Antonio Muñoz Molina

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Antonio Muñoz Molina

Message par topocl le Sam 7 Jan - 9:57

Antonio Muñoz Molina
Né en 1956





Antonio Muñoz Molina, né le 10 janvier 1956 à Úbeda en Andalousie en Espagne, est un écrivain espagnol, membre depuis 1995 de la Real Academia Española fondée en 1713. Il réside à Madrid et à New York, où il a dirigé l'Institut Cervantes jusqu'en 2006. Il a reçu le prix Prince des Asturies en 2013.

Après des études d'histoire de l'art à l'université de Grenade et de journalisme à l'université de Madrid, Antonio Muñoz Molina travaille comme fonctionnaire à Grenade et écrit des articles dans le quotidien Ideal qui seront réunis et publiés sous le titre El Robinson urbano en 1984.

wikipedia

Œuvres

   1986 : Beatus Ille
   1990 : L'Hiver à Lisbonne (El invierno en Lisboa)
   1991 : Beltenebros
   1994 : Les Mystères de Madrid
   1994 : Le Royaume des voix
   1995 : Le Sceau du secret
   1998 : Pleine Lune (Pleinilunio)
   1999 : Une ardeur guerrière, mémoires militaires
   2000 : Cordoue des Omeyyades
   2000 : Rien d'extraordinaire
   2001 : Carlotta Fainberg
   2003 : Séfarade : Page 1
   2004 : En l'absence de Blanca
   2005 : Fenêtres de Manhattan
   2008 : Le Vent de la lune
   2009 : Dans la grande nuit des Temps (Las noche de los tiempos) : Page 1
   2013 : Tout ce que l'on croyait solide
   2016 : Comme l'ombre qui s'en va : Page 1

màj le 3/11/2017

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par topocl le Sam 7 Jan - 9:59

Dans la grande nuit des temps


De Munoz Molina, j'avais beaucoup aimé Sépharade et Fenêtres de Manhattan : ses phrases à rallonges, son rythme enchanteur, ses descriptions à la fois scrupuleuses et nostalgiques, ses retours en arrière, généraient une ambiance à la fois grouillante et intime, unique.

On retrouve tous ces éléments dans Dans la grande nuit des temps, énorme roman de 750 pages écrites serrées. J'en suis à la page 250, et comme depuis 50 page je me demande en soupirant si je ne vais pas arrêter, je vais en rester là, bien qu'à regret, car certains passages sont fort beaux. Mais ouvrir un livre et ne plus savoir si ce passage a déjà été lu ou  non , cela a un petit côté « écrire pour écrire » qui me lasse et me décourage

Ces 250 pages décrivent Ignazio Abel, qui monte dans un train et fuit l’ Espagne de 1936. Architecte de renom qui a réussi grâce à son opiniâtreté, mais aussi aux relations de la riche famille de sa femme, bientôt quinquagénaire, il avait cru devoir admettre le semi-échec de sa vie sentimentale auprès d'une épouse pour laquelle il n'éprouve plus qu'une tendresse fade et distante, au point d'en avoir oublié ses premiers émois. Il va être sorti de cet engourdissement tranquille par Judith, une jeune Américaine qui lui révèle que ses sens, son affectivité et son intellect méritent mieux. À la page 250 où je m'arrête donc, on en est encore là, aux premiers jours de cette nouvelle liaison, avec un sacré parfum de déjà avoir lu cette histoire mille et mille fois.

On aurait pu croire que le style si particulier de Munoz Molina aurait sauvé l'histoire, mais on se trouve finalement dans la même apathie sans affecte que le héros, dans la même lassitude découragée, pas vraiment offensée, mais totalement démotivée. L'idée annoncée par le 4e de couverture que « l'intime rencontre l'Histoire » était aussi une piste tentante, mais pour le moment, « l’Histoire » se limite à cette date de 1936, et une idée très vague de persécution puis de fuite d'Ignazio.

Munoz Molina serait-il meilleur dans des essais  descriptifs brefs que dans un roman-fleuve ambitieux ? Sans doute n’aimé-je pas  assez le style pour m'attacher à ce récit d'une minutie qui rejoint pour moi l'indigeste : aussi je ne voudrais décourager personne tant j'ai l'impression que pour certains tout au contraire le style de Molina pourrait être un cocon moelleux ou se lover, se complaire et ressentir d'étranges émotions envoûtantes.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #exil #famille #guerredespagne

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par topocl le Dim 8 Jan - 21:48

Comme l'ombre qui s'en va


Munoz Molina s'est immergé pendant des mois dans la biographie de James Earl Ray, l'assassin de Martin Luther King. A sa façon qu' il a d'écrire: au point de rêver qu'il est cet homme, de ne penser qu'à ça, de ne vivre que pour ça, voyager pour cela. Il en ressort un livre-promenade , plein de charme, de digressions, de surplace, de déambulations urbaines et intérieures.

On découvre une   biographie atypique de cet anti-héros,  décrit dans de perpétuels allers et retours temporels, avec une  accumulation de détails et  précisions "sans intérêt", minute après minute, qui finissent par dresser un portrait assez exhaustif de l'homme dans son intimité, portrait dont il faut accepter qu'il se refuse à répondre aux "pourquoi" au profit des "comment".

Ce portrait s’interpénètre avec tout un pan autobiographique, centré sur Lisbonne, ville que l'auteur et son personnage ont en commun. Lisbonne, James Earl Ray y a passé trois semaine à se cacher, alors que plus de trois mille agents du FBI avaient perdu sa piste, à harceler les ambassades dans l'espoir d' émigrer dans une ex-colonie portugaise, à traîner les rues, les bars, les bordels, à  lire compulsivement les journaux,  saoul et solitaire dans sa chambre d'hôtel. Le jeune Munoz Molina,  la parcoure en tous sens pendant 3 jours pour écrire son 2e roman, fuyant son ordinaire sans horizon, glanant les lieux, les situations, les personnages, les impulsions au fil des  places, venelles bars, peep show… construisant ainsi dans l'exaltation les bases du roman qui a fait de lui un écrivain. Il y est aussi retourné, plus tard, pour, au contraire,  ancrer son dernier roman dans le réel et écrire cette sublime déclaration d'amour à la vile qui a accueilli ses flâneries.

Mais c'est aussi le livre d'un écrivain mûr qui se retourne sur  la création littéraire. L'écriture d'un roman est "le métier le plus austère et le moins coûteux du monde : il suffit d'avoir un papier et un crayon." ironise-t-il. Le livre s'enrichit de la vie et la vie s'enrichit de la fiction. Munoz Molina se montre écrivain à l’œuvre, alternativement compulsif, besogneux ou jouissif ,  créateur  
généreux de cette étonnante biographie à deux têtes et un lieu.


mots-clés : #biographie #creationartistique

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Ouliposuccion le Sam 21 Jan - 16:59

Dans la grande nuit des temps



À la fin de 1936, Ignacio Abel, architecte espagnol de renom, progressiste et républicain, monte l’escalier de la gare de Pennsylvanie, à New York, après un périple mouvementé depuis Madrid où la guerre civile a éclaté. Hanté par les récriminations de sa femme, Adela, et taraudé par le sort incertain de ses deux jeunes enfants, Miguel et Lita, il cherche Judith Biely, sa maîtresse américaine. L’auteur le regarde prendre le train qui doit le conduire dans une petite ville au bord de l’Hudson, Reinheberg, et reconstruit au cours d’un époustouflant va-et-vient dans le temps la vie d’Ignacio Abel, fils de maçon, devenu architecte à force de sacrifices, marié à une fille de la bourgeoisie madrilène rétrograde et catholique, déchiré par sa passion amoureuse et par la violence des événements politiques. Au long de ces mille pages d'amour et de guerre, les personnages de fiction mêlent leur vie à celle des hommes politiques et des écrivains de l'époque.


Dès le commencement l’atmosphère de ce livre est comme suspendue, aérienne, Antonio Munoz Molina a opté pour les détails en masse, la répétition des situations afin que ce huit-clos  de pensée intègre notre esprit  faisant d’Abel  un être sans la moindre parcelle d’ombre. L’Histoire se tisse lentement, très lentement  rapportant les faits d’une guerre civile mêlée à une fuite, aux mouvements d’une rencontre amoureuse  qui dès les prémices  nous parait déjà contrariée à l’instar d’une époque.
Pour autant, ce choix narratif m’a paru justifié, mieux, il s’apprivoise. Rien n’est survolé , chaque phrase , chaque situation , chaque raisonnement  nous mène en 1936 , en plein cœur de l’Espagne meurtrie et investi notre esprit tel le mitraillage d’un avion de chasse .Chaque minute est un recueillement  dans lequel le silence berce les mots , nous pousse vers une  progression , page après page , la flamme commence à poindre au milieu des tensions embrasées tout comme l’étincelle d’une passion prend vie sous nos yeux sans la moindre pensée de consumation .
L’auteur pointe du doigt entre autres le fascisme  d’un mouvement politique existant en 1936 ,  mais Munoz Molina y allie la chaîne d’une dictature  toute autre , la passion , qu’elle soit amoureuse ou idéologique , menant à la destruction d’autrui , à cette autorité mensongère qui en efface jusqu’à la moindre parcelle de  discernement , recouvrant l’honnêteté  d’un voile de lâcheté , le déni , le mensonge. Ne reste que la jouissance d’une propre politique personnelle, considérant tout ce qui en est extérieur, famille y compris comme "mineur".
La grande phrase du fascisme "« Tout par l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État ! » pourrait être  " tout pour ma passion, rien en dehors de ma passion, rien contre ma passion !"
La déchéance, la destruction, voilà ce que Munoz Molina aborde, et ce par tous les fronts et avec un talent qui n’est plus à prouver.
Des faits politiques , une tension  , une guerre ,une fuite, quitter un pays, le nôtre avec les remords de ne pas se battre pour lui, la nostalgie  de ce qu’il était, d’une famille, des lieux, un amour .Des pensées altérées  par l’horreur , des odeurs nauséabondes, des cadavres, des visages et le tout retranscrit  au travers des lignes admirables et d’une justesse remarquable  de   Munoz Molina.  
Un très grand livre.


Dernière édition par Ouliposuccion le Sam 21 Jan - 18:39, édité 1 fois
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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Bédoulène le Sam 21 Jan - 18:15

j'ai l'impression que vos avis Topocl et Oulipo sont en désaccord, il faudra donc un autre avis !

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par topocl le Dim 22 Jan - 9:09

En désaccord si on regarde la subjectivité oui, c'est à dire j'ai aimé/ pas aimé. Mais
@topocl a écrit: Sans doute n’aimé-je pas  assez le style pour m'attacher à ce récit d'une minutie qui rejoint pour moi l'indigeste : aussi je ne voudrais décourager personne tant j'ai l'impression que pour certains tout au contraire le style de Molina pourrait être un cocon moelleux ou se lover, se complaire et ressentir d'étranges émotions envoûtantes.
objectivement je lui reconnaissais des qualités.
Munoz Molina est un auteur que j'aime beaucoup globalement, même si cette oeuvre était trop ardue pour moi.

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Ouliposuccion le Dim 22 Jan - 9:35

Oui , c'est plus dans la construction et le tempo que tu n'as pas adhéré , ce que je comprends tout à fait , ça reste comme je le disais , très lent et dans la répétition afin de créer cette atmosphère dans laquelle on se love ou pas.
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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Avadoro le Dim 11 Juin - 22:59



Comme l'ombre qui s'en va

Un roman qui m'a séduit alors que j'étais resté perplexe après ma lecture de Dans la grande nuit des temps. Mon attachement pour la ville de Lisbonne a été un point de repère constant, tant Muñoz Molina construit une forme d'évasion autour d'un espace géographique fascinant qui semble effacer les ruptures temporelles.

La brève errance de James Earl Ray, lancinante et désespérée, représente une méditation historique offrant un contrepoint intense au regard de l'écrivain sur ses propres expériences. Les périples s'entremêlent et s'enrichissent à travers un écho poétique.
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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par topocl le Lun 12 Juin - 9:03

@Avadoro a écrit:

Un roman qui m'a séduit alors que j'étais resté perplexe après ma lecture de Dans la grande nuit des temps.

On est bien d'accord, Avadoro.

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Antonio Muñoz Molina

Message par Tristram le Mer 1 Nov - 0:37

Antonio Muñoz Molina Séfarade



Il s’agit en fait d’une sorte de recueil de "nouvelles" avec un fil directeur très homogène : le souvenir d’un passé plus ou moins lourd, vécu dans différents endroits de la planète par des personnages extraordinaires ou non, historiques ou pas, des étrangers, des immigrés, des émigrés, des exilés, des disparus ‒ autant de romans, empreints des dictatures du XXe siècle.

« Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui. »
Antonio Muñoz Molina, « Cerbère », in « Séfarade »

« Comment s’aventurer à la vaine frivolité d’inventer alors qu’il y a tant de vies qui mériteraient d’être racontées, chacune d’elles comme un roman, un réseau de ramifications qui mènent à d’autres romans, à d’autres vies. »
Antonio Muñoz Molina, « Séfarade », in « Séfarade »

Parmi les leitmotive qui se recoupent, les camps de concentration et d’extermination allemands et russes, les Séfarades et autres Juifs, d’Espagne ou d’ailleurs, Milena Jesenska et Franz Kafka (d’un certain point de vue un annonciateur du totalitarisme), les morts vivants dans la rue (drogués et autres égarés) ‒ en quelque sorte l’héritage du siècle ‒, et les obsessions et angoisses de l’auteur et/ ou narrateur (alternance de je/ il qui entrelace le texte, comme aussi des épisodes ou des personnages, tel le cordonnier) : départ/ voyage/ fuite, culpabilité, persécution, amours perdues.

« ...] Franz Kafka a inventé par anticipation le coupable parfait, l’accusé d’Hitler et de Staline, Joseph K., l’homme qui n’est pas condamné parce qu’il a fait quelque chose ou parce que se serait fait remarquer d’une quelconque manière, mais parce qu’il a été désigné comme coupable, qui ne peut pas se défendre parce qu’il ne sait pas ce dont on l’accuse et qui, au moment d’être exécuté, au lieu de se révolter, se soumet avec respect à la volonté des bourreaux, ayant en plus honte de lui-même. »
Antonio Muñoz Molina, « Tu es », in « Séfarade »

Désinformation, "agit-prop" de l’Internationale communiste :
« Willi Münzenberg a inventé l’art politique de flatter les intellectuels établis, la manipulation convenable de leur égolâtrie, de leur peu d’intérêt pour le monde réel. Il parlait d’eux avec un certain mépris et les appelait le "Club des Innocents". Il était à la recherche de gens pondérés, avec des tendances humanistes, une certaine solidité bourgeoise, si possible l’éclat de l’argent et du cosmopolitisme : André Gide, H. G. Welles, Romain Rolland, Hemingway, Albert Einstein. Lénine aurait fusillé sans délai cette espèce d’intellectuels, ou bien il les aurait expédiés dans un sous-sol de la Loubianka ou en Sibérie. Münzenberg a découvert l’immense utilité qu’ils pouvaient avoir pour rendre attrayant un système que lui, dans le fond incorruptible de son intelligence, devait trouver atterrant d’incompétence et de cruauté, même pendant les années où il le considérait comme légitime. »

« Il y a aussi dans cette histoire un traître possible, une ombre à côté de Münzenberg, le subordonné rancunier et docile, cultivé et polyglotte ‒ Münzenberg ne parlait que l’allemand, et avec un fort accent de classe populaire ‒, physiquement son contraire, Otto Katz, appelé aussi André Simon, mince, fuyant, vieil ami de Franz Kafka, organisateur du Congrès des intellectuels antifascistes de Valencia, émissaire de Münzenberg et du Komintern parmi les intellectuels de New York et les acteurs et les scénaristes d’Hollywood, étoiles de la gauche caviar, et du radical chic, toujours espionnant, adulateur assidu d’Hemingway, Dashiell Hammett, Lillian Hellman, staliniens fervents et cyniques. »
Antonio Muñoz Molina, « Münzenberg », in « Séfarade »

Personnellement, j’ai ressenti ces ressassements comme pesants, peut-être entrés en résonnance avec trop de trop récentes lectures apparentées. Idem, le fil Littérature des camps semble déserté (saturation ?)

mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #exil #genocide #regimeautoritaire
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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Marie le Mer 1 Nov - 18:10



Séfarade

traduit de l'espagnol par Philippe Bataillon
Editions du Seuil

Si on me demandait comment "classer" ce livre, je n'aurais aucune réponse, j'ai beaucoup de mal à le résumer, et même à en parler!

Ce n'est pas un roman, mais il contient de la fiction.
Ce ne sont pas des nouvelles, je ne le pense pas, bien qu'il soit constitué de dix-sept chapitres retraçant chacun une histoire différente, mais les personnages de ces histoires peuvent, ou non, se retrouver dans une autre....
Ce n'est pas un récit bien qu'il retrace des destins historiques.

Je dessine encore plus mal que je n'écris, mais là, je prendrais volontiers une feuille blanche.
Au centre, je mettrais un gros point, très noir. Ce point, c'est Joseph K. qui, à aucun moment, n'a été accusé de quoi que ce soit, si ce n'est d'être coupable. Passage du statut d'innocent à celui de coupable, sans bien sûr savoir de quoi on peut bien être coupable.
Relié au point noir Joseph K., je dessinerais un point gris, l'auteur, en lisant ceci :

"Je suis très doué pour éprouver cette espèce d'angoisse, pour manquer le sommeil en m'imaginant que toi et moi sommes dans ce train. Je suis terrifié par les papiers, les passeports et les certificats qu'on peut perdre, les portes que je n'arrive pas à ouvrir, les frontières, l'expression indéchiffrable ou menaçante d'un policier, de quelqu'un qui porte un uniforme et brandit face à moi une quelconque autorité. J'ai peur de la fragilité des choses, de l'ordre et de la tranquillité de notre vie toujours précaire et suspendue à un fil qui peut casser, de la réalité quotidienne si assurée et familière qui peut se briser dans la catastrophe d'un malheur."


Du point gris de l'auteur partiraient des lignes, plus ou moins sécantes, quelquefois parallèles, s'entrelaçant, se croisant , bref une espèce de toile d'araignée, mais toutes ces lignes bien sûr finiraient par rejoindre le point noir central. Ces lignes correspondraient à cette simple phrase : "Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui."

Elles représenteraient soit des destins connus de tous comme ceux de
Primo Levi, Milena Jesenska, Evguénia Guinzgourg, Margarete Buber-Neumann, personnages que l'on retrouve dans la plupart des chapitres, mais aussi les récits d'autres vies, fiction ou non. Le seul point commun chez ces personnages étant bien sûr le fait de se retrouver un jour coupables et de ne pas comprendre pourquoi.

C'est sûr que comme dessin, ce ne serait pas génial, mais il correspond à ma vision de ce livre !
Dans les critiques que j'ai lues à son sujet, on évoque en permanence le thème de l'exil.

Ce thème est certes très présent ; les coupables fuient par tous les moyens possibles (un des plus beaux chapitre est, pour moi, "Dis moi ton nom" qui évoque l'exil de musiciens d'Amérique latine d'abord vers l'Argentine puis vers l'Espagne).
Et le titre du livre "Séfarade" est un hommage rendu à la mémoire des juifs expulsés en 1492.
Mais la douleur de l'exil n'est pas le thème dominant. Le thème dominant est l'éternelle question :pourquoi ai-je été déclaré coupable, pourquoi tout à coup suis-je obligé de perdre mon identité pour adopter celle qu'on m'attribue ?
Dans le chapitre "Tu es" :
"Tu crois savoir qui tu es et en fait tu es soudain transformé en ce que les autres voient en toi, et , peu à peu, tu deviens plus étranger à toi même, et même ton ombre est ton espion qui te suit pas à pas, et de tes yeux tu vois le regard de ceux qui t'accusent, qui changent de trottoir pour ne pas te dire bonjour..."

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Bédoulène le Jeu 2 Nov - 0:05

ce livre m'attends dans la pAL, bientôt donc

merci Tristram et Marie

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Re: Antonio Muñoz Molina

Message par Quasimodo le Jeu 2 Nov - 0:19

Ca donne très envie de le lire Marie (il me parle bien, ton dessin ... Smile )

On m'a offert Beatus ille, et quand bien même on ne l'eût pas fait, il serait toujours dans la liste restreinte de mes lectures incontournables. Pour bientôt ?

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