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Amadou Hampâte Bâ

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Message par bix_229 le Dim 1 Jan - 17:03

Amadou Hampâte Bâ
(1901-1991)


Amadou Hampâte Bâ Hampat10

Hamadou Hampâté Bâ est l'auteur africain le plus souvent cité pour sa phrase : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle". Il est né en 1901 au Mali en Bandiagara et il est mort en 1991. Disciple de Tierno Bokar, il a consacré sa vie à sauver de l'oubli les trésors de la tradition orale du monde peul. Son ?uvre écrite est considérable, son activité inlassable ; d'importantes responsabilités lui ont été confiées dans l'administration, dans la diplomatie de son pays, à l'UNESCO. Il est pour l'Afrique noire le gardien de la mémoire, de la tradition orale qu'il a bien souvent couché sur papier et est devenu, de ce fait, le défenseur vigilant d'une civilisation si longtemps méconnue.

Né avec ce siècle à Bandiagara, au pied des falaises du pays Dogon, mort en 1991 à Abidjan, Amadou Hampâté Bâ, historien, écrivain, conteur, poète, penseur, frère des hommes, est surtout connu en France pour la lutte qu'il mena à l'UNESCO, de 1962 à 1970, en faveur de la réhabilitation des traditions orales africaines en tant que source authentique de connaissances et partie intégrante du patrimoine culturel de l'humanité.
source : Africulture.com

Bibliographie :

L'Empire peul du Macina
Vie et Enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara
Kaïdara, récit initiatique peul
Aspect de la civilisation africaine
L'Étrange Destin de Wangrin
L’Éclat de la grande étoile
Jésus vu par un musulman
Petit Bodiel (conte peul) et autres contes de la savane
Njeddo Dewal mère de la calamité
Ce que vaut la poussière, contes et récits du Mali
Amkoullel l’enfant peul (Mémoires I)
Oui mon commandant ! (Mémoires II)
Il n'y a pas de petite querelle
Ravins érotiques, dix textes dont un d'Amadou Hampâté Bâ, vingt-cinq gravures de Michel Moskovtchenko, édition de 30 exemplaires numérotés
Mémoires
Coépouse bossue... ou méchanceté punie
La révolte des bovidés
Contes initiatiques peuls
Contes des sages d'Afrique
Aspects de la civilisation africaine
Textes sacrés d'Afrique noire
La parole, mémoire vivante de l'Afrique : Suivi de Carnet de Bandiagara
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Message par Tristram le Dim 1 Jan - 20:51

« C'est ce jour-là, à partir de la naissance de mon petit frère, que je pris clairement conscience et de mon existence et du monde qui m'entourait. Ma mémoire se mit en marche, et depuis elle ne s'est plus arrêtée… »
Amadou Hampâté Bâ, « Amkoullel, l'enfant peul »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram le Lun 15 Mai - 23:18

Oui mon commandant !

Amadou Hampâte Bâ Oui_mo10

Cette lecture du second tome des mémoires d’Amadou Hampâté Bâ fait suite à celle du premier, il y a quelque temps ; après l’enfance d’Amkoullel l’enfant peul, c’est le devenir du jeune plumitif d’administration, commis expéditionnaire indigène, « écrivain temporaire essentiellement précaire et révocable » envoyé loin de chez lui, à la ville d’Ouaga, chez les Mossis. Outre l’intérêt particulier pour celui qui vécut dans les contrées évoquées, j’en ai trouvé un autre, plus général, à l’exposition par un témoin digne de confiance de l’Afrique occidentale dans la première moitié du XXe siècle. Ce sont notamment l’histoire coloniale et une religion musulmane (mêlée de « superstition » traditionnelle) vus de l’intérieur, remettant à l’heure bien des conceptions contemporaines relayant tout et son contraire avec un brio inégalé, si ce n’est le plus souvent par leur partialité.

« Tout à coup, une parole du Prophète Mohammad me revint en mémoire. Un jour, il avait dit à ses compagnons : "Aucun musulman ne doit avoir quitté cette terre sans avoir, au moins une fois dans sa vie, violé la shariya (loi islamique) au nom de la charité [pitié, en variante plus loin]." »

En ce qui concerne la colonisation, c’est surtout son aboutissement, l’exploitation, après la découverte, l’exploration, les phases militaire puis administrative, qui devint insupportable.

« Un jour le commandant de Menou traita les Samos de "grands voleurs incorrigibles" devant monsieur Leenhardt. Ce dernier – en tant que trésorier, il était en même temps régisseur de la prison – réagit immédiatement : "Si nous nous basons sur l’ensemble des jugements qui ont condamné des Samos pour vol et que j’ai consulté dans les archives, répliqua-t-il, force est de constater que ces pauvres bougres ont commis des larcins plutôt que des vols, à proprement parler ; ce sont plutôt des nécessiteux que des voleurs." »

Ledit Leenhardt envoie un prisonnier condamné cinq fois pour vol déambuler sans surveillance avec une caisse bourrée de la recette du trésor en petites coupures, à fin de démonstration – positive...

« Sur le terrain, la colonisation, c’était surtout des hommes, et parmi eux il y avait le meilleur et le pire. Au cours de ma carrière, j’ai rencontré des administrateurs inhumains, mais j’en ai connu aussi qui distribuaient aux déshérités de leur circonscription tout ce qu’ils gagnaient et qui risquaient même leur carrière pour les défendre. »

Cela rejoint mon attitude personnelle, surtout au temps innocent où je pouvais jauger quelqu’un sans prendre conscience de sa position sociale, de son orientation sexuelle, de sa couleur ou de ses éventuels handicaps : lorsque intuitivement je ne voyais que les personnes, sans catégoriser. C’était valable en Afrique, quand j’étais encore assez innocent pour « parler à un chien avec un chapeau »… Je fais cet aparté parce que je trouve très dommageable la tendance de plus en plus affirmée à étiqueter les gens. L’idéal, c’est de rencontrer quelqu’un sans s’apercevoir qu’il est sans-dents ou ingénieur, bleu ou martien, mais juste « untel ». C’est une vertu innée chez nous je crois ; je me rappelle mon fils, écolier dans une école multicolore, à qui je demandais perfidement sa couleur lorsqu’il m’annonçait avoir un nouveau copain : « je regarderai demain, et je te dirai ! »

Amadou Hampâté Bâ, qui œuvra sans relâche à préserver les inestimables valeurs humaines de cette partie du monde, en risque de disparition car transmises oralement, nous confie ici le quotidien et l’actualité de l’époque (notamment auprès du pouvoir et des notables), avec la place prépondérante de la parentèle, du partage, de l’humour, comme de la bienvenue de l’étranger chez des ethnies fréquemment mal sédentarisées :

« Le voyageur de passage qui descend chez un logeur est "son étranger". Ce titre crée un lien entre le voyageur et son hôte, et, pour ce dernier, un devoir de d’entretien et d’assistance presque sans limite en Afrique ancienne. En employant ici ce terme, surtout accompagné des cadeaux d’usage, j’honorais le vieux pêcheur et créais d’emblée entre nous une relation fondée sur la confiance. »
On est circa 1922 ; autres temps, autres mœurs…

Voici un mot du père spirituel de l’auteur, Tierno Bokar, marabout de sa petite ville natale, qui y fonda une école coranique, et par ailleurs promoteur de la tolérance et précurseur de l’œcuménisme :

« Le grand livre de la nature, nous disait-il, est le seul dont les pages ne se déchirent jamais. Il est toujours là, à votre disposition, attendant d’être déchiffré. »

En ce qui me concerne, je conserve cette phrase à méditer, simple sagesse qu’il ne faudrait jamais perdre de vue :

« La généralisation, quelle qu’elle soit, n’est jamais le reflet de la réalité. »


mots-clés : #autobiographie #colonisation #traditions

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Message par Armor le Mar 16 Mai - 1:30

@Tristram a écrit:C’est une vertu innée chez nous je crois ; je me rappelle mon fils, écolier dans une école multicolore, à qui je demandais perfidement sa couleur lorsqu’il m’annonçait avoir un nouveau copain : « je regarderai demain, et je te dirai ! »

Excellent ! Amadou Hampâte Bâ 1390083676
Très jolie anecdote, vraiment !

Encore un auteur que je dois lire depuis des lustres. Les contes intitiatiques peuls sont sur ma PAL depuis une éternité….
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Message par Tristram le Mar 16 Mai - 2:24

C'est Amadou, le roi de l'anecdote !
Et Les contes initiatiques peuls font partie de sa précieuse collecte.

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Message par Arturo le Sam 5 Jan - 10:02

J'ai lu les deux tomes des Mémoires. Ça dépayse c'est sûr. C'est  un plaisir de lire le quotidien évoluer avec le temps, dans cette Afrique lointaine. Le rôle de l'oralité, des griots, puis de la mémoire prodigieuse de l'auteur.
Toutefois, quelques interrogations pour moi sur deux sujets : l'esclavage et l'Islam.
Sur le premier point, il y a des passages où l'on apprend qu'il y a des "captifs" au sein même des peuples locaux, et il ne s'agit pas de captivité en vue de traite négrière, plutôt d'une forme locale de captivité. On résume souvent l'esclavage à la traite négrière faite par les Occidentaux (attention je ne cherche pas à les dédouaner, mais à tenter de comprendre l'Histoire) mais il ne faut pas oublier la traite arabe, et un esclavage endémique.  

Quant à l'Islam, c'est assez étonnant quand je lis que dans les écoles coraniques les petits enfants apprenaient les sourates du Coran par coeur sans rien y comprendre, et sans même en parler la langue. Je me demande ce qu'il en est aujourd'hui. Je visualise la scène d'endoctrinement surréaliste. Bon après il y a les sages paroles de Tierno Bokar, mais ça vient bien en aval.
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Message par Tristram le Sam 5 Jan - 11:36

Quand on approfondit l'histoire des différents groupes humains en Afrique centrale comme occidentale, on comprend que de fréquents affrontements menaient à la capture d'ennemis (but en soi dans les razzias), et ceci avant l'Islam, qui a considéré le continent comme gisement de bois d'ébène à piller avant les Occidentaux. J'ai connu là-bas des gens qui se vantent d'appartenir à la "race" des esclavagistes, à la tribu supérieure, commerçante.
Les madrasas ou écoles coraniques se résument effectivement à l'apprentissage par cœur de quelques sourates dans un arabe pas compris. Avant ça donnait une petite chance de ne pas être emmené en esclavage par une razzia musulmane, aujourd'hui c'est peut-être un calcul opportuniste, mais c'est surtout la seule école accessible financièrement. La période de l'écholage, quand il faut aux parents trouver le montant des frais de scolarisation, occasionne le grand moment de panique pécuniaire dans l'année.

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Message par Chamaco le Sam 5 Jan - 12:19

L’idéal, c’est de rencontrer quelqu’un sans s’apercevoir qu’il est sans-dents ou ingénieur, bleu ou martien, mais juste « untel ».

c'est une des facettes qui m'avait attiré vers Cuba, des relations apaisées que j'ai du mal à retrouver dans notre pays patrie des Droits de l'Homme pourtant...
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Message par bix_229 le Sam 5 Jan - 15:39

Je crois que c'est encore ce qu'on peut rencontrer dans les pays trop pauvres pour
etre gangrénés par la société de consommation.
Et où existe encore l'esprit de solidarité.
Ce climat existait dans l'Espagne que j'avais traversée enfant.
Evidemment, ce constat ne constitue en aucun cas une défense et exaltation
des pays pauvres.
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