Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Robert Walser

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Message par bix_229 le Lun 9 Jan - 16:16

Robert Walser
(1878-1956)


Robert Walser Walser11

Né à Bienne en 1878, Robert Walser est l'un des grands écrivains de langue allemande du 20e siècle. À Berlin, où il vit de 1905 à 1913, il publie trois romans qui lui valent l'admiration de Kafka et de ses pairs. Mais toute sa vie, et surtout après son retour en Suisse, à Bienne, puis à Berne, Walser pratique le genre où il se révèlera insurpassable : la prose brève.

Zoé éditeur :
Son indépendance extrême tout comme sa marginalité errante, l'empêchèrent sans doute de connaître une plus grande reconnaissance. En cela il ressemble  à un autre grand écrivain suisse, tout aussi marginal, mais plus fantaisiste, Charles Albert Cingria. Walser était voué au tragique, à la misère et à la solitude. En 1929, sa soeur l'accompagna à l' asile psychiatrique de la Waldau. Il en ressortit en 1933. Diagnostiqué schizophrène, on a pu se demander dans quelle mesure, Walser était complice de sa maladie. Il passa ses vingt-sept dernières années dans l'hospice où il s'était réfugié. Dans un anonymat volontaire, il refusa tout échange humain. Seul Carl Seelig, fils d'une riche famille parvint à gagner sa confiance et à l'aider malgré lui. Ensemble ils allaient randonner dans les environs. Le 25 décembre 1956, il part faire sa promenade habituelle. Deux heures plus tard, deux enfants le découvriront mort. En tant qu'écrivain, Walser est un précurseur sur tous les plans, notamment dans la langue et le style. Secrètement, avec humour, il célèbre la beauté cachée du monde.

Bibliographie

Les Rédactions de Fritz Kocher (Fritz Kochers Aufsätze, 1904)
Les Enfants Tanner (Geschwister Tanner, 1907)
Le Commis (Der Gehülfe, 1908) — première traduction sous le titre L'Homme à tout faire
L'Institut Benjamenta (Jakob von Gunten, 1909) : Page 1
Au bureau. Poèmes de 1909 (Gedichte, 1909)
Histoires (Geschichten, 1914)
Petits textes poétiques (Kleine Dichtungen, 1914)
Morceaux de prose, (Prosastücke, 1916)
La Promenade (Der Spaziergang, 1917)
Petite Prose, (Kleine Prosa, 1917)
Vie de poète, (Poetenleben, 1917)
Cendrillon (Aschenbrödel, 1919)
Seeland, (1920)
La Rose (Die Rose, 1925)
Le Brigand (Der Räuber, 1925)
Sur quelques-uns et sur lui-même (recueil de textes extraits de diverses revues et publications, 1902-1932)
Félix (publié 1986)
Rêveries et autres petites proses (extraits de Kleine Dichtungen et Traümen)
Retour dans la neige : proses brèves I
Nouvelles du jour : proses brèves II
Cigogne et porc-épic : scènes dialoguées I
Porcelaine : scènes dialoguées II
La Dame blanche et autres petites proses
Blanche-Neige, bilingue
Histoires d'images
Poèmes (choisis et traduits par Marion Graf, édition bilingue)
Robert Walser, l'écriture miniature : microgrammes
Le Territoire du crayon : microgrammes
Lettres de 1897 à 1949
L'Étang
L'Enfant du bonheur et autres proses pour Berlin

Wikipedia

màj le 9/12/2017


Dernière édition par bix_229 le Lun 9 Jan - 16:37, édité 3 fois
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Message par bix_229 le Lun 9 Jan - 16:32

l y a quelque chose d' insaisissable dans l' œuvre de Walser. Peut etre parce qu' il était obsédé par l' échec -le sien- qu' il poursuivait
obstinément.
C' est en cela que Kafka -qui avait lu un de ses livres et se sentait proche de lui- s' éloignait de cette notion fatale.. Obsédé qu' il était lui-même par cette fascination.

Une façon astucieuse d'entrer dans l'univers de Walser, c'est de lire d'abord Séjours à la campagne de  W.G..Sebald.
On fait d'une pierre deux coups !

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Message par bix_229 le Lun 9 Jan - 16:46

Jack Hubert, Animal, Arturo, je compte sur vous pour étoffer ce fil !
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 9 Jan - 17:29

En principe, je serais dû pour refaire un tour de l'œuvre de Robert Walser. J'ai surtout apprécié La promenade. La deuxième lecture m'a quand même laissé une impression mitigée. En lisant des écrivains à l'esprit surréaliste et flâneur à l'instar de l'écrivain québécois Maxime Catellier et André Carpentier, je devrais finir par me rendre sur le sentier du roman, quitte à emprunter des chemins de traverse des métamorphoses du roman, comme L'homme sans qualités de Musil et Enrique Vila-Matas. Je suis cette session-ci, en fait je vais assister à un cours sur le roman aujourd'hui. Je vous en redonne des nouvelles...
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Message par Arturo le Lun 9 Jan - 19:37

Je trouve que les oeuvres de Walser sont assez similaires dans l'esprit, mais je suis toujours content de retourner dans son univers.
Comme pour beaucoup d'auteurs, c'est souvent le premier livre lu qui me reste, celui de la découverte. Pour mon cas, ce fut Le commis, qui m'a terriblement marqué. Depuis j'ai beaucoup lu Walser, au moins les 3/4 de son oeuvre.
La promenade me paraît comme un sommet, et diffère du reste, même si dans ses courts textes minimalistes il parvient à dégager sa substance poétique. Je reviendrai en parler lorsque je lirai un nouveau titre, sans doute dans les prochains mois, car il me manque déjà !
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Message par Mordicus le Lun 9 Jan - 19:47


(Y'a Bix qui distribue les devoirs. J'adore.)
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Message par Arturo le Lun 9 Jan - 19:54

@Mordicus a écrit:
(Y'a Bix qui distribue les devoirs. J'adore.)

( Robert Walser 3866672782 )
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Message par Mordicus le Lun 9 Jan - 19:56


(Et d'ailleurs, que des bonshommes. Walser serait-il misogyne ?)
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Message par bix_229 le Lun 9 Jan - 20:09

C' est pas faux !
A part sa soeur et sa logeuse...
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Message par Mordicus le Lun 9 Jan - 20:18


(Ah ben du coup, c'est sûr, je ne vais pas le lire.)
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Message par animal le Lun 9 Jan - 20:41

J'ai un a priori positif avec les auteurs suisses (mélange supposé de qualités littéraires et d'endurance dans le truc qui démange, perspectives aussi) mais avec La Promenade j'ai calé. Et vite.

Le style ne m'a pas ébloui et le contenu désabusé quoique convenu ne m'avait pas convaincu. J'avais trouvé ça terriblement nombriliste et relativement bas de plafond finalement. Ca m'a fait passé à côté du parcours, gâché l'humour. Plus long j'aurais pu en venir à souffrir.

Mais ce n'était ptet pas la bonne porte d'entrée ?

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Message par Tristram le Sam 9 Déc - 13:43

L'Institut Benjamenta

Robert Walser Robert10


« Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes. » Dès la première phrase, le ton est donné.
Jacob von Gunten a quitté sa famille pour entrer de son plein gré dans ce pensionnat où l'on n'apprend qu'une chose : obéir sans discuter. C'est une discipline du corps et de l'âme qui lui procure de curieux plaisirs : être réduit à zéro tout en enfreignant le sacro-saint règlement.
Jacob décrit ses condisciples, sort en ville, observe le directeur autoritaire, brutal, et sa sœur Lise, la douceur même. Tout ce qu'il voit nourrit ses réflexions et ses rêveries, tandis que l'Institut Benjamenta perd lentement les qualités qui faisaient son renom et s'achemine vers le drame.
« L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé », écrit Marthe Robert dans sa très belle préface où elle range l'écrivain, à juste titre, parmi les plus grands. »
Quatrième de L’imaginaire (Gallimard)

C’est le journal d’un jeune homme insolent, fier, venu de l’aristocratie, qui entre dans un médiocre établissement de formation pour expérimenter l’existence, « commencer par le bas », se préparer à un avenir servile. Il s’opiniâtre, railleur, à épiloguer sur cette "éducation" sans accès à la connaissance, aux allures militaires, soumise au règlement comme une fin en soi, et sur cette prédestination imparable, sa "mise en conformité" subie dans un sentiment d’indignité et d’insignifiance personnelles.
Narré sur le ton d’un conte de fée à la fois caricatural et puéril, tantôt espiègle, tantôt fantaisiste, souvent déroutant, alternant amertume et absurde, le récit est traversé, comme par des émois de liberté inatteignable, de rêveries exaltées (notamment à propos de la vénérée maîtresse d’école, et de la réussite, surtout pécuniaire) :

« Mon Dieu, j’ai encore le droit d’espérer être quelqu’un un jour. Mais comme dans le rêve tout frôle la folie ! »

Bien que ce texte ne propose aucune thèse ou message explicite, et que sa lecture soit loin d’être univoque, j’y ai vu une critique assez acerbe du système éducatif, de la façon dont une société formate inexorablement ses jeunes membres pour un destin tracé d’avance, auquel ils se résignent sans alternative, se soumettant dans une adhésion née de l’impuissance (c’est particulièrement le cas de son condisciple Kraus) :

« Kraus est un véritable ouvrage de Dieu, un rien, un laquais. Inculte, tout juste bon à faire le travail le plus dur, c’est ainsi que tout le monde le jugera, et chose étrange : on ne se trompera pas non plus en le jugeant de la sorte, on aura tout à fait raison, car c’est bien vrai : Kraus, la modestie incarnée, la couronne, le palais de l’humilité, veut accomplir des travaux médiocres, il le peut et il le veut. Il n’a en tête que le désir d’aider, d’obéir et de servir, on ne tardera pas à s’en apercevoir pour l’exploiter, et dans le fait qu’on l’exploitera se manifeste une justice divine si rayonnante, si resplendissante de bonté et de lumière ! »

« Du reste il y a beaucoup, beaucoup d’esclaves, parmi nous autres hommes modernes orgueilleusement prêts à tout. Peut-être sommes-nous tous quelque chose comme des esclaves, dominés par une idée universelle grossière, irritante, toujours en train de brandir son fouet. »

« Depuis quelque temps, le monde tourne autour de l’argent et non plus de l’histoire. »
« La masse est l’esclave de notre temps, et l’individu, l’esclave de la grandiose idée collective. Il n’y a plus rien de beau ni de parfait. Tu n’as plus qu’à rêver le beau, le bon et le juste. […] Tâche de réussir à gagner beaucoup, beaucoup d’argent. L’argent n’est pas encore gâché, tout le reste l’est. Tout, tout est corrompu, partagé, privé d’agrément et de magnificence. […] Reste pauvre et méprisé, cher ami. Chasse de ta tête même l’idée de l’argent. Le plus beau, le plus triomphal est d’être un pauvre diable. Les riches, Jacob, sont très mécontents et très malheureux. Les gens riches d’aujourd’hui n’ont plus rien. Ce sont eux les vrais affamés. » [Conseils de son frère aîné]

Jacob trouve même une forme de jouissance masochiste dans l’oppression, prend goût aux réprimandes, non sans une certaine rébellion dans l’interdit contourné en cachette :

« Oui, oui, je l’avoue, j’aime bien être opprimé. […] Il suit de là qu’il me faut supposer, et me tenir fermement à cette conviction, que les règles rendent l’existence argentée, peut-être même dorée, en un mot pleine d’attraits. »

Monsieur le Directeur Benjamenta est une sorte d’ogre déchu et paradoxal, irascible et faible, lui aussi avili avant même de vivre, avec lequel Jacob a des rapports ritualisés et ambivalents de crainte et de bravade. Le drame final, préparé de loin et présenté de façon parodiquement grandiloquente, glisse dans une envolée onirique qui s’échappe enfin.
Etrange narrateur aussi, qui se tient soigneusement – sournoisement ‒ à distance de toute familiarité, et même de toute sympathie ou affection de la part d’autrui : un « zéro » assumé, qui voudrait cesser de penser.

« Bah ! Laisse là l’interprétation. »

Impasse existentielle de l’individu dérisoire, l’impossibilité d’une réussite personnelle est placée d’entrée comme un axiome dans ce récit.
Paru (en allemand) en 1909, le conformisme infus qui y est précisément dépeint éclaire de façon sinistre l’Histoire subséquente : le consentement incontesté des disciples est effrayant (mais je vois une lueur d’espoir dans les réflexions ironiques de Jacob).

« Il y a quelque chose de déshonorant dans toutes ces petites exigences ridicules en vérité, mais seul doit nous importer l’honneur de l’Institut Benjamenta, non point le nôtre, et c’est probablement le mieux, car un élève a-t-il de l’honneur ? Pas question. Notre honneur consiste tout au plus à être brimé et tenu en tutelle. Etre dressé, voilà ce qui est honorable pour nous, c’est clair comme le jour. »

(kafkaïen, psychologie, éducation)

mots-clés : #education #psychologique

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par bix_229 le Dim 3 Juin - 15:57

... Souvent, il me semblait que j' étais un noyé au fond de la mer, tant silencieuse,
aphone était ma vie.
J' avais des rapports familiers avec ce que les gens ne remarquent pas.
A cela - à quoi les gens ne s' efforcent meme pas de penser -, je pensais des journées entières.
C' était pourtant une pensée agréable. En de rares occasions seulement, la tristesse
me visitait...
Je ne fis jamais de mal à personne et je n' éprouvai jamais de mal de personne.
Ma vie était si jolie, si belle à l' écart...


Cité par Kornel Filipowicz : La Belle vie de Nathan Ruff. - Actes Sud
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Message par ArenSor le Lun 30 Sep - 20:07

L'Institut Benjamenta

Robert Walser Photo_12

Je suis toujours étonné de la désinvolture avec laquelle les éditeurs transforment les titres de livres étrangers. Pourtant, « Jakob von Gunten » ne me semblait pas poser d’insolubles problèmes de traduction. On a pourtant choisi un titre plus explicite « L’Institut Benjamenta » qui pourrait se justifier, sauf que ce n’était pas le choix de l’auteur et de ce fait toute tentative de justification tombe à l’eau !
Sinon, je suis en parfait accord avec les commentaires éclairés de mon éminent confrère Tristram au sujet de ce livre et je ne me permettrai que quelques points de vue personnels, à la marge.
Le caractère « conte à la manière de Grimm », parfaitement mis en lumière par Marthe Roger dans sa préface, m’avait quelque peu échappé. Pourtant la relation est évidente : le directeur = l’ogre, la directrice = la fée, le héros = un jeune homme de haute ascendance, l’intrigue = un rite d’initiation.
Tout est dit dès les deux premières phrases. Relisons-les car elles ont, à mon avis, un impact aussi fort que « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » :

« Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l’Institut Benjamenta, nous n’arriverons à rien, c’est-à-dire que nous serons tous plus tard des gens très humbles et subalternes. L’enseignement qui nous est donné consiste principalement à nous inculquer l’obéissance et la patience, deux qualités qui promettent peu de succès, voire pas du tout. »

« L’Institut Benjamenta » est un roman en partie autobiographique et Jakob von Gunten un alias Robert Walser. Pour cette raison, la vie et la personnalité de l’auteur sont des éléments de lecture qui me paraissent importants. On est surpris par exemple du sentiment d’enfermement présent tout au long du livre. Jakob se définit comme un zéro et ne veut être rien d’autre. La comparaison se trouve dès les premières pages et à la dernière du livre.  

« Peut-être y a-t-il en moi un homme vil, très vil. Peut-être au contraire ai-je du sang aristocratique dans les veines. Je l’ignore. Mais ce que je sais, c’est que je serai plus tard un ravissant zéro tout rond. Dans ma vieillesse, il me faudra servir de jeunes rustres sûrs d’eux-mêmes et mal élevés, ou bien j’irai mendier, ou je périrai. »

« Et si je me brise et me perds, qu’est-ce qui sera brisé et perdu ? Un zéro. Moi, individu, je ne suis qu’un zéro. »

Il convient donc de se protéger. Pour cela, il faut de plier à une discipline de fer, apprendre l’humilité, pour servir. Il faut être dressé. Et c’est le but de l’institut. Critique de l’éducation de l’époque ? Probablement. Mais la position de l’auteur n’est pas clairement perceptible, il laisse même planer une ambiguïté. Je pense, pour ma part, que dans une certaine mesure Robert Walser ne réprouvait pas totalement ces méthodes qui offraient une protection contre les agressions du monde extérieur.

« … un élève a-t-il de l’honneur ? Pas question. Notre honneur consiste tout au plus à être brimé et tenu en tutelle. Etre dressé, voilà ce qui est honorable  pour nous, c’est clair comme le jour. D’ailleurs nous ne nous révoltons pas. Nous n’en aurions jamais l’idée. L’un dans l’autre, nous avons si peu d’idées. C’est peut-être moi qui en ai le plus, bien possible, mais au fond, je méprise toutes mes capacités intellectuelles. »

« Avec des sentiments comme ceux que j’éprouve à l’égard du monde, on n’obtient jamais rien de grand, jamais, à moins de se moquer des hauteurs scintillantes et d’appeler grand ce qui est gris, silencieux, dur et bas. Oui, je servirai, et je me chargerai toujours des obligations dont l’accomplissement n’a rien d’éclatant, toujours, et je rougirai de bonheur comme un benêt quand on me dira étourdiment  merci. »

« Comme je suis heureux de n’avoir rien découvert en moi qui fût estimable ou curieux ! Etre insignifiant et le rester. Et quand une main, une circonstance, une vague me soulèveraient et me porteraient jusqu’en haut, là où règnent la puissance et le crédit, je détruirais l’état des choses qui me serait favorable, et je me jetterais moi-même au fond de l’obscurité basse et futile. Je ne puis respirer que dans les régions inférieures. »

Il y a une dose importante de masochisme dans cette attitude, mais qui trouve aussi ses limites :

« Mon nom est Jakob von Gunten, c’est celui d’un homme jeune, il est vrai, mais conscient de sa dignité. On ne peut pas m’excuser, cela je le vois, mais on ne peut pas non plus m’offenser, ce la je m’y oppose. »

L’intérêt de « L’Institut Benjamenta » réside pour moi dans ce balancement entre réalité et fantasmagorie, entre humilité et orgueil, soumission et révolte. La relation qui unit les quatre principaux protagonistes : Jakob, Kraus, le Directeur est la Directrice constitue une sorte de ballet non dénué de perversité.
J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre et j’ai même failli l’abandonner en cours de route. Bien m’en à pris de persévérer. Robert Walser est incontestablement un écrivain important et j’ai hâte de découvrir ses autres romans.  Very Happy
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