Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 14:09

70 résultats trouvés pour Relationenfantparent

Moritz Thomsen

Mes deux guerres

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Récit autobiographique, l’histoire de cette famille plus extraordinaire qu’une création romanesque, mais aussi typiquement nord-américaine dans la démesure de la fortune et du désastre, du sordide et de la folie, gravitant sans fin autour de la figure du père haïssant et haïssable ‒ le tout épicé d’un humour subtil, mais fort teinté de dérision. Avec le bizarre contrepoint de l'expérience tout aussi traumatisante de la Seconde Guerre mondiale comme bombardier.
Thomsen est un puissant narrateur, comme de cette séance déterminante dans une taverne munichoise en pleine poussée fasciste, ou celle du choc de Pearl Harbor ‒ et bien sûr les bombardements vus d’un B-17. Le point de vue dont il témoigne m’est souvent paru différent de ce que j’aurais cru, mais toujours plein d’enseignements (telle cette significative diffamation officielle : « Lack of Moral Fibre », défaut de combativité).
« Et il est tout aussi étrange que, lorsqu’on se met à creuser le passé, on n’y trouve pas, bien souvent, ce à quoi on s’attendait ; dans nos souvenirs les plus vivaces, on est rarement dans les bras de quelqu’un, mais presque toujours seul et peut-être à ne rien faire de plus important qu’être posté à la fenêtre tandis que la lune monte au-dessus des arbres, ou contempler, dans une sorte d’extase, les eaux limpides d’un lac de montagne. »

« La monotonie s’est parée d’une qualité enchantée, comme si nous vivions des journées qui ne seront pas décomptées de notre espérance de vie, dividendes sans valeur, mais dont, avec un peu d’imagination, il est possible de retirer quelques moments de relative joie. »

« Le temps de quelques instants, je fus ébranlé par l’idée de ces artistes, alors clandestins [dans l’Europe occupée par les nazis], dont nous avons besoin pour interpréter la nature transcendante du réel, et de ces penseurs sans illusions qui, en l’absence de Dieu, ne peuvent que nous indiquer comment marcher avec grâce et courage vers notre propre extinction. […]
Qui d’autre, là en bas, portait le fardeau du monde, maintenait la cohésion du monde, recréait un monde à partir des menus éléments de son expérience et de sa vision personnelles ? »

« On entend dans sa jeunesse les accords d’ouverture d’un concerto tout de puissance et de romantisme et, pour le restant de sa vie, l’on est prisonnier de cette émotion qui revient avec chaque répétition de l’œuvre. »

« Pourquoi, quand la vie est à ce point odieuse, sommes-nous si terrifiés à l’idée d’en être soulagés ? »


Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #relationenfantparent #temoignage
par Tristram
le Mar 26 Nov - 13:15
 
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Sujet: Moritz Thomsen
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C.E. Morgan

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Le sport des rois

Difficile de trouver les mots pour évoquer ce roman de fièvre et de fureur, qui suit les pas d'un riche propriétaire terrien du Kentucky qui a investi toute sa vie dans l'élevage des chevaux de course, incarnation pour lui d'une forme de transcendance et de transmission d'une toute-puissance.
Cette passion des courses de chevaux s'est construite en opposition à son père, qui lui a laissé une terre ayant créé une fortune familiale mais l'a renié dans ces choix. Et ce déchirement, cette haine enfouie et intérieure d'une figure paternelle est à la source de tous les tourments, reflets des contradictions, des souffrances d'un monde clos du Sud des Etats-Unis, où le mépris de soi s'engloutit dans la perpétuation d'une ségrégation raciale quotidienne.
L'évocation des femmes, des noirs n'est que violence et amertume aux yeux d'hommes blancs déjà à moitié brisés...et la colère d'Henry Forge, qui voit sa propre fille se rebeller, puis un garçon d'écurie de sang-mêlé le supplanter dans son ambition hippique, ne peut que s'achever dans le drame.

L'écriture de C.E. Morgan est marquante, souvent flamboyante par ses accents romanesques, et peut rappeler l'intensité abrupte d'un Faulkner tant elle fascine et déroute à la fois. Paradoxalement, Le sport des rois semble parfois manquer de personnalité ou de sincérité, en privilégiant jusqu'à l'excès une dimension spectaculaire dans les rebondissements narratifs. Mais malgré ces regrets, il s'agit pour moi d'une oeuvre qui constitue un temps fort de mon année littéraire, et ne laissera pas indifférent.


Mots-clés : #famille #racisme #relationenfantparent #segregation
par Avadoro
le Mar 24 Sep - 23:28
 
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Sujet: C.E. Morgan
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Vénus Khoury-Ghata

Dans "Le livre des suppliques" (2015), page 89 ce poème, comment ne pas voir une évocation de son frère Victor (vers: celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de houx), et de sa sœur morte à l'âge de huit mois, ce dont son père eut bien du mal à se remettre (une des trois chaises au dos interminables, les deux autres pouvant être celles des parents) ?  

Victor, le grand frère qui souhaitait devenir poète, partit pour Paris, où il ne parvint pas à se faire publier, et se liquéfia dans la drogue, l'alcool probablement aussi, et une sexualité homosexuelle débridée.
Le père, ancien militaire interprète pour le Haut-Commissariat français du temps du mandat de la république française au Liban, avait été reversé dans l'armée libanaise: c'est lui, qu'on sent absent mais terrorisant, le passeur de la langue française auprès de ses enfants.

Injonction du père à Victor de revenir au Liban. Retourné au foyer familial, le père le fit interner en psychiatrie et subir une lobotomie.
Il mourra jeune et sordidement écroué, pardon "interné".

Le père-ogre, detesté-mais-tout-n'est-pas-si-simple par Vénus.
A-t-elle, en quelque sorte, volé à son tour le feu, repris le flambeau de Victor, en divorçant d'un premier mariage à vingt ans pour suivre le scientifique Jean Ghata à Paris et s'imposer comme une femme de lettres de premier plan (de premier plan c'est moi qui l'affirme, hein) ?

bouleversante page 89 en tous cas:


la lucarne reflétait les humeurs du père
Devenait opaque lorsqu'il rentrait les mains vides
Avalait insectes et poussières lorsqu'il renversait la soupière et
 que la mère la mère ramassant les débris accusait le vent
Nous étions sept par temps de désarroi ordinaire
Quatre enfants et trois chaises au dos interminables
Celui assis sur le vide se disait éphémère comme la flambée de
 houx
Sa vie n'excèdera pas la taille d'un crayon
Qu'il nous noiera sous ses bienfaits
Un cerf-volant qui nous emportera par-dessus le toit
et un soleil de poche pour la mère qui pleuvait à chaque passage
 de nuage


si triste la maison à cinq heures de l'après-midi



Mots-clés : #enfance #famille #fratrie #huisclos #poésie #relationenfantparent #viequotidienne
par Aventin
le Sam 7 Sep - 8:33
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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Alain Damasio

Les furtifs

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Tu te sens prêt, Lorca?
– Absolument pas…
– C'est précisément ce que j'appelle être prêt. Cet état d'incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l'inconnu. Crois-moi Lorca, quoi qu'il arrive, tu vas vivre l'un des moments les plus intenses de ton existence. Reste ouvert.



On est en 2041. Les villes sont privatisées. La Gouvernance, grâce aux technologies numériques, a mis en place une société basée sur le contrôle , Jouant sur la peur et le désir, elle a habilement su la faire accepter au commun des mortels. 
Une nouvelle espèce arrive peu à peu à la connaissance humaine : les furtifs, qui semble à l’origine de tout le vivant. Elle a pu survivre grâce à sa  capacité à se cacher , ne pas laisser de trace, échapper au contrôle, justement. Elle intéresse l’armée de par cette capacité, et le pouvoir de la rébellion qu’elle est susceptible de nourrir. Les furtifs sont des êtres étranges, en métamorphose permanente - empruntant en quelques minutes à différentes espèces animales ou végétales, mais pouvant aussi transmettre à un humain une part d’eux-même. Ils se déplacent avec une vélocité extrême, échappant au regard humain, car ce seul regard peut les tuer. Ils ont à voir avec la fuite, la liberté. Ils s’expriment par sons, mélodies, phrases mi-infantiles mi-sybillines. Et laissent d’obscures glyphe comme seul signe de leur passage.

Tishka, l’enfant mystérieusement disparue de Lorca et Sahar, n’a t ’elle pas rejoint le camp des furtifs ?. Ses parents la recherchent dans une logue enquête,  riche en péripéties, en rencontres parfois ésotériques, en épreuves.

Plus leur enquête avance, plus se lève dans le pays une prise de conscience, d’où émerge un mouvement pro-furtif, réunissant les libertaires, les marginaux, les exclus et ceux qui se sont exclus par choix, grapheurs, musiciens, scientifiques, rebelles en tout genre..., qui va nous mener dans une ZAD à Porquerolles et vers un combat politique et une insurrection finale grandiose.


C’est un formidable roman d’aventure, où le réel infiltre un imaginaire prolifique. Les six personnages-phares, identifiées par leur symboles, sont des figures mythologiques, héros portés par leur grandeur et leurs petitesses, leur singularité, leur folie, leur charisme. Les rebondissements s’enchaînent , mêlant scènes intimes, épisodes guerriers ou quasi magiques, poursuites, amples scènes de foule.

C’est un magnifique roman d’amour autour du trio Varèse, au centre duquel Trishka est l’enfant troublante, qui a pris son envol,  mais n’en aime pas moins ses parents. Ceux-ci l’ont fait naître pour elle-même, respectent son choix, mais voudraient quand même bien la voir grandir, la caresser, l’aimer. C’est d’un pathétique grandiose et sans pathos.

C’est un roman philosophique, sociétal, politique, une grande réflexion sur les outils numériques et les risques qu’ils nous font encourir, si réels, si proches. Une exhortation à s’intéresser à l’autre et le respecter, à s’ouvrir à l’étrange, à s’ancrer dans le vivant. Un hommage aux sens, à la musique et  aux sonorités, au beau, aux valeurs et émotions perdues.

C’est enfin un objet littéraire pharaonique, unique, où on retrouve tout le travail sur la langue, la ponctuation et la typographie qu’on a déjà connu dans La horde du Contrevent, mais magnifié, mûri, amplifié. Damasio est un inventeur de mots fantasque et érudit, un joueur de son assez incroyable, un surdoué du jeu de mots, de lettres, de l’Oulipo. Il multiplie les néologismes, les inversions de sens et de syllabes, les allitérations et les assonances, cela s’accélère dans les temps forts, monte en puissance tout au fil du livre pour créer dans les derniers chapitre, s’insinuant peu à peu,  comme une langue nouvelle, le damasien, issue du français, parfaitement compréhensible mais parfaitement différente, d’une poésie, d’un rythme, d’une tension, d’une mélodie incroyables.

C’est livre géant, titanesque, décapant, totalement enthousiasmant. Il ne faut pas hésiter à s’obstiner à y entrer, c’est une lecture exigeante, qui demande un temps d’habituation (il m’a fallu 200 pages) mais qui devient enchanteresse.

Mots-clés : #amour #aventure #fantastique #insurrection #relationenfantparent #romanchoral #sciencefiction #urbanité #xxesiecle
par topocl
le Mar 30 Juil - 13:54
 
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Sujet: Alain Damasio
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Marilynne Robinson

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Gilead


Avant tout il me semblait que c'était un récit de vie, destiné alors à son fils si jeune (il a sept ans!) que le pasteur vieillissant va jamais le rencontrer comme adulte. Certains partages et explications seront jamais possibles. Ces circonstances donneront un ton de mélancolie, d'un certain regret. C'est alors un livre de la relation entre père et fils, et il y en a d'autres de ces relations : l'ami Boughton en a aussi ! Le jeune Jack. Et finalement la relation entre le grand-père et le père est une aussi etc. Là intervient une autre dimension : l'attitude de combat du grand-père (presque une figure vétéro-testamentaire) et le quiétisme du père, qui s'était tourné vers les Quakers.

Bien sûr je ne peux pas forcer de voir la beauté des remarques, pas seulement sur la nature ou des descriptions, mais d'une recherche de Dieu, d'une vie de foi. Ce livre a quelque chose d'une version adapté du « Journal d'un curé de campagne » de Bernanos. Par ailleurs le Pasteur John Ames en fait allusion ! Les remarques sur Feuerbach sont fort intéressanes ; Et beaucoup d'autres choses… Mais cela touche au plus profond, et on y est ouvert ou pas. Mais ce n'est certainement pas « n'importe quoi ». Si l'auteur a attendu si longtemps entre la publication de ses livres, elle a aussi préparé son coup. Autre réaction : un ami pasteur me disait qu'il est très remarquable qu'une femme arrive a tellement bien comprendre ou saisir certains aspects de la vie d'un prédicateur…

Donc, une grande partie du roman se laisse lire pas comme un récit, mais presque comme une méditation.

MAIS je suis tout à fait d'accord que le rythme devient très lent. Ce fleuve tranquille n'est pas pour tout le monde et il y a danger d'endormissement (aussi pour moi). Circulant, des sujets reviennent sous différentes lumières, et certaines expressions de regrets (de ne pas voir son fils comme adulte) sont trop répétitives. Mais pour l'amateur d'une certaine lenteur, d'un regard presque méditatif sur la vie – il y a des pépites.

« These are the things that Ames tells his son about: his ancestors, the nature of love and friendship, the part that faith and prayer play in every life and an awareness of one's own culpability. There is also reconciliation without resignation, self-awareness without deprecation, abundant good humor, philosophical queries--Jack asks, "'Do you ever wonder why American Christianity seems to wait for the real thinking to be done elsewhere?'"--and an ongoing sense of childlike wonder at the beauty and variety of God's world. »


Mots-clés : #relationenfantparent #religion
par tom léo
le Ven 14 Juin - 7:35
 
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Sujet: Marilynne Robinson
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Steve Tesich

Price

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Originale : Summer’s crossing (Anglais/E-U, 1982)

REMARQUES :
Voilà que je viens de terminer ce roman et je suis, malgré quelques longeurs (en général je préfère les livres moins longues?), assez impressionné de ce qu’arrive à faire Tesich avec un sujet somme toute assez banale. Car on pourrait (déjà vu) juste parler d’une histoire de premier amour et sa fin, et c’est tout. Mais l’auteur y file habilement d’autres sujets et met des accents intéressants, pê pas visibles au premier coup d’oeil ? Ou faut-il mon imagination débordante d’interprêter un peu trop ?

Le roman se déroule pendant l’été 1961 sur fond de l’ère Kennedy, dans une période donc assez courte pour le volume de plus de 530 pages. Beaucoup de choses vont bouger, changer dans nos protagonistes principaux : soit les « incorruptibles » amitiés de l’école, soit les rêves d’avenir, soit la façon de faire face avec le présent et les défis dans un environnement sans grand intérêt et avenir, soit les images et associations avec ses propres parents et les personnes environnantes, soit finalement la découverte d’un premier amour...

Le narrateur est Daniel « Boone » Price lui-même. Sa mère est du Montenégro (donc Ex-Yougoslavie comme l’origine de Tesich lui-même), belle et de confession orthodoxe (pratiquante) avec une prise de ritualisme. Son père, image du devoir et du « bon travailleur » sans histoire, est de descendance irlandaise et catholique. Au début du roman (et pas seulement) les parents semblent justement réagir toujours en opposition l’un contre l’autre. Ils sont différents, et surtout le père, ne peut pas accepter cette altérité de la mère qui ne correspond pas à ses attentes. Car au fond le roman joue beaucoup – dans toutes sortes de cas de figures – avec les attentes qu’on a les uns des autres, et le miroir qu’on exige que l’autre soit : qu’on se voie bien alors, aimé (et c’est quel amour?).

Danny apparaît d’abord comme le pur opposé à cet autre personnâge de roman de Tesich qui est Karoo : il est non-fumeur, vierge, pas voyou, non-buveur, athléte de haut niveau ! Dans ce contexte (vu les parallèles des deux héros avec un part d’identité avec Tesich lui-même) il serait intéressant d’élaborer dans quels points Tesich se révèle dans ses facettes différentes (comme toute personne pourrait se laisser voir de façons multiples?!). Mais oui : lui-même a justement vécu à East Chicago aussi !

Entre l’humor et la « tragédie » c’est bien souvent pas très loin. Particulièrement dans une première partie j’ai bien pu rigoler, p ex concernant les dialogues entre les amis, leur jargon. Plus tard par contre des éléments tragiques prévalent, on aimerait aussi donner des fois des coups de pieds quand le héros principal surtout, semble s’enliser dans une fixation quasi maladive.

Tandisque Danny tombe amoureux, son père tombe malade. Ces deux développements ne vont pas ensemble apparemment : comment ne pas voir de la part de Danny comme une volonté d’empêchement de son père ! Il le détourne de l’essentiel ! Et ce qui est de l’ordre d’un contre-temps évolue presque comme incitation à la haine (chez Danny).Même s’il confond les deux...

Mais ce qui me semble élementaire, central pour ce roman c’est que ce qui aurait pu indiquer une pure opposition se revèle d’être une parenté, une proximité, une similitude très proches. « Tel père, tel fils », est l’aphorisme que Danny préssent un moment donné. Tous les deux demandent tellement desespèrement l’amour de leurs bien-aimées, que l’espace de respirer de celles-ci se rétrècit. Tout attendre, tout exiger car – c’est dit d’une manière très fine ! - on ne connaît plus aucun autre contenu, référant, référence, remplissage. Là où un élément de référence dépassant l’autre fait défaut, on se trouve rapidemment dans un trop d’attente – et c’est un grand danger qui finalement peut, ou pourrait tuer, étouffer l’amour. C’est extrêmement bien vu, il y a alors déjà plus que trente ans, et très actuel !

Donc contrairement à une première vue il ne s’agit pas ici d’une pure mise en opposition des différentes relations, p ex père-fils, ou les deux couples père-mère, Danny-Rachel, ou aussi David-Danny et père-amant de la mère ou de père/amant-mère, soit David/Danny-Rachel. Mais justement de leurs similitudes, de leurs grandes parallèles...

Donc, évidemment il est question ici de ce qu’est l’amour. Par exemple il ne coniste pas simplement dans le fait de tout exiger de l’autre, de tout dire, de tout savoir (Danny attend et attend. Aussi se fait-il intrus p ex dans la maison de Rachel en vue de découvrir « la vérité »), de vouloir arracher l’autre de son mystère profond.

Il y a bien encore d’autres sujets intéressants : Le mot « destin », apparaissant à plusieurs reprises, comme aussi la recherche de « signes secrets décisifs »,  et des jeux d’hasard qui indiquerait ce même destin : tout cela est très actue ! On parle beaucoup de liberté, mais on se lierait volontiers à ces cordes !

Aussi : c’est quoi comme ville qui semble offrir aucun avenir ? Laisse-t-elle seulement le choix entre l’acceptation tranquille, presque impuissante (voir Freud ), la revolte violente (Misiora) ou le départ (Danny) ?

Il y aurait encore tant à dire..., certainement aussi un bon livre pour une lecture commune ! Je fus donc impressionné même si je suis loin d’avoir vu tout ou d’avoir tout dit ici...

Cela donne envie de découvrir les pièces de théatre de Tesich !


Mots-clés : #amour #initiatique #relationenfantparent
par tom léo
le Ven 14 Juin - 7:16
 
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Sujet: Steve Tesich
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Alice McDermott

La neuvième heure

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Nous sommes entre deux guerres, dans un quartier populaire de New-York, où malgré leurs bigoteries et leur rigorisme, les bonnes sœurs développent des trésors d’humanité pour adoucir le quotidien de la veuve, de l’orphelin et de bien d’autres qui souffrent et se débattent.

C’est là qu’ont vécu enfants les parents du curieux "nous"  anonyme qui raconte. Là que la rigueur de leurs existences amène tour  à tour le grand-père, la grand-mère et la mère de ce « nous »  à se rendre coupables d’un péché mortel, pourtant péripétie ordinaire de leurs vies difficiles, qui les confronte à la réprobation ou la bienveillance de chacun.  

Surtout la bienveillance, au final, qui semble être une des qualités maîtresses de l’œuvre de McDermot, avec la subtilité, la douceur et une extraordinaire proximité à l’humilité et la souffrance des petites gens. Une réelle aménité pour ces vies si dures, faites de sentiments profonds, de droiture, d‘odeurs  mêlées et de lumières. J’ai beaucoup aimé cette voix singulière et attentive.


Mots-clés : #famille #relationenfantparent #religion
par topocl
le Dim 19 Mai - 18:44
 
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Sujet: Alice McDermott
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Milan Fust

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Milan Fust : L'Histoire d'une solitude. - Cambourakis

Le narrateur de cette histoire n'a vraiment pas de chance.

Il a hérité d'une nature rêveuse et vulnérable. Et pire encore, d'une mère odieuse, un véritable dragon venimeux. Stupide, méchante, elle tyrannise son fils qui, quoique conscient de la nature véritable de sa mère ne lui oppose, au mieux, qu'une résistance passive.
Pour mieux asseoir son pouvoir, elle habite chez lui et tout en le critiquant, elle lui dicte sa ligne de conduite. Et la liste des interdits est longue. Par exemple, elle décide ainsi que son fils ne doit pas s'intéresser aux filles, surtout si elles sont jolies.

Par extraordinaire, elle se laisse amadouer par une jeune inconnue qu'elle trouve ravissante et va jusqu'à la présenter à son fils. Le jeune narrateur est tout à fait séduit par la jolie fille et il le lui fait savoir. Malicieuse et aguichante, elle lui fait savoir qu'elle est fiancée et va se marier.
Elle est en fait venue à la ville pour s'acheter des fringues en vue de la cérémonie.. Mais voilà elle n'a pas assez d'argent et le narrateur sollicité sent se refroidit son ardeur. Pas sa mère qui accepte de lui prêter. Exit la ravissante. On ne la reverra pas. Enfin pas immédiatement.

Déçu, désorienté, il s'engage chez les hussards. On est alors en pleine guerre, celle de 14-18. En attendant d'être envoyé au combat, il fait ses classes, et subit lors les mêmes tribulations comico-tragiques que le pauvre soldat Schveik.
On pourrait dire que les militaires de l'ex empire austro-hongrois ont des similitudes. Mais non,  la stupidité militaire est universelle et éternelle. Un jour, il a une altercation avec un adjudant soul. On en vient aux coups et le voilà le narrateur dans un très mauvais cas. Il y échappera grâce à des aides diverses, mais surtout celle de la jolie fille qui l'a filouté jadis. Non seulement elle l'aide activement et de toutes les façons, mais comme elle bénéficie du respect de tous, elle obtient qu'on le relâche. Raide amoureux, il lui demande aussitôt de l'épouser, mais elle refuse et il vivent ensemble quelques temps. Heureux.

Jusqu'au moment où la foutue mère ne supporte plus qu'il lui échappe. Elle trouve le moyen de jeter le ver du doute sur la jeune fille. La jeune fille est sensible, elle le sent et quitte le narrateur. après l'avoir remercié sincèrement.
                                         
**********

Cette histoire serait presque banale, s'il n'y avait l'"obscur objet du désir," cette jeune femme énigmatique, mystérieuse,  insaisissable, mais totalement séduisante. Une véritable héroïne russe, comme en trouve chez Tourgueniev ou Pouchkine.

Et puis la langue de Fust est naturelle, une langue avec laquelle il s'efforce de capter la banalité mesquine et l'ennui permanent.
Il y a enfin cette histoire tout entière sous le double signe de la solitude et du fantasme. Celle du narrateur qui peut indisposer le lecteur pour sa faiblesse. Mais c'est un rêveur impénitent qui ne peut aimer vraiment que si l'objet de son amour est à distance ou lui échappe. Il peut alors se désoler sincèrement, mais en même temps jouir de sa solitude. Et de ses fantasmes.

Et moi de tout mon coeur aujourd'hui encore je lui crie tu étais adorable, belle et inoubliable (…)"

Il se souvient de tout ce qu'il lui doit. Elle l'a sauvé. Elle l'a aimé. Elle lui a appris à rire, à s'alléger. Mais voilà, il a besoin d'aimer et il est en même temps voué à être seul.
Enfin c'est ce qu'il dit et c'est ce qu'il croit.


Mots-clés : #amour #relationenfantparent #solitude
par bix_229
le Ven 10 Mai - 19:06
 
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Sujet: Milan Fust
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Serge Mestre

Les plages du silence

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Le narrateur raconte la quête de celui qu’il nomme « le garçon » à la recherche du jeune homme que fut   son père Manu, l’un des Républicains qui attendra sur la plage d’Argelès-sur-Mer, l’ouverture de la porte sur la France en 1939, sur un exil  que l’on a appelé la « retirada ».

Réfugié en France Manu ne racontera jamais « sa » guerre, il ne parlera que de ce qui ne le concerne pas directement, sauf à laisser échapper , parfois un nom, un lieu, un évènement qui n’ expliqueront rien et entretiendront l’envie pour le garçon, de savoir ce que sont les trous, dans ce passé qui est tue, de ce passé qui dans ce présent fait qu’il vit sur deux langues, l’espagnol et le français.

Manu après avoir été blessé au pied à  Porto Cristo sera amputé à plusieurs reprises, par morceaux, pourrait-on dire et sera obligé de porter une prothèse.

A la mort de Manu, le garçon partira en Espagne sur les traces de son père, mais c’est plus pour ne pas perdre son père une deuxième fois, pour continuer à être auprès de lui dans cette Espagne qu’ il ne connait que par la voix et les yeux de son père.  Découvrir cette mémoire, ces souvenirs qui lui manquent. Cette quête restera inaboutie, mais c’est  être encore aux côtés de son père. C’est dire combien il l’aimait Manu,  cet homme secret, combien il aimait son père.

Le garçon écrit sur ses moleskines, le journal des souvenirs de Manu !

« J’aurais dû le savoir : la mémoire est tout simplement errance. Je ne suis pas de nulle part, pas d’ici non plus, je suis de la page de ces carnets à travers lesquels je continue à fouiller les traces de ton absence, écrivait le garçon, de ce passé qui se dérobe, me transforme en calque imparfait de moi-même, me lègue un corps indédit dont je ne suis toujours pas parvenu à toucher la jambe manquante. »

***
J’ ai lu plusieurs livres, des autobiographies notamment,  sur la guerre d’Espagne, donc le volet histoire m'était connu (bien que toujours il faille se pencher dessus) donc  c’est surtout cette quête de mémoire qui m’a intéressée.  Ce garçon qui toute sa vie, était attentif à son père mais qui n’a jamais su, ou si peu de son passé en Espagne, de ce que fut « sa » guerre ce qu'était son enfance, sa vie dans ce pays dont lui ne connaissait que la langue.  Ce père avec qui il se tenait à la fenêtre tous les soirs et qui lui signalait dans le ciel les clignotements de l’avion Paris/Barcelone.

Extraits :

« La mémoire, c’est la répétition interprétée »

Dans le camp d’Argelès : « De nombreux réfugiés ne parvenaient pas à réprimer leurs larmes, le froid glaçait tout, autour d’eux. Surtout  ne pas geler entendait-on. Nous nous en sortirons Manu ! renchérissait-on. Où les réfugiés prenaient-ils la force qui les poussait encore à plaisanter ? Sur une jambe, il n’y a qu’un pied qui se congèle ! »

« Aujourd’hui Manu peu m’importe de savoir ce qui s’est réellement passé en Espagne, pour toi, dans les années trente du siècle passé. Ma vie s’est réglée sur le mouvement de ton absence. Le tempo de ta mort a laissé place à de nouvelles tempêtes dans cette tête en désordre qui te survit. Il m’arrive parfois d’entendre siffler ton accent dans la cuisine, le dimanche. »


Une chose m’interpelle, ce garçon est-ce l’auteur ?
Dans la note liminaire à la réédition  Serge Mestre dit : « éternel  petit soldat, pour le nourrir de mes émois d’aujourd’hui, pour le compléter également du prénom de l’épouse de Manu, ma mère désormais disparue. »


Mots-clés : #exil #guerredespagne #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mer 1 Mai - 17:24
 
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Sujet: Serge Mestre
Réponses: 2
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Tim Winton

La femme égarée :

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Fred Scully et sa femme Jennifer ont décidé de quitter l'Australie pour une vie nouvelle en Europe. Ils tombent amoureux d'une vieille maison dans le sud de l'Irlande. Les jours sont longs dans cette maison inconfortable au bas du château de Leap hanté par les cavaliers fantômes, que Scully retape en attendant sa femme et sa fille reparties régler quelques affaires en Australie. Leur retour est annoncé mais, à l'aéroport, Scully ne voit que sa fille Billie. Sa femme a disparu et sa fille est muette. Alors commence pour Scully et Billie une cavale désespérée à travers l'Europe, dans les lieux où ils avaient vécu en famille. Plus la traque avance, plus la disparition de Jennifer est mystérieuse, plus Scully se sent torturé, seul. Billie le sauvera.

Présentation de l'éditeur.


Autant le dire tout de suite, j'ai adoré ce livre que je n'ai pas su lâcher avant de tourner la dernière page.

Quand Scully accepte de comprendre que Billie est seule à descendre de l'avion, c'est comme si sa vie, sa raison se perdaient.
Et c'est ce cataclysme que raconte ce livre : les situations les plus banales deviennent terrifiantes pour ce père et sa fille car celui-ci, ivre d'incompréhension, décide de se lancer à la recherche de sa femme.

C'est un roman d'atmosphère, où règne un sentiment de perte inconsolable, un sentiment de solitude immense. Scully, dans son chagrin,  ne sait pas voir tout l'amour que lui porte sa fille.

Et de croiser une kyrielle de personnages qui ont connu la petite famille soudée et qui donnent désormais leurs opinions sur les acteurs de cette séparation : ce qui nous fait découvrir les uns et les autres avec des yeux différents.

J'ai été happée par le récit et suis curieuse d'en découvrir un autre, histoire de voir si le sortilège opérera encore. Je l'espère vraiment.

Mots-clés : #famille #relationenfantparent #solitude
par kashmir
le Jeu 18 Avr - 21:07
 
Rechercher dans: Écrivains d'Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande, Polynésie)
Sujet: Tim Winton
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Giani Stuparich

L'île

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Que dire à un être mourant qui est son père et qui fut pour le narrateur un homme admiré, vénéré, le héros de son enfance. Hardi, courageux, estimé, égayant les tristes et les mélancoliques.

Il lui était apparu comme un dieu, puissant, le visage lumineux, avec des manières de conquérant : droit, simple, gai. Mais il était souvent absent et insoucieux de l'enfant et de son regard suppliant. Jusqu'au jour, où, presque par surprise, il s'était penché sur lui et découvert qu'il l'aimait profondément.

Il se sentait lié à cet enfant qu'il avait découvert un peu par hasard ; cela s'était passé comme s'il avait découvert quelque chose de lui-même qu'il ne connaissait pas. Le temps passe et l'enfant devenu adulte vit sa vie ailleurs, en pleine montagne.


Encore jeune, le père est frappé par une maladie mortelle. Et qui le détruit encore vif et incrédule. Sachant qu'il va mourir bientôt, il se décide à appeler son fils et lui demander d'exaucer son dernier voeu. Retourner avec lui sur l'île où il est né, l'île de Lussinpiccolo, face à Trieste. Ils ont tous les deux envie de s'épancher, de tout se dire avant qu'il ne se soit trop tard.

Mais l'urgence qui les presse ne suffira pas. Le père ne pourra pas dissimuler sa souffrance extrême et le fils empêcher l'émotion et la pitié qui l'envahissent et qui les renvoient à une commune solitude.

Jamais le père n'avait ressenti le besoin de s'appuyer sur quelqu'un, mais voici qu'une crainte mystérieuse, le poussait à regarder autour de lui, comme pour chercher un être qui lui donnerait du courage. Son fils ! Ils avaient peu de chose à se dire ; mais comme il était simple de se sentir unis.

Au cours d'une ultime promenade en commun, ils découvrent une vue admirable sur la baie. Pour la première fois père et fils se regardèrent en face et, oublieux d'eux-mêmes, laissèrent affleurer du fond de leur tristesse un franc sourire et ils échangèrent des expressions d'émerveillement devant cette vue. Cette embellie est de courte durée, l'ultime rémission. Déjà le désespoir envahit le narrateur, et le naufrage anticipé de ses illusions enfantines.



Le récit est sobre et émouvant. Plusieurs fois dans son oeuvre, l'auteur est revenu sur l'amour qui le lie à son père et aux souvenirs qui sans cesse le
hantent.

Un style limpide et maîtrisé, classique.


Mots-clés : #pathologie #relationenfantparent
par bix_229
le Jeu 18 Avr - 19:52
 
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Sujet: Giani Stuparich
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Fulvio Ervas

N’aie pas peur si je t’enlace

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Andrea a 18 ans, il est autiste, il marche sur la pointe des pieds, ne prononce que de rares mots alors que sa pensée est étrange et complexe, déchire tout papier qui traîne, construit des piles bien alignées, enlace et caresse le ventre des inconnus pour leur exprimer sa sympathie. Plutôt que d’affronter l’épreuve d’un nouvel été d’ennui et de contraintes, son père l’emmène pour un voyage itinérant en Amérique, avec juste un billet d’avion aller et un hôtel réservé pour la première nuit. L’impro n’est pas réellemet la tasse de thé des autistes, tout ke monde le prend pour fou, mais l’amour fusionnel qui les unit leur permet d’affronter cet exploit d’un voyage en moto, voiture, bus, avion de 38 000 km à travers les Amériques.

Plus encore que les paysages, c’est la découverte de modes de vie autres, de personnes ordinaires ou à la marge, qui va porter les deux « héros » de ville en ville au gré des envies, des balades et des baignades. Le père raconte les petits événements du quotidiens, ses questionnements et errances, son incapacité désespérées à jamais comprendre son fils, à percer son mystère, et les bonheurs que cette étrangeté déclenche parfois en lui. De moments paradisiaques en épreuves, le voyage marque doucement son empreinte sur le père comme sur le fils, qui ne seront plus jamais les mêmes.

C’est une histoire unique : voilà ce que nous avons fait, ce que nous avons eu l’audace et le bonheur de faire. Etrange relation, aventure d’autant plus bouleversante que Fulvio Ervas, qui a écrit ce livre d’après le récit du père, se refuse à tout misérabilisme, tout sentimentalisme, s’enrobe de légèreté et d’humour.
J’ai un peu regretté l’optimisme si déterminé, qu’il gomme un peu trop les accidents de parcours (ou les résout toujours aisément) , se réserve de ne raconter que les contacts enrichissants (on se dit qu’il y a bien du y avoir quelques gros cons au passage et quelques galères crasses). Pourtant cet optimisme résolu reste nuancé puisqu’il n’empêche pas les angoisses, les questionnements, l’émotion qui submerge, parfois.

J’ai été  bien sûr très admirative devant ce père si aimant, si fort  quoique si fragile. Je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour ceux qui n’ont pas sa disponibilité et son inventivité (ou son argent) pour proposer de tels cadeaux à leurs enfants autistes (et aux autres également), ceux qui sont désarçonnés, décomposés, impuissants.


Mots-clés : #relationenfantparent #voyage
par topocl
le Jeu 4 Avr - 13:51
 
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Sujet: Fulvio Ervas
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Isabelle Monnin

Je me rends compte que j’ai oublié de poster ce commentaire, lors de ma lecture il y a quelques mois.

Les vies extraordinaires d'Eugène

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Eugène a vécu six mois dans le ventre sa mère, puis sept jours en couveuse, puis il est mort. C'est arrivé à isabelle Monnin, et elle en a fait ce petit roman, son premier roman.
j'ai toujours une émotion forte à partager la confidence des écrivains qui nous font l'honneur de ce genre de récit à l'intimité déchirante, comme si je leur montrais que je suis prête à leur offrir une oreille, quoi qu'il arrive. Cela fait partie de mon rôle de lectrice.

je suis invincible : j'ai déjà tout perdu.


Le récit est rédigé par le père qui raconte la "drôle" d"année qui a suivi la mort de leur fils, cette période de parenthèse où chacun selon son propre chemin s'est raccroché à ses défis dérisoires,ou à ses défaites. La mère ne parle plus, puisqu'il n'y a plus rien à dire. Le père en bon historien part à la recherche de cet enfant qui a si peu vécu, et non pas rien, qu'il a si peu connu, mais qui déjà était lui même, cet enfant que seule l'équipe médicale et ses deux parents ont tenu -si brièvement- dans leurs bras.. Ils trouvent des biais, compréhensibles d'eux seuls, pour contourner cette absence d'histoire qui est un si mauvais reflet de l'irremplaçable vie de leur fils. Un grand-père meurt, la "normalité" reprend ses droits, le "scandale" de cette mort "injuste" peut s'estomper.
C'est évidemment très douloureux, mais aussi parfois doux,  tendre ou drôle. Très attachant en tout cas.


Mots-clés : #mort #relationenfantparent
par topocl
le Ven 29 Mar - 9:22
 
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Sujet: Isabelle Monnin
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Itamar Orlev

Voyou

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Que fait Tadek, quand sa femme le plaque, emmenant leur fils et que sa vie s’effondre ? Il part retrouver ce père resté en Pologne, qui l’a élevé dans l’alcool et la violence, ce réputé héros de la résistance déporté à Majdanek, ce monstre égocentrique, devenu ce vieillard qui s’étiole en maison de retraite et qui a bien des révélations à faire.

Curieuses retrouvailles que cette recherche désespérée d’un filiation qui a pourtant bien existé, entre haine et réconciliation, entre rancœur et pitié pour un livre bien décidé à ne répondre à aucune question, mais à montrer comme la réalité est complexe, les sentiments ambivalents, combien le cœur est déraisonnable.

Ce voyage est l’occasion d’un retour aux sources dans une Pologne misérable, rustre, violente, arrosée de vodka. Il montre comme l’histoire y a été d’une cruauté invraisemblable, mortifère pour plusieurs générations. Mais il ne s’aventure jamais dans les explications simplistes ou les raccourcis psychologiques, il reconnaît le caractère indéchiffrable du mystère des individus ballottés dans les méandres de leurs contradictions. 

L’auteur ne cherche pas à faire un roman psychologiquement cohérent, il propose un confrontation pathétique, faite de heurts, de poses, de détours et d’apaisements,   sans glisser une seconde vers l’attendrissement, il parle du malheur des hommes, de leur prédestination et de leur destin, de la souffrance et des incertitudes qu’ils sont condamnés à traîner perpétuellement avec eux.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #immigration #lieu #relationenfantparent #violence
par topocl
le Mer 27 Mar - 21:21
 
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Sujet: Itamar Orlev
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Grégoire Delacourt

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"Mon père", publié en 2019. Voici ma critique:
Un roman que j’ai lu d’une traite, ou presque… Il a fallu que je le repose à plusieurs reprises pour reprendre mon souffle. Essuyer une larme aussi.
Parce que c’est un sujet fort : les enfants victimes de la pédophilie passée sous silence dans l’Eglise catholique.
Parce que je suis maman d’un garçon, maintenant grand, mais que certaines situations angoissantes ont là ressurgi.
Parce que la justice, dans notre pays, est de nouveau montrée du doigt pour ses insuffisances et ses complaisances honteuses : « Elle l’estimera à une peine de trente ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté de dix-huit à vingt-deux ans et laissera des pervers continuer à englander des enfants contre la modique somme de trois ans de prison dont un avec sursis. »

Roman après roman, Grégoire Delacourt étoffe l’aspect émotionnel de l’écriture. Il s’appuie ici sur la parabole, issue de l’Ancien Testament, d’Isaac, que son propre père, Abraham, a prévu d’offrir en sacrifice à Dieu. L’ange Gabriel était alors intervenu pour arrêter le bras paternel meurtrier, et placer un bélier sur l’autel et Isaac alors, put survivre.
Comment un fils peut-il se construire, et devenir père lui aussi, suite à un évènement pareil ? Le silence. Ce silence qui est censé panser les plaies et faire oublier : « Nous savions et nous n’avons rien dit parce que dire était faire exister l’horreur, donner une odeur au sang ».
Alors quand Edouard va apprendre que son fils a été abusé, dans le cadre du catéchisme imposé par sa mère dévote et très pieuse, il va réclamer son propre talion, et va, dans un huis clos de trois jours, demander des comptes à ce curé qui a osé toucher son fils.
C’est violent, puissant… Epoustouflant aussi. Et cette fin… J'ai eu envie de hurler.
Il va me falloir du temps pour « digérer » ce roman.
A lire absolument.


Mots-clés : #enfance #huisclos #justice #relationenfantparent #violence
par Valérie Lacaille
le Lun 18 Mar - 18:07
 
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Sujet: Grégoire Delacourt
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Laurent Gaudé

Salina les trois exils

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Salina est un bébé déposé par un voyageur mystérieux chez les Djimba, un peuple du désert , et adoptée à contrecœur. Son enfance s’interrompt le jour de ses premières règles, où elle est donnée en pâture au méchant fils du chef, le frère de son amour d’enfance.
Déchirement, souffrance, l’enfantement ne la sortira pas de cette détresse, la vengeance amènera contre elle  des bannissements itératifs. L’histoire est  racontée de façon rétrospective par son dernier fils  qui l’emmène vers un curieux empire des morts, où le ticket d’entrée se paie à coup d’histoires contées.

Reprenant une pièce de théâtre de 2003, Laurent Gaudé a voulu sans doute l’enrichir, car sinon, pourquoi reprendre un ancien texte ?  Gaudé veut écrire sa nouvelle  tragédie grecque en terre africaine, soit. C’est assez dommage qu’il n’en ressorte qu’un roman de moins de 150 petites pages, pleines de malheurs liés à la méchanceté des hommes face à la bonté des femmes. C’est lent et solennel, l’auteur en rajoute même un peu en sérieux et en grandiloquence. Cela donne un exercice de style que certains trouveront enchanteur, qui m’a paru un peu ampoulé, mauvaise que je suis, voire pesant, malgré la légèreté du bouquin (0.17kg chez Decitre, Armor!)


mots-clés : #conditionfeminine #contemythe #mort #relationenfantparent
par topocl
le Mer 27 Fév - 13:32
 
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Sujet: Laurent Gaudé
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Renato Cisneros

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La distance qui nous sépare

traduit de l'espagnol( Pérou) par Serge Mestre

Dédicace: A mes frères et soeurs dont le père s'appelait comme le mien.

En exergue: Soy hombre de tristes palabras. De qué ténia y tanta, tanta culpa? Si mi padre siempre ponia ausencia: y el rio ponia perpetuidad

                           João Guimarães Rosa La tercera orilla del mundo



Un après midi de 2006, tandis que je lisais L’Invention de la solitude de Paul Auster,je remarquai la photo . Elle était là, juste dans mon champ de vision. Dans deux passages de ce roman-chapitre 7 et 8 de la deuxième partie Livre de la mémoire- Paul Auster narre les prouesses maritimes de deux personnages qui mènent à leur terme une recherche intime du père: Jonas et Pinocchio. L’un est biblique, l’autre littéraire. Je possédais déjà une grande sympathie pour eux: j’appréciais leur rébellion contre leur nature, leur besoin de dépasser ce qu’ils étaient amenés à être. Jonas ne voulait pas devenir un prophète ordinaire. Pinocchio ne voulait pas se contenter d’incarner seulement une marionnette. Jonas renonce à la mission que Dieu lui a confiée- aller prêcher parmi les païens de Ninive- et il fuit en embarquant sur un navire. En pleine traversée, une immense tempête se déchaîne. Jonas sait qu’elle est l’oeuvre de Dieu et demande aux marins de le jeter à l’eau pour faire cesser la fureur des flots. Ils le font. L’orage s’arrête et Jonas coule un instant avant d’être avalé par une baleine, dans le ventre de laquelle il reste trois jours à prier pour son salut. Dieu entend ses prières, pardonne sa désobéissance et demande au monstre de le vomir sur une plage. C’est la même choses qui arrive à Pinocchio. Dans le roman de Carlo Collodi, une énorme vague fait chavirer la barque de Gepetto. Manquant se noyer, le vieux menuisier est entraîné par le courant en direction d’un grand requin asthmatique qui l’avale comme un vermicelle. Le courageux Pinocchio cherche Gepetto sans trêve. Lorsqu’il le retrouve, il le charge sur ses épaules et attend que le requin ouvre la bouche pour s’échapper en nageant dans l’obscurité. Jonas est sauvé des eaux par son père. Pinocchio, lui, sauve son père des eaux. Paul Auster se demande, et je me demande avec lui: est-il vrai qu’on doive s’enfoncer dans les profondeurs et sauver son père pour devenir un homme? Depuis que j’ai lu L’Invention de la solitude, la photo prise à Piura n’est plus seulement la photo de Piura. Elle est devenue une photographie fétiche, de celles qui ont été prises à une certaine époque, mais dont le sens véritable se révèle bien plus tard. A présent, je comprends mieux le rituel de cet enfant de cinq ou six ans qui plongeait d’une façon aussi extraordinaire. Chaque fois que j’observe la photo, ce gamin me renvoie la même inéluctable mission: Lance-toi à l’eau! Cherche ton père!




Renato Cisneros l'a cherché et c'est sa vision que l'on retrouve là dans ce roman-enquête -touffu, sans aucune concession , très honnête et très courageux  qui nous présente un personnage qui, le moins que l'on puisse dire, n'est pas particulièrement attirant.

Un matin,j'ai compris que mon but n'était pas de dessiner un profil, de faire une biographie ou de réaliser un documentaire; j'avais juste besoin de remplir certains espaces vides à l'aide de mon imagination, car mon père était également composé- ou est surtout composé- de ce que j'imagine qu'il fut, de ce que j'ignore et restera toujours une interrogation.


Ni procès, ni éloge, mais la construction fictionnelle d'un homme dans toute sa complexité.

Un livre passionnant pour qui s'intéresse justement à la complexité des relations humaines et particulièrement dans le cadre des familles.


mots-clés : #biographie #regimeautoritaire #relationenfantparent
par Marie
le Dim 10 Fév - 17:12
 
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Sujet: Renato Cisneros
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Marie Chaix

Les silences ou la vie d’une femme

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Pendant six semaines, Maris Chaix visite sa mère dans le coma, lui souhaitant une mort douce alors que l’équipe hospitalière lutte pour la ramener coûte que coûte à la vie. Les souvenirs remontent, l’histoire de cette femme qui a été petite fille, jeune fille, jeune épouse brièvement comblée, femme au foyer amoureuse soumise aux dictats de cet homme impatient, collaborationiste puis emprisonné pour cela, cette mère comblée pleinement nourrie par sa descendance, cette femme encore jeune clouée au fauteuil par un accident vasculaire, et maintenant, cette douce forme vieillissante, inerte, qui respire encore.

C’est un très beau portrait de femme, de son rapport avec sa fille Marie, un portrait des attentes, souvent déçues, de la soumission où entre un certain choix, lesquelles n’empêchent pas une obstination à mener sa barque. Marie Chaix a un style très inspiré, elle est sensible aux ambiances, aux couleurs, aux odeurs, aux cocasseries. Elle nous livre ici un livre des plus touchants, plein d ‘une grande tendresse, qui lui permet de laisser tomber la colère. Un livre- hommage à cette mère qui a eu un parcours en contradiction totale avec les choix ultérieurs de sa fille , laquelle lui conserve pourtant son amour, sa fidélité  et son respect.

Il y a des pages très fortes sur la mémoire/présence des morts et les cimetières, Marie, j'ai pensé à toi.

Mots-clés : #amour #conditionfeminine #medecine #mort #portrait #relationenfantparent
par topocl
le Ven 8 Fév - 16:42
 
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Sujet: Marie Chaix
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Nathalie Léger

La robe blanche

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Je crois que la fille qui s’élance sur les routes d’Europe en blanc nuptial pour sauver le monde n’est pas entièrement identifiée à la candeur de sa robe immaculée, et que son ingénuité n’est, elle aussi, qu’une feinte, une logique de fer pour s’immerger dans sa propre inquiétude.


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Ce petit livre très personnel, très touchant, est un hommage à toutes les femmes souffrantes, victimes de la brutalité masculine. Cela peut être dans l’humiliation d’une vie ordinairement vouée aux devoirs de la femme d’intérieur, en l’occurrence la mère de l’auteur, confite dans un désir de vengeance vis-à-vis de son ex qu’elle voudrait voir sublimée par l’écriture de sa fille. Cela peut-être par un acte mi-fou, mi-artistique (mais n‘est ce pas souvent la même chose), que celui de Pippa Bacca, l’autrice de cette curieuse performance qui consistait à parcourir en stop des pays ayant récemment connu la guerre, vêtue d’une robe de mariée, afin de semer dans son sillage un message de paix et de confiance. Pippa Bacca « poursuit à sa manière la lignée des femmes ardentes au combat et au sacrifice » , elle est finalement violée et assassinée par un « honnête père de famille «  turc. Ces femmes, jeune mariée, vieille déçue, artiste fantasque, toutes mère ou fille que l’auteure aime et déteste en même temps.

Mère et fille marchant du même pas, moi, rapetissée, épousant son rythme, nous, offrant le spectacle le plus suspect qui soit, une vue qui m’a toujours rebutée, ces mères, ces filles, exhibition de l’engendrement, non pas l’apparence idéelle d’une gémellité, mais le spectacle du même qui se perpétue en se payant le luxe écœurant de la variante.


Mais il ne s’agit pas d’un énième livre féministe sûr de lui et figé, certes non : il s’agit d’un ouvrage cotonneux, ouvert aux digressions, en errance d’une compréhension jamais atteinte.

il avait fait semblant d’ignorer que tout est toujours confondu, tout est toujours indistinct, inextricable, et l’ est peut-être plus encore au moment où l’on croit se tenir dans la plus algorythmique des clartés,


L’auteure vagabonde parmi les installations et  performances artistiques, ces créations inventives,  déconcertantes, autant de façons de « faire un geste » de montrer que   « faire quelque chose ne mène parfois à rien, ne rien faire mène parfois à quelque chose ». Ce sont des  recherches sans réponses, entre espoir et désespoir, des  paroles lancées pour éclairer un monde obscur, y semer de façon buissonnière la poésie et  la bonté.


Ce livre, qui cherche plus les chemins et les questions que les réponses, est un objet étrange, sommet d’ambivalence incrédule,  projet singulier mêlant l’intime à l'universel, l’auto-fiction au reportage. Dans une alchimie insolite, il est un compagnon rapproché de l’éternelle souffrance des femmes, souffrance à laquelle la créativité accorde la  parole à défaut d'arriver à la combattre .

mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #creationartistique #relationenfantparent
par topocl
le Lun 14 Jan - 21:00
 
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Sujet: Nathalie Léger
Réponses: 26
Vues: 527

Jean Berthier

1144 livres

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Un jeune bibliothécaire né sous X a bien enrobé la plaie de son abandon par sa mère sous une existence heureuse quoiqu’ un peu convenue, nourrie par la richesse que lui apportent ses lectures. Quand soudain lui arrive ce curieux legs : les 1144 livres de la bibliothèque de sa mère biologique qui vient de décéder, livrant ce bien intime sans pour autant se dévoiler.
L‘ouverture de 38 cartons, plus dérangeante qu’il n’était prévu,  ne lèvera pas l’anonymat de cette femme inconnue, mais éclairera le narrateur sur le sens de la filiation.
C’est raconté sur un ton désuet et léger qui contraste avec la gravité du sujet (avancer léger fait sans doute moins mal). C’est assez plaisant, quoique survolé et ce double thème de la filiation et des livres m’a fourni un agréable moment.


mots-clés : #relationenfantparent #universdulivre
par topocl
le Dim 13 Jan - 11:21
 
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Sujet: Jean Berthier
Réponses: 1
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