Theodor Mikhaïlovitch Rechetnikov

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Theodor Mikhaïlovitch Rechetnikov

Message par Bédoulène le Sam 3 Déc - 16:54


Theodor Mikhaïlovitch Rechetnikov
(1841-1871)



On sait peu de choses du Sibérien Fédor (ou Theodor) Mikhaïlovitch Rechetnikov (1841-1871). Emporté par la tuberculose, le jeune homme ne laisse en effet dans son sillage que l’embryon d’une oeuvre prometteuse.

Orphelin précoce élevé par son oncle, modeste employé des postes, il fut d’abord scribe au tribunal avant de devenir fonctionnaire au ministère des Finances. Très jeune, il entra en contact avec les cercles littéraires de Saint-Pétersbourg et c’est d’ailleurs pour poursuivre une carrière dans les lettres qu’il décida de quitter la vie active. Son premier roman, Ceux de Podlipnaïa, fut publié en 1864 dans le journal Le Contemporain dirigé par le célèbre intellectuel libéral Nekrassov. Ce texte sans concessions frappa les lecteurs de l’époque, notamment par son évocation vériste des misérables conditions d’existence des paysans sibériens. Rechetnikov, dans la foulée du succès remporté par son premier opus, allait s’attacher à d’autres coups de sondes dans les classes laborieuses du peuple mais ses oeuvres ultérieures, dédiées principalement aux mineurs, ne furent que partiellement publiées. Où vit-on mieux ? (1868) et Notre propre pain (1870) consacrèrent véritablement la réputation de Rechetnikov en tant que romancier du témoignage social et que précurseur de l’essai ethnographique. Malgré sa renommée croissante, Rechetnikov souffrit d’une profonde détresse morale.

Éprouvant des difficultés à concilier sa vie de famille et l’exercice de son art, rongé par la dépression, il sombra dans l’alcoolisme puis contracta le mal auquel il allait succomber. Il est enterré à Saint-Pétersbourg.
source : l'arbre vengeur

Ouvrages traduits en français :

Ceux de Podlipnaïa






"Ceux de Podlipnaïa"

Des paysans de Podlipnaïa hameau de la Sibérie vivent dans la misère la plus profonde, physiquement et moralement. Ils vivent dans de véritables "taudis", dans le froid, la saleté, la maladie, sans espoir. Leur vie est "vide", sans intérêt.

« Jamais les Podlipovtsiens ne sont gais ou joyeux : en été même, pendant la belle saison, ils gardent l’expression triste des gens qui souffrent ; leur humeur est pénible et maladive. Les enfants eux-mêmes ne ressemblent pas aux autres enfants : ils courent, tombent, pleurnichent sans jamais chanter ou rire, ils s’ébattent pour ainsi dire à contre-cœur. Les vaches, les chevaux ont l’air de squelettes et se promènent d’un air morne. Le seul bruit qui fasse vibrer l’air, c’est l’aboiement d’un chien, échappé par miracle à la marmite, et que conserve sans doute un paysan désireux de se faire un bonnet de sa peau. »

Après qu'ils furent baptisés et malgré qu'ils conservèrent leurs "croyances animistes" ils furent sous la botte du Pope et de l'administration (prélèvement pour l'armée).

« S’ils l’avaient osé, les habitants du hameau auraient bien tenté de garder leur liberté, et chassé fonctionnaires et pope, mais le stanovoÏ les avait si bien caressés de son fouet, qu’ils ne regimbaient pas.»

Puis un jour plus cruel, Pila, le "sage" du hameau décide de partir, la famille et Syssoïko, l' ami partent donc. Leur ignorance s' illustre tout particulièrement quand ils atteignent une ville. Ils doivent mendier, mais mendier ou voler, si nécessaire.  Ils se retrouvent en prison.

« Grâce à leur séjour en prison, Pila et Syssoïko en apprirent plus que de toute leur vie ; ils n’ignoraient plus que Podlipnaïa n’était qu’un trou et qu’il y avait des villes qui valaient cent fois mieux, que ces villes étaient  habitées par des gens riches qui faisaient tout ce qu’ils voulaient, non par la force, mais à cause de leur argent. »

Incités par quelques habitants de leur région Pila et Syssoïko s'engagent comme "bourlaki" le dur métier de haleur sur les rivières  Tchoussovaïa, puis la Koma. Métier qui représente à leurs yeux la prospérité. Mais il est écrit que pour eux la misère, la cruauté de la vie est une peau dont ils ne se sépareront que dans la mort.

Mais l'espoir fait jour pour les enfants de Pila pour lesquels l'ignorance, l'obscurantisme cèdent au savoir.

Un court livre, une écriture sobre mais efficace. L'auteur connait cette misère et ce livre qui n'épargne rien des insuffisances de ces hommes et femmes, paysans, bourlaki, est malgré tout une reconnaissance à ceux qui leur vie durant sont dans la souffrance, dans la misère.


extraits :

« Ca vous regarde-t-il ? J’ai tué huit ours fit Pila d’un ton glorieux. Et toi, qu’as-tu fait ?
-J’ai mis bas un homme.
- Viens un peu ici, chien, tu verras de quel bois je me chauffe !
Et Pila saisit le premier pot qui lui tomba sous la main : il le fit tournoyer autour de sa tête, prêt à le lancer, mais on le poussa et un liquide puant et infect se répandit sur sa souquenille.
Les détenus éclatèrent de rire, Syssoïko aussi. »


"Ils ne se rendent pas compte de leur position et restent incapables de déclarer s’ils sont heureux ou misérables. Ils n’ont du reste pas le temps d’analyser leurs sentiments, ne doivent-ils pas équarrir, fendre et tailler les poutres ? Le travail manuel ne dispose guère à des réflexions dont, au reste, ils sont parfaitement incapables… Ils n’ont que des sensations matérielles : la force, la fatigue, le plaisir du sommeil ; quant aux autres, il ne faut pas en parler. »

« L’administration de la fabrique, en bas comme en haut, n’avait guère de ménagements pour les bourlaki qu’on lésait de toute manière, aussi nombre d’entre-eux souffraient-ils de la faim. Les directeurs y trouvaient sans doute leur intérêt. Aussi ne s’inquiétaient-ils guère de ce que les bourlaki pouvaient bien penser. N’ était-ce pas leur gent taillable et corvéable à merci ?
Que le paysans russe se taise ou jure, il n’ira jamais se plaindre : à qui se plaindrait-il du reste et qui entendrait sa prière ? »


« -Syssoïouchko ! vit encore un peu pour nous faire plaisir ! lui disent les bourlaki avec compassion.
Le pilote ne put les décider à se remettre au câble qu’on venait de réparer. Non !  Nous ne bougerons pas de place ! dirent les bourlaki, sans quoi nous mourrons aussi ! »




"message rapatrié"


mots-clés : #social

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