Georges Brassens : Lettres à Toussenot

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Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Message par Marie le Lun 23 Jan - 1:05

Georges Brassens
(1921-1981)



Georges Brassens, est un auteur-compositeur-interprète français, il marqua de son empreinte la chanson française.

Ses parents férus de musique lui font découvrir ce plaisir de la vie. Au même moment, George découvre la poésie dans le cours d'Alphonse Bonnafé, son professeur de lettres au collège de Sète. Des auteurs comme Ray Ventura, Trénet, Django Reinhardt, Baudelaire, Villon, Verlaine, Mallarmé, Hugo, sont pour lui autant de sources d'inspiration.

A l'âge de 20 ans, il décide de monter sur Paris mais en 1940, la guerre éclate. Sous l'occupation, il est réquisitionné pour le STO (Service du travail obligatoire) et doit se rendre à Basdorf en Allemagne. Il y rencontre son assistant et ami de toujours Pierre Onténiente. A la fin de la guerre, il se cache chez Madame Jeanne au 9, impasse Florimont, sans gaz, sans eau ni électricité. Brassens y restera vingt-deux ans.

Le 8 mars 1952, il rencontre Patachou, qui tient un cabaret en vogue, sur la butte Montmartre. Depuis quelques temps, le jeune Brassens fait le tour des cabarets parisiens pour soumettre ses chansons à d'autres interprètes car il a un trac fou sur scène. Mais Patachou insiste. Et c'est en ce mois de mars 1952 que George Brassens fait ses vrais débuts, accompagné de son contrebassiste Pierre Nicolas dont il ne se séparera plus.

Jacques Cannetti, lui permet alors d'enregistrer quatre 78 tours chez Polydor. C'est la fin de la galère. Il multiplie les contrats et fait chaque soir le tour des cabarets. Les années 50 permettent à Brassens d'accéder au succès. Bon vivant, il aime réunir ces amis autour de grandes tablées. On pouvait notamment y croiser Lino Ventura, Jacques Brel, Boby Lapointe ou encore Raymond Devos. Il obtient le grand prix de poésie de l'Académie française en 1967.

Le 6 janvier 1969, à l'initiative du magazine Rock & Folk et de la radio RTL, Georges Brassens participe à un entretien historique avec Léo Ferré et Jacques Brel, deux géants de la chanson française.

De son vivant Brassens publie une douzaine d'albums : La Mauvaise Réputation (1953), Les Amoureux des bancs publics (1954), Chanson pour l'Auvergnat (1955), Je me suis fait tout petit (1957), Le Pornographe (1958), Le Mécréant (1960), Les Trompettes de la renommée (1961), Les Copains d'abord (1964), Supplique pour être enterré à la plage de Sète (1966), etc.








Lettres à Toussenot
1946-1950
Textes rassemblés par Janine Marc-Pezet
Edition Textuel

Ami indéfectible et indécrottable, le jeune Georges Charles Brassens a entretenu une correspondance enthousiaste avec Roger Toussenot, journaliste rencontré dans les couloirs du journal Le Libertaire.

Les liens sont forts et les échanges sont exaltés, Brassens allant jusqu’à écrire à Toussenot : « Toi, tu es l’ami du meilleur de moi-même. »

Cette correspondance a été confiée à Janine Marc-Pezet par Pierre Ontoniente, secrétaire et également ami de Brassens. C’est Toussenot lui-même qui a opéré, fin 1954, une sélection dans les lettres qu’il a reçues de son ami, afin d’éclairer « plus réellement l’invisibilité d’un grand poète de la révolte et de la mort ».

Dans cette édition, seules les lettres de Brassens sont reproduites. Elles permettent de suivre fidèlement une période charnière dans la vie de l’artiste.

De 1946 à 1952, il passe d’une vie de reclus et de disette aux premiers succès : le premier album 33 tours (La mauvaise réputation) sort en 1953.

A ce moment-là, pourtant, le chanteur ne pense qu’à une chose : aider les « bons copains » qui ont partagé les jours de vache maigre depuis 1944.A cette date en effet, le jeune poète décide de ne pas retourner au travail obligatoire en Allemagne.

Il se cache 9 impasse Florimont, chez Jeanne Le Bonniec (La Cane de Jeanne ;Chez Jeanne et Marcel Planche (Chanson pour l'Auvergnat ). Cette impasse a été un lieu de maturation pour Brassens. Tandis que son ventre crie famine, il s’insurge déjà contre les cons, les flics, les gens vertueux, les faux libertaires et les vrais imbéciles. Roger Toussenot devient, à distance, son oxygène, sa nourriture, lui qui apporte ou envoie des victuailles et surtout matière à alimenter et faire mûrir l’esprit du texte tel que Brassens le défendra quelques années après : « C’est toi, abominable philosophe, qui m’excites, qui me pousses, qui prend un plaisir sadique à me faire penser, à me rendre intelligent ! Comme si le fait d’être ne suffisait pas à un homme de ma condition, il faut encore que tu m’obliges à survoler, bandit ! ».

Au fil des lettres, le chanteur naissant rencontre les auteurs de textes qu’il mettra en musique, débat à propos des thèmes qui lui tiennent à cœur : « La chanson un art mineur? Ou quelque chose dans ce goût-là...? Il y a des chansons mineures, voilà tout. C’est un préjugé. » ; et surtout, d’un œil à la fois indulgent et exigeant, il regarde évoluer ses amis et le monde qui l’entoure. Pour les croquer, plus tard, d’un trait de plume et de quelques accords de guitare.

Par quels hasards de la vie Brassens est-il devenu un célèbre auteur-compositeur-interprète et Toussenot un homme de belles lettres et de belles pensées de son temps mais inconnu, tout du moins du grand public ? Brassens croyait plus en son ami qu’en ses propres chansons : « Ces conseils, en vérité, c’est à moi plutôt qu’à toi que je les adresse. Sans doute ai-je confiance en moi, mais je crois encore bien plus à ta résistance qu’à la mienne. ».

Sur fond de tableau d’après-guerre, une question sous-tend cette correspondance : combien de Toussenot un artiste rencontre-t-il dans sa vie pour devenir ce qu’il est ?

Combien faut-il de personnes réelles pour qu’un univers artistique se forme, sorte de l’impasse et voie le jour ; la postérité ne retenant souvent que le nom d’un seul être humain ?

Les acteurs de la pièce qui se joue dans ces pages savaient-ils qu’un seul d’entre eux serait l’élu -heureux et malheureux- et deviendrait porteur d’un esprit, l’esprit du temps, et de leurs interminables discussions sur la poésie, l’époque et l’avenir du monde ?

Hymne à l’amitié et à la création, à travers ce recueil, on comprend qu’aimer un artiste, c’est aimer, à travers lui, tout l’univers qui l’a fait naître.

Sources: Pierre Bachy

Ces lettres de Georges Brassens nous éclairent sur ses goûts littéraires, sur son écriture et son goût des mots , mais aussi sur l'état de misère dans lequel il vivait chez la fameuse Jeanne, qui l'avait accueilli.
Souvent, il écrivait, mais le problème était de poster la lettre, car personne n'avait les moyens d'acheter un timbre...
Quand nous ne mangeons qu’une fois (et encore c’est une façon de parler) toutes les quarante-huit heures, il ne m’est pas possible de t’adresser du courrier car les forces me manquent et je ne m’occupe que de vie intérieure et de soucis de surface»
(août 1949).

Extraits:

Paris, 2 juillet 1948

.....
Ceci- dit, et pour être emmerdant, j'ajouterai que ton entêtement à engueuler les cuistres me fait peur. Je sais bien que la majorité des hommes " a tué les restes de son enfance", " a trahi sa jeunesse", etc ( Toussenot dixit). Corne d'Auroch le sait. Quelques autres le savent. Mais la multitude, elle, ne peut pas le savoir. Alors pourquoi le dire? Besoin de véhémence? Soulagement physique? Pourquoi l'écrireplus précisément? Te voilà maintenant en contradiction avec tes théories! Oui, je sais aussi que Baudelaire considérait le droit de se contredire comme une noble nécessité de l'homme bien né. De même, n'est -ce-pas toi qui me l'a appris? Valéry posait comme condition d'existence de l'Esprit la possibilité de contradiction. Oui, bien sûr! Mais quand même, quelle fatigue inutile! Tes insultes sont encore un hommage à leur connerie! Chacune de tes polémiques ( excellentes d'ailleurs, beaucoup trop excellentes) est un poème fracassant à la gloire de la bêtise humaine. Il est pour le moins savoureux de voir de voir un type très intelligent se préoccuper à ce point de la sottise et de la médiocrité de la société de son temps. Pour un homme de valeur, il n'y a pas de connerie, il ne doit pas y en avoir! Tu vois trop la vérité, tu désenchantes tout ce que tu touches. Tu es le destructeur de tes trésors, malheureux! Plus je te connais, plus je sens qu'il y a du Nietzsche dans ta nature.
Tu parles, tu parles de façon éblouissante certes, mais tu parles et tu ne devrais que chanter. CHANTER, comprends-tu? Vois-tu, tu es trop violent avec les imbéciles, trop intégral. Pourquoi ne pratiquerais-tu pas la théorie de la non-violence? Ils sont cons, c'est un fait, mais que veux tu y faire? Tu ne dis rien aux aveugles qui ne voient pas. Alors! Crois moi, laisse les sots à leur sottise. Crée des fêtes. Pense à tes amis.
Trouve la paix. Redécouvre les voluptés perdues. Deviens l'artisan de ton âme, le musicien de ton silence, l'écrivain de ton génie. Et excuse moi de te souhaiter avec un autre comportement. Tu sais bien que mon amitié n'a rien à voir avec les conseils que je te donne. Tu es: cela suffit. Le reste est littérature!
...
Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges


Il pleut et je reviens tout seul de voir le tableau de Paris voilé de brume. Je hante la bibliothèque. J'y admire les merveilles du monde et la mesure sublime de ce que les hommes pourraient faire s'ils ne devenaient pas des grandes personnes.
C'est Chamfort qui mettra la dernière main à cette lettre en disant pour nous: " Il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit; il n'y en a pas pour le coeur."
p81

Paris, jeudi 8 juin 1950

Mon cher vieux,

Je crains que tu n’attaches trop d’importance aux diverses critiques que je te prodigue depuis quelques temps. Il se peut que je me trompe en jugeant l’expression de ta pensée. Cela m’est déjà arrivé. Et cela m’arrivera encore. Je suis parfois étourdi…..Je vais aborder maintenant un sujet qui me tient à cœur : les rapports des mots et des idées. Ne commence pas par me dire que tu es d’accord. Je ne te demande pas ton avis, que je connais ; je te donne le mien. D’abord, chez moi,le mot a une importance capitale. J’ai appris des mots qui ont fini par devenir des idées. Les mots me plaisent par leur son, par ce que tu appellerais « la musique extérieure ». Je ne veux plus savoir les noms de ceux qui m’ont poussé dans cette voie. Parmi les contemporains du surréalisme, il y a Max Jacob en particulier. Jacob a dit à quelque chose près : « Le sens des mots a moins d’importance que le son ( l’euphonie) ». Et ceci est capital. Mais, cependant, il faut tenir compte que l’un des poètes que j’estime le plus se nomme La Fontaine et que, de ce fait, j’entends tout de même tirer de chacun de mes mots le maximum de signification, ou, si tu aimes mieux : d’ironie, de saveur ,et même de morale. Verlaine a exprimé les mêmes concepts dans ce poème que tu prises plus que les autres, me semble-t-il : « De la musique avant toute chose… » …Chez toi, ce sont les pensées, les idées déjà pensées qui créent les mots. Tu es sans doute meilleur penseur que moi ! Je pense en mots ! Et si j’étais seulement sculpteur, je ferais comme le héros du conte de Wilde, je penserais en bronze. Comprends moi : les idées ne m’émeuvent réellement qu’à travers un autre ( comme toi). Dans mon alchimie, c’est l’émerveillement de l’image obtenue qui me rend reconnaissant envers la pensée à l’instant précis où je me sens plus profond, plus réel. Mon langage est l’incantation, comme Villon. Le tien est l’aphorisme, l’axiome ou la prose philosophique. A longueur de journées, en haussant les épaules, je me dis des trucs philosophiques que je ne juge pas nécessaire d’écrire, tandis que toi, à longueur de journées, tu contes de ravissantes choses, non moins philosophiques certes mais libérées de l’ambition terrible du mot « philosophique » a priori, et que tu ne juges pas digne de figurer dans tes cartons.
De cette différence de nature vient notre affectueux antagonisme. Bon, tu vas venir. Je m’expliquerai mieux lorsque tu seras en face de moi. L’important, a dit Léautaud, n’est pas de faire des chefs-d’œuvres, c’est de se donner du plaisir. Idée peu grandiose, j’en conviens, peu faite pour un Michel-Ange dont tu sembles connaître les vers traduits en français ( où les as-tu-pris ?)mais pleine de piquant et pas sotte . Je pense comme Léautaud et j’écris au jour le jour, en amateur. Bonaffé appréciait beaucoup mon manque de spécialisation et cette fantaisie grave. Je ne suis rien avant la lettre, je n’ai pas de doctrine, d’idée vivant plus longtemps que les roses, et j’aime que tu diffères de moi. Récréation chaque jour, mort chaque nuit, et résurrection obligée par le souffle invisible qui fait que nous nous rencontrons à travers l’espace et le temps…

Je t’embrasse

Georges
p179-180

Toute la charpente de son oeuvre est dans ces lettres... écrites avec humour, poésie et une grande sincérité.
Un très beau livre pour qui aime Georges Brassens.



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Marie

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Re: Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Message par Tristram le Lun 23 Jan - 1:39

Très intéressant, Marie, notamment la dernière lettre, sur l'euphonie.

J'ai trouvé cela sur l'ami philosophe en question (mais pas d'autre trace de son oeuvre écrite) :

Roger Toussenot (1926/1964) Ami d’Abel Gance, il se voue à l’écriture de ses « fragments ». Brassens l’implique dans le projet du « Cri des gueux », et le surnomme « le Huon de la Saône » Leur rencontre aura lieu quai de Valmy, au siège du Libertaire, en 1946, rencontre entre un philosophe et un futur poète…De cette grande et pure amitié libertaire, naîtra une riche correspondance de Georges à Roger , d’octobre 1946, à mai 1952.Brassens alors rédacteur au Libertaire, propose à la direction qui les refuse, des articles de Toussenot. N’appréciant pas cette « censure », il quitte définitivement le journal en janvier 1947.
Lettre à Toussenot du 2 octobre 1946: « ….Il ne faut pas m’en vouloir. Ce n’est pas ma faute si la semaine dernière tes articles sur Mauriac et Raimu ont été évincés. J’avais l’intention bien arrêtée de les passer….
« Fragments » de Toussenot (1956?) « …A travers ce siècle de crétins qui profitent du fait que la chanson est devenue exagérément un genre littéraire, les seuls- et très rares vrais chanteurs dignes de considération sont évidemment des poètes, des continuateurs lyriques, des espèces de compositeurs intuitifs et bricoleurs, tels que Carco,Trenet, Ferré, et au-dessus de tous, Brassens. En toute diversité, ils constituent un héritage de Villon, de Marot, de Ronsard, de Verlaine, et de Jammes. Mais Brassens et le plus seul, il est le classique, le traditionaliste, qui fait bande à part. A la porosité d’une nature poétique, à une vibration interne, à une culture des mots et à une curieuse vocation à la tristesse, il applique un rythme étrange et une sorte de géométrie infiniment subtile de l’intervalle… »
« Fragments » de Toussenot, mars 1954 « …Que Brassens soit un grand poète, sa célébrité actuelle ne saurait me l’apprendre. (…) Jamais homme vivant et lyrique abstrait ne m’a autant bouleversé. Il est seul. Cette voix étrange contient toute la richesse tragique et profonde de Villon, la pitié philosophique de Shakespeare, et l’ardente poésie du sentiment anarchiste. Cet homme qui chante la révolte est un doux, ce pur poète, si dignement dépouillé, est une conscience… »

http://www.georges-brassens.fr/articles-de-presse.html
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Re: Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Message par Marie le Lun 23 Jan - 3:49

Tristram a écrit:mais pas d'autre trace de son oeuvre écrite
D'après ce que j'ai lu, il n'a jamais été publié.

Merci pour le site, il y a plein de choses intéressantes . Dont quelques articles du Libertaire à lire!
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Marie

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Re: Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Message par Bédoulène le Lun 23 Jan - 8:16

sur le lien de Tristram je vois les rencontres de Brassens, notamment Louis Lecoin qui s'est investi dans la défense de Durruti (l'une de mes dernières lectures)

je vais regarder de plus près

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Re: Georges Brassens : Lettres à Toussenot

Message par Nadine le Lun 23 Jan - 18:25

enial le dernier extrait, merci Marie !
Il est interessant et défend son gras tres adroitement. ça donne envie de lire tout.
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Re: Georges Brassens : Lettres à Toussenot

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