Sefi Atta

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Sefi Atta

Message par Armor le Dim 1 Jan - 13:21

Sefi Atta
Née en 1964




Sefi Atta est née à Lagos au Nigeria en janvier 1964 dans une famille de cinq enfants. Son père, Abdul-Aziz Atta, a été Secrétaire du gouvernement fédéral et Directeur du Service Civil jusqu'à son décès en 1972. Elle a été élevée par sa mère Iyabo Atta.

Elle a fait ses études au Queen's College de Lagos puis en Angleterre à Street (Somerset), Millfield School. En 1985, elle obtient son diplôme à l'Université de Birmingham en comptabilité.

Sefi Atta est l'épouse d'un médecin, Gboyega Ransome-Kuti, fils de Olikoye Ransome-Kuti, médecin nigérien connu pour son implication dans les combats humanitaires. Ils ont une fille.
Elle gère la compagnie basée à Lagos Care to read (Prenez le temps de lire !) qui organise des lectures théâtralisées.

Elle partage actuellement son temps entre le Nigéria, l'Angleterre et les États-Unis.

Oeuvres traduites en français :

Le meilleur reste à venir
Avale
Nouvelles du pays
L'Ombre d'une différence
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Armor

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Re: Sefi Atta

Message par Armor le Dim 1 Jan - 13:24



Avale

Rose et Tolani, deux jeunes femmes presque trentenaires, sont colocataires. Elles sont coquettes, fauchées, pipelettes. Elles sont aussi différentes l'une de l'autre que possible. L'une vitupère, médit, papillonne d'amant en amant _ tous aussi peu recommandables les uns que les autres _  ; l'autre, beaucoup plus réservée, n'en harcèle pas moins un petit ami qu'elle n'aime plus vraiment, en quête de la respectabilité du statut de femme mariée. Vaille que vaille, elles mènent leur vie dans ce Lagos des années 80, entre pénurie et corruption, amours contrariés et grands éclats de rire.
Mais un jour, Rose se fait licencier pour insubordination ; dans une ville en pleine récession, retrouver un emploi est quasi mission impossible. Très vite, des solutions peu recommandables se profilent à l'horizon, et avec elles la tentation de l'argent facile qui permettrait de sortir, enfin, de la pauvreté…

Ce qui marque d'emblée, c'est la violence quotidienne, omniprésente. Des bagarres à la pelle, le matin, à l'arrêt de bus ; des vendeurs de rue se battant jusqu'au sang. Et la foule se déchaînant sur les voleurs qu'elle rattrape, les tabassant à mort, ou leur passant un pneu enflammé autour de la tête.
Les conflits ethniques, eux aussi, ne sont jamais loin ; on se dénigre en permanence, on établit des hiérarchies, on se méfie…

Rose m'avait dit un jour : « Les Haoussas, on ne peut pas leur faire confiance, surtout quand ils sourient. Tu as à peine le dos tourné qu'ils sortent leur poignard. Ceux qui ne leur servent à rien, ils ne leur sourient même pas, leurs visages sont de véritables murs. Ils sont parfaitement capables de te sourire tout en complotant à mort, avait-elle ajouté, même leurs jolies femmes qui font les innocentes en purda. Et les hommes, ils sont tous secrètement homosexuels. (…)» Elle avait ajouté qu'elle n'aurait pas pu vivre avec une autre Yoruba que moi car les Yoruba était lâches et obséquieux par nature. Nous étions toujours bien habillés mais nos maisons étaient sales.

Et puis, de putsch et putsch, planant constamment au-dessus des tête, la menace omniprésente d'un gouvernement dictatorial, aux mesures aussi radicales qu'absurdes. La marotte du moment ? La Guerre Contre l'Indiscipline, menée à grand renfort de spots publicitaires et de "journées d'hygiène publique."
La corruption, l'hypocrisie, le despotisme règnent à tous les étages. Et comme dans toute société patriarcale qui se respecte, la pression s'exerce principalement sur les femmes.
Les hommes n'ont pas le beau rôle, dans ce roman ; ils sont touchants, parfois, mais surtout tellement lâches… Celles qui, jour après jour, résistent et déploient des trésors d'ingéniosité pour nourrir leur famille et rester coquettes, ce sont les femmes. Générations après générations, elles se battent pour acquérir un peu plus d'indépendance. A son époque, la mère de Tolani dut faire face aux desiderata d'un roitelet et aux médisances de son village. A son tour, à sa mesure, Tolani se rebelle. Mais au Nigéria comme ailleurs, il faut accepter d'en payer le prix…

"Quelqu'un d'important te fait du tort et tout le monde te traite comme si c'était ta faute. Même toi tu commences avoir l'impression que c'est ta faute."

Avale pourrait n'être qu'un roman déprimant de plus sur fond de corruption et de misère sociale. Ce n'est pourtant pas du tout l'impression que laisse cette lecture. Le style est alerte, incisif, très vivant grâce aux nombreux dialogues non dénués d'humour. Les personnages secondaires sont hauts en couleurs. Et nos deux héroïnes, tour à tour émouvantes, pusillanimes, arrogantes… sont animées d'une force de vie qui emporte tout sur son passage.
On s'y croirait, dans ce Lagos des petits travailleurs, entre pénuries de toutes sortes, querelles de voisinages, médisances, amitiés et désamours. Et si le contexte est assurément désespérant, le ton, lui, n'est jamais désespéré.
Un roman qu'on ne lâche pas, et qui reste en mémoire…

(Ancien commentaire remanié)

#regimeautoritaire
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Armor

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