Mongo Beti

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Mongo Beti

Message par Barcarole le Sam 3 Déc - 21:21

Mongo Beti (1932 - 2001)


Mongo Beti est le pseudonyme d'Alexandre Biyidi Awala (son premier pseudonyme étant Eza Boto).
Il commence sa carrière littéraire avec la nouvelle Sans haine et sans amour, publiée dans la revue Présence Africaine, dirigée par Alioune Diop, en 1953. Un premier roman Ville cruelle, sous le pseudonyme d’Eza Boto suit en 1954, publié aux éditions Présence Africaine.
Mais c’est en 1956 que la parution du roman Le Pauvre Christ de Bomba fait scandale par la description satirique qui est faite du monde missionnaire et colonial. Paraissent ensuite Mission terminée, 1957 (prix Sainte-Beuve 1958) et Le Roi miraculé, 1958. Il travaille alors pour la revue Preuves, pour laquelle il effectue un reportage en Afrique. Il travaille également comme maître auxiliaire au lycée de Rambouillet.

En 1959, il est nommé professeur certifié au lycée Henri-Avril à Lamballe. Il passe l’agrégation de lettres classiques en 1966 et enseigne au lycée Corneille de Rouen de cette date jusqu’en 1994.

En 1972, il revient avec éclat à l’écriture. Publié par François Maspero, son livre Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation est censuré à sa parution par un arrêté du ministre de l’Intérieur français, Raymond Marcellin, sur la demande, relayée par Jacques Foccart, du gouvernement camerounais, représenté à Paris par l’ambassadeur Ferdinand Oyono.
Il publie en 1974 Perpétue et Remember Ruben. Après une longue procédure judiciaire, Mongo Beti et son éditeur François Maspero obtiennent en 1976 l’annulation de l’arrêté d’interdiction de Main basse sur le Cameroun.
En 1978, il lance, avec son épouse Odile Tobner, la revue bimestrielle Peuples Noirs Peuples africains, qu’il fait paraître jusqu’en 1991.

En 1991, Mongo Béti retourne au Cameroun, après 32 années d’exil. Il publie en 1993 La France contre l’Afrique : retour au Cameroun. En 1994, il prend sa retraite de professeur. Il ouvre alors à Yaoundé la Librairie des Peuples noirs.

Bibliographie :

Sans haine et sans amour, 1953.
Ville cruelle (publié sous le pseudonyme Eza Boto), 1954
Le Pauvre Christ de Bomba, 1956.
Mission terminée, 1957.
Le Roi miraculé : chronique des Essazam, 1958.
Main basse sur le Cameroun : autopsie d’une décolonisation, 1972
Perpétue et l’habitude du malheur, 1974.
Remember Ruben, 1974.
Peuples noirs, peuples africains, 1978 - 1991
La Ruine presque cocasse d’un polichinelle, 1979.
Les Deux Mères de Guillaume Ismaël Dzewatama, futur camionneur, 1983.
La Revanche de Guillaume Ismael Dzewatama, 1984.
Lettre ouverte aux Camerounais, ou, La deuxième mort de Ruben Um Nyobé, 1986
Dictionnaire de la négritude avec Odile Tobner et la participation de collab. de la revue Peuples noirs - Peuples africains, 1989
La France contre l’Afrique : retour au Cameroun, 1993
L’Histoire du fou, 1994.
Trop de soleil tue l’amour, 1999
Branle-bas en noir et blanc, 2000.
Mongo Beti à Yaoundé, textes réunis et présentés par Philippe Bissek, 2005
Africains si vous parliez, 2005
Mongo Beti parle : Testament d'un esprit rebelle, 2006







Le Pauvre Christ de Bomba

Le Révérend Père Drumont, dit RPS pour Révérend Père Supérieur est un missionnaire français venu en Afrique pour évangéliser Bomba et sa région, le pays des Tala, au Cameroun. Ayant refusé de voir pendant trois ans les habitants de ces villages parce qu’il refuse la polygamie, il se remet en route, accompagné de son jeune cuisinier Zacharie et de son enfant de chœur Denis, âgé de 15 ans, qui est aussi son boy… et le narrateur du roman. Le RPS est en vélo tandis que les deux jeunes marchent sur les pistes.

Les femmes chrétiennes, promises au mariage, sont tenues de vivre à la « sixa », une sorte de foyer basé à la Mission de Bomba, tenu par des hommes. Cette sixa a été instaurée par le RPS, présent en Afrique depuis plus de 20 ans, qui espère lutter contre la polygamie et ramener les Camerounais de la région au catholicisme et à Dieu.

Zacharie, mi-ange, mi-démon, est l’autre personnage principal qui ne mâche pas ses mots et qui joue un rôle important, rôle non négligeable dans les actions du RPS.

Chaque jour correspond à une étape dans un village ou une petite ville, où le père Drumont se rend chez le cathéchiste, puis à l’église ou ce qu’il en reste, pour évangéliser les indigènes ou les ramener sur le droit chemin. C’est un personnage sévère, qui croit dur comme fer à ce qu’il entreprend, ne se remettant jamais en cause. Il refuse qu’une route soit construite, assurant que la population serait asservie pour la construire, sa priorité étant la cause de Dieu.

Nous sommes en pleine période du colonialisme, le roman se déroule dans les années 1930. La mission s’avère un échec total, un constat dramatique. Sous la plume de Mongo Béti, ce drame prend un tel relief... Non seulement la mission a été un échec mais elle a causé tant de dégâts, engendré tant d'horreurs.

Mon résumé n'est qu'une gouttelette d'eau qui ne rend pas l'intensité de ce roman. C'est un livre magnifique que je viens de lire et je ne compte pas en rester là avec Mongo Béti. Je vous le conseille !


mots-clés : #colonisation #religion


Dernière édition par Flibustière le Sam 3 Déc - 22:52, édité 1 fois
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Re: Mongo Beti

Message par Barcarole le Sam 3 Déc - 21:24

Voici quelques extraits du livre Le Pauvre Christ de Bomba :

Page 39 : lors de la mission contre la polygamie dans le pays des Tala :

[Le catéchiste s'adressant au RPS] :
"-- Ils disent que ça n'est pas possible, a repris le catéchiste, tu dois leur cacher quelque chose. Et tous les Blancs qui, à la ville, vivent en concubinage avec de mauvaises femmes, as-tu jamais été fulminer contre eux ? Bien plus, tu leur touches la main, tu vas à leurs invitations et c'est dans leurs voitures qu'ils te reconduisent à Bomba. Et cependant tu voudrais qu'après le baptême, les Noirs cessent de fréquenter ceux des leurs qui ne sont pas des chrétiens. Tu es même un homme très dangereux, car si l'on t'écoutait, les femmes quitteraient leurs maris, les enfants désobéiraient à leurs pères, les frères ne se regarderaient plus et bientôt tout serait sens dessus dessous. C'est ce qu'ils disent, mon père.
Là, le RPS est resté silencieux ; il pinçait ses lèvres et tirait sa barbe. Il avait les joues affaissées et les yeux bouffis, exactement comme ce matin à Mombet, pendant la palabre. Ah ! oui, la fameuse palabre de ce matin à Mombet..."

Page 93 : lorsque le RPS en mission ne tolère pas qu'une fête se déroule dans un village :

[Le narrateur, l'enfant de chœur du RPS décrit la scène] :
"Tout à coup, nous avons débouché sur la place, une très grande place. C'était devant la maison du chef, dont le toit de tôle ondulée brillait au clair de lune. Les femmes formaient un vaste cercle autour des tam-tams près desquels deux filles se tortillaient, presque nues ; et les autres femmes battaient des mains en cadence. De temps en temps, une femme faisait entendre un long cri de sirène, pour exciter les deux filles qui dansaient en se tortillant comme des vers de terre. Les hommes contemplaient la scène avec avidité, assis le long de la véranda du chef, devant les murs pâles. Ils ne nous ont pas vite reconnus, parce que de loin, le RPS, qui avait retroussé sa soutane sur les jambes et sur les bras, n'avait pas l'air d'un prêtre.
Et soudain ils ont réalisé. Les femmes et les enfants se sont égaillés avec des cris de poussins effrayés. Sur la véranda, les hommes n'ont pas bougé. Ils nous regardaient ; et comme la maison est construite sur une plate-forme élevée, ils nous regardaient d'en haut.
Le RPS n'a pas hésité ; il s'est précipité sur les xylophones rangés un peu à l'écart ; il les a mis en miettes. Ensuite, il s'en est pris aux tam-tams ; mais ils sont plus difficiles à briser. Le RPS saisissait un tam-tam à pleins bras ; il le soulevait et le laissait retomber avec un cri terrifiant. Il n'avait pas réussi à briser un seul tam-tam lorsque le chef a surgi de la case comme une grosse bête furieuse.
[...]
-- Frères, laissez-moi le tuer, je vous en supplie ; laissez-moi vous débarrasser de cette peste de prêtre, de ce malheur de Blanc. Je vous en supplie, frères, laissez-moi écraser cette sale vermine sous mon seul pied gauche et vous n'en entendrez plus jamais parler. Qu'est-il venu ficher dans notre pays, je vous le demande ? Il crevait de faim dans son pays, il s'amène, nous le nourrissons, nous le gratifions de terres ; il se construit de belles maisons avec l'argent que nous lui donnons ; et même nous lui prêtons nos femmes pendant trois mois" [les femmes devant aller à la "sixa", foyer créé par le RPS à Bomba, soi-disant pour les protéger mais ressemblant plutôt à des femmes prises en otage].
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Re: Mongo Beti

Message par Armor le Sam 3 Déc - 22:29

Un auteur africain que je en connaissais pas, ton commentaire donne très envie de le découvrir !
On semble en apprendre beaucoup sur la vie quotidienne et les coutumes de cette région des Tala, non ?
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Re: Mongo Beti

Message par Barcarole le Sam 3 Déc - 22:48

On en apprend sur cette région (comme dans d'autres régions d'Afrique) que le colonialisme a fait beaucoup de dégâts, et que les évangélisateurs donneurs de leçons n'ont pas compris grand-chose.
La mission est vouée à l'échec, et ce livre décrit la vie et les coutumes des Tala, et comment ceux qui voudraient les éduquer vont faire plus de mal que de bien.
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