Marcel Schwob

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Marcel Schwob

Message par bix_229 le Jeu 5 Jan - 18:35

Marcel Schwob (1867-1905)


Marcel Schwob, né à Chaville (Hauts-de-Seine) le 23 août 1867 et mort à Paris le 26 février 1905, est un écrivain français — conteur, poète, traducteur, érudit — proche des symbolistes.

Marcel Schwob naît dans une famille de lettrés ; son père était un ami de Théodore de Banville et de Théophile Gautier tandis que sa mère appartenait à une famille d'intellectuels juifs originaires d'Alsace.
Au moment de la naissance de Marcel, la famille Schwob revient d'Égypte où George était chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères. Au début de la IIIe République, son père dirige Le Républicain d'Indre-et-Loire. En 1876, il prend à Nantes la direction du quotidien républicain Le Phare de la Loire.

Marcel Schwob obtient plusieurs prix d'excellence durant sa scolarité (version grecque, composition française et anglaise). En 1881, il est envoyé à Paris afin de poursuivre ses études au lycée Louis-le-Grand, où il se liera d'amitié avec Léon Daudet et Paul Claudel. Il développe un don pour les langues et devient rapidement polyglotte. Il découvre Robert Louis Stevenson, qui sera un de ses modèles.

Il échoue au concours d'entrée de l'École normale supérieure, mais est reçu premier à la licence ès lettres en 1888. Il échoue de nouveau à l'agrégation en 1889. Il choisit alors une carrière d'homme de lettres et de journaliste, collaborant au Phare de la Loire, à l’Événement, à l’Écho de Paris. Il dirige le supplément littéraire de ce journal, où il introduit Alfred Jarry en 1894 (Ubu roi, en 1896, lui est dédicacé). Il fréquente Paul Valéry, André Gide, Jules Renard et Colette mais aussi Oscar Wilde.

Il se passionne également pour la linguistique et notamment l'argot, pour le langage des coquillards utilisé par Villon dans ses ballades en jargon : contrairement à l'opinion répandue à l'époque (et qui avait été celle qu'avait développée Victor Hugo dans les Misérables), Schwob considère que l'argot n'est pas une langue qui se crée spontanément, mais qu'il est en réalité un langage artificiel et codé.

Il commence à publier des séries de contes, à la limite du poème en prose, où il crée des procédés littéraires qui seront repris par d'autres ultérieurement. Ainsi Le Livre de Monelle, en 1894, annonce Les Nourritures terrestres d'André Gide (Marcel Schwob lui en voudra pour cela) ; La Croisade des enfants, l'année suivante, annonce William Faulkner dans As I Lay Dying ; Borges aussi lui avouera une grande dette. Plusieurs de ses recueils sont rapidement traduits en anglais, comme Mimes et La Croisade des enfants.

En 1900, il épouse l'actrice Marguerite Moreno, l'amie de Colette. Leur franche camaraderie était un mélange d'humour et de rosserie. La correspondance des deux amants, puis époux, témoigne d'une véritable passion.

La santé de Marcel Schwob est des plus mauvaises. Il termine sa vie en reclus, laissant une œuvre inachevée.
Il meurt d'une grippe le 26 février 1905, à l'âge de trente-sept ans.

Bibliographie :

Étude sur l’argot français (1889)
Cœur double (1891)7
Le Roi au masque d’or (1892)8
Mimes (1893)
Le Livre de Monelle (1894)9
Annabella et Giovanni (1895)
La Croisade des enfants (1896)10
Spicilège (1896)11
Vies imaginaires (1896)12
La Légende de Serlon de Wilton (1899)
La Lampe de Psyché (1903)
Mœurs des diurnales (sous le pseudonyme de Loyson-Bridet) (1903)
Le Parnasse satyrique du XVe siècle (1905)
Il Libro della mia Memoria (inachevé, 1905)

Publications posthumes
François Villon (1912)
Chroniques (1981)
Vie de Morphiel (1985)
Correspondance inédite (1985)
Correspondance Schwob-Stevenson (1992)
Dialogues d'Utopie (2001)
Vers Samoa (2002)
Maua (2009)
Jane Shore (2015), en collaboration avec Eugène Morand

Traductions
William Shakespeare, La Tragique histoire d'Hamlet, traduit de l'anglais par Marcel Schwob et Eugène Morand [1900]
Wilhelm Richter, Les Jeux des Grecs et des Romains (1891)
Daniel Defoe, Heurs et Malheurs de la fameuse Moll Flanders (1895)15
Francis Marion Crawford, Francesca da Rimini (pièce de 1902)
Thomas de Quincey, Les Derniers jours d'Emmanuel Kant, 1986.

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Re: Marcel Schwob

Message par bix_229 le Jeu 5 Jan - 18:42

Ceux qui connaissent Marcel Schwob auraient du mal à comprendre que cet auteur hors norme ne figure pas ici. Et les autres le découvriront avec plaisir.

Cet auteur est l'une des plus étonnantes figures de l'époque, la fin du XIXe siècle. Sa vie fut  marquée par la vie militaire et sa dureté. Par le suicide d' un ami aussi. La mort de "sa chère petite Vise"  aussi, qui lui fera écrire Le Livre de Monelle.

L'écriture fut la grande aventure de sa vie. Avec comme écrivains phares Villon et Stevenson. Sans oublier Shakesaspeare, Baudelaire, De Quincey, Shoppenhauer et quelques autres.

Dans ses Vie imaginaires, on trouvera Empedocle,  dieu supposé, Erostrate, incendiaire, Lucrèce, poète, Petrone romancier, Paolo Uccello, peintre, Katherine la dentellière, fille amoureuse, Poacahontas, princesse, William Phips, chercheur de trésor, Le Capitaine Kyd, pirate, MM. Burke et Hare, assassins...

Son style est inimitable : à la fois précieux, recherché, mais souple, harmonieux, inspiré.
L'érudition formidable qu'il avait se déploya au service d'une imagination fantastique, liée à l'enfance.
La maladie, -la tuberculose- le tua en 1904, à 35 ans. Même en ses derniers jours, rongé de fièvre et de douleurs, il écrivit jusqu' au bout.

McOrlan, Colette, Léautaud, Claudel, Francis Jammes, Gourmont, Toulet lui rendirent hommage.
Et si l'oubli le frappa, il fut réédité dans les années 80 dans la collection 10/18.


Article paru dans le N° 042
   Janvier-Février 2003
   par Benoît Broyart
   *
Figure du symbolisme, cet esthète érudit était un conteur formidable et original, attiré par le bizarre et le merveilleux. Ses chef-d'oeuvres enfin réunis, modèles de la forme courte.
   Marcel Schwob (1867-1905) fut un esprit cultivé et curieux, un homme inscrit dans son temps, inclassable, pris entre deux siècles, avec cette sensibilité propre à son époque qui allie subtilité et goût pour le fantastique, délicatesse et attirance pour la bizarrerie. Auteur, journaliste, préfacier de Stevenson et de Rachilde, traducteur de Shakespeare et de Defoe, Schwob fut un acteur majeur de la vie littéraire de l'entre-deux siècles. Ami de Claudel et de Léon Daudet, il fréquenta Renard, Gide ou Wilde. Cet homme de grande culture, fasciné par l'oeuvre de François Villon, est mort à 37 ans, des suites d'une longue et terrible maladie, calmée à la morphine. Difficile de considérer que ce grand blessé aura trouvé le temps de polir autant de textes. Le volume ici publié en contient en effet plus de 150.
   L'ouvrage rassemble l'essentiel de l'oeuvre. Sylvain Goudemare, auteur d'une biographie remarquée Marcel Schwob ou les Vies imaginaires (Le Cherche Midi, 2000) en a établi l'édition. Les textes sont livrés dans leur ordre de parution et le volume comprend deux sections. La première, consacrée aux oeuvres de fiction, contient Coeur double, Le Roi au masque d'or, Mimes, Le Livre de Monelle, La Croisade des enfants, Vies imaginaires, L'Étoile de bois et les contes parus dans l'Écho de Paris. La seconde regroupe les études et essais : Spicilège et Variations sur l'argot principalement. À cela s'ajoutent des introductions éclairantes et quelques notes.
   Ce qui frappe, c'est la diversité des tons et des formes courtes employés par l'écrivain pour contenter son appétit de narration. En effet, si l'on considère Coeur double par exemple, premier recueil publié, on reste admiratif devant un tel talent de caméléon. Marcel Schwob est-il grave ou léger? L'écrivain est-il un fabuliste ou un affabulateur? À l'instar de Borges, on ne sait jamais si l'écrivain fait preuve d'une érudition étonnante ou s'il bluffe son lecteur, l'emportant dans une sphère ou l'histoire rejoint le désir d'histoires, où tout est mêlé, brisé, recyclé.
   Schwob expérimente, multiplie les voix, s'attachant à créer aussi des formes inédites. Mimes est à ce titre un recueil captivant. L'écrivain, avec une modernité qui conserve tout son sens aujourd'hui, donne la parole à une succession de personnages qui monologuent. Le texte court rejoint ici le poème en prose, tant la langue est à la fois dépouillée et sophistiquée : "Cette lampe à mèche neuve brûle de l'huile fine et claire en face de l'étoile du soir. Le seuil est jonché par les roses que les enfants n'ont pas emportées. Les danseuses balancent les dernières torches qui étendent vers l'ombre leurs doigts de feu."
   Le Livre de Monelle, composé avant et après la disparition brutale de la maîtresse de Schwob, porte en filigrane le deuil de l'écrivain. La figure mythique de Monelle y donne un sens à la création qu'on pourrait facilement appliquer à toute l'oeuvre de Schwob : "Et pour imaginer un nouvel art, il faut briser l'art ancien. Et ainsi l'art nouveau semble une sorte d'iconoclastie./ Car toute construction est faite de débris, et rien n'est nouveau en ce monde que les formes./ Mais il faut détruire les formes."
   Disposer de l'essentiel de l'oeuvre de Schwob en un volume permet de prendre le pouls d'un écrivain de toutes les narrations. C'est pourquoi on se dit que forcément, il parlera à tout le monde, que chacun pourra y trouver son compte. Malheureusement, c'est pour les mêmes raisons que l'écrivain continuera sans doute d'habiter la marge, parce qu'il se révèle insaisissable, d'une certaine façon. Impossible de trouver un tiroir où ranger un esprit si ouvert. L'oeuvre est fantastique, historique, philosophique, humoristique même : "Je fus d'autant plus étonné de lui trouver une tête de mort que je l'avais positivement reconnu à sa façon de cligner de l'oeil gauche." (Coeur double).
   Sa force réside incontestablement dans une incroyable capacité à être tout cela à la fois, ou plutôt, dans cette capacité à être tout cela successivement, avec un goût prononcé pour les changements de climats."
"Le Matricule des anges"

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