Peter Matthiessen

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Peter Matthiessen

Message par Barcarole le Ven 30 Déc - 12:17

Peter Matthiessen
(1927-2014)



Peter Matthiessen, né le 22 mai 1927 à New York et mort le 5 avril 2014 à Sagaponack dans l'État de New York, est un naturaliste et écrivain américain, auteur d'œuvres de non-fiction et de fiction.

Les œuvres de Matthiessen sont connues pour être extrêmement bien documentées. Il s'est souvent focalisé sur les problèmes touchant les Indiens d'Amérique et leur histoire, comme dans son étude détaillée du cas de Leonard Peltier, In the Spirit of Crazy Horse. Matthiessen a été l'auteur officiel de l'État de New York de 1995 à 1997.

Dans son livre Le léopard des neiges, Matthiessen parle de sa relation tumultueuse avec sa femme Deborah et de leurs séparations récurrentes, relation qui culmina dans un profond engagement de l'un vers l'autre, après qu'elle a été diagnostiquée d'un cancer. Elle mourut à New York vers la fin de 1972. Ils eurent 4 enfants, le plus jeune, Alex, ayant 7 ou 8 ans au moment de la mort de sa mère. L'année suivante, en septembre, Matthiessen participa à une expédition en Himalaya avec le biologiste George Schaller, expédition qu'il narra dans le livre Le léopard des neiges.

En 1979, ce livre reçut le prix National Book Award dans la catégorie « Pensée contemporaine ». Son roman En liberté dans les champs du Seigneur, narrant l'histoire d'un missionnaire américain dans une tribu sud-américaine, servit en 1991 de base au scénario d'un film hollywoodien réalisé par Hector Babenco. Blue Meridian, son livre sur la recherche océanographique, présente le tournage du film de Peter Gimbel et de Jim Lipscomb, Blue Water, White Death, qui est généralement considéré comme étant la source d'inspiration de Peter Benchley lorsqu'il écrivit son roman Les dents de la mer en 1974.

Plus récemment, son roman Shadow Country (une réécriture de la trilogie Killing Mr. Watson, Lost Man's River et Bone by Bone) a reçu (en 2010) le National Book Award dans la catégorie « fiction » ; le roman est largement basé sur les récits de la mort d'Edgar Watson, un planteur de Floride décédé peu de temps après l'ouragan qui déferla sur le sud-est de la Floride en 1910.

Peter Matthiessen et sa femme Deborah Love étaient des pratiquants du bouddhisme zen. Après le décès de son épouse, Matthiessen devint moine bouddhiste, termina ses études zen et devint, en 1991, le premier successeur zen de Bernie Tetsugen Glassman. Avec sa seconde femme, Maria Eckhart, d'origine tanzanienne, il vivait à Sagaponack, dans l'État de New York où il dirigeait un groupe zen.
Source : Wikipedia.

Bibliographie

Peter Matthiessen a écrit de nombreux livres (fiction et non-fiction) qui n’ont pas été traduits en français. Seules figurent ci-dessous les œuvres traduites en français. La date correspond à l'édition française.

• Le Léopard des neiges (1983)
• Urubamba (1992)
• Tigres dans la neige (2000)
• Silences africains (2003)
• Deux saisons à l'âge de pierre (2004)
• En liberté dans les champs du Seigneur (2008)
• Au paradis (2015)
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Re: Peter Matthiessen

Message par Barcarole le Ven 30 Déc - 12:27



Le Léopard des neiges

Je conseille volontiers Le Léopard des neiges à ceux qui aiment les "vrais" récits de voyage, l’aventure dans l’Himalaya, les contraintes et les risques de tels périples, la beauté, les risques de ce type d’expédition comme on n’en fait plus beaucoup aujourd’hui...

Le Léopard des neiges de Peter Matthiessen est le récit fait par l’auteur d’une expédition de trois mois dans l’Himalaya. Il accompagne le zoologiste George Schaller, l’initiateur et "patron" du voyage. Ils vont parcourir depuis le Népal dans la région du Dolpo, jusqu’à Shey au Tibet, des régions perdues, franchir des hautes chaînes de montagne comme le Kanjiroba ou le Dhaulagiri, traverser des petits villages retranchés en altitude.

Matthiessen est donc l’invité de Schaller, venu étudier les bharals, sorte de mouflons entre l’ovin et le caprin et, sans trop y croire, rencontrer le légendaire et rarissime léopard des neiges.

Chacun des deux mène sa vie, accompagnés des sherpas et guides qui parfois agacent, tantôt chaleureux, confiants et admirables, tantôt semblant prêts à tout abandonner en échange de roupies pour survivre. Une amitié est née avec ces hommes si précieux dans l’expédition que la vie de tous dépend d’eux, qui doivent porter les lourdes charges, guider le groupe sur des chemins escarpés et dangereux jusqu’à 6 000 mètres d’altitude où l’air est rare et glacial, les paysages époustouflants.

Matthiessen ne parle pas beaucoup de son coéquipier Georges Schaller sauf pour se plaindre parfois de ses exigences, de son comportement glacial et renfermé mais aussitôt dit, il se ravise et comprend qu’il s’agit de respect d’un homme discret pour l’intimité des autres. Leur but est différent, Schaller est un zoologiste en mission, il est en exploration ; Peter Matthiessen est quant à lui dans une quête spirituelle bien que non définie comme telle, après la mort de sa femme, et à la recherche de l’"éveil", malgré les recommandations de son maître Zen Sohen Roshi : « n’attends rien » (de ce voyage).

Matthiessen est bouddhiste, tout comme les sherpas qui accompagnent l’expédition. Chaque jour, il nous confie ses impressions quotidiennes, décrit les étapes qui sont enfin franchies, les camps de base sommaires, les paysages dans la neige imprégnés de yin-yang, les pics vierges scintillant dans la lumière, la glace et le ciel bleu lavande, les chants des populations locales (tels les Ring-mos), les ravins vertigineux et les cols ou les passages à quatre pattes agrippé aux parois ! Sur chaque rocher, on entend le om mani padme hum, mantra bouddhiste en écho aux moulins à prières, les drapeaux qui claquent au vent et dispersent les prières à chaque passage de col, ou encore écrits sur un stupa… Il nous explique en action, dans ce livre, la philosophie des bouddhistes tibétains, lui le bouddhiste zen, la signification des fresques, des décorations, des croyances, des symboles, des mots.

Ce récit de voyage est une véritable bouffée d’air bien frais, paisible et enchanteresse malgré le danger, qui ravive notre fibre spirituelle, que nous avons tapie au fond de nous ! Immergée dans la philosophie bouddhiste-en-acte, j’ai vraiment aimé, c’était pour moi une méditation et la découverte de paysages splendides et impressionnants.


mots-clés : #nature #religion #voyage
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Re: Peter Matthiessen

Message par shanidar le Ven 30 Déc - 14:24

J'imagine volontiers cette lecture comme un parfait complément à celle(s) d'Alexandra David-Neel ! Merci pour cette présentation alléchante, Barcarole !
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Re: Peter Matthiessen

Message par animal le Ven 30 Déc - 18:32

Je conserve aussi un excellent souvenir de ce livre à la fois intense et apaisant. Apaisant sans que ce soit lisse.

Je vous recopie les mots d'époque (ça reste frais) :



Le léopard des neiges

Dans les années 70, Peter Matthiessen accompagne le zoologiste George Schaller pour le Dolpo, une région du Népal située à la frontière du Tibet. Le but de l'expédition est d'étudier les bharals (cousins des chèvres et des moutons) et peut-être voir un rare léopard des neiges. Le lieu choisi pour ces observations est l'ancien monastère de Shey Gompa et la saison est l'automne en espérant pouvoir observer les animaux pendant leur période de rut (pour déterminer s'ils sont plus chèvres ou plus moutons). Ils seront accompagnés, aidés, par des sherpas et guides locaux et essaieront autant que faire ce peu de "voyager léger".

Pour l'auteur, bouddhiste pratiquant (zen) le voyage est aussi un pèlerinage, un apprentissage recherché et un deuil.


Sous forme de journal l'auteur raconte ce voyage particulier. Avec une entrée par journée de marche, le plus souvent, sinon il y a marche quand même pour explorer et observer, nous pouvons donc essayer d'imaginer de loin (et au chaud) cet ailleurs difficilement concevable et en plus certainement révolu. L'écriture est homogène et penche du beau côté de la balance entre classicisme et goût pour la nature. Nature qui tient une part importante dans le livre mais qui n'est pas tout. Tout cela est étroitement lié au bonhomme. Bien que l'on passe par une couche d'histoire(s) locale(s) et notamment d'intéressantes (et pertinentes) considérations et réflexions sur le bouddhisme, considérations historiques, pragmatiques, d'enseignement ou de représentations. Bien que l'on croise aussi des animaux : yacks, bharals, loups, chiens (féroces), qui ont une place non négligeable. Bien qu'il ne faille pas non plus oublier les hommes (et les femmes), notamment l'énigmatique, endurant et efficace Tukten ancien gurkha qui n'est pas sherpa, moins bien considéré que ça. Ou encore le souriant Dawa. Malgré tout ça, dans ce récit de voyage très personnel il y a le voyageur, le marcheur.

Peter Matthiessen donc, et la part surprenante (le reste est franchement immense et terriblement nourrissant et intéressant) du livre. En effet on le trouve changeant, curieux et volontaire, assez ouvert et détendu (incluses les évocations de psychotropes) mais aussi orgueilleux et colérique, un quelque chose d'envahissant de la personnalité. Parfois presque gênant. Pourtant c'est aussi par là que le livre a sa force et son intérêt très primaire. Parce que ce n'est peut-être pas si évident, à travers des pages de quête d'éveil, de sagesse, de repos, d'envie, de besoin de se libérer au moins un peu de s'écrire aussi simplement, "bien" ou "en bien" mais pas parfait, inquiet, imparfait. Au moins il cherche et ça se sent.

Et dans des conditions particulières : nombreuses heures de marche, passages difficile, neige, humidité, froid, altitude (entre 4 et 5 000 mètres pour une bonne part) qui forcément influent sur l'homme, celui qui nous raconte et partage. Et c'est avec cette même simplicité parfois critique mais toujours humaine (bienveillante au moins après coup) qu'il parle de ses compagnons de route dont GS (comme il l'appelle) plus taciturne, plus brusque. Le voyage forme un tout.

Jamais lassant malgré sa relative longueur (350 pages où il y a quand même de quoi faire, ce n'est pas tout à fait du poche dans L'imaginaire Gallimard), c'est un livre qui ne devrait pas laisser indifférent. Mille choses sont intéressantes, étranges, surprenantes ou déroutantes (ces hommes qui accompagne les occidentaux en portant beaucoup plus et avec des pompes et des fringues qui n'ont rien à voir, ces gens, villageois divers qui vivent en dehors de notre monde). D'autres sont plus inquiétantes comme le constat d'une nature déjà pourrie pour son exploitation même dans ces coins reculées : déforestation et érosion des sols, destruction de la faune jusqu'à disparition... que ce soit par suites d'un mode de vie traditionnel ou de l'avancée du "monde moderne".

De toute façon j'en oublie encore et il y a bien d'autres choses et ce deuil, de sa femme après une relation tumultueuse, n'est pas dans les moindres même si ce n'est pas si appuyé que ça, si présent que ça, c'est un deuil avancé, en cours.

Et puis ça m'a fait révisé et apprendre d'autres choses (que j'ai peut-être déjà oubliées), en tout cas repenser à quand je lisais beaucoup plus sur le bouddhisme, et m'a fait penser aussi à moi maintenant, parce qu'on est obligé de réfléchir "bêtement" je crois quand on lit ces pages. Soi, les autres, quelque chose de plus vaste, ou en pas si cloisonné.

Allons ce n'est pas forcément parfait comme bouquin mais ça n'importe pas vraiment, j'ai passé un certain temps avec (et tant mieux, tant de jours et de kilomètres et de choses lues en 3h ça n'aurait pas le même sens) et j'en suis content. Et si je devais insister sur un point c'est que la répétition des jours, étapes, avec ces marches malgré tout souvent solitaires (chacun à son rythme) et les campements, la bouffe, la nuit, non ce n'est pas ennuyeux.

Et il faut rappeler que pour ce qu'il raconte et qui témoigne d'une connaissance avancée des sujets qu'il aborde pour ne pas dire d'une érudition certaine, pour éviter de raconter n'importe quoi il s'est fait aider de personnes qui pouvaient corriger ou préciser s'il en était besoin.

Chouette expérience, et un poil mieux je crois que la simple impression du moment.

extrait :
Dans le bouddhisme chinois ou japonais, seuls quelques Bodhisattvas et le Bouddha historique, Sakyamuni, sont couramment représentés ; la secte Ch'an ou Zen en particulier a supprimé presque toute iconographie, en accord avec son caractère dépouillé, clair et simple ; dans ses efforts pour éviter toute bigoterie, encourager la libre pensée et le doute, le Zen utilise largement la contradiction, l'humour, l'irrévérence, approuvant le moine qui avait brûlé le Bouddha de bois de l'autel pour se réchauffer. Par ailleurs, le bouddhisme tibétain, qui a incorporé les panthéons hindou et bon, est amené à vénérer une multitude d'images et de manifestations de divers Bouddhas, avec des variations de préséance et d'importance selon la secte. Dans des régions aussi éloignées de l'Himalaya que Tichu-Rong, les gens pratiquent encore le Nyingma avec ses vestiges de bon : ici le dieu du ciel bon, qui devint roi sur la terre, prête ses couleurs, bleu pâle et blanc de neige, aux drapeaux de prières bouddhiques. Dans le stupa de Tarakot, Samantabhadra et Padmasambhava dont la tradition a fait le fondateur de Nyingma, ont la préséance sur le Bouddha Sakyamuni.

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Re: Peter Matthiessen

Message par topocl le Ven 30 Déc - 18:49

C'est u truc qui m'avait tentée, à l'époque.
Peut-être à remettre sur mes listes.

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Re: Peter Matthiessen

Message par animal le Ven 30 Déc - 18:50

ça devrait pouvoir t'intéresser.

dis-je sans vouloir te faire peur !

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Re: Peter Matthiessen

Message par Tristram le Lun 24 Juil - 17:03

En liberté dans les champs du Seigneur



Martin et Hazel Quarrier, missionnaires protestants, arrivent avec leur jeune fils Billy dans une bourgade écartée de l’Oriente, Madre de Dios. Accueillis par leurs prédécesseurs Leslie et Andy Huben, ils viennent pour « moissonner » une tribu de la sylve amazonienne, les Niarunas, jusque-là réticents à se laisser convertir/ civiliser/ pacifier. Dans leur lutte contre Satan à grand renfort de citations tirées des Saintes Écritures, les missionnaires sont de suite confrontés à l’Opposition, i.e. les papistes, représentés par le père Xantes, et à Guzman le comandente corrompu qui souhaite faire exterminer les Niarunas par deux pilotes hors-la-loi américains : le froid métis cheyenne Lewis Moon qui use de l’ayahuasca ("la Vigne de Mort", psychotrope des chamanes locaux) et son ami, le Juif Wolf (un bel éventail de croyances "religieuses"). Voilà les personnages principaux, avec les Amérindiens Uyuyu ou Yoyo et Kori, obséquieux truchements indigènes déjà « moissonnés », puis Tukanu, leur pendant, Boronai, le chef de tribu, le farouche et hostile Aoere, enfin Pindi, future partenaire sexuelle de Moon.

Accompagnés de militaires quechuas, les deux couples de missionnaires gagnent la mission avancée de rio Espiritu, peu éloignée de l’ultime bourgade Remate de Males (« Apogée de tous les maux »), et où a été massacré récemment le prêtre catholique Fuentes. Moon a rejoint les Niarunas en parachute, concentrant en abyme le choc des deux cultures, pour y connaître sa renaissance. Les épisodes de son histoire sont décalés en contrepoint de l’approche des missionnaires, ce qui éclaire la rencontre des deux mondes contrastés, leur incompréhension mutuelle. Le petit Billy, le seul peut-être qui eut un regard ouvert sur le monde, décède de complications du paludisme, tandis que les pudibonds missionnaires sombrent dans la confusion et la discorde (seule la naïveté est bien partagée). Via Moon, la trop séduisante Andy transmet la grippe à Pindi, qui en meurt après avoir donné naissance à Nouvel Être (peut-être issu de Moon). La présence "démoniaque" de ce dernier chez les Niarunas (intégré sous le nom de Kisu-mu, soit Jésus), détermine Leslie à réclamer une expédition punitive contre ceux qu’il voulait évangéliser, plutôt que de leur fournir les médicaments dont il dispose contre l’épidémie d’influenza. Kisu-mu décide de les confédérer les Niarunas contre Guzman, et je ne dévoilerai pas plus loin les nombreuses péripéties de cet imbroglio.

Il y a des descriptions superbes (la bagarre Guzman/ Wolfie, les hallucinations de Moon, etc.), et j’ai pensé à Malcolm Lowry dans certains contextes (surtout au début et à la fin) ; on se souvient souvent aussi de Conrad.
Muraille qui observe les missionnaires, la jungle environnante reste indescriptible, mais qualifiée de pertinentes épithètes.
L’habileté du déroulement, les personnages très fouillés et la finesse des observations font de ce livre très documenté une réflexion fort pertinente et passionnante de la non-rencontre avec lesdits sauvages.
Je voue une vieille haine au prosélytisme sous toutes ses formes, mais dans cette "fiction" de l’incommunicabilité il me paraît impossible de prendre vraiment parti, tant la misère et la souffrance sont bien partagés.

« Une fois le contact établi avec les tribus sauvages, Leslie se proposait de leur donner le goût des tissus, des perles, des miroirs et des fers de hache. Lorsqu’ils ne pourraient plus s’en passer, ils seraient tout naturellement vulnérables à la parole de Dieu, et les conversions ne seraient plus qu’une question de temps. C’était une technique de base, employée par les missionnaires dans le monde entier, mais qui pour Quarrier avait des relents de coercition. En quoi différait-elle, avait-il demandé à Leslie, de l’emploi systématique de l’alcool suggéré par le Syrien de Remate, et que Huben avait dédaigné ? Que cela fût baptisé pression économique ou corruption, Jésus aurait-il approuvé ? Il suffisait de regarder les gens de Remate ; était-ce cela le salut ?
Des victimes de l’Opposition, répondait Ruben. […]
…] l’extinction valait mieux, beaucoup mieux que l’état de péché. » (XII)

« Moon leur demanda pourquoi ils tenaient tant à se peindre le corps. "Ça me protège de la chaleur et des insectes", dit Tukanu. Et Pindi : "C’est pour reconnaitre Pindi quand je me regarde dans la rivière." Mais Aoere s’expliqua avec passion : "Nous sommes nus et nous n’avons rien ! C’est pourquoi nous devons nous parer, car sinon, comment pourrait-on nous distinguer des animaux ?"
C’était donc cela. La chose intolérable n’était pas la crainte que le Grand Esprit eût abandonné l’homme, ni même qu’en lui permettant de prendre conscience de la mort, Il eût tourné en ridicule ses espoirs, mais que, depuis le commencement des temps, Il n’eût jamais fait de véritable distinction entre les animaux sans âme et l’espèce humaine. » (XX)

« Quarrier lui avoua à quel moment il avait éprouvé son premier doute : lorsque Huben lui avait déclaré que la mort de Billy était certainement une manifestation de la volonté du Seigneur, un moyen d’entraîner la conversion des Niarunas. Il secoua la tête. "Quelle somme d’orgueil ! explosa-t-il, furieux. Et Yoyo ! Pendant des mois, penser à Yoyo m’a été intolérable. Il était un tel reproche vivant pour moi. Pour chaque âme véritablement sauvée, nous avons engendré des milliers de Yoyo, des milliers de "chrétiens-bol-de-riz", des milliers de mendiants et d’hypocrites, sans asile et sans voix, dans un monde étrange qui les confine dans le mépris, leur refuse l’espoir et la compassion. Et même ceux que nous avons sauvés…" » (XXV)



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Re: Peter Matthiessen

Message par ArenSor le Lun 24 Juil - 18:55

Merci Tristram, un auteur qui semble plein d'intérêt Smile
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Re: Peter Matthiessen

Message par animal le Lun 24 Juil - 18:57

(Je vais essayer de m'en souvenir pour un jour pas forcément proche mais un jour).

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Re: Peter Matthiessen

Message par Arturo le Lun 24 Juil - 19:19

Intéressant pour une autre facette de l'auteur ... J'ai lu Le léopard des neiges, dans une autre vie, quand je dévorais tout ce que je pouvais en littérature de voyage. Souvenirs d'une lecture un peu ardue ?
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Re: Peter Matthiessen

Message par animal le Lun 24 Juil - 19:40

"Consistante" ? tongue

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Re: Peter Matthiessen

Message par Arturo le Lun 24 Juil - 20:02

haha ! (très certainement)
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Re: Peter Matthiessen

Message par Bédoulène le Lun 24 Juil - 23:46

merci Tristram !

encore un livre qui m'intéresse !

"des descriptions superbes" et l'évocation de Lowry et Conrad etc..................

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