Etty Hillesum

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Etty Hillesum

Message par bix_229 le Mer 11 Jan - 18:37

Etty Hillesum
(1914-1943)


"Etty Hillesum est juive. Elle commence un journal en 1941, sa seule publication à ce jour. À 27 ans, sa foi en la vie, en l'homme et en l'art étonnent, d'autant que la guerre et ses mesures antisémites sévissent. Mais à peine en fait-elle part dans son journal qu'elle emploie plutôt à se dire, à comprendre sa relation au monde, aux autres et à Spier, l'homme qu'elle aime, également psychanalyste et disciple de Jung. Alors que l'humanité s'avilit, la voix de la jeune Néerlandaise s'élève comme une incantation, d'une pureté sans fard et sans naïveté.

En 1943, sa famille est déportée à Westerbork. Avant même d'être appelée, elle la rejoint, accomplissant le vœu qui clôture son journal : "On voudrait être un baume versé sur tant de plaies." Les lettres qu'elle y écrit, réunies dans la seconde partie de ce volume, sont éblouissantes de foi et de lucidité mêlées. Sa liberté intérieure sonne, étrange et belle, dans les camps, jusqu'en ce 7 septembre 1943 qui l'emporte à Auschwitz. Et l'on se remet mal de son silence."
--Laure Anciel

Oeuvres en Français

Une vie bouleversée
Lettres de Westerbork
La paix dans l'enfer, textes choisis







Quatrième de couverture (éditions du Seuil)

De 1941 à 1943, à Amsterdam, une jeune femme juive de vingt-sept ans tient un journal. Le résultat : un document extraordinaire, tant par la qualité littéraire que par la foi qui en émane. Une foi indéfectible en l'homme alors qu'il accomplit ses plus noirs méfaits. Car si ces années de guerre voient l'extermination des Juifs en Europe, elles sont pour Etty des années de développement personnel et de libération spirituelle. Celle qui note, en 1942, " Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens. A chaque instant. ", trouve sa morale propre et la justification de son existence dans l'affirmation d'un altruisme absolu. Partie le 7 septembre 1943 du camp de transit de Westerbork, d'où elle envoie d'admirables lettres à ses amis d'Amsterdam, Etty Hillesum meurt à Auschwitz le 30 novembre de la même année.


Dernière édition par bix_229 le Mer 11 Jan - 18:43, édité 2 fois
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Re: Etty Hillesum

Message par ArenSor le Mer 11 Jan - 18:39

Dans ma PAL depuis très -trop- longtemps Smile
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Re: Etty Hillesum

Message par bix_229 le Mer 11 Jan - 18:56


Lettres de Westerbork

Etty Hillesum est très au dessus de tout commentaire.

Toute sa courte vie fut une quête lucide et exigeante pour une spiritulalité sans concession.
Dans une période terrible où les juifs de toute l'Europe étaient arrétés et envoyés dans les camps de la mort nazis.

Ce qui ne l'empêcha nullement d'être une femme et une amante entière et passionnée.
Jusqu'au bout, elle essaya de sauver les juifs en courant de très gros risques.
Les lettres qu'elle écrivit sont un des plus beaux témoignages humains sur l'holocauste et un texte sublime d'un être totalement à part.

L'un de ceux qui à lui seul pourrait justifier l'humanité  s'ils n'étaient aussi rares.



mots-clés : #correspondances #deuxiemeguerre #journal
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Re: Etty Hillesum

Message par bix_229 le Mer 11 Jan - 19:04

Dimanche 9 mars 1941. Eh bien, allons-y ! Moment pénible, barrière presque infranchissable pour moi : vaincre mes réticences et livrer le fond de mon coeur à un candide morceau de papier quadrillé. Les pensées sont parfois très claires et très nettes dans ma tete, et les sentiments très profonds, mais les mettre par écrit, cela ne me vient pas encore.

C'est essentiellement le fait, je crois d'un sentiment de pudeur. Grandeinhibition ; je n'ose pas me livrer, m' épancher librement, et pourtant il le faudra bien, si je veux à la longue faire quelque chose de ma vie, lui donner un cours raisonnable et satisfaisant.
En amour, je suis assez raffinée et, si j'ose dire, assez experte pour compter parmi les bonnes amantes ; l'amour avec moi peut sembler parfait, et pourtant ce n'est qu'un jeu éludant l'essentiel et tout au fond de moi quelque chose reste emprisonné. Et tout est à l' avenant.

J' ai reçu assez de dons intellectuels pour pouvoir tout sonder, tout aborder, tout saisir en formules claires : on me croit supérieurement informée de bien des problèmes de la vie ; pourtant tout au fond de moi, il y a une pelote agglutinée, quelque chose me retient dans une poignée de fer, et toute ma clarté de pensée ne m' empeche pas d'etre bien souvent une pauvre godiche peureuse.


Ainsi commence Une vie bouleversée, le journal de cette femme de 27 ans, et qui, à un des pires moments de l' Histoire, est un témoignage de foi en l' homme.

(Message récupéré)

Il y avait de toute évidence un écrivain dans cette femme et même un grand écrivain.
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Re: Etty Hillesum

Message par ArenSor le Mer 11 Jan - 19:15

Tu m'as décidé Bix, Etty Hillesum sera ma prochaine lecture. Il y a trop longtemps que je tourne autour Smile
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Re: Etty Hillesum

Message par Marie le Mer 11 Jan - 20:50



Très beau texte, qui m'a fait réfléchir longtemps.
Je rapatrie, mais c'était vraiment très long , et couper, c'est difficile..

Ce livre document est divisé en deux parties dont la plus longue est le Journal d’Etty Hillesum, de 1941 à 1943, intitulé Une vie bouleversée. Journal d’une jeune femme libre, aimant la vie et ses plaisirs , très sujette à l’introspection et à la réflexion ( aidée en cela par Julius Spier, son amant et une sorte de guide spirituel. C’est lui qui fit relire à cette jeune Juive la Bible et lui fit connaître saint Augustin. )

Réflexion sur elle-même mais aussi bien sûr réflexion très lucide sur la souffrance de l’humanité ,qui n’a rien d’abstraite pour elle car , en tant que juive, elle va vivre au jour le jour les différentes et progressives brimades, et la fin programmée ( elle en est très vite consciente, contrairement à beaucoup) de son « peuple ».

Je dis que «  je me suis expliquée avec la « Souffrance de l’Humanité » ( ces grands mots me font toujours grincer des dents) mais ce n’est pas tout à fait juste. Je me sens plutôt comme un petit champ de bataille où se vident les querelles, les questions posées par notre époque. Tout ce qu’on peut faire ,c’est de rester humblement disponible pour que l’époque fasse de vous un champ de bataille. Ces questions doivent trouver un champ clos où s’affronter, un lieu où s’apaiser, et nous, pauvres hommes, nous devons leur ouvrir notre espace intérieur et ne pas les fuir.

Ce Journal est destiné ( comme tous les journaux intimes, mais il prend bien sûr ici une autre résonance du fait des évènements historiques et de la précision de l’analyse personnelle ) à mettre en mots ce qu’Etty Hillesum appelle une petite mélodie personnelle.

J’ai en moi une petite mélodie personnelle qui a parfois terriblement envie d’être convertie en paroles personnelles….Je voudrais parfois me réfugier avec tout ce qui vit en moi dans quelques mots, trouver pour tout un gîte pour quelques mots. Mais je n’ai pas encore trouvé les mots qui voudront bien m’héberger. C’est bien cela. Je suis à la recherche d’un abri pour moi-même, et la maison qui me l’offrira, je devrai la bâtir pierre par pierre. Ainsi chacun se cherche-t-il une maison, un refuge. Et moi je cherche toujours quelques mots.

J’ai parfois le sentiment que le grand malentendu s’accroit à chaque parole prononcée, à chaque geste. Je voudrais m’immerger dans un grand silence et imposer ce silence à tous les autres. Oui, il est des moments où chaque mot accroît le malentendu ,sur cette terre trop agitée.
Ce que l’on remarque à la lecture d’Etty Hillesum, c’est bien sûr ce don d’observation, de mise à distance de la réaction immédiate qui est le fait de ces rares individus passionnés par l’ humain, qui parviennent à ne jamais- quelque soient les circonstances - juger en fonction de critères simplistes…Cela force bien sûr l’admiration, mais permet peut être aussi de comprendre sa résistance à tous moments, et c’est cette résistance personnelle qui lui a permis d’aider tous ceux qu’elle a pu aider ( tous les témoignages de personnes l’ayant connue témoignent d’un être rayonnant ..)

L’homme forge son destin de l’intérieur, voilà une affirmation bien téméraire. En revanche, l’homme est capable de choisir l’accueil qu’il fera lui-même à ce destin. On ne connaît pas la vie de quelque un si l’on n’en sait que les évènements extérieurs. Pour connaître la vie de quelque un il faut connaître ses rêves, ses rapports avec ses parents, ses états d’âmes, ses désillusions, sa maladie et sa mort

C’est ainsi qu’après un interrogatoire dans les locaux de la Gestapo, elle note:

En fait, je n’ai pas peur. Pourtant je ne suis pas brave , mais j’ai le sentiment de toujours avoir à faire et la volonté de comprendre autant que je le pourrai le comportement de tout un chacun. C’était cela qui donnait à cette matinée sa valeur historique: non pas de subir les rugissements d’un misérable gestapiste, mais bien d’avoir pitié de lui au lieu de m’en indigner, et d’avoir envie de lui demander: «  as-tu donc eu une enfance malheureuse, ou bien est ce que ta fiancée est partie avec un autre? »Il avait l‘air tourmenté et traqué, mais aussi, je dois le dire, très désagréable et très mou.…
J’aurais voulu commencer tout de suite un traitement psychologique sachant parfaitement que ces garçons sont à plaindre tant qu’ils ne peuvent faire de mal, mais terriblement dangereux, et à éliminer, quand on les lâche comme des fauves sur l’humanité. Ce qui est criminel, c’est le système qui utilise des types comme cela.
Autre leçon de cette matinée: la sensation nette qu'en dépit de toutes les souffrances infligées et toutes les injustices commises, je ne parviens pas à haïr les hommes. Et que toutes les horreurs et les atrocités perpétuées ne constituent pas une menace mystérieuse et lointaine,extérieure à nous, mais qu'elles sont toutes proches de nous et émanent de nous-mêmes, êtres humains. Elles me sont ainsi plus familières et moins effrayantes. L'effrayant c'est que les systèmes, en se développant, dépassent les hommes et les enserrent dans leurs poigne satanique, leurs auteurs aussi bien que leurs victimes , de même que de grands édifices ou des tours, pourtant bâtis par la main de l'homme, s'élèvent au dessus de nous, nous dominent et peuvent s'écrouler sur nous et nous ensevelir.
Et c’est toujours cette faculté d’essayer d’aller dénicher chez l’autre les raisons de son comportement, cette curiosité incessante pour la chose humaine qui est prodigieuse chez cette très jeune femme, et crée la différences avec d’autres récits.

Et toujours, pourtant, ce sentiment: la vie est si « intéressante » à travers toutes ses épreuves. Une observation détachée, presque démoniaque des évènements reprend toujours le dessus chez moi. Une volonté de voir, d’entendre, d’être là, d’arracher tous ses secrets à la vie, d’observer froidement l’expression des visages humains jusque dans leurs derniers spasmes. Le courage aussi de se retrouver face à soi-même et de tirer beaucoup d’enseignements du spectacle de son âme au milieu des troubles de l’époque. Et, plus tard, trouver les mots pour dire tout cela..

C’est ,je crois, cette capacité d’observation, de synthèse immédiate intellectuelle, avec mise en pratique en actes ( c’est beaucoup moins courant…) beaucoup plus que la dimension un peu mystique de certains écrits qui m’ont interpellée. Car si Etty Hillesum croit à un Dieu, et qu’elle lui parle d’ailleurs, c’est plus à un Dieu qui est en l’homme qu’à une image vraiment religieuse. Ce n’est que par la force du raisonnement qu’elle en arrive aux principes fondateurs d’une religion.

Cette haine ne nous mènera à rien, Klaas; la réalité est bien différente de ce que nous pouvons voir à travers de nos schémas préétablis….( Ici, elle parle d’un membre de l’administration juive du camp, brillant juriste ) A le voir évoluer parmi les gens, la tête haute, le regard dominateur , la pipe rivée aux lèvres, je me disais toujours: il ne lui manque qu’un fouet dans les mains, ça lui irait parfaitement. Pourtant, je ne le détestais pas, il m’intéressait trop pour cela . Par moments, il me faisait à vrai dire terriblement pitié….Tu vois, Klaas, c’est ainsi: il débordait de haine pour ceux que nous pourrions appeler nos bourreaux, mais lui- même eut fait un parfait bourreau et un persécuteur modèle. Et pourtant il me fait pitié. Y comprends-tu quelque chose? …
Mais ce que je voulais dire, Klaas, c’est ceci : nous avons tant à changer en nous-mêmes que nous ne devrions même pas nous préoccuper de haïr ceux que nous appelons nos ennemis. Et je n’épuise pas non plus la question en disant que chez les nôtres aussi il y a des des bourreaux et des méchantes gens. A vrai dire, je ne crois pas du tout à cette prétendue « méchanceté ».J’aimerais toucher cet homme dans ses angoisses , en rechercher l’origine et entreprendre sur lui une sorte de battue, le rabattre vers ses propres domaines intérieurs- c’est tout ce que nous pouvons faire pour lui, Klaas, en un temps comme le nôtre….

Et je répétai une fois encore, avec ma passion de toujours ( même si je commençais à me trouver ennuyeuse à force d’aboutir toujours aux mêmes conclusions): » C’est la seule solution, vraiment la seule, Klaas, je ne vois pas d’autre issue: que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend encore plus inhospitalier qu’il n’est déjà. »
Et Klaas, le vieux partisan, le vétéran de la lutte des classes dit, entre l’étonnement et la consternation: «  Mais..mais ce serait un retour au christianisme! »Et moi, amusée de tant d’embarras, je repris sans m’émouvoir: «  Mais oui, le christianisme, pourquoi pas?
Suivent ce journal les lettres envoyées du camp de Westerbork:
Ici, l’on pourrait écrire des contes. La détresse, ici, a si largement dépassé les bornes de la réalité courante qu’elle en devient irréelle..
Camp d’où elle partira ,elle sait comment, pour où et pour quel destin. Avec ses parents et un de ses frères.

Jamais dans ces lettres elle ne se permettra le moindre laisser aller, la moindre plainte , si ce n’est pour constater qu’il lui est plus difficile de supporter la souffrance de ses proches, que la sienne..
Et jamais la moindre révolte..

Mais la révolte qui attend pour naître le moment où le malheur nous atteint personnellement n’a rien d’authentique et ne portera jamais de fruits…Et l’absence de haine n’implique pas nécessairement l’absence d’une élémentaire indignation morale.
Je sais que ceux qui haïssent ont à cela de bonnes raisons. Mais pourquoi devrions nous choisir la voie la plus facile, la plus rebattue?
Et ceci dans une des dernières lettres…qui est une sorte de conclusion de ce livre, démontrant qu’elle a fait le tour des choses et que ce qu’elle écrit est mûrement réfléchi:

Les gens ne veulent pas l’admettre: un moment vient où l’on ne peut plus "agir", il faut se contenter d'"être" et d’accepter. Et cette acceptation, je la cultive depuis bien longtemps…
On me dit parfois: «  Oui, mais tu vois toujours le bon côté des choses. » Quelle platitude! Tout est parfaitement bon. Et en même temps parfaitement mauvais. Les deux faces des choses s’équilibrent, partout et toujours. Je n’ai jamais eu l’impression de devoir me forcer à en voir le bon côté, tout est parfaitement bon, tel quel. Toute situation, si déplorable soit-elle, est un absolu et réunit en soi le bon et le mauvais.

Tout est dit…

Etty Hillesum est morte à Auschwitz le 30 novembre 1943. Elle avait 27 ans.
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Re: Etty Hillesum

Message par animal le Mer 11 Jan - 20:59

Certains passages que tu cites me font penser au Grain de sable de Luciano Bolis (qui s'il s'en est finalement sorti a essayé "d'arrêter" de lui-même).

C'est bien les rapatriements, ça fait lire ! (j'étais passé au travers la première fois).

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Re: Etty Hillesum

Message par Marie le Mer 11 Jan - 21:07

@Animal a écrit:Certains passages que tu cites me font penser au Grain de sable de Luciano Bolis (qui s'il s'en est finalement sorti a essayé "d'arrêter" de lui-même).
Tu en diras plus??
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Re: Etty Hillesum

Message par animal le Mer 11 Jan - 21:17

ouaip. je rapatrierai aussi. c'est tout petit mais ça ne s'oublie pas, ça revient même, régulièrement.

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Re: Etty Hillesum

Message par bix_229 le Mer 11 Jan - 21:23

@animal a écrit:ouaip. je rapatrierai aussi. c'est tout petit mais ça ne s'oublie pas, ça revient même, régulièrement.

"Héros de guerre inoubliable, Luciano Bolis dirige la Résistance italienne jusqu'à son arrestation, en février 1945. Suivent les supplices insoutenables que lui infligent les fascistes, la lutte pour la mort contre l'instance de survie, l'inhumain. Poignant, lucide et impartial, son témoignage appelle au réveil de nos consciences assoupies."

Excellent livre, je m' en souviens aussi. Très dur !
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Re: Etty Hillesum

Message par ArenSor le Jeu 2 Fév - 12:28



Les papes Jean-Paul II et  Benoit XVI ont fait à plusieurs reprises allusion à Etty Hillesum.  Comment  alors oser critiquer cette figure de presque sainte, martyre de surcroît ? Pourtant, il m’a été vraiment difficile d’entrer dans ce journal intime. Etty n’a cessé de m’agacer avec ses états d’âme, ses relations avec son mentor psy jungien… Et puis tout change en milieu de journal, lorsque la pression de l’occupant se fait vraiment sentir sur la communauté juive des Pays-Bas. On savait déjà Etty intelligente, elle se révèle à ce moment terriblement lucide, altruiste, en même temps son style s’affermit. Plus la situation se révèle dramatique, plus Etty étonne par son jugement, son courage, son amour des autres ; telle une fleur elle s’épanouit sur le fumier de la misère de Westerbork.  Les lettres écrites de ce camp de transit et qui font suite au journal sont encore plus terribles et touchantes.

Quelle est la position d’Etty face à ce qui lui arrive ? Elle est claire dès le départ, ne varie pas, elle est sans cesse répétée :

« Et la saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d’autre solution, vraiment aucune autre solution que de rentrer en soi-même et d’extirper de son âme toute cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. L’unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-mêmes et pas ailleurs. »

"Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà »

Etait-ce la bonne attitude ? Je l’ignore. Je souscris certes aux paroles d’Etty mais face à cette situation extrême, la révolte, comme à Sobibor, Treblinka ou Auschwitz, n’était-elle pas aussi une bonne réponse ?  

Le Journal et encore plus les lettres constituent un témoignage extraordinaire d’un camp de transit pour Juifs. Il est contemporain des faits et ne peut être soupçonné de déformations volontaires ou non, comme pour les récits écrits après-guerre. Etty décrit simplement, avec humanité, sans révolte ni désespérance, souvent avec humour, ce monde qui tente de survivre dans des conditions difficilement imaginables, monde parallèle à l’autre, avec les mêmes clivages socio-culturels, ses intrigues, ses petitesses et ses grandeurs, monde dans lequel règne cette terrible angoisse hebdomadaire lorsque sont établies les listes de ceux qui partent pour le convoi du mardi.

« En ce moment, les esprits sont en ébullition : tous les tampons, toutes les couleurs sont déclarés périmés, on procède à un vaste regroupement ; personne ne sait de quoi aura l’air le prochain convoi, les listes doivent être refaites, ce qui n’ira pas sans maintes tractations dans la coulisse. On joue avec nous un drôle de jeu, mais nous nous prêtons aussi à ce jeu et ce sera notre honte ineffaçable aux yeux des générations à venir. »

« Comment camper en quelques touches tendres, légères mais puissantes, ce petit village de baraques entre ciel et lande ? Comment faire pour que d’autres lisent avec moi à ciel ouvert dans tous ces gens qu’il faut déchiffrer comme des hiéroglyphes, trait par trait, jusqu’à ce qu’ils composent un tout lisible et intelligible, un monde pris entre ciel et lande ? »

Pourtant la vie à Westerbork devait être douce par rapport à celle des camps d’extermination.
J’ai commandé le journal de Philip Mechanicus, ami d’Etty, autre témoignage sur le camp. La vie de ce journaliste s’est arrêtée elle aussi à Auschwitz.

Cette lecture m’a à nouveau fait prendre conscience combien la vie d’une communauté peut basculer rapidement dans l’horreur lorsqu’elle est prise dans des mâchoires d’acier. Au départ, quelques restrictions, bon on s’adapte, la vie est pleine d’insouciance et puis et puis, mais on s’adapte à tout, même à l’inacceptable !
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Re: Etty Hillesum

Message par bix_229 le Jeu 2 Fév - 15:30

Merci Aren !

Je pense que tu es sévère avec ses "états d'âme". Pour moi, les états d'âme concernent des gens peu impliqués dans la vie et qui s'inventent des problèmes imaginaires dans le confort.
Or Etty n' est jamais dans le confort ou la tranquillité. Que ce soit dans sa foi, dans ses amours, dans ses interrogations, dans sa vie.
Oui, le "mentor jungien" m'a semblé agaçant aussi. Mais il n'est qu'un moment dans la vie d'Etty qui ne craint ni les influences ni les expériences.

Son engagement auprès des siens à Westerbork est la continuation de l'expérimentation sur le plan le plus concret qui soit.
Et la révélation de ce qu'elle ne savait pas être en elle. Ce courage, cette audace, cette patience, ce dévouement sans limites.
Le renoncement à la vie si c'est au prix de concessions.
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