Rabih Alameddine

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Rabih Alameddine

Message par topocl le Ven 30 Déc - 16:16

Rabih Alameddine
Né en 1959




Rabih Alameddine (en arabe : ربيع علم الدين), né en 1959 à Amman en Jordanie, est un peintre et écrivain libano-américain.

Né à Amman de parents druzes libanais Alameddine, grandit au Koweït et au Liban, qu'il quitte à l'âge de 17 ans pour vivre d'abord en Angleterre, puis en Californie. Féru de mathématiques, il décroche un diplôme d'ingénieur de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et un Master of Business à San Francisco. Il commence sa carrière en tant qu'ingénieur avant de se consacrer à l'écriture et à la peinture. En 2002, il reçoit une bourse Guggenheim. Il partage sa vie entre San Francisco et Beyrouth.

Œuvres en français

   The Hakawati (2008)    Publié en français sous le titre Hakawati, 2009
   An Unnecessary Woman (2014)    Publié en français sous le titre Les Vies de papier,2016

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Re: Rabih Alameddine

Message par topocl le Ven 30 Déc - 20:27

Les vies de papier
Pris Femina étranger 2016



Aaliya est une vieille femme. Seule dans la vieillesse comme elle fut seule dans la vie, elle qui fut répudiée à moins de 20 ans. Elle a toute sa vie tenu une librairie, et maintenant elle se réfugie dans son appartement-cafarnaum, rempli de livres jusqu'au plafond. Toujours seule, se défendant de ses trois voisines , les "trois sorcières", elle déambule dans une Beyrouth défigurée par les guerres enchaînées. Et elle traduit, ouvrage après ouvrage, pour elle, sans attendre un public, pour le seul plaisir des mots, des phrases et des idées.

Beau sujet que cette femme inutile qui a trouvé le sens de sa vie dans les livres et dans les mots. L'écriture est assez chaotique, de digressions en détours temporels, et on attend vraiment les dernières pages pour voir où nous emmène Rabih Alameddine. Il y a de beaux passages sur la littérature et ce qu’elle apporte aux hommes (et aux femmes), sur la traduction, et le sort des femmes libanaises : les mariage arrangés introduisant des années de soumission à l'homme. Le parti pris d'insérer des citations et allusions  à toutes sortes de livres affectionnés par Aaliyaally est parfois habile, parfois plus pachydermique, évoquant un devoir de baccalauréat qui cherche à briller par   sa culture. Cela donne un résultat assez mitigé, avec de bons moments et mais aussi pas mal de moments où l'on se laisse porter par une vague un peu incertaine.

mots-clé : #creationartistique

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les vies de papier

Message par Tristram le Lun 11 Déc - 19:35

Les Vies de papier (An Unnecessary Woman), de Rabih Alameddine




Aaliya, septuagénaire libanaise, défend son appartement à soi dans le chaos beyrouthin, et se souvient. Ex-libraire « enfuie en littérature », elle consacre sa vie depuis plus d’un demi-siècle à la traduction de chefs-d’œuvre romanesques à partir de leur traduction en anglais et en français, comme une fin en soi.

« Dans Le livre de l’intranquillité, Pessoa écrit : "La seule activité digne d’un homme supérieur, c’est de persister tenacement dans une activité qu’il sait inutile, respecter une discipline qu’il sait stérile et s’en tenir à des normes de pensée philosophique et métaphysique, dont l’importance lui apparaît totalement nulle."
Sans pouvoir dire que je saisis toutes les implications d’une telle position, j’ai reconnu que mon activité de traduction était inutile. Cependant je persiste. Le monde continue de tourner, que je fasse ou pas ce que je fais. Que nous retrouvions ou pas la valise égarée de Walter Benjamin, la civilisation poursuivra sa marche en avant ou en arrière, les gens iront de par le monde, les guerres feront rage, des repas seront servis. Qu’on lise Pessoa ou pas. Ces histoires artistiques sont des broutilles. Ce n’est que pure folie. »

« Je me suis rapatriée dans la chambre, retour à la pile de livres sur mon armoire de toilette sans glace, des livres non lus que j’ai l’intention de lire, une pile imposante. Le choix du livre ne pose pas de problème. J’opte typiquement pour le dernier rapporté à la maison. Je fais constamment l’acquisition de livres que je place sur la pile à lire. Lorsque je termine la lecture d’un livre, quel qu’il soit, j’entame le dernier acheté, celui qui attiré mon attention le plus récemment. Bien sûr, la pile ne cesse de grossir jusqu’à ce que je décide que je n’achèterai plus un seul livre tant que je n’aurai pas lu la pile. Parfois cela marche.
Celui sur le dessus de la pile c’est Microcosmes de Claudio Magris. Je n’ai lu qu’un autre livre de lui, Danube, duquel, parmi de nombreuses phrases impeccables, l’une a pendant des mois enroulé ses bras de pieuvre autour de mon esprit frénétiquement faible : "Kafka et Pessoa font un voyage au bout, non pas de la nuit ténébreuse, mais d’une médiocrité incolore encore plus inquiétante, dans laquelle on s’aperçoit qu’on n’est qu’un portemanteau de la vie et au fond de laquelle il peut y avoir, grâce à cette conscience, une ultime résistance de la vérité." »
Air du temps sans doute, ce roman présente plusieurs similitudes avec d’autres, comme Boussole d’Enard (et on trouve dans chacun le tapis de sol/ prière avec boussole incorporée ‒ mais je ne pense pas un instant qu’il y eût plagiat d’objet kitsch). Particulièrement, intertextualité et transtextualité (pour plus d'informations, voir ici et ici), sont devenus depuis Borges des concepts littéraires de plus en plus "encombrants".

Dans les souvenirs d’Aaliya, il y a aussi une grande place pour des aperçus non conventionnels et plutôt critiques sur le Proche-Orient, notamment au travers de l’histoire d’Hannah, la seule amie qu’elle eut, ou d’Ahmad son amant palestinien d’un jour (guerres civiles, mais également condition féminine, mariage, famille, promiscuité, conformisme, inculture, ou encore cosmopolitisme, humour, résilience). L’auteur paraît ne pas être béat non plus devant son Occident d’adoption (les Etats-Unis), et il semble que son personnage parle souvent pour lui (concernant par exemple un certain scepticisme sur l’influence de la littérature et de l’art).
Il y a encore les observations, réflexions et remarques (fréquemment reprises de ses lectures), parfois amères, et/ou très justes :

« Il n’y a pas plus conformiste que celui qui affiche son individualisme. »

« La mémoire choisit de conserver ce que le désir ne peut espérer prolonger. »

« Nous essayons tous d’expliquer en mettant à distance l’Holocauste, Abou Ghraib ou le massacre de Sabra, niant le fait que nous pourrions un jour commettre quelque chose d’aussi horrible. Ce ceux qui commettent ces crimes sont le mal incarné, ils sont l’autre, les brebis galeuses ; quelque chose dans la psyché américaine ou allemande fait que ces gens sont susceptibles de suivre des ordres, d’avaler la pilule et de tuer sans discernement. Vous pensez que vous seriez la personne qui n’aurait pas envoyé la décharge électrique dans l’expérience de Milgram parce que ceux qui l’ont déclenchée ont dû être affectivement maltraités par leurs parents, ou avaient des pères dominateurs, ou avaient été abandonnés par leur conjoint. N’importe quoi pourvu que cela fasse d’eux des gens différents de vous. »

« Nulle perte n’est ressentie avec autant d’acuité que celle de ce qui aurait pu être. Nulle nostalgie fait autant souffrir que la nostalgie des choses qui n’ont jamais existé. »
« Nulle nostalgie n’est vécue avec autant d’intensité que la nostalgie de ce qui n’a pas eu lieu. »

« Au cœur de la plupart des antagonismes se trouvent des similitudes irréconciliables. » (à propos de la guerre civile)

« Les nostalgistes insistent sur leur vision révisionniste d'une ville accueillante et hospitalière – d'un royaume pacifique où toutes les confessions et les ethnies sont les bienvenues, une arche de Noé où les bêtes de toutes races se sentaient à l'aise et non menacées. Noé, cependant, était un sacré fils de putain de capitaine qui tenait sacrément son navire. Un seul couple d'animaux parmi les meilleurs et les plus intelligents était autorisé à s'avancer sur la passerelle – pour perpétuer l'espèce, repeupler la planète, et toutes ces balivernes nazies.
Noé aurait-il autorisé une zèbre lesbienne à monter à bord, un hérisson célibataire, un lémurien boiteux ? J'en doute fort.
Jamais ma ville n'a accueilli de bon cœur les non-appariés et autres non-à-marier. »

Le bref mari d’Aaliya, un insignifiant qui la répudie alors qu’il est impuissant, m’a paru un personnage raté (il est chargé de tous les maux, ce qui fait beaucoup même pour un portrait barbouillé par une vieille acariâtre).
Dommage pour quelques tours de langage, ce qui semble des maladresses syntaxiques, certaines peut-être dues à la traduction (« regarder de guingois », par exemple, ou « nostalgiste »). La tenue du style est inégale, cependant ce livre ne manque pas d’intérêt, en tant que méditations levantines mâtinées de Pessoa, Kafka, Schulz et Pavese, Proust entr’autres.
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Re: Rabih Alameddine

Message par Bédoulène le Lun 11 Déc - 21:08

mitigé donc ton ressenti ?

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"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Rabih Alameddine

Message par Tristram le Lun 11 Déc - 21:09

Pas inintéressant, mais pas génial non plus je crois.
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Re: Rabih Alameddine

Message par topocl le Mar 12 Déc - 7:39

Pourquoi tu ne l'as pas mis sur le fil,Tristram?

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Re: Rabih Alameddine

Message par Armor le Mar 12 Déc - 10:17

@topocl a écrit:Pourquoi tu ne l'as pas mis sur le fil,Tristram?

C'est fait ! (Tristram semble éprouver une toute nouvelle passion pour le fil des paresseux)

Je rejoins tout à fait vos deux avis, topocl et Tristram. C'est un livre inégal, avec de beaux passages et d'autres plus caricaturaux. Et l'étalage de culture est parfois un peu m'as-tu-vu.
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Re: Rabih Alameddine

Message par Tristram le Mar 12 Déc - 10:43

J'avais pas vu le fil (que j'ai même hésité, oui, par paresse, à... ouvrir jocolor ). Enfin, ça m'a évité de pomper sur le commentaire de Topocl... ce qui n'empêche pas un consensus finalement réjouissant !
A lire donc surtout pour qui s'intéresse aux renvois littéreux et à Beyrouth.
A ce propos, le livre confirme ce que j'avais déjà constaté dans cette région du monde : une femme n'y a finalement qu'une seule opportunité de vie indépendante, c'est d'être divorcée...
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Re: Rabih Alameddine

Message par topocl le Mar 12 Déc - 11:22

Haha! que c'est beau quand tout est bien rangé !

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