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Liliane Wouters

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Message par animal le Dim 22 Jan - 21:58

Liliane Wouters
(1930 - 2016)


Liliane Wouters 27377010

Liliane Wouters, née le 5 février 1930 à Ixelles (Belgique) et morte le 28 février 2016 à Gilly, est une poétesse, auteur dramatique, traductrice, anthologiste et essayiste belge.

Son premier recueil de poésie, La Marche forcée, paraît en 1954 en Belgique, et reçoit un bon accueil, confirmé pour les œuvres suivantes de poésie. C'est après avoir fait la connaissance d'Albert-André Lheureux et de son théâtre de l'Esprit Frappeur qu'elle occupe une place au théâtre. Son attachement à la région de Flandre, ses études sur les béguines et leurs textes mystiques, ont également retenu l'attention.
Elle est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, de l'Académie européenne de poésie, et de la Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal- en Letterkunde.
Liliane Wouters est morte le 28 février 20166. La messe de funérailles eut lieu en l'église Saint-Lambert à Jumet-Hamendes, suivie de l'inhumation au cimetière de Ransart-Bois.

Source : wikipedia.org

Plus intéressant : Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique

Bibliographie :

La Marche forcée, poésie
Le Bois sec, poésie
Belles heures de Flandre, adaptation de poèmes (Poésie flamande du Moyen Âge)
Oscarine ou les tournesols, théâtre
Guido Gezelle, essai et adaptation de poèmes
Le Gel, poésie
La Porte, théâtre
Bréviaire des Pays-Bas, adaptation de poèmes (Poésie flamande du Moyen Âge)
Reynart le Goupil, adaptation du poème du moyen néerlandais
Panorama de la poésie française de Belgique, anthologie
Vies et morts de Mademoiselle Shakespeare, théâtre
Terre d'écarts, anthologie, en collaboration avec André Miguel
La Célestine, adaptation (d'après Fernando de Rojas), théâtre
Le monument (un acte du spectacle collectif Le 151e), théâtre
La mort de Cléopâtre (un acte du spectacle collectif Cléopâtre), théâtre
Autour d'une dame de qualité, théâtre
La salle des profs, théâtreÉditions Jacques Antoine, 1983 (rééd. Bruxelles, Éditions Labor).
L'Aloès, poésie
Parenthèse, poésie
Ça rime et ça rame, anthologie pour les jeunes
L'Équateur, théâtre
L'Équateur, suivi de Vies et Morts de Mademoiselle Shakespeare, théâtre
Charlotte ou la nuit mexicaine, théâtre
Journal du scribe, poésie
Le jour du Narval, théâtre
La poésie francophone de Belgique, avec Alain Bosquet, anthologie (4 tomes)
Tous les chemins conduisent à la mer, poésie
Le Billet de Pascal, poésie
Le siècle des femmes, avec Yves Namur, anthologie
Changer d'écorce, poésie
Poètes aujourd'hui : un panorama de la poésie francophone de Belgique (avec Yves Namur), anthologie
Paysage flamand avec nonnes, mémoires
Le Livre du Soufi, poésie
Derniers feux sur terre
Trois visages de l'écrit

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Message par animal le Dim 22 Jan - 22:40

Liliane Wouters 319_l210

Paysage flamand avec nonnes

quatrième de couverture a écrit:
« J’ai contemplé le réveil de la nature en bien d’autres lieux, certains admirables, en Bretagne, dans les landes couvertes de genêts, en Autriche, au milieu d’alpages où des dizaines de ruisseaux couraient sur la mousse, près des lacs italiens, quand le moindre souffle d’air apporte des parfums suaves. Mais, à chaque printemps, c’est à ceux de Giesland que je pense. Non qu’ils me semblent avoir été plus beaux mais quand je connus le premier, la guerre allait se terminer et je venais d’avoir quinze ans.

Quelques mois auparavant, en 1944, début octobre, j’avais fait mon entrée à l’école normale. Les troupes alliées avaient délivré la plus grande partie de la Belgique, mes débuts à l’internat coïncidaient avec le retour de la liberté. Enfin, celle du pays. J’ignorais que la mienne serait fortement compromise, et pour longtemps. »

Cette autobiographie légèrement romancée de l'auteur a été une belle découverte et un moment de grand plaisir pour le lecteur que je suis. Souvenir de mon escapade bruxelloise de l'année passée devenu coup de cœur et porte possible sur un monde.

J'aime l'écriture au passé, fluide. Le classique discret merveilleusement bien écrit m'enchante et ce livre m'a donné ça. Et le retour sur les souvenirs dans ce récit adulte d'une adolescence studieuse fourmille d'intelligence et d'ironie. Une ironie douce pour les êtres qui sait se faire plus accusatrices pour des dérives institutionnelles. Un regard sensible sur une page d'histoire de l'Europe avec l'immédiate après-guerre et en filigranes des mutations durables dans la société. La construction d'une personnalité et l'élaboration d'une vocation double d'enseignante et d'écrivaine.

Sans oublier la Belgique, plurielle, parfois déroutante (y compris pour ses habitants ?) mais profondément vivante. Ce récit est une porte sur ce pays et la biographie de l'auteur une autre porte possible sur sa culture et sur sa poésie.

Un livre bien écrit, intelligent, malicieusement agréable qui témoigne d'une forte personnalité. Lecture parfaite, généreuse, ouverte... je ne sais pas quoi ajouter et je n'ai rien à regretter. Je suis un lecteur comblé.

Je suis curieux aussi de découvrir plus en avant l'éditeur : espace nord

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Message par Bédoulène le Lun 23 Jan - 8:49

je note me fiant à ton ressenti Smile

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Message par bix_229 le Lun 23 Jan - 14:47

C' est Maryvonne qui t' a influencé, avoue !
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Message par animal le Lun 23 Jan - 22:47

Même pas, mais j'espère bien qu'elle aura l'occasion de lire ce livre !

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Message par Nadine le Dim 5 Fév - 14:29

Mince, rien d'elle à la médiathèque. Crotte.
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Message par animal le Dim 5 Fév - 18:14

j'ai peur qu'elle n'envahisse pas les rayons.

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Message par Armor le Mar 19 Fév - 19:25

Liliane Wouters 319_l210

Paysage flamand avec nonnes


Dès l'âge de quatorze ans, Liliane Wouters a intégré l'école normale de Giesland, tenue par des religieuses, considérée à l'époque comme « L’Université des pauvres ».  A commencé alors une vie en vase clos, entièrement dédiée à l'étude et à la piété.
Aujourd'hui encore, Lilane Wouters s'étonne d'avoir aussi bien supporté cet univers très strict, où le simple fait de courir dans les couloirs ou de mettre un chapeau au squelette de la salle de biologie vous valait des points de mauvaise conduite... C'était une existence à la dure : en hiver, l'eau des brocs gelait dans les chambres, la nourriture était parcimonieuse, parfois peu ragoûtante (il n'était pas rare de collecter des vers dans les petits pois...), et les principes de vie immuables. Les jeunes filles étaient sous surveillance constante ; on veillait bien à ce qu'elles ne soient pas en contact avec la gent masculine, ne serait-ce que par écrit, à ce que leur âme ne soit pas corrompue par la lecture d'auteurs subversifs (même le pauvre Stefan Zweig était mis à l'index), et à ce qu'elles ne développent surtout pas entre elles "d'amitiés particulières". Des idées appliquées à la lettre. Ainsi, lorsqu'une partie de l'école fut réquisitionnée à la fin de la guerre pour abriter un régiment de soldats écossais, on s'empressa de passer à la chaux les carreaux de toutes les fenêtres pour éviter que les élèves ne soient troublées par la vue de ces messieurs. (Ce qui n'empêcha pas l'une des religieuses de disparaître après avoir connu le plaisir de leur compagnie...)

Si les conditions de vie à l'école normale furent parfois pesantes pour des jeunes filles pressées de prendre leur envol dans le monde, ce fut aussi une sorte de cocon où se nouèrent des amitiés indéfectibles, et où l'auteur développa son goût pour l'écriture et l'enseignement. La poétesse Liliane Wouters sait ce qu'elle doit à ses rêveries du soir, lorsque, privée comme ses camarades de lecture, elle attendait en vain le sommeil dans le noir...
Sous sa plume défile toute une galerie de portraits, tour à tour humoristiques, chaleureux ou véhéments. Il y a ceux qu'on admire, ceux qu'on craint, ceux qu'on déteste et ceux qu'ont plaint. Ceux dont on se moque, ceux qui intriguent... Et puis ceux qui vous marquent à jamais. Liliane Wouters nous décrit tous ces petits riens d’une écriture classique et sensible. Il s’en dégage un charme tout particulier, une sorte de douce nostalgie mâtinée de tendre ironie, et c’est ma fois bien agréable à lire.

Merci Panda pour la découverte !


Dernière édition par Armor le Dim 24 Fév - 0:36, édité 3 fois

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Message par Armor le Mar 19 Fév - 19:25

Je ne résiste pas au plaisir de vous copier l'un des passages les plus savoureux. Cet abbé original (et d'une ouverture d'esprit peu commune à l'époque) est sans conteste l'un des personnages les plus marquants du livre.

(...) Me tourmentaient des espoirs de vocation cultivés par soeur François Xavier. L'idée d'entrer au couvent faisait plus que m'effleurer. (…) Aussi, mes péchés à peine avoués, tandis que l'abbé s'apprêtait à m'absoudre, je lui lançais tout à trac que je pensais à entrer au couvent. Immobilisant le bras bénisseur, il jeta sur moi un regard furibond et m'ordonna d'aller l'attendre derrière la sachristie.
Comme il mettait autant de célérité à confesser qu'à célébrer la messe, il fut bientôt là. Et n'y alla pas par quatre chemins. « Alors, comme ça, tu penses au couvent ? Mais tu y mettrais le feu en moins de six semaines ! Promets-moi, mon enfant, promets-moi de ne jamais y entrer sans ma permission. »

C'était mon confesseur, ce que nous appelions un directeur de conscience. Ma conscience ne se rebiffa guère, je promis ce qu'il voulut. Et m'aperçus qu'au fond, cela m'arrangeait, que ma vocation religieuse était peu marquée, que j'étais assez attirée par le monde, malgré les pompes et les oeuvres qui nous y guettaient, peut-être même à cause d'elles. Toujours furibond, l'abbé soliloquait maintenant en néerlandais, ignorant sans doute que je pouvais le comprendre : « Elles ne changeront donc jamais. Elles tenteront toujours d'attirer ces pauvres gamines avant que leur aient poussé les dents de sagesse ! Amaai ! Amaai ! » (expression anversoise intraduisible). Puis, revenant au français : « Sais-tu quel âge avait soeur Clémentine quand elle est entrée au couvent ? Seize ans ma petite, seize ans ! » Et comme je lui faisais remarquer que soeur Clémentine paraissait heureuse : « Mais elle l'est, rugit-il, elle l'est. Comment ne le serait-elle pas ? Elle croit en Dieu. Elle aime son travail. Et elle n'a jamais connu autre chose. Seulement toi, tu n'es pas soeur Clémentine. »

Il me contempla longuement, l'air soucieux, puis s'en alla sans cérémonie et je l'entendis encore bougonner : « Le feu en moins de six semaines, amaai. Le feu ! » me laissant assez perplexe quant à un avenir qui s'annonçait si brûlant.

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Message par animal le Mar 19 Fév - 21:22

Voilà qui fait plaisir. cat

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Message par Bédoulène le Mar 19 Fév - 22:37

merci Armor,ton commentaire est bien tentant !

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Message par bix_229 le Ven 8 Mar - 15:43

Terrible adolescence.

Moi non plus je ne permettrai

à personne de dire : le bel âge.

Jours d'acné juvénile et de tourments,

temps de faim, disette de guerre,

les souliers éculés, les pages

couvertes dans les marges, faute de papier,

le vrombrissement sourd des bombardiers,

le froid qui crevasse les pieds,

les rats de la peur dans le ventre,

et puis la faim, toujours la faim, la faim au centre

de tout, la faim aux mâchoires de bête

qui dénude l'os et fait voir

le dessin ligneux de la tête

où ne subsiste qu'un regard.

J'étais poète et nul ne le savait, même pas moi.
Assise au bord des chaises, rien qui disait le permanent malaise, l'être en sommeil où la pâte levait.
Aucune trace sur le front, aucun indice.
Nul pour me dire : mon enfant, ma sœur,

pour mettre en garde : traitez-la avec douceur, détournez d'elle ce calice.

En plus, c'est une fille.
On en fera

peut-être quelque chose.
Institutrice ?

«
Il faut étudier jusqu'à dix-neuf ans,

après, on n'en a rien, le mariage,

On n'en a rien, pensez-y, bonnes gens ! »

Quand même !
Institutrice. «
On dit qu'elle aime

beaucoup enseigner aux enfants. »

(Mais ils vous pomperont jusqu'à la moelle !)

Va donc, institutrice.
En mon bel âge ingrat

je suis inscrite à l'école normale

au pensionnat des
Sœurs de
Gyzegem

dont la devise est :
Ora et labora.

Ora et labora,
Pascal !

Mon
Port-Royal, des murs de pierre grise

entre deux carrés de navets,

des nonnes à cornette, la bêtise

du règlement chaque jour que
Dieu fait

et l'aigrelette cloche de l'église

égrenant l'heure au vent mauvais.

Au vent mauvais qui jamais rien n'emporte plus loin que les glacials dortoirs.
L'eau gèle dans les brocs, le songe avorte dès qu'on le voit écrit au tableau noir.

Fondée par une dame d'oeuvres, la demeure s'appelait autrefois «
Spinhuis »*.
Les chères sœurs

y montraient à filer la laine

et à prier
Notre
Seigneur.

Avec le catéchisme, le tricot,

un peu de politesse, un brin d'hygiène,

et la façon de torcher les marmots

les pauvresses du voisinage

y acquéraient, en plus de bonnes mœurs,

la docilité des moutons mis au pacage.

Aujourd'hui, rouets et fuseaux

ont fait place aux livres de classe.

Les filles du pays d'Escaut

y débarquent de gros villages

en chapeaux gris souris, jupes à plis,

du saucisson dans leurs bagages,

de l'ambition dans le cerveau.

Champs de houblon près de la
Dendre,

peupliers des chemins de
Flandre,

les petits jardins de légumes, les

groseilliers qui servent de haies,

les champs dont chaque arpent a dû coûtet

son prix de sueur, de procès,

la morne terre en toute vers le sale

horizon, le grand ciel bouché,

l'herbe à vache, les prés à bouses,

le pont qui arrondit le dos, les douces

eaux lentes des canaux et leurs relents

de moisissure sous la pluie,

l'odeur suave du printemps,

les bourdonnements de l'été.

les saules têtards des ruisseaux,

les conciliabules d'oiseaux...

«
J'aimais tant les entendre » dit en mourant,
Gezelle, le poète.

Son nom veut dire « compagnon ».

Comme
Pouchkine, on ne peut le traduire.

L'un en russe dit ce que, dans leur sang,

depuis toujours, les
Russes traînent,

l'autre ce que ressent,

entre la dune blonde et le vent rude,

le peuple de la mer, de
Bruges à
Dixmude.

«
Gris-argent ses poèmes comme

la couleurs des images mortuaires. »

C'est ce qu'en pensait
Rilke.
Et je dirais

comme lui si je ne lisais

Gezelle qu'en français.

Tout son génie est dans sa langue, tout

ce qu'il a chanté ne se chante

que dans le doux parler de la
West-Flandre.

O krinkende winklende waterding !

Pas besoin de comprendre.

Les traducteurs pourront grincer des dents,

l'alouette parle alouette,

l'hirondelle hirondelle, le
Flamand,
Gezelle.

Non le raide jardin des calvinistes

bataves, la langue puriste

bien frottée au papier de verre,

mais celle de
Clémence, ma grand-mère.

Un bout de
Benoît
Labre un présumé morceau de la croix de
Notre
Seigneur, sûrement faux, mais vrai le signe, de la pointe du couteau

dessiné sur le pain, avant l'entame, et vrai celui qu'avec le pouce, tendrement, on nous imprimait comme un sceau fragile sur le front, sur l'âme, indélébile.

«
Les
Flamands, ces charrues qui croient en
Dieu »

disait, pour s'en moquer, un pamphlétaire.

Charrue je suis et resterai,
Monsieur,

les pieds solidement plantés en terre,

de la tristesse plein les yeux

mais le rire éclatant, l'appétit, gargantuesque,

priant aussi souvent que je travaille, ou presque,

— ora et labora, joie, joie, joie —

les étés, les hivers se suivent, moi

j'avance, les brouillards arrivent, moi,

j'avance,
Icare tombe, je vais mon

chemin, non pas cheval mais simplement

charrrue, un instrument docile, un bon

outil, qui sait la force d'être sans

pouvoir, de se vouloir toujours et seulement charrue

mais par la main du
Laboureur tenue.


C'était juste un extrait (Mémorial). C'est juste fabuleux !
Merci à l'animal, je vais en savoir plus !
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Message par animal le Ven 8 Mar - 23:01

Et merci à toi, j'étais curieux de découvrir sa poésie et voilà qui répond en partie à la question et c'est un très bel extrait. Liliane Wouters 3481408968

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Message par bix_229 le Ven 8 Mar - 23:49

Et qui montre clairement que la poésie n'a pas besoin d’être ampoulée,
amphigourique, abstruse, abstraite, pour être.
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