Jean-Luc Raharimanana

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Jean-Luc Raharimanana

Message par Bédoulène le Sam 31 Déc 2016 - 17:06

Jean-Luc Raharimanana
(Né en 1967)



Jean-Luc Raharimanana, né à Tananarive le 26 juin 1967, est un écrivain malgache en langue française.

C'est dans son pays natal qu'il écrivit sa première pièce, Le prophète et le président, mais elle ne put y être montée à cause de la situation politique. Il vint ensuite en France pour des études en ethnolinguistique. Il a depuis été journaliste, enseignant, et l'auteur de nouvelles, de pièces de théâtre et de romans. Dans un style violent et lyrique, il y décrit la corruption et la pauvreté qui sévissent sur son île, avec des rappels sur la douloureuse histoire du pays.

Il participe à de nombreuses manifestations, ateliers d'écriture, etc. Plusieurs de ses œuvres ont été traduites en allemand, anglais, italien et espagnol.

Œuvres

Le prophète et le président, théâtre (1989)
Le lépreux et dix-neuf autres nouvelles (Hatier, 1992)
Rêves sous le linceul (Le Serpent à Plumes, 1996)
Le puits, théâtre (Actes Sud Papier, 1997)
Lucarne (Le Serpent à Plumes, 1999)

Nour, 1947, roman (Le Serpent à Plumes, 2001)
Landisoa et les trois cailloux, pour la jeunesse (Edicef, 2001)
L'arbre anthropophage, récit (Joëlle Losfeld, 2004)
Madagascar, 1947, livre de photos (Vents d'ailleurs, 2007)
Za, roman (Philippe Rey, 2008)
Le cauchemar du gecko (Vents d'ailleurs, 2010)
Enlacements (Vents d'ailleurs, 2012)

(source wikipedia)

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ZA

Il faut absolument que je vous montre le langage de Za :

« Elles peuvent de leur langues samarrées, vous santer, sarmes et coquillazes, sea, sex end sun à bave. Za m’eskuze à vouloir trop kuiser les cuisses du silence.
Car avaient egzisté les pères et les maires, ils peuvent dire eux, pères qui nous ont fait serfs, pouissants crocodeals qui se partazent les carcasses de nos terres, maires-caïmans à la maçoire vissée à la clé à molette.
Ils méritent, Za vous le zure, d’avant Za paroler, discorir et travolter. »


Un langage que le lecteur doit apprivoiser pour découvrir toute la richesse mots et de l’écriture.  Car Za crasse (crache) les mots qui sortent de sa bouce (bouche) et  l’orthographe de  certains mots  est révélatrice.

Za a tout perdu, femme, enfant, bien,  même la parole, alors il s’est forgé un langage ponctué par le rire pour survivre.

Za est fou, mais Za le sait. Za se bat toutes les nuits avec l’ange punisseur, avec  ses propres démons.

Za accepte de se soumettre, accepte les coups, la saleté,  mais Za connait le coléreux, l’insoumis Ratovoantanitsitonjanahary, mais Za sait-il que Ratovo et lui sont une même personne ? l’acceptera-t-il ?

Za sait la vie de la société, il sait les Immolards et l’Unique Dollaromane qui détrousse les ancêtres dans la plaine où ils gisent  et geignent, là où Za voudrait aller pour retrouver son fils disparu.

Cette plaine où tous les emblèmes  des révolutions, des colonisations, des guerres sont enfouis pèle-mêle ;  Za sait tout cela mais Za en a assez, il refuse ceux qui croient l’aider, ceux qui le fustigent, il refuse de reconnaître sa femme, Za veut plus rien savoir, plus rien entendre, plus rien voir.

Une écriture bouleversante et détonante dans ce récit où se dessine l’histoire de cette Ile, à travers  la parole de Za et des témoignages  des miliciens, des  militaires, ministre et des morts ; Madagascar.

Extraits

"Hier Za n'est pas passé ici. Hier Za n'aura pas pu passer ici. Ils ne m'écoutent pas - ils sont malades ! Ils ne m'écoutent pas. Ils attrapent des queues de taureau fraîchement désenculées et me fouettent avec. Ils visent mon visaz, ma zoue éclate. Za m'enfuit. Za rejoint la digue, ils me lapident avec des os et des tendons.
L'anze rit."

"Zira elle a dit qu'elle n'a qu'à mettre culotte et dentelle pour sanzer votre budzet de l'Etat. "

"Les femmes aux ceveux de paille entassent les ossements dans des sacs de zute pour les zeter dans des bennes que hissent aussitôt des camions Tata made in India. Za me plie de douleur. Za voudra. S'al vous plait."

"Za voudra porter le dernier coup, biffer le regard et envalser la dernière tête, finir le travail et entériner le sacre du bourreau. Car Za vous le dit ma veulerie, Za vous le dit l'ordinaire de la vie, ma vie, votre vie, le triomphe de l'absurde et de l'état honteux. Za n'a pas à soupporter  la douleur du monde et la connerie de l'houmain. Eskuza-moi. Za m'eskuze. Le monde n'a zamais été qu'une souite de malheurs. Za ne fait que suivre ce qui dure depuis des vénérations et vénérations. Za en a marre."


mots-clés : #colonisation

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