Arnaud Rykner

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Arnaud Rykner

Message par shanidar le Jeu 2 Fév - 17:21

Arnaud Rykner
(Né en 1966)


Arnaud Rykner semble être une personnalité simple et calme, timide, à l'opposée de ce que l'on pourrait attendre d'un dramaturge et d'un essayiste qui a côtoyé (excusez du peu) Nathalie Sarraute et Claude Régy. Et pourtant, sa personnalité semble être l'image exacte de cette photo posée là, bouche fermée, regard comme légèrement traqué, petite raie parfaite entourant un visage presque trop pâle.

Mais reprenons. A 22 ans, Arnaud Rykner publie Théâtre du Nouveau Roman, un essai sur le théâtre et sur la voix où il interroge les pièces de Pinget, Sarraute et Duras. Fort de cette première audace, le jeune homme envoie une trentaine de pages à l'éditeur Denis Roche, des pages consacrées à la figure de Nathalie Sarraute, que Denis Roche lui fait rencontrer. A leur premier rendez-vous il amène des fleurs qu'elle n'aime pas, au second du thé au whisky, elle aime ce dernier mais goûte peu le thé. Il décide d'arrêter les cadeaux et devient l'ami de Sarraute pendant onze ans. Comme je l'envie... D'ailleurs, c'est grâce à Nathalie Sarraute qu'Arnaud Rykner rencontre Claude Régy (metteur en scène de Duras, entre autre) avec lequel il va collaborer pendant six ans en France et aux Etats-Unis. Puis, Arnaud Rykner décide de devenir son propre maître à bord et met en scène La voix humaine de Cocteau ; Tropismes de Sarraute et d'autres textes dont ceux de Maeterlinck, Hubin ou Koltès. Lui-même publie aux éditions du Rouergue quelques livres qui semblent être plus ou moins passés inaperçus du grand public.

source : ici et là

Bibliographie  

1999 Mon roi et moi,
2000 Je ne viendrai pas,
2004 Blanche,
2007 Nur,
2009 Enfants perdus,
2010 Le Wagon,
2012 Lignes de chance, Illustrations de Frank Secka.
2013 La Belle Image,
2016 Dans la neige,
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shanidar

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Re: Arnaud Rykner

Message par shanidar le Jeu 2 Fév - 17:25

Le wagon



Je ne trouve pas toujours cette question pertinente mais parfois elle s'impose malgré moi pendant une lecture : à quoi sert ce livre ? Pourquoi a-t-il été écrit ? Quel était le désir de l'auteur ? Cette question, je ne l'aime pas beaucoup, parce que la littérature n'est pas censé 'servir' à quelque chose, elle peut être une forme de divertissement, elle peut nous faire rêver, nous faire voyager, nous faire découvrir des choses incroyables ; mais doit-elle pour autant servir ? Je ne sais pas…

Pourtant, je me demande pourquoi Rykner, né en 1966, raconte à la première personne l'histoire de ce wagon, qui fut l'un des derniers convois à envoyer des résistants, des prisonniers des prisons françaises vers les camps allemands. Nous sommes en juillet 1944, il fait une chaleur torride, les Alliés ont débarqué sur les plages normandes et pourtant des hommes sont déportés vers l'Allemagne. De cet épisode à la fois absurde et tragique, Arnaud Rykner tire un roman. Et ce roman, il lui donne pour justification qu'il a connu, plus tard, l'un des hommes qui faisaient parti du convoi et qui est revenu. Est-ce suffisant pour endosser le rôle de la première personne, est-ce suffisant pour écrire à la place de, pour se mettre dans la peau, dans les pensées d'un prisonnier ? Je n'en suis pas absolument sûre… Tout autant que je doute d'avoir été touchée par ce roman comme il aurait fallu l'être ; parce que l'histoire est réelle, parce que l'horreur vécue durant les trois jours de voyage, sans eau, sans nourriture, avec la chaleur insupportable, les bagarres meurtrières et les tas de cadavres, aurait dû m'émouvoir au-delà des limites du narratif et pourtant, non, il faut bien reconnaître que je n'ai pas réussi à pleurer sur le destin effroyable de ces hommes. Comme si, par pudeur sans doute, Rykner s'était empêché de poser les 'bonnes' questions, de tirer le bilan monstrueux des actes en dehors et à l'intérieur du wagon, alors même qu'il n'est pas dans un récit factuel mais bien dans la tête saturée d'horreurs de son personnage.

Bref, je referme ce roman sur une drôle d'impression. L'impression d'avoir lu quelque chose d'honnête, qui ne tend pas au tragique, ni à la haine mais qui ne vaut pas et ne vaudra jamais les récits, les témoignages des rescapés : Jorge Semprun, Primo Levi, Imre Kertesz, Ruth Klüger, Marcel Cohen…

Alors à quoi bon écrire ce roman ? Pour témoigner d'une histoire dont la littérature ne s'était jamais souciée ? Pour tendre la main vers cette personne connue et sans doute aimée ? Pour effacer ensemble l'ardoise brûlante d'un passé ineffaçable ? Je n'ai aucune réponse.
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Re: Arnaud Rykner

Message par Armor le Jeu 2 Fév - 20:32

Je comprends ton questionnement.
J'ai lu de nombreux témoignages et livres d'historiens sur la Shoah, mais je n'arrive pas à lire de fictions sur le sujet. Par exemple, que ce soit sur le forum ou dans la vie, nombreux sont ceux qui m'ont conseillé Kinderzimmer de Valentine Gobi. Je l'ai eu plusieurs fois en main, je l'ai toujours reposé.

Je sais bien que l'écrivain a tous les droits. Mais quelque chose me dérange quand même dans l'idée de se mettre dans la peau d'un déporté. On touche à l'horreur absolue, là, et on ne pourra jamais ressentir ce qu'ils ont vécu. En faire oeuvre de fiction me gêne, je trouve que les commentaires des survivants se suffisent à eux-même. Surtout quand on peut lire des oeuvres aussi profondes que celles de Levi, Klüger, Kertesz etc...

Peut-être est-ce parce que cet épisode est encore frais historiquement. Nous avons tous eu un jour un déporté venu témoigner dans notre classe. Cette forme de respect absolu disparaîtra probablement avec le temps… Pourquoi ne suis-je donc pas gênée quand je lis une fiction sur l'esclavage ?
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Re: Arnaud Rykner

Message par Bédoulène le Jeu 2 Fév - 21:01

je préfère aussi de loin les témoignages et autobiographies sur ces sujets.

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Re: Arnaud Rykner

Message par shanidar le Ven 3 Fév - 11:51

D'après ce que j'ai compris (et c'est pourquoi je parlais d'honnêteté de la part de Rykner), celui-ci a éprouvé comme une nécessité impérieuse d'écrire ce texte, quelque chose de primordial pour lui permettre de continuer à vivre... Ce que je peux concevoir.

En tout cas, je vais essayer de trouver un autre titre de cet auteur pour savoir si ce premier galop pas trop réussi vaut d'être poursuivi...
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