Bahiyyih Nakhjavani

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Bahiyyih Nakhjavani

Message par Ouliposuccion le Dim 29 Jan - 11:42

Bahiyyih Nakhjavani
Née en 1948




Bahiyyih Nakhjavani est née en Iran, mais elle a grandi en Ouganda et a fait ses études secondaires et universitaires en Angleterre et aux Etats-Unis. Elle s’est consacrée durant ces vingt dernières années, dans diverses régions du monde dont en Belgique, à l’enseignement de l’anglais, des littératures anglophones et de l’art. Elle vit actuellement en France.
(source Reflexions)

Bibliographie :

les 5 rêves du scribe
La sacoche
La femme qui lisait trop
Eux et nous
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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par Ouliposuccion le Dim 29 Jan - 11:48

La femme qui lisait trop




“Ce livre est dédié à la mémoire d’une femme qui vécut en Perse au XIXe siècle et qui, même si on l’a représentée sur une pierre tombale, n’eut jamais l’honneur d’une épitaphe. C’est un hommage à Tahirih Qurratu'l-Ayn, dont la vie, en avance sur son temps et les dernières années d’emprisonnement, de 1847 à 1852, ont inspiré cette histoire.” B.N.
Téhéran, deuxième moitié du XIXe siècle : la cour du shah fourmille d’intrigues de palais, de complots et autres tentatives d’assassinats plus ou moins abouties, sous l’ironique et cruel regard de la mère du souverain persan, qui en a vu bien d’autres dans sa déjà longue et très machiavélique existence et n’a nulle intention de se laisser déposséder de la moindre parcelle de son auguste pouvoir de tyrannique douairière…
Voici que cette fois, pourtant, ce très ancien royaume de Perse va se trouver ébranlé non tant par les menées factieuses des uns ou des autres (menées qu’observe, avec inquiétude, l’ambassadeur de Sa Royale Majesté la Reine d'Angleterre) mais par l’irruption, sur cette scène agitée, d’un protagoniste inattendu en la personne de Tahirih Qurratu'l-Ayn, poétesse fort lettrée dont, dans le royaume, les vers semblent agir sur quiconque en prend connaissance comme de puissants catalyseurs d’énergies subversives – or de l’adjectif “subversif” à celui d'“hérétique”, la distance se franchit aisément, à l’époque …
A travers la figure historique de la poétesse Tahiri à laquelle ses compatriotes et l’Histoire se montrèrent si peu soucieux de rendre justice, et qui osa, en femme libre et maîtresse du langage, affronter le clergé et les théologiens de son temps, Bahiyyih Nahkjavani met en scène les enjeux éternels et plus que jamais incandescents en nos temps contemporains, de la liberté d’expression dès lors qu’elle s’affronte aux interdits, religieux notamment.
En se dressant, avec bravoure, contre toute autorité et en questionnant, en érudite et en femme, les interprétations du monde qui lui étaient proposées, la poétesse de Qazvin éveilla en effet la même violence et les mêmes instincts fanatiques qui se peuvent observer aujourd’hui.


Il est difficile de parler de ce livre remarquable  après ce résumé, d’autant qu’après les mots de Nakhjavani les miens ne feront que pâle figure. Je vais tenter de résumer au mieux.
Un hommage à la poétesse Tahirih Qurratu'l-Ayn, première femme féministe de l’histoire de Perse  voulant généraliser l’alphabétisation  féminine à travers le portrait de 4 femmes :

-Le livre de la mère : Son Altesse royale Mahd-i-Oldya , mère du Shah Nasir-ed-Din  tenant les rênes de l’empire de Perse. On y lit toutes les intrigues politiques liées à la cour, assassinat, la peur et la haine que suscite la poétesse qui s’expose aux yeux du monde sans voile ,en femme libre ,  mais qui a conquis par son esprit et son aura de grandes cités , comme Bagdad et les montagnes d’Irak . Une rhétoricienne de talent s’élève contre les dogmes religieux et le pouvoir du royaume.

Le livre de l’épouse : épouse du maire de Téhéran, Mahmud Khan-i-Kalantar, chef suprême de la police qui écroue la poétesse entre ses murs, sa demeure étant la prison dans laquelle les hurlements dus aux tortures ne sont pas légendes. La captive étant considérée comme un djinn par cette épouse ne laisse pas le harem insensible  et démontre que toutes sont conscientes de leur vie dans laquelle elles jouent « le jeu »d’être une épouse assujettie. Pourtant il suffit de peu pour que ces femmes se rallient à la cause de «l’hérétique ».

Le livre de la sœur : sœur du shah et épouse du grand vizir Amir Kabir. Partisane de la poétesse. L’ordre chronologique des événements commence à voir le jour au travers de cette personnalité, en effet, Nakhjavani  opte pour la narration déstructurée, ce qui nous sollicite à se centraliser afin de ne pas se perdre dans les sinuosités des lignes, chaque chapitre correspond à une pièce de puzzle à assembler au récit. (ce qui m’a valu quelques retours en arrière)

Le livre de la fille : une partie concernant la poètesse Tahirih Qurratu'l-Ayn et sa fille.

« Nous définissons aujourd’hui le voile comme un emblème d’identité culturelle, de foi religieuse. Elle n’y voyait que préjugés, littéralisme et uniformité. Nous en avons fait un symbole politique, un argument dans la négociation de la liberté d’expression, un symbole politique. Elle le rejetait précisément parce qu’il représentait l’oppression. Si l’Islam contemporain est déchiré par l’écart grandissant entre modérés et extrémistes, par le conflit entre chiites et sunnites, et si l’anarchie au Moyen Orient et la montée partout dans le monde du fondamentalisme et de la terreur qui en sont les conséquences ont commencé à menacer la texture même de nos démocraties, il peut être opportun pour le public occidental de redécouvrir l’histoire de cette Perse du XIXème siècle » B.N

Au-delà d’un hommage, Bahhiyih Nakhjavani soulève le voile et nous mène au travers de ses yeux  dans ce royaume ou l’anderoun ne ressemble pas au conte des mille et une nuits, Téhéran n’exalte pas ses  effluves d’épices et de fleurs, mais  la puanteur des famines et des maladies, les jardins paradisiaques sont les lieux de tortures et le vin coulant à flots n’est autre que le sang du peuple.
C’est un voyage au cœur de la Perse, sous une identité dévoilée au travers d’un joyau qui n’est pas des moindres, la liberté d’expression parée de superbes allégories, que Bahhiyih Nakhjavani  signe ce bijou littéraire mettant en avant la condition féminine, la religion et les enjeux politiques.
Un chef d'oeuvre.


texte de Tahirih Qurratu'l-Ayn :

Je suis la rivière de vin rouge
Dans la bouche de la vie et de la mort.
Le dit écarlate de mes paroles
Passe goutte à goutte dans ton souffle.
                           
Je suis la rivière jaune
Qui nourrit et sustente la jeune intelligence
Mes pages safran offrent l’espoir à l’espèce humaine.

Je suis la rivière des mots verts comme le miel, pleins de vie.
Je tiens dans mes bras qui m’inspire et me fait confiance,
Les saisons et leur combat.

Je suis la rivière d’eau blanche
Par laquelle le cœur est lavé de la rouille.
Mes paroles d’unité ont soif de boire la poussière.


mots-clé : #creationartistique #conditionfeminine #historique
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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par GrandGousierGuerin le Dim 29 Jan - 12:40

@Ouliposuccion
Le traitement de la vie de Fatemeh semble pour le moins intéressant ... qui est reconnue comme une théologienne d'envergure dans la foi bahaie.
Et j'aimerai lire un traitement identique pour Rabia al Adawiyya considérée comme une figure majeure dans le soufisme ....
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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par Silveradow le Mer 1 Fév - 16:54



La Femme qui lisait trop

Un début de lecture difficile de mon côté, les changements d'époque suivant les chapitres et les changements de points de vue m'ont quelque peu déstabilisée ! J'ai aussi eu un peu de mal avec les distinctions, shah, premier ministre, vizir, régente, chef de la police, tout ça n'est pas très clair pour moi et je n'ai remis les évènements dans l'ordre qu'à la fin du livre seulement (je n'ai pas voulu regarder la chronologie qu'elle nous propose).

Une fois habituée au côté "puzzle" comme le dit Ouliposuccion, j'ai beaucoup aimé la structure du livre, les quatre livres, les alternances d'époque, de narrateur, je l'ai trouvé à la fois géométrique et pourtant désordonné. C'est original et une fois habitué, ça ne pose plus aucun problème, je pense que si le livre avait été plus "monotone" ou d'un bloc, je n'en serais peut être pas venue à bout, là ça permet de l'aérer; de faire des sortes de pauses à chaque fois.

Je me demande pourquoi l'auteur n'a choisi de mettre aucun nom dans son livre, Tahirih reste toujours "la poétesse de Qazvin", Amir Kabir "grand vizir" etc. Une idée Ouliposuccion ?

Il y a des passages magnifiques comme ceux que cite Ouliposuccion :
Une épouse et son mari se lisent l'un l'autre [...]. Qui d'autre pourrait les lire rien qu'en regardant la couverture du livre ? Comment pourrait-on juger un mariage d'après sa reliure ? [...] Une épouse et son mari l'écrivent ensemble [...]. Chacun à son histoire personnelle, mais ils en ont aussi une en commun, que personne d'autre ne peut lire. Chacun est pour l'autre un livre de secrets, mais il y a entre eux une barrière que ni l'un ni l'autre ne peut franchir. Une barrière mince comme du papier, mince comme un souffle...
D'ailleurs lire n'est pas seulement lire un livre dans ce roman, c'est aussi lire les signes, les présages, lire l'avenir il n'y a pas de côté voyance, mais une réelle étude qui permet de donner des pronostics sur demain. La lecture peut aussi être la lecture des paysages, les mots courants sur la ligne d'horizon.

Plein de belles images dans ce livre, de douceur et d'espoir, ce qui l'emporte largement sur le côté un peu long et fastidieux selon moi !



GrandGousierGuerin : il y a une grosse bibliographie à la fin du livre, mais elle est à 99% en anglais, je ne sais pas si ça peut t'intéresser !
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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par Ouliposuccion le Mer 1 Fév - 17:32

Contente que tu sois arrivée à bout de ce livre certes assez fastidieux , mais tellement beau !
Je suis de ton avis , une écriture ainsi qu'une trame plus lisses auraient nettement atténué les propos mis en exergue et c'est surtout ce qui amène cette singularité si propre à Nakhjavani.

Je me demande pourquoi l'auteur n'a choisi de mettre aucun nom dans son livre, Tahirih reste toujours "la poétesse de Qazvin", Amir Kabir "grand vizir" etc. Une idée Ouliposuccion ?

En Orient et en Asie Centrale , on entend beaucoup (ou lisons beaucoup) de textes dans lesquels le statut  social d'une personne détermine à lui seul l'entité de celle-ci.
J'ai le souvenir d'anciennes lectures ou entretiens en Ouzbékistan (divisé sous forme de Khanats à l'époque) relatant  l'importance des "titres"  au sein même d'une structure du fait qu ils régissaient et installaient une sorte d'équilibre.
Il en allait de même en Perse.
J'imagine que l'auteure n'a fait que rendre compte des traditions très codifiées en restant extérieure à toute humanisation , à l'instar de la pensée de l'époque ,  mais ça ne reste que mon point de vue Smile
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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par GrandGousierGuerin le Mer 1 Fév - 18:43

Merci pour ces commentaires qui donnent envie ...
En regardant du côté de ma bibliothèque, je n'ai malheureusement pas trouvé ce livre mais La sacoche ...
Ainsi qu'un conte pour enfant La fleur du mandarin ( Actes Sud junior, 2009)
Un mandarin ne vivait que pour son jardin magnifique. Un soir, il sentit une fragrance merveilleuse qui ne provenait pas de son jardin. Il se mit aussitôt en quête de cette fleur, jusqu'au jour où il découvrit une petite concubine qui pleurait, tenant dans ses bras un pot de fleur. Il l'avait enfin trouvée. La jeune fille se hâta pour se débarrasser de cette fleur : la fleur des chagrins du monde.
Résumé

36 pages ... Peut-être essayé ... Les illustrations de Sandrine Thommen me plaisent bien ..

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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par Ouliposuccion le Mer 1 Fév - 19:25

Son dernier livre vient de sortir également "Eux et nous".
Je l'ai en ma possession mais il n'ai pas encore l'élu du moment ...c'est qu'il y a tellement à lire scratch
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Re: Bahiyyih Nakhjavani

Message par Silveradow le Mer 1 Fév - 23:44

Merci pour ton explication Ouliposuccion ! Jme couche moins bête grâce à toi ce soir !
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