Boubou Hama

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Boubou Hama

Message par Armor le Dim 8 Jan - 1:39

Boubou Hama (1906-1982)


Boubou Hama (1906- 29 janvier 1982) est un poète, philosophe, historien, homme de lettres et homme politique nigérien qui fut Président de l'Assemblée nationale du Niger de 1958 à 1974 et joua un rôle majeur dans la vie culturelle de son pays.

Né à Fonéko, petit village songhaï à l’ouest du Niger qu'il évoquera dans ses livres, il est envoyé à l'école élémentaire supérieure de Ouagadougou afin de préparer le concours d'entrée à la célèbre École normale de Dakar à laquelle il est admis en 1926.
En 1929 il devient le premier instituteur nigérien. Il s'intéresse alors aux questions foncières et prend conscience des difficultés des populations paysannes à faire valoir leurs droits face à l'administration coloniale. Son engagement auprès des paysans lui vaut d'être muté à Niamey (1938) avant d''être muté à l'école régionale de Dori (1945) par le gouverneur Toby qui n'approuve pas le contenu des enseignements dispensés par Boubou Hama.

En 1933 il rencontre à Tillabéri le Docteur Boulnois (Un médecin des troupes coloniales déjà auteur d'ouvrages sur les coutumes et croyances dravidiennes de l'Inde) avec lequel il publiera L'Empire de Gao, ce qui le propulse dans le cercle des chercheurs d'envergure universitaire. Il participe aux activités du Rassemblement démocratique africain (RDA) créé en octobre 1946.

En décembre 1958 il accède à la présidence de l'Assemblée nationale et travaille en concertation avec Hamani Diori, le président. Il préside le Parti progressiste nigérien (PPN), une branche du RDA jusqu'au coup d'État d'avril 1974. Il est alors retenu prisonnier à Agadès puis à Niamey.

Membre de nombreuses organisations scientifiques et littéraires, il laisse une œuvre considérable sur la culture africaine. En compagnie d'Andrée Clair, il a aussi aussi des contes pour la jeunesse.
source : wikipédia

Bibliographie

1954 : L'Empire de Gao : histoire, coutumes et magie des Sonrai (avec Jean Boulois)
1967 : Histoire du Gobir et de Sokoto
1968 : Kotia-Nima 1 : rencontre avec l'Europe
1968 : Kotia-Nima 2
1969 : Kotia-Nima 3 : dialogue avec l'Occident
1970 : Histoire traditionnelle d'un village songhay
1971 : L'Aventure extraordinaire de Bi Kado
1971 : Le Baobab merveilleux (avec Andrée Clair)
1972 : L'Aventure d'Albarka (avec Andrée Clair)
1972 : Le Retard de l'Afrique : essai philosophique
1972 : Cet autre de l'homme
1972-1976 : Contes et légendes du Niger, Paris, Présence africaine, 6 volumes
1973 : Les Problèmes brûlants de l'Afrique
1973 : Hon si suba ben (aujourd'hui n'épuise pas demain)
1973 : Le Double d'hier rencontre demain
1973 : Bagouma et Tégouma, 2 volumes
1974 : L'Empire songhay : ses ethnies, ses légendes et ses personnages historiques
1974 : Les Grands problèmes de l'Afrique des indépendances
1974 : Kangué Izé (avec Andrée Clair), images de Béatrice Tanaka
1975 : Founya le vaurien (avec Andrée Clair), illustrations de Béatrice Tanaka
1977 : Les Fameuses histoires du village de Tibbo (avec Andrée Clair)
1977 : Niger : [C.E. 1, C.E. 2] (Collectif)
1978 : L'Essence du verbe
1983 : Écrits sur le Soudan
1985 : Izé-Gani, 2 volumes, Paris, Présence africaine, 1985
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Armor

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Re: Boubou Hama

Message par Armor le Dim 8 Jan - 1:45



Contes et légendes du Niger, tome V

Au Niger comme partout, les humains s'aiment, se détestent et se jouent de la mort, dans un ballet intemporel aux multiples nuances ; les animaux, quant à eux, s'allient ou au contraire se combattent au grée d'intérêts fluctuants. L'auteur fait vivre ici tout un bestiaire africain où _ comme d'ailleurs dans des contes du Burkina Faso que j'ai lus il y a quelques temps_ "la hyène stupide" endosse le rôle de la cupidité idiote quand le lièvre incarne l'intelligence filoute...

Chacun des contes de Boubou Hama illustre le proverbe ou la devinette qui le clôture. Certains d'entre eux s'ancrent dans une réalité difficile : famine, sécheresse, besoin vital d'accéder à l'eau ou de chasser. Leur fonction semble parfois double : outre l'évidente intention d'éduquer les jeunes sur le plan de la morale, ils peuvent être très explicites sur des réalités aux conséquences bien pratiques ; je pense notamment au conte "Le choix du roi des animaux", qui détaille le comportement de chaque animal face au chasseur, et les erreurs à ne pas commettre.
J'ai aussi été marquée par le fait que la violence, certes très souvent présente dans les contes, revêt ici un réalisme sans fard. L'on ne craint par exemple pas de nous révéler que la hyène, attaquée par le phacochère, meurt d'avoir eu "par un coup bien porté des défenses","une de ses jambes de derrière et toute sa croupe arrachée"...

Il m'est arrivé d'être déçue par la narration assez "plate" de certains recueils de contes ; ce ne fut en aucun cas le cas ici. J'ai particulièrement aimé la plume de l'auteur. Le temps de ces quelques pages, la langue riche et vivante de Boubou Hama, à la musicalité toute personnelle, m'a réellement transportée au Niger, un soir de veillée au coin du feu… Une jolie découverte !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #contemythe


Dernière édition par Armor le Dim 13 Aoû - 15:26, édité 1 fois
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Armor

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Re: Boubou Hama

Message par Quasimodo le Dim 8 Jan - 21:02



Contes et légendes du Niger, tome V

Les principaux thèmes de ces contes sont la famine, qui hante tout le recueil, la richesse et la pauvreté, et enfin, favorisée par les précédents, la violence.
La famine, qui frappe indifféremment les animaux et les hommes, est une situation idéale pour dévoiler le cœur de chacun. Ainsi, celui qui aide est inévitablement lésé par celui qui réclame. L'hyène, mourant de faim, est aidée par l'épervier qui la nourrit, mais n'hésite pas à le dévorer lorsqu'elle découvre une façon de se nourrir plus largement. Samba-le-citadin confie ses enfants à Samba-le-campagnard, parce qu'il ne peut pas les nourrir. Mais il n'hésite pas à s'approprier le trésor qu'il ont découvert tous les deux. Le caïman se propose de dévorer le chasseur qui l'a épargné et qui lui a sauvé la vie.

Je ne pense pas qu'il faille pour autant penser qu'il ne faut aider personne. Au contraire. Il s'agit plutôt d'une mise en garde. Il ne faut pas être trop naïf, ni brader sa confiance. Pour ceux qui sont aveuglés par le désir d'être riche, de manger, et qui pour cela sont prêts à toutes les trahisons et à toutes les ruses, ces contes montrent qu'ils est peut-être un peu moins risqué d'être bon. Les châtiments plus ou moins cruels qu'ils récoltent (de l'humiliation à la mort) en sont garants.

Je pense à l'exemple de Mahaman, très riche et très généreux, qui devient pauvre à force de donner et continue d'être généreux dans la misère. Cela nous montre que l'attention portée aux autres, l'accueil et la bonté désintéressée ne peuvent qu'apporter du bon, même si ce n'est pas visible immédiatement. A ce rapport sain à la richesse, dont c'est un des seuls exemples, est opposée la cupidité dont fait preuve Assibori. La fortune rapidement acquise, il triche afin de s'enrichir encore plus. Sa famille qui peine n'en profite pas. Le châtiment qu'il reçoit est à la mesure de sa violence et de son égoïsme.

J'ai déjà parlé de la violence, qui marque vigoureusement chacun de ces contes. Souvent, il s'agit d'une opposition profiteur/abusé. Mais une autre forme de violence est remarquable, ce sont les conflits guerriers qui déchirent les familles d'animaux, auxquels les hommes participent parfois.
Un de ces contes, que j'ai beaucoup aimé, commence par le choix du roi des oiseaux. Des oiseaux magnifiques sont désignés aux plus hautes fonctions, seul un petit oiseau noir et bavard en est exclu. Ce petit peuple d'oiseaux, les Sasabiris, uni et combattif, fait la guerre à ceux qui veulent l'asservir, et sort vainqueur. Ici encore, la domination et l'exclusion sont condamnés, la résistance à l'esclavage justifie la violence employée par les petits oiseaux.

Le conte qui met en scène le choix du roi des animaux m'a aussi beaucoup plu. Des animaux comme le lion, l'éléphant ou le buffle sont mis au sommet de la hiérarchie, en se basant sur la peur qu'ils inspirent et qui relève du mythe, de la tradition. D'autres animaux meilleurs guerriers mais moins connus sont négligés. Les animaux sont donc défaits par les chasseurs qui les guettent à la mare. Cela aurait pu être évité si les animaux ne s'étaient pas reposé sur des traditions dépassées. On voit également que les hommes sont les jouets de ces traditions, car ils craignent les animaux qu'il ne faut pas craindre, et sous-estiment ceux qui s'apprêtent à leur causer de graves pertes.

Pour finir, j'ai adoré le style de Boubou Hama : dépouillé, mais très énergique, tantôt coloré, tantôt sombre, et toujours, comme chez les auteurs que j'aime le plus, un ton très simple et très modeste.
Les paysages de plaines, de campagnes et de brousses, dont il se sert surtout comme simple décor, mais qu'il présente avec beaucoup de force à la vue et à l'odorat, m'a fait rêver. Ca a beaucoup contribué au plaisir que j'ai eu pendant la lecture.

Les quelques références à la religion peuvent avoir quelque chose d'un peu bigot, mais elle ne m'ont pas gêné. Je l'ai plus pris comme un décor. D'ailleurs les proverbes ne m'ont pas toujours intéressé le plus. J'ai trouvé que les contes avaient leur propre beauté et qu'ils n'ont pas forcément besoin d'être justifiés par une morale. Mais s'il y en a une, ce n'est pas gênant pour autant.

(ancien commentaire remanié)

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Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
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