Franco Vegliani

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Franco Vegliani

Message par Bédoulène le Sam 7 Jan - 10:51

Franco Vegliani
(1915-1982)


Né à Trieste en 1915, Franco Vegliani est mort à Milan en 1982. Sa mère était triestine et son père originaire de Fiume (aujourd’hui Rijeka, en Slovénie). Son nom réel, Sincovich, fut transformé en Vegliani dès le milieu des années trente en hommage à la petite île de Veglia, où il passa une partie de son enfance avant d’entreprendre des études à Fiume et de les achever à l’université de Bologne, où il rencontra Giorgio Bassani. Mais ces études de droit ne l’empêchent nullement de se consacrer à d’intenses lectures : les classiques grecs, Conrad et Italo Svevo. Sa famille reste ancrée à Volosca, sur la côte liburnienne, son père étant magistrat à Abbazia (aujourd’hui Opatija), ville balnéaire de tradition hambourgeoise.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il participe à la campagne d’Afrique, lors de laquelle il est fait prisonnier en Égypte. C’est là, durant l’hiver 1943-1944, dans le camp de prisonniers 306 au bord des Lacs amers, qu’il commença la rédaction de son roman Procès à Volosca (Processo a Volosca), qui devait paraître en 1958 avant d’être réédité en 1989.

En 1937, il écrivit un essai sur Ugo Betti puis, en 1940, le roman Un uomo del tempo (Un homme du temps) qui ne fut publié qu’en 1951 et, en 1957, une monographie de Malaparte (ces textes ne sont plus disponibles depuis de nombreuses années). Journaliste à Milan, il sera envoyé spécial, puis rédacteur, du Tempo, et travaillera pour divers journaux et magazines. Son drame personnel sera de ne pouvoir imposer son œuvre de son vivant, malgré le jugement très positif émis par Claudio Magris sur son roman La frontière (La frontiera), publié une première fois en 1964 et réédité en 1988 : « Franco Vegliani est l’auteur d’un roman riche de mélancolie et de poésie quintessenciée, La Frontière, un des plus beaux livres de la littérature triestine de l’après-guerre, mais il ne fut pas une figure de cette dernière. »

Réservé, à l’écart de tout mouvement littéraire, publié par des maisons souvent confidentielles, Vegliani, à sa mort le 31 juillet 1982, restait totalement à découvrir. L’angoisse, bien triestine, de l’incompréhension, de l’identité accessible seulement à travers la notion de frontière, l’aura tenaillé jusqu’au bout. De fait, ses romans ne seront réédités qu’à la fin des années 80, à Palerme, par les éditions Sellerio. En 1972, il avait fait paraître La carta coperta (Le Papier caché), tandis que demeure inédit son récit historique Catilina et que ses juvéniles Lettere in morte di Cristiano Bess (Lettres pour la mort de Cristiano Bess) ont été publiées par sa veuve de façon posthume dans une édition hors-commerce. Enfin, de brèves Storie di animali (Histoires d’animaux) sont parues, totalement inédites, en 1991.

(editions Verdier)

Traduits en français

La Frontière
Procès à Volosca
biographie : Malaparte

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Re: Franco Vegliani

Message par Bédoulène le Sam 7 Jan - 10:57


La frontière

En repos sur l’ile Dalmate un sous-officier de l’Armée Italienne (en 1941) sympathise avec un vieil homme Simeone qui se trouve être un parent éloigné car la famille de notre sous-officier était native de l’ile et lui-même y a passé ses vacances d’enfance. Cette rencontre et l’histoire d’un autre sous-officier de l’empire Austro-Hongrois, Emidio, que lui confit Simeone intrigue, puis passionne le soldat Italien.

À 20 ans d’intervalle des interrogations, des doutes similaires assaillent les deux sous-officiers engagés dans les deux guerres mondiales dans cette région de Croatie et d’Istrie.
Le destin de la Dalmatie, dont la frontière » mouvante » au gré des possesseurs, des « maîtres » comme les appelle le vieux Simeone , contraint celui des habitants et plus sûrement des soldats engagés dans la guerre. Aussi c’est dans l’âme de ces deux soldats que la frontière est la plus difficile à franchir, de la raison ou du cœur , quel choix engagera leur destin ; quelle sera leur Patrie ?

Un récit maîtrisé qui pose la question du choix qui détermine un destin ; l’auteur ne porte aucun jugement si ce n’est celui auquel se condamne eux-mêmes les personnages. Un sujet intéressant, honnêtement exprimé. Une très bonne lecture.
   
extraits

«En vertu de l'éducation qu'il avait reçu dans sa famille, m'avait expliqué Simeone, Emidio était croyant, sincèrement croyant, mais sans la moindre ferveur. Une foi tranquille, reposante, selon l'expression du vieil homme, capable de procurer une certaine paix de l'esprit, sans imposer de devoirs trop coûteux, ni soulever d'épineux problème. Bref la foi que lui avait inculquée sa mère lorsqu'il était enfant et que, précisément parce que lénifiante, si rassurante et si peu porteuses de grands engagements, il ne s'était jamais soucié de réexaminer.»

«L'orgueil national était précisément la justification dont je ne voulais pas entendre parler. Et je ne voulais pas en entendre parler car c'était la première, la plus facile, la plus naturelle qui me fût venue à l'esprit. Quel autre sentiment, sinon, pouvait bien avoir armé la main de ces hommes, les poussant à tirer et à tuer, sans ordre exprès, d'autres hommes qu'ils n'avaiet jamais vus ?»

«C'était donc bien cela : l'orgueil national mortifié, humilié par notre victoire, par la supériorité de nos armes, qui maintenant relevait la tête et se révoltait ainsi.»

«Cette embuscade ne pouvait que se parer en moi, j'allais dire malgré moi, d'une lumière éclatante, d'une sombre mais indéniable noblesse, d'une aura romantique au charme de laquelle, en dépit de tous mes efforts, je ne parvenais pas à me soustraire.»

«En effet, si, sans le vouloir, en agissant simplement selon sa raison, sa conscience et peut-être aussi, mais de façon plus secrète et moins apparente, son intérêt, le soldat slovène avait révélé à Emidio un aspect insoupçonné et même nié, refoulé de l'idéal patriotique et de la soumission au devoir, combien différent de tout ce qu'on lui avait enseigné, Melania avait fait de même pour ce qui était de l'amour.»

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