisemblable : Peut-être dans l’horizon de 7 ans, oui. Mais les mécanismes expliqués par l’auteur, ne sont-il pas déjà en place ? Quand on pense à la logique de l’élection de Chirac face au FN, cela devrait nous faire réfléchir... Si on pense à l’omnipuissance de l’argent, est-ce si invraisemblable qu’un jour des universités de prestige (comme le sont déjà certaines entreprises, ou des clubs de foot...) seront « achetées » financées par des états du Golfe ? Etc... Là, je trouve les descriptions, explications de l’auteur très fortes. Ces petits résumés "historiques" sont d’une grande pertinence, assez juste, me semblait-il.

    Non, ce n’est pas un livre commode et il nous laisse à la fin de lecture avec beaucoup de questions, peut-être aussi celle de la position de l’auteur. Je ne pense pas alors qu’on puisse lui reprocher une islamophobie, mais plutôt une attente plus haute de nos ressources « européennes », voir chrétiennes. Un peu caché, l’auteur semble exprimer une attente. On n’a pas besoin de dire son Oui à tout ce qui est décrit (je pense à ce que certains y voient comme mysogénie p ex etc), mais le mettre dans un contexte d’un personnage et narrateur qui n’est pas forcement Houellebecq (ce serait trop simple).

    Je suis très loin d’avoir touché toutes les questions, thèses, implications du roman, mais c’est ça sa richesse. Il nous invite à réfléchir et à avancer, peut-être, malgré l’apparent pessimisme de Houellebecq.

    Donc, recommandation de ma part et invitation à la lecture !

    (écrit peu de temps après la sortie du livre)
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    Re: Michel Houellebecq

    Message par topocl le Sam 29 Avr - 17:11

    @tom léo a écrit:(écrit peu de temps après la sortie du livre)

    C'est sûr que la lecture doit beaucoup varier avec la période.


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    Re: Michel Houellebecq

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