Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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50 résultats trouvés pour Amitié

Le One-shot des paresseux

Trois curés en montagne

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Récit, ré-édité en 2012 par Hoëbeke, qui l'avait déjà ré-édité en 2004, première publication: 1950, éd. B. Arthaud.
165 pages environ.

Jean Sarenne est le pseudonyme du curé d'Huez en Oisans, Jean Zellweger (1915-1974).
Son pseudo est tiré du glacier de Sarenne, devenu aujourd'hui le théâtre lifté d'une...piste noire de la station de ski de l'Alpe d'Huez...O tempora...


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Avant-propos a écrit:D'ordinaire l'alpiniste "pond" son livre sur la montagne quand il a pu le bourrer d'exploits qui le remplissent comme un œuf.
  Nous n'avons pas voulu faire de même, non par souci d'originalité, mais parce qu'en fait nos plus fortes émotions, nos plus beaux souvenirs, nos plus prestigieuses aventures restent attachés à notre premier contact avec la haute montagne.

  Que les gens d'expérience, qui seraient tentés de crier à la mystification, veulent bien se rappeler leurs débuts.
Ils deviendront indulgents.  


La découverte de l'alpinisme par de jeunes séminaristes autodidactes, à la fin des années 1930.
Il y règne un humour tendre, un humour de joie, antithétique au ricanement, le sourire fondant en rire qui ne fait pas mal, n'égratigne pas (le seul qui vaille ?), fondé sur beaucoup d'autodérision, ne se laissant jamais tout à fait aller au narquois; on pense (mais c'est facile, ils sont cités) à Tartarin sur les Alpes, d'Alphonse Daudet, et (beaucoup !) aux aquarelles de Samivel:

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Ce Jean Sarenne a une très agréable plume, on sent, et c'est régal, qu'il ne se prend absolument pas au sérieux dans son rôle d'écrivain, qu'il est là pour faire passer un bon moment, dénué de la moindre prétention, à son lecteur.
On sourit d'attendrissement, un peu en pouffant "oh la la !" aux tribulations de nos séminaristes, qui ne sont d'ailleurs que deux sur un bon deux tiers de l'ouvrage.

Le dernier chapitre (dix ans après, en face nord des Drus) sonne un peu comme un addenda, chapitre de littérature alpine pas loin de l'excellence (on sent que l'auteur en connaît les codes, tiens, tiens !), qui ne déparerait pas publié dans l'une de ces revues aussi prestigieuses que confidentielles (suivez mon regard).
Mais, si ça se déguste volontiers ce type de trouvaille inespérée, c'est moins dans le ton, un peu déconnecté du reste du livre, une manière d'à-part.

On troublerait probablement la modestie de l'auteur en son repos en regrettant que ce livre-là soit sa seule parution, en ajoutant qu'il a l'œil et qu'il sait crayonner: je fus totalement embarqué par son regard doux, qu'il sait faire passer via sa plume agile, gracile même par instants, allant jusqu'à des accointances avec un burlesque un peu perdu aujourd'hui et qui faisait florès il y a un siècle, façon Pieds Nickelés ou Buster Keaton.



Chapitre 1, L'idée a écrit:Un piolet peut être très pratique. Dans les rues d'une ville, avec une soutane et le grand chapeau ecclésiastique, il peut aussi être très encombrant.


Chapitre 10, La piste a écrit:En face de nous jaillissaient en plein ciel les Bans, telle une incisive noire sur une incisive blanche. Ils étaient ce que nous avions imaginé. Par contre, le glacier était plus blanc et lumineux que prévu. Son aspect de crème fouettée nous faisait songer aux montagnes suisses; je ne sais pourquoi, car nous ne les avions pas encore vues. Il s'étirait à la base en une coulée grise semblable à une monstrueuse patte. Elle rappelait le mystère que le Corrège a peint sur les flancs de son Io.


Chapitre 9, La Gandolière a écrit: Un alpiniste a dit quelque part que dans un cas pareil le mieux est de s'occuper l'esprit avec une idée absorbante, celle de la femme aimée par exemple. La recette m'avait paru un remède de commère, injurieux et pour la dignité de l'élue assimilée aux narcotiques et pour la vigueur intellectuelle de celui qui voulait en user ainsi. Ne sachant plus comment soulager ma peine, je fus sur le point d'envier ceux qui pouvaient ainsi se droguer mentalement. Heureusement pour moi je me mis à avoir peur, ce qui me guérit de la monotonie et de ses tentations.


Chapitre 9, La Gandolière a écrit:Une large crevasse la longeait à la base.
"Ce doit être une rimaye", me dit Jo. Et il sourit comme pour s'excuser de l'emploi d'un terme aussi technique. Nous étions un peu confus et troublés, Il faut dire que les lèvres de la crevasse étaient un peu trop ouvertes pour notre ardeur de débutants. Elles semblaient avides, et découvraient de longues stalactites de glace semblables à des dents de requin...
 En vérité j'aurais préféré une moins belle rimaye, mais j'ignorais encore les délicates intentions de la Providence.
 Je regardais le col, quand il sembla descendre à notre rencontre. D'un seul coup, et partout à la fois, la neige qui le remplissait se mit à glisser vers nous. Cette fois je voyais l'avalanche...
  Exactement dans son axe, les pieds dans une masse gluante et profonde, il nous eût été difficile de fuir. La terreur nous paralysa. Bouche ouverte, et ahuris, nous ne pûmes que nous faire tout petits en regardant l'énorme bourrelet qui dévalait de la montagne. Ils ont dû connaître notre peur les malheureux qui, le pied pris dans un rail, voient arriver sur eux soufflant et crachant un lourd train de marchandises,car ce qu'il y avait d'effrayant dans la masse qui avançait, ce n'était pas sa vitesse - elle n'allait pas vite - c'était plutôt quelque chose de comparable à un bouillonnement interne. De puissantes bielles semblaient faire tournoyer la neige sur elle-même en une multitude de rouleaux s'écrasant les uns sur les autres, et le tout avait des allures d'une vague écumeuse courant sur la grève.    


Chapitre 12, Les bœufs rouges a écrit:- À la messe ?
 La pauvre fille en perdit la voix. Comment, nous avions fait les fous, nous avions ri, chanté, plaisanté, nous étions trois gaillards qui semblaient être de joyeux lurons, et nous parlions de bigoteries moyenâgeuses ! Elle ne comprenait plus.
Cette histoire de messe mettait en déroute toute sa psychologie pratique. Elle se mit à nous épier.
Finalement, n'y tenant plus, elle s'écria:
"Mais qui êtes-vous donc ?
- Des séminaristes, on vous l'a dit ce matin.
- Ah !" fit-elle.
  Puis, après un silence: "Et qu'est-ce au juste que des séminaristes ?"
 Le ton était dégagé, comme celui qu'on prend pour dire:
Mais quel est donc ce personnage bien connu, vous savez, celui qui...
"Des séminaristes, dis-je, ce sont des gens qui portent la soutane. Nous sommes trois curés, si vous aimez mieux, trois curés en montagne."
 L'incognito est toujours amusant. Mais on a quelquefois plaisir à le dévoiler. Un jour je fus pris par un clochard pour un de ses respectables confrères. Je revenais d'Oisans. La méprise était donc excusable. Notre conversation roula sur les curés, "ces salauds qui se nourrissent sur la sueur du peuple". Je sus parler du Grand Soir avec enthousiasme. Ce qui me valut plusieurs tapes dans le dos: "Toi t'es un pote, disait l'ami, viens boire un verre".
 Par hasard j'avais une carte de visite. Au moment des adieux je la donnais au bonhomme en guise de souvenir. Il parut surpris.
 Je crois que Simone le fut davantage. Elle devait être de celles qui touchent du bois au passage des robes noires.
   




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Mots-clés : #alpinisme #amitié #humour #sports #xxesiecle
par Aventin
le Ven 29 Nov - 19:34
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
Réponses: 159
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Antoine Blondin

@Quasimodo a écrit:Je ne saurais pas bien lequel choisir pour une première approche. Les Enfants du bon Dieu peut-être ?

L'Europe buissonnière conviendrait bien, à mon humble avis, Monsieur Jadis peut-être encore mieux (ça dépend si tu souhaites découvrir d'abord le styliste, ou le personnage et le styliste remarquable en même temps).

@Quasimodo a écrit:Ça commence à faire un beau panorama (il ne te manque que Monsieur Jadis, Aventin ?)

Voilà-voilà, ça vient, servi chaud !

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Monsieur Jadis ou l'école du soir

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Antoine Blondin, époque capillairement verlainienne.


Roman, 1970, 190 pages environ.

Il n'y a pas qu'en matière chevelue que Blondin peut ressembler à Verlaine.
Aux vers faciles, indignes de lui a-t-on avancé (et j'opine tout-à-fait avec cette sentence), du décadentiste au déclin, on est tenté de mettre en parallèle l'écriture alimentaire pour Blondin, dans L'Équipe dont il est une plume poids-lourd, en effet il couvre rien moins (excusez du peu !) que cinq Jeux Olympiques, plusieurs Tournois des cinq nations en rugby, et vingt-sept Tours de France pour le compte du quotidien (et j'ai ouï-dire que ses articles furent tonitruants et à succès, très démarqués de la presse sportive, on sort du style télégraphique et informatif, si Blondin se déplace ou si on déplace Blondin, c'est pour raconter, pour narrer des histoires, pas pour donner la dernière mouture du score ou du classement).

Et puis il y a l'alcool. Lequel coulait déjà à flot dans Un singe en hiver. L'équivalent de la fée verte de l'ex-Parnassien, on ne sait pas toujours ce que c'est - Blondin ne semble pas avoir une boisson attitrée en particulier, qui soit à ce point de prédilection.

L'infaillible œil d'accipitridé de l'éminent Grand Citateur du forum, Tristram, n'a pas manqué d'isoler ce verdict de Blondin, sans appel:
on boit pour être ensemble mais on est saoul tout seul.



Monsieur Jadis, qui est Blondin lui-même et dont il parle à la troisième personne du singulier, est un danseur extrême sur glace mince. Au petit jour elle cède et, à je ne sais combien de reprises dans ce livre, Jadis-Blondin se trouve embarqué au commissariat, placé en cellule, ceinture et lacets ôtés. Jamais pour de longs séjours, type Mons pour l'auteur de Sagesse, non, ça s'arrange toujours assez vite.

Dans Monsieur Jadis, l'auteur nous livre peut-être davantage de son drame personnel, toujours avec beaucoup de retenue, de pudeur, et c'est troussé si aimablement que l'on ne va pas s'apitoyer, le plaindre, du moins dans un premier temps, ni même le livre fraîchement achevé et refermé, oui, même quand ses deux fillettes, qui devaient passer la Noël chez lui, trouvent porte close et s'en retournent, Jadis-Blondin s'étant malencontreusement assoupi en les attendant, lui qui avait tant préparé cette fête: même là, le comique de situation l'emporte.
C'est un but recherché par l'écrivain, je n'en doute pas une seconde, lequel entend faire passer un bon moment à son lecteur et c'est louable, pas si facile comme objectif somme toute.

D'où toutes ces situations cocasses, le foutraque du personnage de Jadis, ses excellents acolytes (alcoolytes ?), comme Mademoiselle Popo, inénarrable, un grand personnage, ou bien son pote écrivain Roger Nimier, associé à Blondin au mouvement littéraire dit des Hussards: ça n'a pas raté, Blondin m'a donné envie de lire Nimier dont je n'ai jamais parcouru une page, oui, même le fameux Hussard bleu.

En illustration, l'entame, toujours du très très haut-niveau pour parler comme un chroniqueur sportif à deux centimes (tout à l'opposé de vos articles en la matière, donc, cher Antoine, si j'en crois la rumeur); est-il possible de dire qu'on vient de se faire plaquer et flanquer à la porte aussi pudiquement ?

Monsieur Jadis savait qu'il ne passerait pas la nuit. Du moins sur le divan d'Odile. Dans quelques instants, il se retrouverait de l'autre côté de la porte, sans s'être vu partir.
Sur la nappe, à peine desservie, son rond de serviette, anneau patiemment conquis, plus subtil qu'une alliance, lui rappelait que l'amour est un demi-pensionnaire. Ainsi Odile en avait-elle décidé. Ils étaient de ces amants qui peuvent dire: "nous prenons nos repas ensemble". C'était déjà beau et plutôt chaste. Il eut été peu digne de bramer. Pour ménager l'avenir, il pliait sa serviette.
 Dans la cuisine, Odile brisait de la vaisselle avec mauvaise foi, en s'écriant: "Regarde ce que tu me fais faire !"; ensuite ce fut: "Il vaudrait mieux me laisser seule"; enfin cette constatation déchirante: "Je suis toute seule..." qui bouleversait chaque fois Monsieur Jadis [...]


Sur la formidable Mademoiselle Popo (et "l'art fantastique de la gaie déchéance", qui sied à Blondin), ce passage solaire bien que cellulaire (matinée au mitard après ivresse et diverses peccadilles, précédent un rendez-vous crucial d'une mondanité littéraire à laquelle Blondin est convié pour la toute première fois) - comment rendre le glauque sombre et le sordide abject légers, il y faut une plume pas ordinaire:
...La drôlerie de la chose, reprit Popo, parce qu'enfin, notre aventure pourrait s'intituler: Ne te promène donc pas tête nue...Je ne t'entends pas rire ? Songe que tu vas pouvoir raconter tout ça chez Madame Washington-Post, tu vas avoir un succès fou de taulard. À ta place j'en remettrais encore dans le genre existentialiste et visqueux. Si seulement, je pouvais t'arranger un peu, tu serais comme l'ambassadeur de la nuit. J'espère que ton œil prend tournure...

  Monsieur Jadis avait oublié ce coquard, contracté dans les tourbillons du panier à salade. Passant sa main sur sa paupière, il ressentit une légère douleur qui ne le renseigna pas sur le volume ni sur la couleur. Pourquoi Popo s'ingéniait-elle à lui parler ainsi, sinon pour lui communiquer par gentillesse son art fantastique de la gaie déchéance ?
- Il me faudrait une glace, répondit-il.
- J'aimerais être cette glace, dit-elle par-dessus le mur.
- Et toi, comment es-tu ?
- Heureuse, je te l'ai dit, de t"avoir un peu pour moi toute seule. Et sais-tu ce que je pense ? c'est que les gens qui sont comme nous en ce moment devraient se retrouver automatiquement mariés devant le commissaire du bord. À la sortie, on ferait un gueuleton extraordinaire, uniquement composé d'apéritifs, puisque tu ne manges rien...J'ai une idée ! C'est idiot d'en arriver là, mais si on demandait à pisser ensemble pour pouvoir se regarder ? ...
- Ensemble !
- Je veux dire en même temps. (Elle rit.)
[...]
Monsieur Jadis estimait que s'il leur restait une chance d'être libérés avant le déjeuner, il y avait intérêt à ne pas faire de vagues.
  Un peu plus tard, après le même cérémonial de sons et de lumières qu'ils avaient déjà connu, quelques agents envahirent à nouveau le corridor où ils étaient parqués. Cette fois, Monsieur Jadis, qui feignait de les ignorer, sembla retenir davantage leur attention.
- Montre-toi un peu, qu'on voie si tu es présentable.
 Il s'approcha, porté par un vague espoir. "Ça va, hein ?" murmurèrent-ils. À ce moment, Popo se mit à glapir:
- Et mon cul, il est présentable ?
- Pourquoi pas ? fit le plus rougeaud. Les gars, on pourrait peut-être procéder à une reconstitution du crime ?
- Faudrait y mettre le prix, dit Popo.
Ils se transportèrent d'un bloc vers la cellule voisine et Monsieur Jadis n'eut plus devant les yeux qu'une surface verte et délavée, sur laquelle se projetait l'ombre de ses barreaux.
- De toute façon, dit une voix, après ce que tu as fait dans la rue, tu n'as rien à perdre à te montrer un peu rigolote avec les collègues. Eux aussi, ils demandent à voir.
- Mais lui, à côté, il n'a rien fait, plaida Popo.
- Tiens, justement, son cas se discute à l'heure qu'il est; alors sois gentille...
- Non, dit Monsieur Jadis. Popo, ne bouge pas !
- Mon vieux, répondit-elle, on file pour la rançon de Duguesclin avec ce qu'on a sous la main. Si ça amuse ces gros cochons...Parce que là, vous reconnaîtrez que vous êtes bien des dégueulasses...
       





Mots-clés : #addiction #amitié #humour #xxesiecle
par Aventin
le Ven 1 Nov - 8:15
 
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Sujet: Antoine Blondin
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Antoine Blondin

Un singe en hiver

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Jean Gabin, Suzanne Flon, Jean-Paul Belmondo dans le film éponyme d'Henri Verneuil, sorti en 1962, d'après le roman de Blondin.


Roman, 1959, 190 pages environ.

Antoine Blondin toujours aussi accrocheur dans ses entames, vraiment un spécialiste:
Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-Ysé-Kiang dans son lit-bateau: trois mille kilomètres jusqu'à l'estuaire, vingt-six jours de rivière quand on ne rencontrait pas les pirates, double ration d'alcool de riz si l'équipage négligeait de se mutiner. Autant dire qu'il n'y avait pas de temps à perdre.  


Alors il y a le film.
Que j'ai dû voir, mais je me souviens à grand peine de bribes, de bouts de séquences, il faudrait revoir.  
En tous cas, Verneuil à la réalisation, Gabin-Flon-Belmondo, Verneuil-Boyer-Audiard au scénario, Michel Magne à la musique, c'était les gros moyens, la grosse artillerie.
Spoiler:


C'est cela qui est très curieux: Le livre est si intimiste, et à huis-clos, avec tellement d'introspection, de non-dit, qu'on peine à imaginer qu'on ait pu juger bon de transcrire tout cela sur l'écran.



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Un homme jeune s'installe dans un hôtel d'une station balnéaire normande, hors saison. Seul client du couple de tenanciers, M. Fouquet évolue insensiblement vers une relation un peu privilégiée, amicale.
Toutefois sa présence demeure un mystère.
Peu à peu, via une cuite prise chez Esnault, le bar à alcoolos local, Fouquet se dévoile à Quentin Albert, lequel ne boit plus une goutte d'alcool depuis dix ans.

Peu à peu non comprenons que la présence de Fouquet est liée à celle de sa fille, pensionnaire du Cours Dillon situé dans cette bourgade, collée là suite au divorce de ses parents. Fouquet observe sa fille à la dérobée, en taisant sa présence. Quand il ne se livre pas à des corridas avec la circulation automobile en guise de taureaux après boire (Antoine Blondin était, paraît-il, adepte notoire de cette pratique dangereuse !).  

Poursuivant ses tentatives extrêmement maladroites en matière de paternité (c'est aussi du vécu pur jus chez Blondin) Fouquet se lie à Albert, poursuivant l'idée fixe de le refaire plonger dans l'alcool...

Un chef-d'œuvre de Blondin ? Je ne sais pas. Un ouvrage somme toute délicat, loin d'être dénué d'une certaine profondeur. Et la certitude que l'auteur à mis du sien, a puisé dans Blondin, pour échafauder le personnage de Fouquet.

Oui, j'ai bien aimé.


Chapitre IV a écrit:"Lui, Fouquet, n'a pas d'habitudes, pensa Quentin, tout ce qu'il fait possède la dignité charmante du provisoire. Il me rappelle Dauger, ce matelot sans spécialité - sans spécialité comme Fouquet, les paupiettes mises à part. Ce Dauger qui faisait merveille dans la brousse avec la seule allégresse de l'instinct, tandis que nous nous retrouvions encerclés malgré nos thèmes tactiques. L'habitude, c'est un bon moyen de se laisser mourir sur place."



Mots-clés : #addiction #amitié #huisclos #solitude #xxesiecle
par Aventin
le Jeu 31 Oct - 20:29
 
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Zsuzsa Bank

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Les jours clairs

« Nous grandîmes tandis que le monde continuait à tourner comme s'il ne se souciait pas de nous et que nos mères mettaient tout en oeuvre pour ne pas perdre l'équilibre, trébucher et tomber en ayant du mal à se relever. Pendant longtemps elles avaient marché à longue distance l'une à côté de l'autre, Évi en bottes de caoutchouc vert auxquelles collait toujours de la terre, ma mère en souliers plats dans lesquels elle courait rapidement, comme si elle avait toujours quelque chose à l'esprit et peu de temps pour cela, et la mère de Karl sur de hauts talons que nous entendions claquer sur les dalles branlantes... »


Je n'en dirai pas beaucoup plus, sinon que ce livre m'a envoûté.
Chronique d'une famille composée, décomposée, augmentée autour d'une femme qui attire et magnétise, naturellement, pour ainsi dire.
Mais tous ceux qui l'entourent et surtout les trois enfants, d'abord idéalement liés entre eux dans leur bulle enfantine.
Mais qui seront plus tard confrontés à des épreuves entre amour, trahison et culpabilité.
C'est un livre magique, magnifiquement écrit, composé, tissé.
En dire plus serait courir le risque de détricoter l'ensemble et de vous priver du plaisir de la découverte au fil des pages et celui de vire avec pendant 536 pages.


Mots-clés : #amitié #enfance #famille #initiatique
par bix_229
le Ven 11 Oct - 18:56
 
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Daniel de Roulet

10 petites anarchistes

Tag amitié sur Des Choses à lire Index14

Au XIXème siècle, elles partent du Jura suisse  où les hommes et la vie les ont déçues, ces 10 jeunes femmes qui vont, avec une belle bande d’enfants,  tenter de vivre une utopie anarchiste en Amérique du Sud. L’exil, le climat, la rudesse des mâles, la difficulté de la tâche, l’amour, la mort, vont les éliminer une à une en dix  chapitres ouvertement placés sous la  férule d’Agatha Christie. Mais elles auront vécu – et partagé par ce roman - une belle aventure tout à la fois politique et humaine : d’amitié, de coopération .


Mots-clés : #amitié #conditionfeminine #immigration #politique #social #solidarite #xixesiecle
par topocl
le Jeu 3 Oct - 11:15
 
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Vénus Khoury-Ghata

La maison aux orties

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Roman, 2006, éditions Actes Sud, 110 pages environ.

J'ai beaucoup aimé ce roman.
Vénus Khoury-Ghata explique le projet en prologue:
Prologue a écrit:Deux années de travail acharné, des dizaines de pages sacrifiées avec la fausse impression de coller à la réalité. Le mot "Fin" étalé sur la dernière page et m'étant relue, j'ai constaté que ces pages ne contenaient que des pépites de ce que j'ai vécu. L'écriture seul maître à bord a tiré les ficelles et m'a entraînée vers une réalité enrobée de fiction.
  Il m'est impossible de faire la part du vrai et de l'inventé, de démêler la masse compacte faite de mensonges et de vérité. À quelle date exacte avait commencé la déchéance de mon frère ? Où fut enterré mon père ? La guerre limitant les déplacements, on enterrait sur place à l'époque. Les personnages de ce livre n'étant plus de ce monde, je les ai convoqués par la pensée et leur ai demandé de donner leur version personnelle des faits.
  Penchée par-dessus mon épaule, mon analphabète de mère me dicte ses espoirs et ses désillusions. Mon jeune mari mort il y a deux décennies me donne rendez-vous dans un café, et me demande de lui décrire ma vie après lui. Seul mon frère reste sourd à mes appels.


La maison aux orties est la maison natale au Liban, la mère de Vénus se promettait chaque jour de les arracher, ces plantes envahissantes, inutiles et inesthétique afin de planter par exemple des hortensias, et, par procrastination, différait chaque jour cette tâche promise: elle ne l'a jamais accomplie.

Roman névrotique, passablement ravagé, avec plus d'humour qu'il n'y paraît.
Il est bon d'avoir lu l'autre bouquin avec une maison dans le titre (Une maison au bord des larmes) auparavant. Au reste, l'écriture en est assez différente.
Le style est nettement plus savoureux, réfléchi, avec la mise en valeur par jeu de reliefs de passages complets que dans le tempétueux Une maison au bord des larmes, montrant ainsi que Vénus Khoury-Ghata, poète, traductrice et romancière, a décidément bien des cordes à son arc, est-il si fréquent de voir de telles évolutions stylistiques, en peu d'années, chez un romancier ?

Vénus, son défunt jeune mari, feu ses parents, son voisin Boilevent, ses chattes, sa fille Yasmine alias Mie, son amant (désigné par l'initiale M., peintre chilien de grande notoriété - pour les moins perspicaces, j'avance le nom complet tel que je le présume: Matta), les coulisses du prix Max-Jacob avec des évocations marquantes (Alain Bosquet, Jean Kaplinski, etc...), bien des petits détails tout à fait croquignolets et quantité d'autres choses encore: roman de la solitude et de la vieillesse approchant, mais certainement pas roman de la décrépitude ! Madame, vos morts sont si emplis de vie !

Mots-clés : #amitié #amour #autobiographie #humour #mort
par Aventin
le Sam 21 Sep - 11:20
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Joseph Kessel

Tag amitié sur Des Choses à lire Index14

J'ai lu Le lion cet été!

"King lécha le visage de Patricia et me tendit son mufle que je grattai entre les yeux. Le plus étroit, le plus effilé me sembla, plus que jamais, cligner amicalement. Puis le lion s'étendit sur un flanc et souleva une de ses pattes de devant afin que la petite fille prît contre lui sa place accoutumée."


L'histoire d'un amour fou entre une petite fille et un lion.

C'est vraiment un chef d'oeuvre! Beaucoup l'ont lui et relu étant enfant, mais en fait c'est également et peut-être surtout un roman pour adultes... un conte philosophique. L'enfant et l'adulte, les relations homme-femme, la nécessité de vivre en société pour les humains... C'est un livre des années 50, et tout comme Tintin au Congo, à remettre dans le contexte de l'époque... Une petite merveille! Pour les amoureux de la jungle (Tristram...) et les autres!


Mots-clés : #amitié #nature
par Plume
le Jeu 5 Sep - 14:05
 
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Sujet: Joseph Kessel
Réponses: 29
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Rick Bass

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Sur la route et en cuisine avec mes héros

quatrième de couverture a écrit:Rick Bass a quitté sa vallée sauvage du Montana afin de rendre visite à ses mentors, disséminés à travers les États-Unis et l'Europe, pour leur cuisiner un repas raffiné, en guise de remerciement, car ces héros lui ont appris non seulement à écrire, mais aussi à vivre. C'est parfois un dernier hommage puisque le pèlerin ne reverra pas certains d'entre eux, ainsi Denis Johnson, John Berger ou Peter Matthiessen, disparus peu après.


Sur la route et en cuisine est un exercice d'admiration, une succession de portraits intimistes et d'épisodes drôles, truculents, voire hilarants : une dinde explose chez Thomas McGuane, des chiens de prairie pestiférés hantent un camping par une nuit d'orage, Rick Bass remarque des traces de sang à l'aéroport de Londres, Joyce Carol Oates s'offusque d'être photographiée, certains dîners se transforment en d'inénarrables fiascos.


Hum, il y aurait eu le choix entre la liste exhaustive des noms, de larges extraits avec ou sans élan, des anecdotes de seconde main et... quelques impressions. Heureusement pour la découverte, dommage pour le reste c'est la deuxième option que je retiens.

Autant le dire tout de suite j'en attendais plus. Plus d'émerveillement ? plus sur les oeuvres de ces auteurs/personnages ? Une écriture un petit peu plus développée ? Je ne sais pas.

Ceci dit Rick Bass conserve tout son capital sympathie et cette idée de s'inviter chez ses mentors, comme il les appelle, pour leur préparer des repas de compet', si possible en incluant de la viande chassée par ses soins, en est une manifestation inspirante.

Tout comme choisir de se faire accompagner si possible par la génération suivante fait partie du plan. Les tribulations d'un Rick Bass qui se remet difficilement de son divorce et écume les kilomètres c'est amusant et met l'eau à la bouche. C'est aussi le regard de l'écrivain sur sa vie, son écriture, son parcours et "sa" nature et un peu plus loin un petit panorama, quelques liens entrevus, sur la littérature américaine. Malgré tout. Pour la rubrique people alternative c'est pas mal non plus.

Pas une grande révélation mais agréable et plutôt inspirant. L'impression qu'il lui manque un petit truc à ce pauvre Rick en plein tournant et résolu à aller de l'avant.


Mots-clés : #amitié #autobiographie #creationartistique #ecriture #nature #peinture #universdulivre
par animal
le Mar 23 Juil - 21:16
 
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Sujet: Rick Bass
Réponses: 49
Vues: 1891

Claire Messud

Tag amitié sur Des Choses à lire 41g5f511

La fille qui brûle

Cassie et Julia ont 12 ans et se connaissent depuis la maternelle. Elles s'aiment tendrement au point de se sentir jumelles et totalement complémentaires. Cet été là sera l'apothéose de leur complicité, mais, en même temps des failles vont apparaître, mais elles ne le savent pas encore. Les germes de la division sont en fait déjà en elles-mêmes.

Leur milieu familial est très différent et, dans le cas de Cass traumatisant. Sa mère est névrosée, fantasque, et elle va se marier avec un bigot culpabilisateur. Peut-être et surtout, les différences individuelles vont s'affirmer et Cass met fin à leur relation. Elle va tenter de s'émanciper hors de son foyer, mais elle s'égare et se met en danger.

Julia, profondément blessée, s'interroge sur ses responsabilités et aussi sur la féminité.

Parfois, je me disais que grandir en étant une fille, c'était apprendre à avoir peur. [...] Vous découvriez, avez une acuité inconnue dans l'enfance, la vulnérabilité du corps que vous habitiez, ses fortifications imparfaites. À la télévision, dans les journaux, les livres et les films, jamais ce ne sont des hommes qui se font violer, kidnapper, lapider, démembrer ou brûler à l'acide. Mais dans les romans, dans les séries et les films policiers aussi bien que dans la vraie vie, ça arrive tout le temps, tout autour de vous. [...]
Vous grandissez, et à cause de toutes les histoires qu'on vous raconte vous apprenez comment est le monde, et vous commencez à perdre des libertés. Même si personne ne vous dit de vive voix que vous les avez perdues, vous savez qu'il faut faire attention. [...] Méfiez-vous de l'obscurité, de l'isolement, des espaces naturels, des fenêtres mal fermées, des hommes que vous ne connaissez pas. Et ensuite vous découvrez que même les hommes que vous connaissez, ou croyiez connaître, peuvent se révéler dangereux.


Un jour, Cass disparaît.

Je n'en dirai pas plus.

***

Ce qui est passionnant dans le livre, c'est ce qui se passe dans l'esprit de chacun, la remise en question de ce qu'on croit savoir de soi et des autres. Y compris des plus proches.

Toute ma vie j'avais connu Cassie, ses gestes, ses expressions et le timbre de sa voix, le fonctionnement de son esprit et son sens
de l'humour... N'étions nous pas secrètement soeurs, reliées comme par un cordon ombilical ?
Mais j'avais détourné d'elle mon regard, et presque aussitôt, semblait-il, avec le recul, elle avait changé, les choses avaient changé.


Les questions sont là, taraudantes, mais comment y répondre ?

Cassie fait partie de ceux pour qui il n'y a pas de vrai chemin. Elle le sait mais sa connaissance est autodestructrice.

Julia découvre qu'elle est seule à vingt ans et réalise qu'être adulte c'est être seul. Ce que découvre à son tour sa propre mère. Mais Julia est forte et capable de suivre sa propre route.



Mots-clés : #amitié #enfance #famille
par bix_229
le Sam 20 Juil - 15:58
 
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Sujet: Claire Messud
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François Augiéras

Domme ou l'essai d'occupation


Tag amitié sur Des Choses à lire Domme10

Récit autobiographique, écrit en 1969, 170 pages (12 chapitres) précédées de 15 pages de préface et de lettres, d'abord publié chez Fata Morgana en 1982 après bien des refus d'éditeurs, mais amputé d'un chapitre, puis enfin intégralement aux éditions du Rocher en 1990.


En grande précarité, François Augiéras se fait admettre comme indigent dans un hospice situé à Domme, pas tout à fait par hasard: fin connaisseur du Périgord où il a grandi, et qu'il a sillonné à pied comme à vélo, peut-être avait-il l'intuition du parti qu'il pourrait tirer de ce site, exceptionnel.

En fait nous ne saurons rien ou quasiment de sa vie à l'hospice, qui le lasse ou même le révulse.
Aucune description laissée.
Très tôt il cherche, en guise de demeure de jour, une grotte:
Chapitre I, La caverne à flanc de falaise a écrit: Tout mon avenir à Domme dépend de la découverte d'une grotte.


Illuminé, misanthrope, marginal.
Des signes clairs de rejet (du vandalisme dans et devant la grotte, deux rencontres désagréables) lui sont adressés.  
Autant Augiéras cherche l'écart, celui de la mise à l'écart, autant il entend ne frayer ni avec la population, ni avec l'hospice proprement dit, autant il s'étonne de sa solitude pourtant recherchée et en souffre: car Augiéras, pour qui la rupture avec le monde "des hommes" est consommée, qui n'a que des mots durs pour l'humanité, est un grand paradoxal.

La connivence, l'amitié (et, in fine, davantage pour le second et c'est ce qui donne aujourd'hui toutes ses lettres de malédiction à ce récit, que beaucoup peuvent, je le conçois, vouer aux gémonies) ne se trouvent qu'au travers de deux rencontre, une adolescente et un enfant.

Certain d'être en fin d'un monde (d'une ère), son essai d'occupation c'est-à-dire d'occuper le terrain (en vue d'un nouveau culte ?) est assez fumeux, se paye de majuscules aux débuts de mots couvrant on ne sait quels concepts qu'il ne prend jamais la peine de détailler, d'expliquer.
Il n'a jamais de termes assez violents pour défourailler sur la chrétienté, l'époque, l'athéisme républicain et que sais-je encore, mais s'avère absolument incapable de proposer quoi que ce soit en échange.
On ne sait rien de sa cosmogonie et de ses visions de fumeur d'orties séchées en succédané de cannabis, de sa théologie s'il en a une, à peine une mention en fin de livre sur les lectures qui semblent le pénétrer.

Son rapport d'amour-haine envers la chrétienté est particulièrement troublant: voilà quelqu'un qui a séjourné très longuement parmi les moines au Mont Athos et rêve d'y retourner, qui passe chaque jour des heures dans l'église du village, devant un retable dédié à la Vierge, dans une posture que des chrétiens de passage trouveraient tout à fait rituelle, oscillant entre Adoration et Oraison, quelqu'un qui se livre à des larcins en chapardant cierges et encens pour les brûler dans sa grotte, reproduisant ainsi exactement ce qu'il prétend abominer le plus, le fait, qu'on découvre grâce à un moteur de recherches contemporain, que ces hospices qu'il fréquentait étaient parfois tenus par des religieuses (ou dans lesquels, sans être à la tête de ces lieux, elles occupaient beaucoup de fonctions de petit personnel), etc...

 
Alors, c'est vrai, il serait assez aisé de tourner le piteux François Augiéras en dérision.
Aisé de relever ses ridicules, combien il peut s'avérer calamiteux, de mauvaise influence (et plus sur l'un) sur deux jeunes.
D'autant qu'en couplant ce récit avec ses lettres à Jean Chalon (dans un livre intitulé Le diable ermite, peut-être en ferais-je un commentaire ultérieur) on le voit, dans la même période et ce n'est pas dit dans le récit, calculateur, intéressé, et manipulateur si besoin est.

Mais je ne me livrerai pas à ça.
Ce désemparé-illuminé a ses affres à narrer, cela vaut parfois des passages de qualité. Cet acharnement dans la dinguerie vaut quichottisme et cela se respecte, à condition d'avoir le courage ou la veulerie (c'est selon) de faire une part mal taillée des choses, en laissant de côté la face sombre d'Augiéras, ce qui n'est pas tout à fait lui rendre justice je le reconnais sans peine: il la revendique (y-a-t-il jamais eu un misanthrope ne se voulant pas détestable aux yeux d'autrui ?).

Extraits et autres éléments dans cette vidéo, intitulée rien moins qu'"un essai d'occupation":


Mots-clés : #amitié #exil #initiatique #portrait #xxesiecle
par Aventin
le Dim 14 Juil - 20:50
 
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Sujet: François Augiéras
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Pierre Bergounioux

L'arbre sur la rivière

Tag amitié sur Des Choses à lire L_arbr10

Roman, publié en 1988, 185 pages environ.
Pomme, Alain, Daniel et le narrateur; quatre garçons d'entre huit et dix ans qui découvrent un arbre surplombant une rivière et devient à la fois leur cabane, leur lieu d'affût, leur totem et le soubassement à leur rêve de gosses.  

On les suit à travers école, collège et lycée jusqu'à l'orée de leur vie professionnelle (tôt arrivée pour Pomme, apprenti mécanicien dès quatorze ans)

En commun cet arbre, tutélaire à sa façon: celui sur les embranchements duquel ils se perchent pour des pêches parfois fabuleuses, celui depuis lequel ils rêvent d'appareiller pour l'océan voguant sur un radeau maison, qui ne fera pas long feu lors de son unique et malencontreuse expérience nautique in situ.

Ce qui est superbe dans ce livre c'est la restitution du parler et du ressenti d'enfants et d'adolescents -jusqu'à l'état de jeune adulte- je n'ai pas le souvenir de nombreuses tentatives aussi réussies, dans cet exercice périlleux si ce n'est notoirement casse-figure.
Avec le côté corrézien, années 1950 et début 1960 en inestimable bonus pour l'ouvreur de ces pages.

Ce qui interpelle, c'est la douceur du phrasé de M. Bergounioux.
Il y a du velouté dans son encre.
C'est une joie de lecture découlant, on le parierait, d'une joie d'écriture (du moins je le ressens ainsi, il faudrait demander à l'auteur).
En tous cas beaucoup de fluidité et de sens narratif, couplé à la joliesse de l'histoire, font que le lecteur est vite hameçonné.    

Ce qui fait tout le sel, c'est cette quête semblant totalement contradictoire: Comment conjuguer l'aventure et l'ailleurs d'un côté, l'enracinement (et la perspective du futur déracinant) dans un temps que ces garçons voudraient qu'il fût figé, de "riches heures" ?

Ce qui constitue la part tendre, ce sont ces quatre cœurs à l'unisson, en dépit des divergences, des chemins de vie.  

Les ultimes voyages, ceux qui sont "pour de bon" ?
On vous laisse lire, voyez-vous, on s'en voudrait de dévoiler, traversez les ronciers et rendez-vous à l'arbre !

Chapitre IV a écrit:Nous surplombions la ville. Je l'ai trouvée minuscule maintenant que nous étions à la frontière, sur les hauteurs dont elle était cernée de toutes parts sauf à l'ouest où la rivière s'acheminait vers la mer. À l'est, les toits miroitaient comme des éclats de verre. Il fallait un instant avant d'admettre que c'étaient des toits, puis la grande poste à côté du clocher, la place du théâtre dont les grands platanes faisaient à peu près l'effet d'un bouquet de persil, et, au-delà, le lycée, tel un jeu de construction pour enfants lilliputiens. Daniel devait penser la même chose car il a fait remarquer que ça n'était pas grand.
  Pomme a dit qu'on pouvait s'installer. Les sièges étaient en bon état, les garnitures de tissu aussi, d'un gris compassé, et même la planche de bord sous laquelle était encastrée un poste de radio. Pomme a tiré d'une poche de sa combinaison une grande feuille de plastique. Il l'a soigneusement appliquée sur son siège et il s'est installé au volant. Il s'est tourné vers moi. Son visage était cramoisi. Il souriait. Il a dit que le moteur, il l'avait déjà, au garage, pour rien et comme neuf.







Mots-clés : #amitié #jeunesse #lieu #xxesiecle
par Aventin
le Sam 29 Juin - 22:20
 
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Sujet: Pierre Bergounioux
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Hanya Yanagihara

Une vie comme les autres

Tag amitié sur Des Choses à lire Cvt_un13

C’est la vie de ce pauvre Jude, avocat brillant, si tendre en amitié et en amour, Jude qui garde pour lui son enfance traumatisante ô combien, qui fait qu’il ne sera jamais comme les autres. Si personne ne veut y croire, il le sait. Il vogue de souffrance en détestation de soi, se scarifie, affronte comme il peut - souvent mal - ce bonheur que la vie a cru lui offrir, auquel il a cru un temps, mais auquel il ne saura jamais se confier totalement.

C’est l’histoire de l’incroyable amitié qui lie 4 garçons devenus des hommes brillants, chaleureux, sensibles,  depuis leur première année de fac, de leur succès et enthousiasmes, de leurs brouilles et découragements. Et de l’amour unique de deux d’entre eux, si tendre, si indispensable.

Il y avait eu des périodes entre ses vingt et ses trente ans où il regardait ses amis et il éprouvait un contentement si pur et si profond qu’il aurait souhaité que le monde autour d’eux s’arrête tout simplement, qu’aucun d’eux ne quitte plus cet instant, où tout avait atteint un équilibre et son affection pour eux était parfaite. Mais bien sûr, cela ne devait jamais être : un battement de plus et tout ce modifiait, et l’instant se volatilisait en silence.


Bon ça a l’air tout à fait cucu, mon résumé. Et ça l’est, sans doute. En fait j’ai passé mon temps à osciller entre cela et l’incroyable force de ce livre, la description de ce garçon, de ce jeune homme, de cet homme mur puis vieillissant, perpétuel écorché, à qui la vie, avant de le cajoler, a appris à se détester, assailli par les doutes et le syndrome post-traumatique, de ses modes de défense, de ses fractures intimes. L’auteur montre  au-delà de l’apparence la solitude de celui qui sera perpétuellement un étranger aux autres, malgré la bienveillance.

Mais il est vrai que l’enfance de Jude aurait été 10 fois moins sordide que cela eut suffit, qu’il aurait gagné 10 fois moins d’argent aussi. Qu’importe, l’humanité de ce jeune homme, de tout son entourage déterminé à le sauver sans y parvenir, cela m’a scotchée, j’ai adoré. Ce livre m’a fortement évoqué cet excellent souvenir qu’est La puissance des vaincus, de Wally Lamb. Et qu’importent les faiblesses.

Je dois un remerciement tout particulier à Tom Léo drunken drunken

Mots-clés : #amitié #amour #psychologique #solitude
par topocl
le Jeu 6 Juin - 16:45
 
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Sujet: Hanya Yanagihara
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Helene Hanff

84, Charing Cross Road

Tag amitié sur Des Choses à lire Proxy178

Helene Hanff, écrivain new-yorkaise aux revenus précaires, commande  en Angleterre, à une librairies située 84 Charing Cross Road, toutes sortes des livres anciens ou épuisés qu’elle n’arrive pas à se procurer chez elle. Peu à peu une espèce d’amitié se noue entre elle et le libraire, Franck Doel puis avec toute l’équipe puisqu’en cette période des sévères restrictions d’après guerre, Helene envoie des colis de nourriture à distribuer entre tous.

C’est un court roman épistolaire. Ou bien Helene Hannf s’est elle contentée de reprendre des lettres réelles, de les sélectionner et les mettre en face à face ? Ça, on ne le sait pas. Il y a là un ton délicieux, d’une légèreté rieuse, entre la fofolle new-yorkaise et l’anglais guindé. Le ton évolue peu à peu au fil des pages, les employés de la librairie et la famille de Franck s’y mettent, c’est tout à fait charmant.


Mots-clés : #amitié #autofiction #correspondances #universdulivre
par topocl
le Ven 10 Mai - 11:55
 
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Sujet: Helene Hanff
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Simon et Capucine Johannin

Nino dans la nuit

Tag amitié sur Des Choses à lire Nino_d10


Nino est un tout jeune homme qui hante les rues et les nuits de Paris, poches vides, cœur battant, à la recherche d’éclats qui s’apparenteraient au bonheur. La rage au cœur il hait cette société qui ne vit que par l’argent, il va de petits boulots humiliants en petits vols rapides. Il aime la douce Lale d’un curieux amour-toujours revitalisant, trésor de tendresse dans ce monde sans pitié. Avec ses potes, à la vie à la mort, ils déchirent les nuits de leurs cris, de elurs danses, de leurs défonces.

Si le roman n’avait pas cette fin,  ce serait une romance contemporaine âpre, sauvage, magnétique, où la noirceur du quotidien n’empêche pas la douceur de l’âme de ces jeunes antihéros en galère, refusés de la vie « normal ». Il y a une beauté fébrile dans cette colère désespérée, dans cette langue crue, résolument contemporaine, à la poésie urbaine, qui claque et frappe, on prend ça en pleine figure.

J’ai douté sur la fin, cette allégeance brutale à un univers clinquant, cette démission face au fric. Qu’y a t’il donc de pire, la galère sociale en elle-même , ou les mirages et les compromissions qu’elle impose ?
On parlait naguère des romans que seule la fin « justifiait ». J’ai trouvé ici un roman insolite, innovant, prenant, auquel je dois au contraire pardonner la fin.

Mots-clés : #amitié #amour #contemporain #jeunesse #social #urbanité
par topocl
le Jeu 25 Avr - 9:26
 
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Sujet: Simon et Capucine Johannin
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François Cheng

Le Dit de Tian-Yi

Tag amitié sur Des Choses à lire Cvt_le12
Roman, 1998, 435 pages environ, trois parties de tailles inégales.

L'écriture de François Cheng est gracile, légère, précise; et il faut bien cela pour un ouvrage excédant les 400 pages, pour cet exercice si particulier ambitionnant de couvrir la vie entière d'un personnage, exercice à écueils par excellence, où l'on risque de donner dans l'empâté, l'accessoire, les pages de moindre haleine: c'est un choix courageux d'auteur déjà notoire, qui se risque à un premier roman publié.

Si le roman croise sans nul doute l'autobiographie de François Cheng, il ne se moule jamais dedans: Néanmoins, on a bien un jeune artiste chinois, de sa génération -quasiment de son âge- qui part à Paris, jusque là d'accord, mais à ceci près, et c'est une grosse différence, qu'il revient en Chine et y demeure dès les années 1950 et jusqu'à la fin de ses jours.

C'est la peinture d'un trio, composé de Yumei -l'Amante- artiste de théâtre, d'Hoalang -l'Ami- poète, écrivain et Tian-Yi, le peintre.
De la possibilité, ou de l'impossibilité, d'un amour et d'une amitié, fusionnels, à trois. Mais c'est aussi une fresque de la Chine sur un gros demi-siècle, embrassée depuis la guerre d'invasion nippo-chinoise jusqu'à la fin de la vie de Mao Zedong, ce dernier curieusement jamais nommé, en tous cas jamais autrement que le Chef.    

Beaucoup de considérations passionnantes sur la symbolique, l'art, jalonnent ce qui a l'apparence d'un récit (normal au vu de l'auteur).
Tout ce qui est dit en matière de Taoïsme, Bouddhisme, société traditionnelle et société révolutionnaire ne le cède nullement pour ce qui est de l'intérêt du lecteur.

La représentation romanesque de la nature est à l'honneur, manière peut-être de jonction avec l'art pictural chinois traditionnel: par exemple après ce livre, jamais plus vous ne regarderez un fleuve de la même façon qu'avant:

1ère partie, chapitre 30 a écrit:
"Question très intéressante, essentielle même, essentielle..." C'était le professeur F. célèbre spécialiste de la pensée chinoise, que d'aucuns approchaient avec un respect craintif. J'y étais allé de ma naïveté, sans gêne outre mesure, car je ne demandais qu'à écouter.

"Oui, le fleuve comme symbole du temps; que signifie-t-il ? Voyons, comment répondre à cette question ? " Son front se plissa derrière ses lunettes cerclées d'argent. "Il faut bien parler de la Voie, n'est-ce pas ? ... Tiens, quelle coïncidence ! Demain, nous traverserons justement la région dont est originaire notre cher Laozi. Celui qui est, vous le savez bien à l'origine du taoïsme et qui a développé l'idée de la Voie, cet irrésistible mouvement universel mû par le Souffle primordial. A demain alors; on en parlera."

"La Voie donc..." reprit le savant le lendemain, comme s'il n'y avait pas eu l'interruption de la nuit.
 

   


Pour ce trio, apprenant une funeste nouvelle touchant Haolang, Tian-Yi reviendra de France en Chine, aux heures sombres et tourmentées, pour son malheur peut-on penser, mais toute l'adresse de François Cheng consiste à montrer combien la quête de Tian-Yi, bien que semblant aussi vaine que dangereuse à nos regards, dépasse nos considérations terre-à-terre: il n'y a que cela qui vaille, parce qu'au fond, c'est bel et bien une passion qu'ils vivent (donc une souffrance à mort).  

Si la chronologie par le menu mêle la petite histoire, celle des personnages, à la grande, celle de la Chine du XXème, l'érudit M. François Cheng nous fait aussi caresser, en forme de roman et c'est donc très singulier, l'art pictural ancestral de la Chine, la calligraphie comme la représentation peinte, en démarrant aussi loin que l'art des grottes ornées et en aboutissant au néant sidéral de la révolution -dite- culturelle.
Sans doute est-il nécessaire de s'armer d'un peu d'imagination, et d'effectuer une lecture précautionneuse, mais oui, on a l'impression d'atteindre à cela par les vides, les estompes, les déliés, les courbes, les symboles naissant de sa plume...  




#Amitié
#Amour
#CampsConcentration
#Creationartistique
#Exil
#Regimeautoritaire
par Aventin
le Ven 19 Avr - 1:23
 
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Sujet: François Cheng
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Etienne Davodeau

Tag amitié sur Des Choses à lire Cvt_qu10

Scénario et dessins

Cinq amis trentenaires passent une semaine de vacances en montagne dans la maison de l'oncle de Phil.
Phil, le glandeur qui revient de Cotonou, Victor le bosseur dont ce sont les premières vacances depuis 3 ans, Jean-Jean, marié (quelques problèmes de couple), Domi, le gauchiste (s'occupe d'ados au centre social) et Charlie qui a écrit un livre.
Des évènements curieux se passent dans la région : un nuage de peinture blanche à l'eau est projeté dans certains lieux, les villageois s'en amusent. Mais et oui il y a un mais, Phil a des pressentiments, il voit où vont se dérouler les prochains nuages de peinture. Sceptiques tout d'abord ses amis sont convaincus après preuve. C'était sans compter sur la personnalité de Phil qui dénigré par la famille, après la mort de son père, voulait faire un acte d'envergure, lui "le cafard" comme il était appelé enfant.
C'est très bien, les personnalités sont bien croquées, chacun a des arguments en fonction de sa nature, son tempérament, ses idées, ses goûts. Ils sont attachants. Il y a même le petit vieux du coin qui se souvient de la famille de Phil et des sottises de l'enfant, il passe régulièrement "boire le coup".

je trouve que le N&B apporte beaucoup à l'histoire, à la légèreté du dessin.

Tag amitié sur Des Choses à lire Imm110
Tag amitié sur Des Choses à lire Imm210
Tag amitié sur Des Choses à lire Imm310


mots-clés : #amitié #bd
par Bédoulène
le Jeu 28 Fév - 17:37
 
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Sujet: Etienne Davodeau
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Jacqueline Woodson

Un autre Brooklyn
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A un moment donné, nous avons tous la même destination, ai-je pensé. A un moment donné, tout, la moindre chose, chacun de nous, se mue en souvenir.


August a grandi heureuse dans le Tennessee, avec ses parents et son petit frère, dans une belle maison au bord d’un lac. August s’est installée à Brooklyn avec son père et son petit frère,  après que sa mère soit tombée dans une sorte de folie suite au décès de son frère à la guerre du Vietnam. Auguste a grandi dans ce quartier au moment où les Blancs le quittaient  peu à peu. La certitude que leur mère finirait par les rejoindre,  l’amour fusionnel de son petit frère, la foi trouvée en l’islam  de son père, l’amitié de ces trois copines confrontées à ses incertitudes,  la rendaient indestructible. Elle a traversé les affres de l’adolescence, étudié l’anthropologie, elle revient pour les funérailles de son père.

Je regardais mon frère observer le monde, son front droit, empreint d’une trop grande gravité, se fronçait sous l’effet de l’angoisse et de l’étonnement. Ou que nous posions les yeux, nous voyions des gens s’efforcer de rêver leur départ. Comme s’il existait un ailleurs. Un autre Brooklyn.


Dans cette communauté noire à la limite du seuil de pauvreté, mais qui vit dans l’amour et la dignité, la petite fille trouve très lentement le chemin qui lui permet de comprendre cette mère absente ; cette mère dont elle dit comme première phrase : « longtemps ma mère n’a pas été morte », et dont les cendres trônent dans le salon. Jacqueline Woodson enchaîne les courtes vignettes, qui disent par un fait mieux que par une description. Le retour en arrière couvre d ‘un voile plein de douceur  les souffrances du jour le jour, et cette adolescence qui avance au jugé, finit par sortir du  ghetto. Elle éblouit par son aspect tout à la fois sain et doux.

Bix, j’ai pensé à toi.


mots-clés : #amitié #enfance #lieu
par topocl
le Lun 11 Fév - 14:09
 
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Sujet: Jacqueline Woodson
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Zadie Smith

Swing Time

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Une petite fille d'une cité londonienne, voit son enfance se dérouler sous la triple emprise de la passion de la danse, de son métissage et  de Tracey sa meilleure copine délurée. Sans doute du fait d'une certaine « sagesse interne », mais aussi grâce à sa mère militante féministe qui la pousse à étudier et gagner son autonomie, elle quitte son milieu d'origine et  devient assistante d'une star mondiale du show-biz, l'aide dans  une entreprise plus paternaliste que généreuse pour construire une école pour filles en Afrique.

Comme toujours chez Zadie Smith, elle multiplie les personnages qu'elle dépeint avec un œil aussi acerbe que tendre, et chez qui l'enfance est déterminante. Elle embrasse de nombreux thèmes (multiculturalisme, différences de classes sociales, féminisme, fatalité  sociale et émancipation par la culture,  fidélité et trahison) qu'elle brasse de façon assez virtuose.  On retrouve aussi sa vivacité, son rythme, sa capacité à dresser des portraits tout aussi piquants que prototypiques. Un peu moins d'humour que dans ses précédents livres, peut-être. Et si l'issue m'a laissée un peu sur ma faim, Swing Time reste une lecture addictive, plaisante, entre sourire et émotion, pleine de personnages attachants, qui n'ennuie pas une seconde.

Mots-clés : #amitié #contemporain #enfance #identite #initiatique #jeunesse
par topocl
le Sam 10 Nov - 10:52
 
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Sujet: Zadie Smith
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Hubert Selby Junior

Le saule

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Original: The Willow Tree, 1998

4ème de couverture : a écrit:Dans le South Bronx, une bande vient d'attaquer un couple d'adolescents. Maria est défigurée par un jet d'acide. Bobby, tabassé à coups de chaîne de vélo, pisse le sang. Hagard, perdu, il trouve refuge dans une cave où Moishe, un vieux clochard, le soigne. Mais peut-on vraiment guérir de la haine et des rêves de vengeance ?


Très reconnaissant d'avoir découvert cet auteur par la lecture de « Le saule ». Je fus attiré grâce à une petite remarque – de Bix, je pense, quelque part – que le livre rappelle en quelque sorte l'histoire de « Missa sine nomine » de Wiechert. Bon, peut-être c'est un peu bizarre de comparer, mais il est juste que dans un certain sens il s'agit d'histoires de « guérison » (ou pas?) après avoir subi une violence extrême. Ce qui est chez Wiechert avant tout la nature et une contemplation dans la solitude et le silence, c'est chez Selby, ici, cette amitié grandissant entre Moishe et Bobby. Ce qui était la guerre chez l'un comme déclencheur, c'est la violence urbaine chez l'autre, réalité très vraie, pas de tout exagérée à en croire un ami des Bronx...

Ce qui m'a touché aussi dans ce roman, c'est la juxtaposition, ou le parallèlisme entre une histoire très violente, des périodes marquées par une grande violence et une langue au moins rude et plein d'argot de Bobby (langue, écritutre « parlée ») ET, de l'autre coté, une espèce de douceur dans l'être, les propos de Moishe, un homme apaisé après ses traumatismes à lui. Cette coexistence est forte et peut-être très intéressant : la réalité de la violence dans nos vies ET, au même moment, l'invitation, l'expérience à autre chose. C'est un auteur touchant à sa propre fin, et ayant vécu lui-même des choses dures, qui écrit, et cet ensemble donne une grande crédibilité à l'oeuvre. Et ce malgré le fait que dans un certain fil conducteur on pourrait à juste titre aussi ressentir un certain « pathos », je dirais même : typiquemment américain. On s'embrasse, on « toppe », on s'appelle, « mon vieux »... - ici et ailleurs on est dans certaines répétitions qui m'ont un peu amusées ou même semblées un peu trop répétitives. Ainsi je trouve quand même que par exemple le deuxième tiers du roman est tout simplement trop longue. Un peu de coupures n'auait pas fait du mal. Mais on est dans une espèce d'écriture qui tourne, revient à certains sujets, qui exprime les lentes évolutions intérieures.

La tension du roman reste intacte, monte même encore quasimment jusqu'à la dernière page, et les deux, trois dernières pages touchent par leur grâce au sublime (ne pas anticiper la lecture, mes chers!!!).

J'ai envie de poursuivre avec cet auteur !

mots-clés : #amitié #initiatique #violence
par tom léo
le Sam 13 Oct - 22:28
 
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Sujet: Hubert Selby Junior
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Willa Marsh

Tag amitié sur Des Choses à lire C_une-10

Une famille délicieuse

J'ai donc pris ce titre en médiathèque, pour voir. J'ai lu ça en quatre soirées, et c'était ce qu'on appelle mièvre, mais très agréable. Je ne bouderai jamais cet aspect en moi qui reste très bon public face à un livre ficelé sur l'histoire avant le style, saupoudré de très bons sentiments.
Et là c'est clairement ça. Peut-être ce que tu appelles "atmosphère anglaise", kashmir. Les protagonistes essentiels sont altruistes, diplomates, introspectifs, sages et super bien élevés  etc
D'abord il y a beaucoup de chiens, et beaucoup de mise en scène de leur brave présence. J'ai beau avoir une petite chienne, le procédé m'a fais marrer, ils servent beaucoup à faire avancer l'action et le dramatique : tel chien, ainsi, se demande pourquoi il n'a pas sa gamelle , tandis que sa maitresse apprend qu'elle est cocue : elle en est consciente, il faut qu'elle surmonte son désarroi, qu'elle se lève et qu'elle le nourrisse, etc

Ensuite, il y a ce tableau-cocon de la vie, le rituel du thé, le regard sur les plantes vertes, les intériorités tournées vers les fugaces beautés météorologiques.

Enfin il y a la construction systématique et méthodique d'un système de sens-doudou, des soeurs qui s'entraident,des secrets dévoilés , des trames de vie croisées, des personnes vraiment pas gentilles, des efforts pour les supporter .

c'est donc super dur de dire que c'est bien écrit, que c'est bien, mais j'ai passé un moment très agréable.
Oui .
Quand j'avais la télé , il y a 17 ans, je regardais parfois des sottises toutes mignonnes, c'est pareil : et j'ajoute que si c'est mignon, ya pas de raison de l'appeler sottise.

Donc pour finir, là ce roman appuie pas mal sur les rapports fraternels, et les secrets de famille. Sur la vie de plusieurs soeurs, plus ou moins unies (mention spéciale pour la garce, très drôle)

J'ai trouvé un passage à copier, c'est très bien car ainsi ça sera clair pour tout le monde.:
Le soleil de ce début d'automne entrait par la porte principale, tombant à l'oblique, en bandes de lumière poudrées d'or. Il lustrait la vieille banquette, flamboyait sur la grande plaque de cuivre qui couvrait la table de chêne, touchait d'une lueur tendre les coloris fanés de la large tapisserie de soie accrochée au mur sous la galerie. Une paire de bottines en caoutchouc se trouvait juste à l'extérieur, jetée négligemment sur le dallage de granit ; abandonnée sur le coussin usé de la banquette attendait une corbeille de jardinier en osier, chargée de ficelle, d'un sécateur, d'un vieux déplantoir et de torsades de papier contenant de précieuses graines.
Le chant atténué des grillons, à peine audible par-dessus le murmure du ruisseau, soulignait la tranquillité de l'instant. Bientôt le soleil se déroberait, passant par-delà l'épaule de la falaise pour rouler vers la mer, et de longues ombres ramperaient sur la pelouse. Il était cinq heures : l'heure des enfants.
La chaise roulante sortit silencieusement de l'ombre, ses roues avancèrent doucement sur le sol de mosaïque craquelé, avant de marquer une pause à l'entrée du salon. Son occupante se tint là, immobile, tête baissée. Elle prêta l'oreille à d'anciennes voix, vieilles de plus de soixante ans. Contempla le chintz éraflé, abîmé par les petits pieds et les sandales à boucle. Devant elle, une broderie encadrée, une scène à moitié finie...
Chut ! Quelqu'un raconte une histoire. Les enfants ont fait cercle autour de leur mère : les deux plus grandes partagent le sofa avec leur petite soeur, calée entre elles ; une troisième fille est allongée par terre sur le ventre, elle fait un puzzle, son pied levé battant l'air - signe de vitalité réprimée. Une autre fillette encore est assise sur un tabouret près de la chaise de sa mère, avide des images qui embellissent le récit.
- Je vais vous raconter quelque chose, dit la Conteuse, mais gardez-vous de trop remuer, de tousser ou de vous moucher sans cesse... et ne tordez pas vos mèches. Puis, quand j'aurai fini, je veux que vous alliez immédiatement au lit.


Bon en fait, pour tout vous dire, j'ai bavé d'envie : je n'ai pas de soeur, j'ai été tout à fait bonne cliente de ce fantasme faussement réaliste d'une union familiale étroite  jocolor

mots-clés : #amitié #amour #vieillesse
par Nadine
le Ven 5 Oct - 12:14
 
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Sujet: Willa Marsh
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