Jon Kalman Stefansson

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Jon Kalman Stefansson

Message par simla le Jeu 2 Fév - 9:21

Jón Kalman Stefánsson
17 décembre 1963



Jón Kalman Stefánsson est un auteur islandais. Il grandit à Reykjavík et à Keflavík.

Après avoir fini ses études au collège en 1982, il travailla en Islande de l'ouest (par exemple dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie). Il entreprit ensuite des études en littérature à l'université d'Islande de 1986 à 1991, mais sans les terminer. Pendant cette période, il donna des cours dans différentes écoles et rédigea des articles pour le journal Morgunblaðið. Ensuite (de 1992 à 1995), il vécut à Copenhague, où il participa à divers travaux et s'adonna à une lecture assidue. Il rentra en Islande et s'occupa de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbær jusqu'en 2000. Depuis, il se consacre à la production de contes et de romans.

Œuvres en français

L'Été derrière la montagne, 1997
La Lumière sur les montagnes, 1999
Diverses choses à propos des séquoias et du temps, 2001
Le Crépitement des étoiles, 2003
L'Enfer et le Paradis , 2007,
Entre ciel et terre, 2010 (prix Critiques Libres)
La Tristesse des anges, 2011
Le Cœur de l'homme, 2013
D'ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, 2015







Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le cœur de l'homme constituent une trilogie d'une force et d'un réalisme poignants. La poésie est omniprésente, les questions existentielles sont posées à chaque paragraphe. La construction littéraire d'une originalité évidente donne à cette œuvre une dimension exceptionnelle.

Ses textes dépeignent avec humour une Islande rurale et quelque peu idéalisée avec des personnages assez singuliers et originaux, mais toutefois sympathiques.
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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par bix_229 le Jeu 2 Fév - 16:26

Il est dans mes listes, Stefansson. Tout ce que j' ai lu sur lui m' a donné envie de le connaitre.
Mais voilà, ils sont beaucoup les auteurs et les livres qui n' attendent que moi...
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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par topocl le Jeu 2 Fév - 16:42

Entre ciel et terre



Déjà, le pari était facile à gagner avec moi, cette histoire de  noyés, de pays hostile et de  mer, sans laquelle on ne saurait vivre, mais avec laquelle il faut bien mourir….
J'ai aimé les personnages, ce 'gamin" .

J'ai aussi aimé l'idée, que les mots et les livres, pour ceux qui les aiment et les fréquentent, permettent d'élaborer une pensée, un questionnement, une incertitude. C'est assez banal à dire, certes, et cela ne concerne pas que les livres, mais la culture en général, mais c'est quand même quelque chose auquel je crois, et même si ce n'est pas une idée nouvelle, sur quoi écriraient les écrivains si ils n'écrivaient que sur des idées nouvelles ? J'ai trouvé intéressante cette façon de montrer que c'était aussi quelque chose de dangereux, puisque c'est le livre qui fait que l'ami du gamin oublie sa vareuse, et finit par mourir. Le propos n'est donc pas si simpliste que cela.

Ensuite, j'ai beaucoup aimé le style, j'ai trouvé qu'il était berçant, qu'il avait un mélange de poésie mélancolique, et de légende. et cet aspect légende, pour moi, a excusé tout le négatif: les truismes, un côté parfois répétitif, le « nous » de narration, qui désigne parfois les vivants, et parfois les morts, (avec ce côté omniscient ). Et cela excusait même cette espèce de philosophie de bazar qui dit oui, malgré tous les malheurs, et bien que la vie soit difficile, elle vaut la peine d'être vécue.

Donc,  ce livre est plein de défauts, mais, ce qui compte, "c'est l'histoire, la façon dont on le raconte" comme disait Yves Dutheil, et ça, moi, j'ai adoré.

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Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par simla le Jeu 2 Fév - 23:29







La tristesse des anges

Voici un roman empli de poésie et aussi de tristesse que j'ai adoré !

Deux principaux personnages, Jens le Postier, un colosse taiseux et "le gamin" un jeune homme subitement orphelin recueilli par une famille islandaise, dont le père pêcheur s'est noyé au cours d'une tempête et dont toute la famille est morte par la suite.

" Lorsque Jens le Postier arrive au village, gelé, il est accueilli par Helga et le "gamin" qui le détachent de sa monture avec laquelle il ne forme plus qu'un énorme glaçon. Sa prochaine tournée doit le mener vers les dangereux fjords du Nord qu'il ne pourra affronter sans l'assistance d'un habitué des sorties en mer.

De son côté, le gamin poursuit sa découverte de la poésie et prend peu à peu conscience de son corps, des femmes et de ses désirs. C'est lui qu'on envoie dans cet enfer blanc, "là où l'Islande prend fin pour laisser place à l'éternel hiver", accompagner Jens dans son périple.Malgré leur différence d'âge, leurs caractères opposés, ils n'ont d'autre choix que de s'accrocher l'un à l'autre, s'accrocher à leurs amours éloignées, pour ne pas céder à l'impitoyable nature."

Le gamin aime lire et parler. Jens, lui, trouve que parler ne sert à rien, seule l'action prouve quelque chose. Peu à peu, le gamin va établir un contact avec Jens et le contraindre à se révéler au fils des journées...

La neige et le vent sont omniprésents, la marche est très difficile et dangereuse dans cet univers blanc: "l'homme peut rester longuement debout lorsque son existence est en jeu, le désir de vivre n' a pour ainsi dire aucune limite ".  

Leur tournée est interrompue par quelques haltes, des personnages souvent émouvants, des vies toujours douloureuses.

Une très belle réflexion philosophique sur le poids des mots et l'influence des livres dans la vie.

Quelques passages :

Le gamin se lève précautionneusement, il n'est pas certain que ses jambes fatiguées parviendront à le soutenir, mais elles le font, l'assurance du repos qu'elles connaîtront bientôt leur donne de la force, il jette un oeil de côté en arrivant à la porte, regarde les étagères pleines de livres et de mots qui ont le pouvoir d'ouvrir sur des mondes nouveaux, tandis que les yeux de Kjartan se perdent dans la nuit. Il est toujours possible de connaître un homme à ce sur quoi ses yeux se portent. Je croyais, déclare le gamin, trop assommé de fatigue pour être timide, qu'on ne pouvait pas être malheureux entouré d'une telle quantité de livres. Kjartan tourne la tête vers lui et le fixe longuement, mais il ne répond rien."

" Celui qui meurt ne revient pas, nous l'avons perdu, aucune puissance dans l'univers n'est capable de nous rapporter la chaleur d'une existence engloutie, le son d'une voix, le mouvement d'une main, la douceur d'un humour. Tous ces détails qui constituent la vie et qui lui donnent sa valeur sont disparus pour l'éternité, ils sont engloutis, mais il laissent dans le coeur comme une plaie ouverte que le temps change peu à peu en une cicatrice boursouflée. Toutefois, celui qui meurt ne nous quitte jamais tout à fait, c'est le paradoxe qui nous console autant qu'il nous torture, celui qui est mort est à la fois proche et distant."

Un magnifique roman  

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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par simla le Jeu 2 Fév - 23:54


le coeur de l'homme

Dernier tome de la trilogie, aussi magique que les précédents.

Jens le postier et le gamin ont survécu à la tempête de neige qui les a propulsés quasiment dans la maison du médecin d'un village.

Le gamin rencontre Geirpruour, une femme indépendante, riche et libérée des conventions, détestée par plus d'un, notamment Friorik le riche marchand du village. Geirpruour tient un petit café, entre autres, et recueille le gamin. comme elle a recueilli Kolbeinn, un capitaine devenu aveugle, féru de poésie, qui avec, Gisli, le directeur de l'école alcoolique, fera l'éducation du gamin.

" Gisli quitte la maison de Geirpruour, il a terminé son enseignement. Que signifie se trahir soi-même, quelle est la pire des trahisons, le pire des crimes, si grand que le roi en personne ne saurait t'en absoudre ? Ne pas oser vivre, telle était la réponse du gamin."

Au hasard....

" Les étés d'Islande sont si brefs et capricieux qu'on dirait parfois qu'ils n'existent pas. Ici, il peut neiger jusqu'à mi-pente sur les montagnes en plein mois de juin, et il arrive que les oiseaux gèlent entre les touffes d'herbe dans la nuit d'août.Mais rien au monde n'est aussi lumineux et limpide que le mois de juin, le crépuscule et l'aube se confondent, les ombres disparaissent et le ciel se teinte d'un bleu d'éternité jusqu'au milieu de la nuit..."


"Un navire qui vogue sous le vent est comme une musique. Les cordages et le bois gorgé de sel craquent, les voiles sont gonflées par la brise, cet air en mouvement sous les étoiles et le soleil, et la pluie a cessé. "

.....L'homme est né pour aimer, les fondements de l' existence sont aussi simples que ça. Voilà pourquoi le coeur bat, étrange boussole ; grâce à lui, nous trouvons aisément notre route à travers les brumes les plus
opaques où les périls nous guettent de tous côtés, à cause de lui , nous nous perdons et nous mourons en plein soleil."

" Les mots ne sont pas des blocs de pierre inertes ni des ossements  blanchis et battus par les vents sur les montagnes . Avec le temps, y compris les mots les plus banals sont susceptibles de s'éloigner de nous pour se transformer en musées d'un époque révolue, abritant des choses disparues qui ne reviendront pas. Prés,champs fumés au fumier de mouton, ces mots nous font presque monter les larmes aux yeux, quelque chose se brise au fond de nous, comme lorsque nous sommes confrontés à l' improviste à de vieilles photos où nous voyons des visages depuis longtemps disparus sous la terre, ou au fond de la mer. Où sont les prés ? ...."


" Ton coeur bat-il encore ? Et si oui, comment ? Par le diable en personne ! Le gamin reçoit une lettre où il est question des battements de son coeur. Comme s'il n'était pas assez éprouvant de vivre."....

Merveilleusement poétique, romantique, mélancolique aussi mais on referme ce livre, comme les deux premiers, heureux  Very Happy

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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par simla le Ven 3 Fév - 0:48


D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds  


c'est d'ailleurs pour cela qu'ils ne marchent pas sur l'eau....dit ce poète de Jon Kalman Stefansson

J'ai adoré ce roman, comme ses précédents  I love you

L'histoire de l'Islande vue à travers les destinées de trois générations d'islandais, un poète, des pêcheurs, une région, une ville Keflavik, l'implantation d'une base américaine qui influence toute une génération, et ensuite l'instauration des quotas de pêche qui mène cette ville à "une non existence" :


"Keflavik a trois points cardinaux : le vent, la mer, l'éternité"

Ari, revient au pays, après un long séjour a Copenhague où il travaillait dans une maison d'édition, il a quitté d'une façon abrupte sa femme, ses filles, son père, avec lequel il n'a quasiment pas ou peu de relations, lui fait parvenir un colis de souvenirs et tous ceux-ci remontent à la surface, sa mère décédée, la mémoire des grands-parents, leur vie de pêcheurs..



Les femmes sont omniprésentes, une justesse d'analyse dans leurs personnalités, leur place dans la société bien définie, le pouvoir des hommes les maintenant toujours à une place pas toujours bien vécue ni choisie...je dirais que Stefansson est un féministe convaincu  Wink

"Il ne savait pas que cette femme aussi belle que la lune, aussi mystérieuse que la nuit du mois d'août,n'avait supporté ni le poids des responsabilités, ni la fatigue éreintante, il ne savait pas que les deux conjugués avaient fini par engendrer ce démon qui venait l'assaillir dans son sommeil, l'accueillait à son réveil, elle avait ployé, puis s'était effondrée et enfuie par cet escalier menant au sous-sol de la maison du quartier de Vesturbaer à Reykjavik, elle avait fui sa petite fille de trois mois qui pleurait et hurlait dans son berceau, fui sa fille ainée, la mère d'Ari alors âgée de dix-huit mois, qui toussait et se mouchait sans relâche, refusait de s'alimenter, avait arraché la cuiller des mains de sa mère en trépignant, toutes trois hurlaient et pleuraient, la plus petite à cause de la fatigue et du mal de ventre, la plus grande parce qu'elle était souffrante et que la réaction de sa mère l'avait effrayée, quant à la grand-mère que j'ai en commun avec Ari, elle s'était mise à hurler parce que cette chose qui aurait du être la plus belle du monde, le but de la vie elle-même, la source de la beauté et de l'innocence avait transformé son existence en véritable enfer.
La vie n'avait rien à voir avec tout ça, ces difficultés financières, cette constante fatigue, ce manque de sommeil et son mari en haute mer qui ne comprenait rien, ne remarquait rien, c'en était fini de l'aventure....."

--------------------

"Les plus vieux écrits de ce monde, ceux qui sont si anciens qu'ils ne sauraient mentir, affirment que le destin habite les aurores et qu'il convient donc de s'armer de précautions au réveil : caresser une chevelure, trouver les mots qu'il faut, prendre le parti de la vie....

Il est vrai qu'à l'aube nous ressemblons parfois à une plaie ouverte.Nous sommes fragiles et désarmés et tout tient au premier mot prononcé, au premier soupir, à la manière dont tu me regardes quand tu t'éveilles, dont tu me considères au moment où j'ouvre les yeux pour m'arracher au sommeil, cet univers étrange où nous ne sommes pas toujours nous-mêmes, où nous trahissons ceux que nous ne pourrions imaginer trahir, où nous accomplissons d' héroïques prouesses, cet univers où nous volons, où les défunts revivent et où les vivants périssent. On dirait parfois que nous entrevoyons l'autre versant du monde, qu'il se livre à nous dans une autre version, comme s'il entendait par là nous rappeler que nous ne sommes pas forcément celui ou celle que nous devrions être, que la vie a mille facettes et qu'il n'est - hélas et Dieu merci- jamais trop tard pour s'engager sur une voie nouvelle, un chemin imprévu. Puis nous nous réveillons, si fragiles, désarmés et à fleur de peau, que tout est suspendu à nos premiers soupirs.Le jour tout entier, la vie tout entière peut-être. Alors regarde-moi avec délicatesse, dis quelque chose de beau, caresse-moi les cheveux car la vie n'est pas toujours juste, elle n'est pas tous les jours facile et nous avons si souvent besoin d'aide, viens et apporte-moi tes mots, tes bras, ta présence, sans toi je suis perdu, sans toi je me brise au creux du temps. Sois auprès de moi à mon réveil."

------------

L'amour, déclare-t-il, est une Voie lactée rayonnante et indestructible ! Et le plus douloureux dans la vie est sans doute de n'avoir pas assez aimé, je ne suis pas certain que celui qui s'en rend coupable puisse se le pardonner."

Du pur Stefansson, un des seuls auteurs qui me donne la chair de poule en le lisant, quelle joie de savoir qu'il existe  Very Happy

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Jon Kalman Stefansson

Message par simla le Dim 23 Juil - 9:04



A la mesure de l'Univers

Suite du roman : "D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds".

On y retrouve les personnages principaux , Ari, qui rentre du Danemark après avoir reçu une lettre de son père, Jakob, lui annonçant sa mort imminente. Les amants magnifiques Margret et Oddur....... etc....

C'est une plongée dans le passé qui l'attend au fil des rencontres, il retrouve des amis ou connaissances perdus de vue depuis des années. Il attend des réponses à ses interrogations,  la mort de sa mère, la venue subite de sa belle-mère, son enfance bouleversée....      

Stefansson, comme souvent, entrecroise les époques, les histoires personnelles et les lieux avec toujours son style poétique :

" Combien de jours vivons-nous sur cette planète, qui, au fil d 'une vie, comptent réellement, de jours où des choses sont susceptibles d'advenir, qui rendent notre existence plus lumineuse et plus pleine le soir qu'elle ne l'était le matin - combien de jours ? "

Beaucoup de poésie comme toujours, des chansons de variétés émaillent le récit tout du long, rappels d'une époque révolue, un vrai bonheur, mais un rien mélancolique quand même !

Extrait :

Hallny a toujours eu une santé fragile, mais elle n’a jamais manqué de courage, son foyer était impeccablement tenu, elle s’accordait rarement un instant de répit, ni dans sa maison ni à l’extérieur, elle dépeçait les phoques avec la même dextérité qu’un homme, et tout aussi vite, puis elle tannait les peaux, et les traitait avec tant de soin que celles qui étaient passées entre ses mains étaient toujours de premier choix. Et elle avait pour habitude de regarder les étoiles. Pas comme certains autres, qui ne font que lever brièvement les yeux vers elles – le ciel étoilé l’appelait à lui d’une manière différente. Elle aimait se poster à la porte, le soir, pour l’observer, elle croisait ses bras décharnés et regardait. Complètement ailleurs. Laissant le froid entrer dans la maison et la transpercer. Elle ne revenait à elle que quand quelqu’un lui donnait un coup de coude pour la réveiller, refermait alors la porte à regret, allait vaquer à ses occupations, car elle n’en manquait pas ; les étoiles sont certes extrêmement nombreuses et fascinantes, on peut dire et supposer beaucoup de choses en s’appuyant sur elles, mais jamais elles ne sont acquittées de nos corvées à notre place.

Hallny le savait bien, mais parfois, elle était simplement trop subjuguée, tellement emportée qu’elle refermait la porte, certes, mais pour franchir le perron, aller s’installer au pied du mur de l’étable, ou plus loin, en contrebas s’y asseoir, ou s’adosser à une charrette de foin, elle continuait à regarder, à déchiffrer la voûte céleste. Elle oubliait le froid, oubliait le vent polaire qui lui transperçait le corps, elle était sortie sans enfiler un manteau, tête nue, bras nus, si maigre qu’elle ne tardait pas à être transie. Maman est sortie, prévenait un des enfants, quand une tâche laissée en suspens soulignait son absence, et son époux, le père de la belle-mère, cet homme taciturne et tout d’un bloc, marmonnait quelques mots qui ressemblaient à, quelle maudite idiotie, il attrapait alors une couverture en laine, un bonnet et sortait la chercher, la trouvait dans la nuit, sous les étoiles, posait la couverture sur ses épaules frêles, lui caressait brièvement la tête, si brièvement qu’on pourrait croire que cette caresse est une illusion d’optique, avant de lui enfiler le bonnet. Il restait un instant à côté d’elle, regardait également et rentrait se mettre au chaud.

Donc, en fin de compte, l’amour n’a rien à voir avec ces je t’aime à mourir, ces you’ll alvways be my endless love, ces tu seras toujours mon amour infini – mais avec cet instant où quelqu’un sort dans le froid avec une couverture et un bonnet pour qu’une autre personne puisse continuer à contempler les étoiles…

… et c’est pour cette raison que Hanny, la mère de la belle-mère, a pleuré à l’enterrement de son mari, cet homme taciturne, râblé et aussi dur qu’une pierre, car qui viendrait désormais lui poser une couverture sur les épaules ? "
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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par Bédoulène le Dim 23 Juil - 11:00

merci pour tes commentaires Simla !

tu l'as beaucoup lu cet écrivain, tu dois apprécier son écriture !

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par Armor le Dim 23 Juil - 14:32

J'aime bien l'extrait que tu as choisi, simla. Wink

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Re: Jon Kalman Stefansson

Message par bix_229 le Dim 23 Juil - 15:49

... Et ça me fait penser que Stefansson est toujours en train de m' attendre... Rolling Eyes
Eh oh attends, j'arrive !
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Re: Jon Kalman Stefansson

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