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Siri Hustvedt

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Message par Barcarole le Ven 20 Avr - 20:59

Siri Hustvedt - Page 2 Uuuuu10

Élégie pour un Américain


Siri Hustvedt nous livre un roman dont la description des situations est digne d’un entomologiste. Et j’ai bien aimé malgré une écriture qui, parfois, manque un peu d’air.

Erik Davidsen, psychanalyste, est le narrateur et son père, Lars Davidsen, vient de mourir. Avec sa sœur Inga ils doivent faire le tri dans le bureau de leur père pour classer les papiers, correspondances et écrits divers. Erik et Anna découvrent une lettre énigmatique qui semble inquiétante adressée à leur père par Lisa, une femme dont ils n’ont jamais entendu parler. Cette lettre mystérieuse pourrait laisser entendre que leur père est impliqué dans une affaire où quelqu’un est mort. Les documents présents dans le bureau n’ont pas été détruits, Lars Davidsen semblerait les avoir volontairement conservés pour qu’ils soient lus.

Erik est divorcé et se sent esseulé. Il décide de louer l’appartement du rez-de-chaussée à une certaine Miranda, une belle métisse « chocolat », et sa petite fille Églantine.

Inga, la sœur d’Erik, est divorcée de Max, un écrivain de renom avec lequel elle a une fille, Sonia, aujourd’hui jeune adulte. Max, l'époux tant aimé, est mort d’une maladie et Inga se retrouve veuve éplorée. Elle n’en a pas fini avec lui et va découvrir une autre facette de la vie de son mari et, là aussi, il faut mettre la main sur une mystérieuse correspondance.

Erik, sa sœur Inga et sa nièce Sonia, comme un trio soudé vont enquêter et chercher à en savoir plus sur l’énigmatique Lisa, et tenter de comprendre ce qui s’est passé et qui aurait pu impliquer leur père.

D’autres personnages entrent en scène, qui vont avoir chacun un rôle à jouer dans ces histoires parallèles ou entremêlées. On y croise les patients d’Erik dont les propos tenus en séance entrent en résonance avec sa propre vie, ses souvenirs, sa culpabilité. On y interprète beaucoup les rêves, ceux des patients, mais aussi d’Erik, d’Inga, de Sonia.

C’est un livre où chacun cherche à connaître quelque chose sur quelqu’un, un secret, des révélations.
Un livre où on cherche donc à percer des secrets, où l’on interprète beaucoup de rêves, où l'on résout des énigmes dans la ville de New York et où ressurgissent les souvenirs de la vie passée dans le Minnesota.

De son côté, la locataire d’Erik, Miranda, vivant avec sa fille Églantine, mène une vie qui semble trop discrète et compliquée, et va attiser la curiosité d’Erik et lui prendre une grande part de son esprit et de son temps.

Et puis, tout au long du livre, le journal de Lars Davidsen, soldat, nous accompagne, les combats font rage quelque part dans la mer des Philippines pendant la guerre, et la douleur d’être soldat quand un homme, à côté de vous, se fait tuer salement ; Siri Hustvedt nous restitue aussi des passages des souvenirs norvégiens avec le père et la mère de Lars (Ce journal est celui du père de Siri Hustvedt, comme elle l’explique à la fin du livre).

« Deux semaines environ après que nous avions débarqué, j’ai vécu une expérience dont il m’est pénible de me souvenir ou de parler. C’est la seule expérience du temps de la guerre qui me soit revenue de façon troublante dans des rêves où je la revivais. Nous étions quatre, brinquebalés dans une jeep sur un chemin rural. Le lieutenant Madden était l’un des quatre. Nous avons aperçu un officier japonais à une certaine distance. Nous le savions parce qu’il portait une épée de samouraï. Son attitude était étrange. Quand il s’est rendu compte que nous arrivions, il a couru se mettre à couvert à petits pas efféminés, sur la pointe des pieds. Il s’est tapi dans des feuillages, alors qu’il y avait de bien meilleures cachettes près de là. Nous l’avons entouré et puis nous avons avancé lentement. Le pauvre diable était visible de toutes parts. Il ne bougeait pas. J’espérais qu’il allait faire preuve de bon sens et se mettre debout en levant les mains. Il avait pris une position qui me semblait être de prière. Ce n’était que l’affaire de quelques instants avant que quatre canons de carabine viennent l’inciter à l’action. Ça le ferait sortir de sa transe. Alors deux coups de feu rapides ont claqué. Il n’a pas fait un bruit. Il a roulé sur le côté, très lentement. Il a eu quelques soubresauts, comme s’il avait voulu se tendre, et puis plus rien. Aucun d’entre nous n’avait remarqué qu’il s’était arrêté et qu’il avait pris une position de couverture, ce qui était la chose à faire. “Il allait saisir la grenade, nom de Dieu”, a été son explication. Il n’y avait pas de grenade. Il y avait un revolver, un Luger japonais, mais l’étui était solidement fermé.
Il est vain de prétendre savoir ce que l’on pensait à un moment comme celui-là. Il est possible que j’aie espéré un dénouement humain et que je me sois décomposé quand c’est le contraire qui s’est produit. Il est possible que j’aie eu le sentiment qu’on ne tire pas sur un homme en train de prier. Sa position de prière m’avait fort impressionné. J’ai perdu la tête et, au regard des principes militaires, je me suis mal conduit. J’ai enguirlandé le lieutenant, je lui ai dit qu’il méritait qu’on l’abatte, lui aussi… »
Siri Hustvedt recherche le détail, voire même une forme d’exhaustivité dans son propos. Les passages du journal du père sont émouvants. Mais il y a aussi beaucoup de bavardage, et la dernière partie du livre s’essouffle un peu. Les personnages sont nombreux, si l’on compte les patients d’Erik et les autres personnes qui gravitent autour des proches d’Erik, que je ne cite pas ici. C’est un livre d’atmosphère, peu elliptique. On y est !
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Message par topocl le Sam 21 Avr - 18:06

Un monde flamboyant

Siri Hustvedt - Page 2 418cgc10

Cela a déjà été raconté, Harriet dite Harry dans un hermaphrodisme assumé,  artiste plasticienne, veuve d'un marchand d'art riche, éclairé et célèbre, a vécu amoureuse dans l'ombre de celui-ci. Quand elle sort de sa dépression du deuil, elle désire enfin attirer à elle la reconnaissance qui lui est due, ou peut-être se venger de la reconnaissance qui lui a été refusée en tant que  femme, et femme de. Elle construit donc une supercherie en trois étapes, produisant des œuvres étranges, questionnantes, faussement attribuées à trois artistes  qu'elle protège : de jeunes hommes, justement.

L'éditrice supposée de "Un monde flamboyant " réunit un corpus dont l'élément dominant est constitué par les prolifiques carnets intimes de Harry, mais aussi par des témoignages recueillis auprès de ses proches (enfants, amie intime, compagnon des dernières heures : poète raté celui-ci) et de son entourage artistiques (artistes  évoluant dans son entourage y compris ses trois "masques", galeristes, experts, critiques d'art etc)

On procède donc par petites touches, petites découvertes, comme dans un travail de fouille archéologique. Cela donne un portrait  aux multiples facettes, parfois contradictoires,  de cette femme complexe, passionnée, névrosée, hyper-cultivée, provocatrice mais sans doute peu à même d'assumer les conséquences de cette provocation.

Si on peut se dire bêtement au début de la lecture que Harry est un double de Siri, on en revient vite. Il s'avère rapidement que non, qu’elle n’est "au pire" que ce que Siri aurait pu être. Car Siri Hustvedt, si elle est la femme d'un auteur des plus admirés de la planète, est bien aussi auteure elle-même reconnue, regardée pour elle-même et non comme l'ombre de son si cher époux, lequel, loin de l’écraser et la bâillonner la contemple, médusé, d'un œil tout à la fois tendre et éperdument admiratif, l'écoute d'une humble oreille de petit garçon: tant de maîtrise, tant de savoir, de culture et d'intelligence, tant de certitude, tant d'aura!

Et si Hatty n'est qu'un autoportrait en creux, je me suis demandé si Paul Auster n'était pas un  hybride de Felix et Bruno : homme brillant, adulé, honoré, avec son brin de mystère, mais qui sait si bien aimer.


Par sa supercherie - qui va elle-même être dévoilée par une autre supercherie, petites boites gigognes encastrées - Harry ne limite pas son propos à dénoncer l'ombre étouffante de son  homme tant aimé, dans une société si discriminante (jeunisme, sexisme), mais aussi d'une façon plus générale l'ombre humiliante des hommes sur les femmes. Et au delà, ne se venge-t'elle pas non seulement d'un milieu entier empreint de superficialité et de préjugés, mais aussi à travers lui de ces trois jeunes hommes, qui ont ce qu'elle n'a pas, l'obscur et timide Tish, le métis gay Phineas, la jeune étoile montante Rune, dans une progression ambitieuse (car, oui derrière le milieu, il y a des hommes - et "accessoirement" des femmes)?

Elle leur propose de monter des gags (mais des gags qui ont un sens), elle leur fait croire qu'elle leur offre le succès, mais il s'avère vite qu'ils sont dessaisis de leur autonomie d'artiste, de leur identité-même.  Les masques cachent d'autres masques. La révélation n’apportera à aucun le triomphe escompté.  Ce "pacte faustien" va se retourner contre Hatty "guerrière blessée", il va être "fatal à son âme": la reconnaissance n'est pas au rendez-vous, mais encore la blessure et l'humiliation - elles ont la peau dure. Et ses marionnettes ne s'en sortent guère mieux de cette histoire de parodie et de mensonge.

Ce stratagème extravagant interroge plus généralement le sens de l’œuvre d'art. Il ne s'agit pas d'une simple dénonciation du monde de l'art devenu marché vulgaire de l'argent, de la représentation et de la notoriété, il s'agit d'aller bien plus loin et de dénoncer en quoi toute notre perception  ("le comment on voit") en est pervertie, comme derrière l’œuvre nous traquons l'auteur, le people, l'anecdotique. Et que la vraie œuvre est en fait l'objet lié à son créateur,  pour une marchandisation (et non plus une reconnaissance) qui n'exprime que les pires travers de notre société.

                                                 
   Y avait-il jamais eu une œuvre d'art qui ne fût chargée des attentes et des préjugés du spectateur, du lecteur ou de l'auditeur, si éduqué et raffiné qu'il fût ?
                                                                                                                                                                 

Et si le 11 septembre vient décaler cette histoire au passage, c’est que lui aussi traque ce qu'il y a de plus profond en nous, et n' a pas manqué d'être récupéré pour des fins des moins respectables.

Au-delà de cette trame riche en détours et digressions souvent savantes où elle distille son érudition, (que d'aucuns, dont moi , auront du mal à suivre)., Siri Husvedt et son "intellect rayonnant", n'est pas du genre à se contenter d'un roman à thème uniciste, d'un roman cérébral si maîtrisé et si pointu qu'il en aurait été  glaçant.  Elle se promène dans les œuvres déconcertantes de Harry, qui partagent avec certains personnages étranges, inaccessibles - psychotique, autiste, thérapeute mystique - une fragilité/solidité qui pondère cette profusion de rigueur . Étranges, oui, très étranges, dans ce monde impitoyable et pragmatique.  Elle partage des moments de tendresse, d'intimité : les personnages ont des relations de douceur et de déchirement. Ceux de l'enfance laissent des traces indélébiles, qui seront portés toute une vie. Ceux de la maturité sont des cocons rédempteurs, et  c'est sur cette note que se finit le livre, dans un épanouissement émotionnel tout à la fois tragique et bienheureux, qui n' a plus rien à voir avec le cérébral : vanité que tout cela quand ne compte plus que la conquête d'une certaine paix. La belle dame distante venue du Nord , l'intellectuelle sûre d'elle dévoile sans le moindre débordement son humour discret, ses tourments inavoués.

En tout cas, ironie dernière, ce dont on est sûr, c'est que son livre est si personnel, fécond, spécifique, marqué au sceau de ses passions, qu’elle serait bien en peine, Siri Husvedt, de jouer au petit jeu d' Harry et de la faire signer par un autre sans qu'elle soit  immédiatement déjouée.

Comme l'a dit églantine je ne sais plus où, il y aurait encore tant à dire (notamment sur la mémoire).(Mais bon, je crois que ça suffit, topocl Siri Hustvedt - Page 2 1390083676 )


Dernière édition par topocl le Dim 22 Avr - 10:06, édité 1 fois

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Message par Tristram le Sam 21 Avr - 18:35

Jeux de miroirs dans la sphère austérienne... J'attendrai un avis masculin (Arensaurien ?) !

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Message par églantine le Sam 21 Avr - 20:07

Je suis contente miss Topocl .
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Message par bix_229 le Sam 21 Avr - 20:56

Moi, c' est La Femme qui tremble qui me tente !
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Message par Bédoulène le Sam 21 Avr - 21:16

quel commentaire topocl ! une lecture à laquelle je ne me risquerai pas !

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Message par topocl le Dim 22 Avr - 9:54

@Tristram a écrit:Jeux de miroirs dans la sphère austérienne... J'attendrai un avis masculin (Arensaurien ?) !
Je ne le trouve pas si "féminin" que ça, en fait. (on pourrait dire autrement "elle a des couille Mme Hustvedt" Siri Hustvedt - Page 2 1390083676 ).
Tristram, essaie, ne tergiverse pas, je t'y vois bien.

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Message par topocl le Dim 22 Avr - 9:55

@églantine a écrit:Je suis contente miss Topocl .
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C'est moi qui te remercie Wink .

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Message par topocl le Dim 22 Avr - 9:56

@Bédoulène a écrit:quel commentaire topocl !  une lecture à laquelle je ne me risquerai pas !

Tu as tord, il te plairait. Et les passages vraiment intellos sont finalement peu nombreux. c'est un excellent roman et non un truc de théorie.
(tu vois que je prends soin de ta PAL!)

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Message par Tristram le Dim 22 Avr - 12:29

@Topocl a écrit:Je ne le trouve pas si "féminin" que ça, en fait. (on pourrait dire autrement "elle a des couille Mme Hustvedt" ).
Tristram, essaie, ne tergiverse pas, je t'y vois bien.
J'ai justement regardé La grande librairie où elle apparaît. Je ne suis pas tombé sous le charme, peut-être parce qu'elle insiste d'entrée pour étaler ses diplômes et son statut de scientifique. Un peu pincée dans l'ombre de l'idole. En tout cas je lirai 4 3 2 1 avant de tâter de son oeuvre...
Ma remarque genrée renvoyait à celles d’Églantine et ArenSor un peu plus tôt dans le fil. Comme Arturo, je ne suis pas pressé, même si vos commentaires piquent ma curiosité...

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Message par topocl le Dim 22 Avr - 12:55

@Tristram a écrit:
@Topocl a écrit:Je ne le trouve pas si "féminin" que ça, en fait. (on pourrait dire autrement "elle a des couille Mme Hustvedt"  ).
Tristram, essaie, ne tergiverse pas, je t'y vois bien.
J'ai justement regardé La grande librairie où elle apparaît. Je ne suis pas tombé sous le charme, peut-être parce qu'elle insiste d'entrée pour étaler ses diplômes et son statut de scientifique. Un peu pincée dans l'ombre de l'idole. En tout cas je lirai 4 3 2 1 avant de tâter de son oeuvre...
Ma remarque genrée renvoyait à celles d’Églantine et ArenSor un peu plus tôt dans le fil. Comme Arturo, je ne suis pas pressé, même si vos commentaires piquent ma curiosité...

ha ha c'est trop drôle ta remarque après avoir lu le livre. Qui dit que seul les hommes intéressent en art, à moins que la femme soit jeune et mignonne. Tu n'es pas tombé sous le charme donc tu lis le livre de son mari. Harry serait hors d'elle.

(Ceci dit je partage tout à fait ton point de vue sur la prestation télévisée de la dame)

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Message par Tristram le Dim 22 Avr - 13:19

Bon, 4 3 2 1 était déjà sur ma PAL (et j'ai lu la plupart des autres livres d'Auster). En fait je ne choisis pas mes lectures dans des émissions TV (même s'il y avait là une jeune et jolie femme). Par contre l'interview d'un auteur qu'on a lu peut être intéressante (comme celle de le Carré dans une autre Grande librairie, émission qui me paraît par ailleurs un peu trop club méd avec GO dynamique). Autrement, je ne fais ou ne vois aucun rapport entre l'apparence physique ou même la biographie d'un auteur et son oeuvre, surtout avant de l'avoir lue ; à la limite, je pourrais être soupçonneux avec un auteur beau parleur (et vendeur).
A ce propos, je conduis une expérience personnelle parfaitement inutile : j'évite d'acheter les produits dont la publicité m'est arrivée. C'est assez facile à suivre pour ce qui est de l'alimentation ; par contre, je n'élimine pas systématiquement les écrivains connus de ma LAL, peut-être parce que dans ma génération il est difficile de résumer un auteur à un produit.

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Message par églantine le Dim 22 Avr - 18:41

J'avais regardé cette grande librairie parce que j'avais lu le dernier de Paul Auster et donc ça me rendait curieuse de voir comme il en parlait .
Il s'avère que Siri était là et elle m'a vraiment profondément déplu . Violemment même .
Suffisamment pour me donner envie de la lire .
De là , une belle , profonde découverte .
Les chemins tarabiscotés sont ma spécialité je crois . Et même si c'est plus fatigant que les lignes droites c'est chouette de passer par tout ça .
Ah là là comme je serais curieuse d'avoir un ressenti masculin .
Un ressenti Arensorien ou Tristamien par exemple sur ce monde flamboyant .
Enfin je dis ça juste comme ça .
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Message par Tristram le Dim 22 Avr - 19:44

Alors on attend toutes et tous un avis "masculin" ?!

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Message par églantine le Lun 23 Avr - 2:13

Patience et longueur de temps font ... Basketball
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Message par Tristram le Lun 23 Avr - 2:53

Bon, on va voir ce qu'on peut faire _ après l'Auster et le Houellebecq... bien que je ne lise jamais d'auteure... histoire de se faire une idée... d'alimenter le fil... d'y aller de son commentaire !

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Message par topocl le Lun 23 Avr - 9:19

@Tristram a écrit:... bien que je ne lise jamais d'auteure...

Tu veux dire que tu as le principe de ne jamais lire d'auteur-femme?

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Message par Tristram le Lun 23 Avr - 17:00

Je voulais juste souligner l'impartialité de ma lecture...

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Message par ArenSor le Lun 23 Avr - 19:15

@Tristram a écrit:Je voulais juste souligner l'impartialité de ma lecture...

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Message par Tristram le Ven 18 Mai - 0:25

Un monde flamboyant  

Siri Hustvedt - Page 2 1791

Prévenu par les trois précédents commentaires de ce livre, je précise qu’il faut lire ceux-ci avant le (ou au lieu du) mien, qui ne fait qu'ajouter ma sensibilité "masculine" à la lecture.

Harriet/ Harry Burden est une artiste (plastique et narrative) et intellectuelle cultivée, veuve d’un mari qui la hante (et orpheline d’un père qui reste prégnant), une personne dure, rageuse voire vindicative, obsédée par les besoins d’être comprise et de reconnaissance (même sous pseudonyme/ avatar ou post-mortem) devant la renommée, la célébrité d’autres (hommes) ‒ on pense à Duras ? Ses installations artistiques temporaires sont à la fois l’occasion d’un regard sur l’art événementiel contemporain et sur les encombrants egos d’un narcissisme généralisé, surtout préoccupé d’afficher ou vendre son image. Ses questionnements d’identité sexuelle, raciale, sociale sont approchés par les moyens de la psychanalyse, la neurologie, la philosophie (principalement Husserl et Kierkegaard), et bien sûr la littérature (notamment Margaret Cavendish, Emily Dickinson, mais aussi Milton entr'autres). La dominante irascible et rancunière du personnage m’a un peu gêné, et j’ai eu du mal à ne pas penser à des rapprochements autobiographiques…
Les autres personnages, plus (Rune) ou moins développés, font aussi des nœuds avec leurs circonvolutions cérébrales ; ils semblent ne pas être sortis de l’enfance ‒ ou du moins pas indemnes (« Le Corps météo » par exemple).

Les trois impostures révèlent des "supports" d’incarnation différents, du créateur avalé au vampire, en passant par le complice.
Les documents successifs qui constituent le texte de ce qui se présente comme une étude sont les carnets (tels ceux de Doris Lessing), les témoignages, etc., ce qui permet des notes explicatives des sources ‒ pas inutile, mais peu élégant ‒ et le recours à une grande érudition (références et citations, expressions dans au moins quatre langues autres que l’anglais) ; c’est un carrefour de pistes de réflexion (qui partent un peu dans tous les sens par moments).  

Voici un roman très dense, qui aborde beaucoup de thèmes, du marché de l’art au destin de mère en fille et petite-fille en passant par la mémoire, etc. Parmi les fils remarquables, il y a des observations pertinentes sur la perception préétablie par une attente/ la convention, la dialectique dehors-dedans, la confabulation, la monstruosité ; Hustvedt pourfend au passage la pensée qui catégorise, mais comment la pensée pourrait-elle faire autrement ? L’esprit préconçoit la vision qu’il se représente du monde à percevoir, notre société s’est édifiée sur des bases patriarcales : ce sont des faits, arbitraires ou injustes en soi, qu’on ne peut cependant reprocher à personne, mais plutôt "déconstruire", comme participe à le faire justement ce livre.

Je comprends qu’on puisse considérer que c’est un non-roman, dans la mesure où les parts de l’essai et du pamphlet sont importantes ; ce livre ne suggère et ne démontre pas (par opposition au roman qui figurerait par exemple la révolte sans dire le mot). Du point de vue de l’intrigue, puisque c’est une (fausse) enquête, j’ai relevé quelques incohérences fictionnelles (l’amant de Rune, l’absence de preuve à la défection de ce dernier). Mais cet ouvrage reste pour un moi un roman bouillonnant : voir ne serait-ce que la longue scène de l’agonie finale.
L’auteure est sans doute "cérébrale", mais aussi écorchée vive ‒ et véhémente.
Spoiler:
à peine masqué, Paul Auster nous livre ici un de ses plus beaux ouvrages, caractéristique de sa sensibilité féministe.
« Des années durant, j’avais navigué autour de la table de la salle à manger, vêtue de différents atours du genre voyant et excentrique, face au Klee, en dirigeant adroitement le trafic, et souriante, toujours souriante. »

« …] l’histoire de l’art avait constamment noyé les réputations de femmes artistes en attribuant leur œuvre au père, au mari ou au mentor [… »

« Elle savait que le monde de l’art est avant tout un cloaque de poseurs vaniteux qui achètent des noms pour blanchir leur argent. “Je veux être comprise”, me disait-elle d’un ton plaintif. »

« L’imposture vient du fait que vous croyez voir quelque chose alors que vous ne voyez rien d’autre que ce que vous y mettez. C’est ça, la culture de la célébrité. Ça n’a aucun objet, sauf votre désir qui peut être acheté si on y met le prix. »

« Je remarque toujours combien les gens qui assistent à un vernissage semblent faire peu de cas des œuvres. »

« Je veux flamber et gronder et rugir. Je veux me cacher et pleurer et m’accrocher à ma mère. Mais nous en sommes tous là. »

« En réalité, elle s’acharnait à comprendre la psychologie de la croyance et de l’illusion, lesquelles, soyons francs, sont souvent une seule et même chose. Comment des idées extravagantes, voire impossibles, peuvent-elles s’imposer à des populations entières ? Le monde de l’art était le laboratoire de Harry – son microcosme d’interactions humaines –, ce monde au sein duquel le bruit et la rumeur altèrent, littéralement, l’apparence de peintures et de sculptures. Mais nul ne peut démontrer qu’une œuvre d’art est véritablement supérieure à une autre, ni que le marché de l’art fonctionne principalement sur la base de telles œillères. Ainsi que Harry me l’a bien souvent fait remarquer, il n’existe même pas de consensus sur une définition de l’art. »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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