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Dany Laferrière

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Message par topocl le Mar 3 Jan - 18:57

Dany Laferrière
Né en 1953


lieu - Dany Laferrière Image250

Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière à Port-au-Prince (Haïti) (où il passe toute son enfance et son adolescence) le 13 avril 1953, est un intellectuel, écrivain, et scénariste haïtien et québécois, résidant principalement à Montréal.

Né à Port-au-Prince le 13 avril 1953, Dany Laferrière passe son enfance à Petit-Goâve avec sa grand-mère Da, un des personnages marquants de son œuvre. Marie Nelson, sa mère, l'y envoie vers l’âge de quatre ans par crainte qu’il ne subisse des représailles de la part du régime de François Duvalier (Papa Doc), en raison des idées politiques de son père, Windsor Klébert Laferrière (maire de Port-au-Prince, puis sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie), alors en exil au Québec.

À onze ans, il retourne vivre avec sa mère à Port-au-Prince, où il fait ses études secondaires. Il devient ensuite chroniqueur culturel à l’hebdomadaire Le Petit Samedi Soir et à Radio Haïti-Inter. Le 1er juin 1976, son ami journaliste Gasner Raymond, alors âgé de vingt-trois ans comme lui, est assassiné par les Tontons Macoute. À la suite de cet événement, craignant d'être « sur la liste », il quitte de manière précipitée Haïti pour Montréal, n'informant personne de son départ, à l'exception de sa mère. En 1979, il retourne pendant six mois à Port-au-Prince et y rencontre Maggie, son épouse avec qui il a eu trois filles – la première (Melissa) est née à Manhattan, où vivait alors Maggie, les deux autres (Sarah et Alexandra) sont nées à Montréal.

Lors de son arrivée à Montréal en juin 1976, il  travaille entre autres dans des usines, jusqu’en novembre 1985, date à laquelle est publié pour la première fois un de ses romans, intitulé Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer. La publication du roman lui donne une place immédiate dans les médias. Il sera adapté pour le cinéma par Jacques W. Benoît en 1989, en plus d’être traduit en de nombreuses langues. Par la suite, il travaille pour diverses stations de télévision en tant que chroniqueur, ainsi qu’en tant qu’annonceur météo, tout en continuant son activité d’écriture à saveur autobiographique. Autodidacte, il suivra néanmoins des cours à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

À partir de 1990, il vit à Miami avec sa famille en poursuivant son travail d'écriture, puis il se réinstalle à Montréal en 2002. À l'été 2007, il propose une chronique matinale sur Radio Canada . Par la suite, il occupe le poste d'éditorialiste à l'émission de Marie-France Bazzo, Bazzo.tv, pendant la saison 2008-2009.En novembre 2009, il reçoit le prix Médicis pour L'Énigme du retour.

Le 12 décembre 2013, face notamment à Catherine Clément, Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier, il est élu au premier tour de scrutin au 2e fauteuil de l'Académie française.  .

wikipedia

Œuvres

Romans et récits

   Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, 1985 : Page 1
   Éroshima,  1987.
   L'Odeur du café, 1991 .
   Le Goût des jeunes filles,  1992
   Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, 1993
   Chronique de la dérive douce, 1994
   Pays sans chapeau, 1996 ;
   La Chair du maître,  1997.
   Le Charme des après-midi sans fin, 1997 ;
   Le Cri des oiseaux fous,  2000
   Je suis fatigué,  2001
   Les Années 1980 dans ma vieille Ford, , 2005.
   Vers le sud, 2006.
   Je suis un écrivain japonais,  2008 : Page 1
   L'Énigme du retour, Montréal, Boréal, 2009 : Page 1
   Tout bouge autour de moi, 2010
   L’Art presque perdu de ne rien faire,  2011
   Journal d'un écrivain en pyjama,  2013 :  Page 1
   Tout ce qu'on ne te dira pas,  2015.
   Mythologies américaines, Grasset, 2016

Littérature jeunesse

   Je suis fou de Vava, illustrations de Frédéric Normandin, 2006
   Le baiser mauve de Vava, illustrations de Frédéric Normandin, 2014.
   La Fête des morts, illustrations de Frédéric Normandin,  2009

Mot-clé : #québec

màj le 27/04/2019

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Message par topocl le Mer 4 Jan - 13:00

Journal d'un écrivain en pyjama

lieu - Dany Laferrière Image210

Dany Laferrière, écrivain émigré, que     le succès de son premier livre a sorti de la misère et de l'usine en quelques semaines, tend une main amicale à toute personne qui aime les livres, lecteur ou écrivain. En 182 brèves entrées,  il collige des réflexions, anecdotes, analyses, sur un ton jovial et ludique. Il parle de lui, de son expérience, d'écrivains amateurs ou professionnels, de lectures anciennes ou marquantes. Il étudie le rapport de l'écrivain à la lecture, à la réalité et à la fiction, à la page blanche ou déjà remplie, de la souffrance et de la jouissance d'écrire. Et lui, l'écrivain en pyjama, est du coté de la jouissance, c’est un homme qui ne se prend pas au sérieux et cueille d'abord les plaisirs de la vie, un homme léger, cela se sent.

C'est tout à fait sympathique, plein d'humour, de bonnes formules et de jolies pensées. Cela s'essouffle peut-être un peu au dernier tiers, devient un peu répétitif, mais c'est un réel plaisir de lecture.
Ca donne envie d'aller voir du côté de ses romans.



mots-clés : #journal #creationartistique

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Message par Plume le Mer 31 Mai - 16:43

J'aime beaucoup Dany Laferrière...
Une petite citation pour vous faire sourire: "Bernard Werber sait tout des fourmis, mais aucune fourmi ne sait qui est Bernard Werber".

Une autre très belle: "On est aussi l'écrivain de livres qu'on se sait capable de faire mais qu'on n'écrira pas finalement".
(Journal d'un écrivain en pyjamas)
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Message par Tristram le Mer 31 Mai - 22:56

De cet auteur je crois bien n'avoir lu Le Goût des jeunes filles et Pays sans chapeau, et je n'ai pas trop accroché (peu de substance je trouve) : à suivre...

... avec quand même une petite citation :

« On se demande pourquoi tel événement se fixe dans nos mémoires. Quand on imagine toutes ces histoires (de microscopiques sensations crépitant constamment sur la surface de notre peau), on s’interroge sur celles qui vont se fixer sur notre corps en tatouages colorés. »
Dany Laferrière, « Le goût des jeunes filles », Opus II, 4

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Message par Plume le Jeu 1 Juin - 0:06

Il y a tant de livre qu'on referme sans pouvoir garder une citation... Avec Laferrière c'est automatique!
Je te conseille de commencer par le premier, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer...

Et ses titres...
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Message par Arturo le Sam 3 Fév - 18:04

@Tristram a écrit:De cet auteur je crois bien n'avoir lu Le Goût des jeunes filles et Pays sans chapeau, et je n'ai pas trop accroché (peu de substance je trouve) : à suivre...

Je n'ai pas lu ces deux titres. Laferrière est un auteur assez prolifique, avec des livres assez peu épais (mais aux titres décapants). Je ne dirais pas qu'il y a peu de substance, ni qu'il soit très consistant non plus. La vérité est ailleurs. Pour moi, c'est plus une littérature de détente, sans que ce soit creux non plus. Il a pas mal d'humour le garçon, et une certaine verve satirique.
Puis ça me parle bien, car il évoque souvent Montréal, que je connais un peu.
Je te conseille, comme Plume, son premier roman : Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.
Deux Noirs, qui règlent leurs comptes avec l'Occident, l'air de rien, avec beaucoup d'humour, de détachement, et mine de rien de références culturelles.

J'avais moins accroché avec Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?
Il me semble que la substance de Laferrière se trouve dans son premier opus.

Un peu de récup, pour une autre lecture de l'auteur que j'avais appréciée :

lieu - Dany Laferrière 414tve10

Je suis un écrivain japonais:

J'ai lu ce roman d'une traite! J'ai trouvé le style de cet auteur très agréable, et en même temps capable de glisser certaines réflexions profondes. Il me fait un peu penser à Bukowski, mais dans un genre moins virulent. Je ne sais pas comment sont ses autres romans, mais celui-ci est très bon, avec de l'humour et un scénario assez original.
Le parcours de l'écrivain, ses thématiques, et sa façon simple d'amener les choses me plaisent. Il y a aussi pas mal de références littéraires glissées de-ci de-là, et un bel hommage au poète Basho. Ah, et j'ai aimé me replonger dans la ville de Montréal  oui
Une belle découverte que ce Dany Laferrière.

J'ai noté deux citations:

Voilà une autre chose que je déteste: l'authenticité. Le vrai restaurant. Les vraies gens. Les vraies choses. La vraie vie. Rien de plus faux. La vie est un concept d'ailleurs.

Je savais que la littérature comptait pour du beurre dans le nouvel ordre mondial. Il n'y a que les dictateurs du Tiers-Monde qui prennent les écrivains au sérieux en les faisant régulièrement emprisonner, ou fusiller même
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Message par Tristram le Sam 3 Fév - 18:21

Oui, je n'ai pas encore trouvé Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.
Par contre, j'apprécie les deux extraits que tu cites !

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Message par Quasimodo le Mer 9 Jan - 16:11

Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer

lieu - Dany Laferrière Mythol11

Déjà, drôle de titre, de quoi s'agit-il ? On constate très vite, non sans mélancolie, qu'il ne s'agit pas d'un guide. Le narrateur, on s'en aperçoit, écrit (selon toute probabilité) le roman que nous sommes en train de lire :
C'est l'histoire de deux jeunes Noirs qui passent un été chaud à draguer les filles et à se plaindre. L'un est amoureux de jazz et l'autre de littérature. L'un dort à longueur de journée ou écoute du jazz en récitant le Coran, l'autre écrit un roman sur ce qu'ils vivent ensemble.
(et j'ajoute : c'est à Montréal).

Ce résumé est l'œuvre d'une présentatrice de Radio-Canada, qui accueille le narrateur pour un entretien autour de son premier roman, succès critique et de librairie. Ce n'est qu'un rêve imbibé, le roman est toujours sur le métier, mais le résumé est tout à fait valable.

Le titre n'est pas tout à fait mensonger : les scènes de sexe y sont (assez) nombreuses, et aussi crues que ce titre le laissait présager. Mais dans celles-ci, pas la moindre vulgarité, ce qui m'aurait agacé comme m'ont prodigieusement agacé les scènes de sexe d'Un tout petit monde de David Lodge. Sans doute l'humour du narrateur désamorce-t-il toute gêne, un humour qui feint de regarder droit devant soi, qui n'a pas vocation à mettre le narrataire dans sa poche ni à établir la moindre connivence, dans la manière de Ferdinand Bardamu (mais la comparaison s'arrête là bien sûr !)

L'un des sujets principaux du livre est celui du rapport entre les blancs et les noirs, souvent traité sur un mode délirant ou quasi-burlesque (pour mieux faire tomber les clichés je suppose ?); et d'ailleurs toutes les femmes avec qui le narrateur fait l'amour sont des blanches, ce qui n'est pas indifférent pour les théories qu'il énonce.
(Et non, je ne dis pas "Nègre" comme le narrateur : ce faisant ou ce ne faisant pas, j'ai vaguement l'impression d'être infidèle à l'esprit du livre, tant pis pour moi).
C'est ça, le drame, dans les relations sexuelles du Nègre et de la Blanche : tant que la Blanche n'a pas encore fait un acte quelconque jugé dégradant, on ne peut jurer de rien. C'est que dans l'échelle des valeurs occidentales, la Blanche est inférieure au Blanc et supérieure au Nègre. C'est pourquoi elle n'est capable de prendre véritablement son pied qu'avec le Nègre. Ce n'est pas sorcier, avec lui elle peut aller jusqu'au bout. Il n'y a de véritable relation sexuelle qu'inégale. La Blanche doit faire jouir le Blanc, et le Nègre, la Blanche. D'où le mythe du Nègre grand baiseur.

Le trouble vient sans doute de ce que le narrateur n'est pas forcément très fiable, qu'il est volontiers menteur comme il le suggère lui-même :
Elles sont tellement infectées par la propagande judéo-chrétienne que dès qu'elles parlent à un Nègre, elles se mettent à penser en primitives. Pour elles, un Nègre est trop naïf pour mentir. C'est pas leur faute, il y a eu, auparavant, la Bible, Rousseau, le blues, Hollywood, etc.

De sorte que l'on ne sait jamais très bien si on doit le prendre au sérieux où si l'on n'est pas l'objet d'une mystification.

Dans tout cela, le titre, que signifie-t-il, puisque ce n'est pas un guide ? "Faire l'amour" doit-il prendre un sens figuré (pénétration des lettres imprimées dans la rétine du lecteur, pénétration du texte dans son esprit, communion du lecteur et de l'auteur ?) Mais c'est bien oiseux : peut-être, Arturo, as-tu une explication plus convaincante ?

Par ailleurs, le narrateur répond souvent, lorsqu'on lui demande ce qu'il écrit, qu'il s'agit de fantasmes : sans doute est-ce une clé, quoique les fantasmes doivent être (presque) absents du texte qui est supposé raconter un été de sa propre vie. On aboutit à cette indécidabilité : raconte-t-il sa vie comme on le croit, où n'est-ce de la part du narrateur qu'une gigantesque fumisterie d'écrivain, une fiction purement fantasmatique, Bouba (son collocataire) ainsi que tout le reste n'existant que dans son texte ?

Le brouillage narratif intervient sur tous les plans, puisqu'il pourrait tout à fait s'agir des fantasmes (sexuels, ou plus vraisemblablement : d'écriture) de l'auteur lui-même qui se mettrait en scène en train d'écrire et en train de séduire (mais attention, terrain miné, je m'arrête ici).
D'ailleurs nous ne sommes même pas sûrs que le roman que nous lisons soit l'œuvre du narrateur : son livre s'intitule : Paradis du jeune dragueur Nègre (mais rien n'indique qu'il s'agisse du titre définitif, puisqu'il est en cours de rédaction, sous nos propres yeux).

C'est, enfin, un texte riche, d'une langue jouissive (tiens, tiens !), que j'ai savouré par petits morceaux (les chapitres sont très courts, de petites bouchées), dans lequel Laferrière esquisse ce qui semble bien être sa bibliothèque idéale.
Je suis bluffé. Même si c'est un court roman, peut-être pas ce qu'on appelle un chef d'œuvre, c'est l'oeuvre d'un grand auteur.
Quelques citations pour se régaler :

J'entends, distinctement, l'eau couler du lavabo. Eau intime. Corps mouillé. Être là, ainsi, dans cette douce intimité anglo-saxonne. Grande maison de brique rouges couvertes de lierre. Gazon anglais. Calme victorien. Fauteuils profonds. Daguerréotypes anciens. Objets patinés. Piano noir laqué. Gravures d'époque. Portrait de groupe avec cooker. Banquiers (double menton et monocle) jouant au cricket. Portrait de jeunes filles au visage long, fin et maladif. Diplomate en casque colonial en poste à New Delhi. Parfum de Calcutta. Cette maison respire le calme, la tranquillité, l'ordre. L'Ordre de ceux qui ont pillé l'Afrique. L'Angleterre, maîtresse des mers… Tout est, ici, à sa place. Sauf moi. Faut dire que je suis là uniquement pour baiser la fille. Donc je suis, en quelque sorte, à ma place, moi aussi. Je suis ici pour baiser la fille de ces diplomates pleins de morgue qui nous giflaient à coup de stick. Au fond, je n'étais pas là quand ça se passait, mais que voulez-vous, à défaut de nous être bienveillante, l'histoire nous sert d'aphrodisiaque.

Je l'ai achetée chez un brocanteur de la rue Ontario qui vend des machines à écrire avec pedigree. De vieilles machines. Il les vend à de jeunes écrivains car qui d'autre qu'un jeune écrivain serait assez gogo pour croire à un truc si vulgairement commercial. Et qui d'autre aussi se croirait écrivain parce qu'il possède une machine ayant appartenu à Chester Himes, James Baldwin ou Henry Miller ? Alors, lui, il vend des machines selon le style de bouquin que vous voulez écrire.

La toile, c'est "Grand intérieur rouge" (1948). Des couleurs primaires. Fortes, vives, violentes, hurlantes. Tableaux à l'intérieur du grand tableau. Des fleurs partout dans des pots de différentes formes. Sur deux tables. Une chaise sobre. Au mur, un tableau de l'artiste (L'Ananas) séparé par une ligne noire de démarcation. Sous la table, un chat d'indienne poursuivi par un chien. Dessins allusifs, stylisés. Flaques de couleurs vives. Sous les pieds arqués de la table de droite, deux peaux de fauve. C'est une peinture primitive, animale, grégaire, féroce, tripale, tribale, triviale. On y sent un cannibalisme bon enfant voisinant avec ce bonheur immédiat. Direct, là, sous le nez. En même temps, ces couleurs primaires, hurlantes, d'une sexualité violente (malgré le repos du regard), proposent dans cette jungle moderne une nouvelle version de l'amour. Quand je me pose ces questions - Ô combien angoissantes - sur le rôle des couleurs dans la sexualité, je pense à la réponse de Matisse. Elle m'accompagne depuis.


Merci beaucoup à toi, Arturo, pour cette très belle découverte. A ceux qui voudraient le lire, il est difficile de le trouver autrement que dans l'édition "intégrale" dont j'ai mis la couverture au début de ce commentaire. Mais alors, je le recommande sans réserve.


mots-clés : #creationartistique #humour #identite #québec #sexualité


Dernière édition par Quasimodo le Mer 9 Jan - 20:11, édité 1 fois

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Message par bix_229 le Mer 9 Jan - 16:24

Eh bien, le livre t'a inspiré ! lieu - Dany Laferrière 3945176875
Je le lirai.
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Message par Bédoulène le Mer 9 Jan - 16:37

merci Quasimodo, ton commentaire fait que ce livre m'intrigue beaucoup je vais y repenser

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Message par Tristram le Mer 9 Jan - 16:46

Oui, reste à le trouver...

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Message par Arturo le Mer 9 Jan - 17:15

Oui, ce que j'aime dans ce roman, c'est le côté insaisissable et nonchalant du narrateur.

Je n'ai pas de réponses à tes questions sur le titre. Un titre vendeur, en tout cas !
Merci pour ton com étayé, et les extraits! cheers

Il a été publié aussi au Serpent à Plumes :
avec une couverture tout aussi chouette que le titre :

lieu - Dany Laferrière Laferr11


Dernière édition par Bédoulène le Dim 24 Fév - 13:12, édité 2 fois (Raison : réduction image)
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Message par Quasimodo le Mer 9 Jan - 19:27

Oui, les extraits parlent d'eux-mêmes ! J'espère que ça vous plaira, Bix, Bédoulène, Tristram (et les autres, s'il s'en trouve).

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Message par églantine le Mer 9 Jan - 19:57

@Arturo a écrit: Un titre vendeur, en tout cas !


Il a été publié aussi au Serpent à Plumes :
avec une couverture tout aussi chouette que le titre :
lieu - Dany Laferrière Laferr12
Titre vendeur ou repoussoir ( c'est le cas pour moi , je viens de prendre conscience que c'est probablement la raison ,maintenant qu'on en parle ,pour laquelle je n'ai jamais eu envie de le lire : je crois que je n'aime pas être appâtée par des titres trop racoleurs .)
Quant à la couverture au Serpent à Plumes : je l'ai en horreur !
Mais ...
Le com de Quasimodo , je crois qu'il aurai eu raison de toutes mes aversions .
Il n'est plus impossible que je lise un jour .
Et voilà .
L'effet Chosien ?
Merci .
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Message par Burlybunch le Mer 9 Jan - 20:47

Héhé, vendu chez moi également, je me le note!
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Message par Quasimodo le Mer 9 Jan - 22:09

@églantine a écrit:Il n'est plus impossible que je lise un jour .

@Burlybunch a écrit:Héhé, vendu chez moi également, je me le note!

cheers

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Message par Hanta le Dim 24 Fév - 11:20

Ce que j'avais écrit sur l'ancien forum

Comment faire l'amour à un nègre sans se fatiguer.

lieu - Dany Laferrière Laferr10

Ennuyant, inutilement provocateur, et finalement insipide. N'est pas Bukowski qui veut et le style laisse d'ailleurs penser à une volonté d'imiter la façon d'écrire du grand Charles mais sans les idées ni la force d'un message.
Ainsi le style est saccadé, familier et haché mais comme les idées ne suivent pas le livre ne possède aucune puissance et ne tombe que dans une vague de clichés dignes des films pornos américains, le désir sexuel en moins. (glauque certes mais à la limite plus affriolant).
Paradoxal d'ailleurs cet étalage de fantasmes exprimés de façon totalement frigide et méprisante.
Les personnages sont caricaturaux et s'il semble qu'il y'ait la volonté de dénoncer le racisme, cela tombe à plat car lm'on se dit que la bêtise peut aussi et surtout naître dans la dénonciation de la bêtise elle-même.
Vraiment désolé pour ceux qui ont aimé cet ouvrage mais décidément il y a certains livres qui ne peuvent être aussi ambitieux dans l'intention sans un minimum de subtilité.
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Message par Bédoulène le Dim 24 Fév - 13:10

donc voici la preuve que les membres savent donner un avis négatif sur leur lecture ! Very Happy

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Message par kashmir le Dim 14 Avr - 13:45

L'énigme du retour :

lieu - Dany Laferrière D_lafe10


La nouvelle coupe la nuit en deux. L'appel téléphonique fatal que tout homme d'âge mûr reçoit un jour. Mon père vient de mourir. D. L.

A la suite de cette annonce tragique, le narrateur décide de retourner dans son pays natal. Il en avait été exilé, comme son père des années avant lui, par le dictateur du moment. Et le voilà qui revient sur les traces de son passé, de ses origines, accompagné d'un neveu qui porte le même nom que lui. Un périple doux et grave, rêveur et plein de charme, qui lui fera voir la misère, la faim, la violence, mais aussi les artistes, les jeunes filles, l'espoir, peut-être. Le grand roman du retour d'exil.
Quatrième de couverture.

Première incursion dans l'oeuvre de Dany Laferrière et honnêtement, je ne sais trop que penser.

Le style utilisé pour le récit est original et m'a séduite, mais il ne me reste, la dernière page tournée, que des images générées par le récit, pas réellement un souvenir global.
Si ce n'est les références à Aimé Césaire.
Alors je me demande si je ne suis pas passée à coté.

C'est plus une atmosphère que l'on pénètre plutôt qu'un récit structuré et c'est en cela que le livre pose question.

Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, voilà !

Mots-clés : #exil #lieu
kashmir
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Message par Tristram le Dim 28 Avr - 1:40

Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer

lieu - Dany Laferrière Laferr11

« C’est simple, c’est un type, un Nègre, qui vit avec un copain qui passe son temps couché sur un Divan à ne rien faire sinon à méditer, à lire le Coran, à écouter du jazz et à baiser quand ça vient. »
Voici le résumé du roman par l’auteur ; il faut juste ajouter que le type, qui est le narrateur, rêve de femmes blanches et d’écriture.
Il y a un petit côté Bukowski et Henry Miller (qu’il nomme d’ailleurs plusieurs fois) dans cette rengaine du futur écrivain avec sa machine à écrire d’occasion dans sa petite piaule crasseuse (ici dans la banlieue montréalaise) ‒ sans compter Hemingway, qui se situe en bonne place dans les références littéraires !
« Faut lire Hemingway debout, Bashô en marchant, Proust dans un bain, Cervantes à l’hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot-dogs, frites et coke… Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche. »

« Je lis : Hemingway, Miller, Cendrars, Bukowsky, Freud, Proust, Cervantes, Borges, Cortazar, Dos Passos, Mishima, Apollinaire, Ducharme, Cohen, Villon, Lévy Beaulieu, Fennario, Himes, Baldwin, Wright, Pavese, Aquin, Quevedo, Ousmane, J.-S. Alexis, Roumain, G. Roy, De Quincey, Marquez, Jong, Alejo Carpentier, Atwood, Asturias, Amado, Fuentes, Kerouac, Corso, Handke, Limonov, Yourcenar. »
Humour potache (avec une dimension sarcastique, et provoquante), mais pour être facétieuse la pose est un peu facile. On a quand même l’impression que Laferrière profite d’une position lui permettant d’exprimer non seulement du politiquement incorrect, mais un bel éventail de poncifs, de phantasmes et d’opinions sexistes et racistes, sans qu’on puisse toujours y voir une caricature.
« DES BLANCHES COLONISÉES. Les prêtresses du Temple de la Race. Des droguées de Nègre. »
Ce premier livre (paru en 1985, date d’édition qui n’est pas anodine) racoleur (comme son titre) reprend comme une recette gagnante les susnommés Miller et Bukowski dans une mouture bohème-branchouille et frère ceci-cela. Contre-culture baba cool et/ou Hemingway à Paris.
Ça parle principalement de sexe, avec les « Miz » (miss successives), et c’est vrai que les scènes de baise respirent le vécu. Aussi ode à la paresse, au mysticisme oriental mal assimilé, c’est surtout le cri de l’envie, de la convoitise, sans même le cosmétique d’une revendication politique :
« Qu’est-ce que j’ai contre les riches ? Eh bien, je crève de jalousie, je meurs d’envie. Je veux être riche et célèbre. »
Apparemment, ça vient quand même après Carole Laure :
« Carole Laure dans mon lit. Carole Laure en train de me préparer un bon repas nègre (riz et poulet épicé). Carole Laure assise à écouter du jazz avec moi dans cette misérable chambre crasseuse. Carole Laure, esclave d’un Nègre. Qui sait ? »
Mais il n’y a pas que ça (quoi que) :
« Bessie Smith (1896-1937), Chattanooga, Tennessee. Pauvre Bessie. I am so downhearted, heartbroken, too. Me voici mollement couché au fond d’un fleuve (Mississippi Floods), doucement ballotté par les chants de cueillette du coton. Le Mississippi a inventé le blues. Chaque note contient une goutte d’eau. Et une goutte du sang de Bessie. "When it rained five days and the sky turned dark at night… It thundered and it lightened and the winds began to blow…"
Pauvre Bessie. Pauvre Mississippi. Pauvre fille d’eau. Pauvre Bessie au cœur lynché. Corps noirs ruisselants de sueurs, courbés devant la grâce floconneuse du coton. Corps noirs luisants de sensualité et ballottés par le cruel vent du Sud profond. Deux cents ans de désirs entassés, encaissés, empilés et descendant les flots du Mississippi dans la cale des riverboats. Désirs noirs obsédés par le corps blanc pubère. Désirs tenus en laisse comme un chien enragé. Désirs crépitants. Désirs de la Blanche.
‒ Qu’est-ce qui t’arrive, Vieux ?
‒ Quoi ?
‒ T’as peur ?
‒ Peur de quoi ?
‒ T’as peur de la maudite page blanche ?
‒ C’est ça.
‒ Tors-la, Vieux, prends-la, fais-la gémir, humanise cette saloperie de page blanche. »
« ‒ Tu viens d’où ? me demande brutalement la fille qui accompagne Miz Littérature.
À chaque fois qu’on me demande ce genre de question, comme ça, sans prévenir, sans qu’il ait été question, auparavant, du National Geographic, je sens monter en moi un irrésistible désir de meurtre. »
(« demander une question", c’était bien sûr avant l'Académie française, quand l’auteur était sous influence linguistique anglaise…)


Mots-clés : #ecriture #humour #racisme

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