Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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30 résultats trouvés pour autofiction

Enrique Vila-Matas

Docteur Pasavento

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Enrique Vila-Matas nous emmène de nouveau dans les pérégrinations d’un écrivain situé « entre la réalité et la fiction » imbriquées, plus ou moins son double qui rencontre, lit, commente, invente ou réinvente d’autres écrivains. C’est derechef le dialogue à la fois subtil et goguenard entre initiés, pour peu que le lecteur ait couru un minimum d’auteurs (Walser, Montaigne, Gracq, Gide, Roth ‒ Joseph ‒, Blanchot, Sebald, Sterne, Borges, Barthes, Cravan, Beckett, Artaud, Kértesz, Salinger, Pynchon, Christie, Atxaga, bref les habituels ‒ et ceux-là uniquement dans la première partie, soit 80 pages sur 480). Cette fois le propos tourne autour de la Disparition, de l’Absence, du renoncement au monde pour se terrer dans les « régions inférieures » avec les « zéros tout ronds ». Le narrateur, qui ne s’intéresse « pas à la réalité, mais à la vérité », s'identifie à plusieurs auteurs ayant vécu à l’écart de la société, et le principal pivot de l’ouvrage est Robert Walser, son « héros moral » retiré dans un asile suisse (aussi Thomas Pynchon et Emmanuel Bove [dont c'est la photo en couverture] dans une moindre mesure).
« Une heure plus tard, entrant dans ma chambre d’hôtel, je me suis regardé dans la glace et, horrifié, j’ai vu Pynchon et j’ai dû immédiatement détourner mon regard. […]  Il était absurde de voir Pynchon si je ne savais même pas comment il était. Toutefois, une chose au moins était sûre, j’étais devenu l’un des visages du fuyant Pynchon. »

Un autre des topos de Vila-Matas, celui de l’abîme « au bout du monde », constitue un des centres (ou pôles ou foyers ‒ il parle à un moment d’« axe ») des figures digressives tracées dans son coutumier embrouillamini de coïncidences peu ou prou significatives. Une fois encore, nous sommes entraînés dans le laboratoire où, à base de fantaisie et d’imagination, l’auteur crée une fiction qui interfère avec la réalité ; nous pouvons observer comme il construit plus ou moins difficultueusement sa biographie passée, par fulgurations inspirées mais précaires dans les vastes remous obsessionnels de ses ressassements et variations délirantes.
« "Fortis imaginatio général casum", autrement dit une forte imagination engendre l’événement, disaient les clercs du temps de Montaigne. »

Voilà donc un écrivain (et pseudo psychiatre) qui pratique « l’art de s’éclipser » et de se rendre invisible, se cachant dans différents hôtels de la planète, bref disparu (et en fait ignoré).
« J’avais fait mon entrée dans le monde des lettres en considérant qu’écrire était une dépossession infinie, une mort sans pause possible. Publier a tout compliqué. Je suis devenu à la longue un écrivain relativement connu dans mon pays, ce qui m’a mis en contact avec l’horreur de la gloire littéraire. "Celui qui court après le succès n’a que deux possibilités, soit il l’obtient, soit il ne l’obtient pas, et les deux sont également ignominieuses", dit Imre Kértesz. »

« Je crois que j’ai disparu sans que personne ne le remarque. Personne ne s’en soucie. Je pensais qu’on me rechercherait comme, en son temps, on avait recherché Agatha Christie. »

Ce dont il est paradoxalement fort marri : Vila-Matas joue sur la démesure égotique du littérateur hypocritement réfugié dans sa tour d’ivoire, mais obnubilé par la reconnaissance, la célébrité ‒ satire d’un monde littéraire caricatural, aussi à la marge du délire paranoïaque, voire du conspirationnisme (« la grande organisation »). L’ironie apparaît souvent, comme lorsque docteur Pasavento aboutit à une grande satisfaction d’écrivain occulte en traçant un graffiti anonyme dans les toilettes de l’hôtel Lutetia…
« J’ai remarqué que j’aimais beaucoup dédicacer les livres écrits par d’autres. »

Les prolongements métaphysico-comiques du postulat initial sont aussi nombreux que troublants, sans jamais s’éloigner très loin des préoccupations du monde des lettres :
« L’histoire de la disparition du sujet en Occident ne commence pas par sa naissance ni ne se termine par sa mort, elle est l’histoire de la manière dont les tendances du sujet occidental à s’affirmer soi-même comme fondement le conduisent à une étrange volonté d’anéantissement de soi-même et de la manière dont ces tentatives de suicide sont, à leur tour, des tentatives d’affirmation du moi. »

Errance urbaine, en surimpression aux errements de ses allées et venues ferroviaires, aéronautiques ou en taxi :
« Ce que, en fait, on fait quand on marche dans une ville, c’est penser. Et ne me convenait-il pas, par hasard, de penser, d’inventer ou, plutôt, de parfaire mon passé ? »

C’est encore l’occasion d’une belle défense de la littérature :
« Je me suis mis à rêvasser un peu et j’ai presque palpé une sorte de sentiment de beau malheur, un état d’âme auquel j’aspirais. Jusqu’à ce que, soudain, délaissant ces sensations, je regarde par la fenêtre du train et, voyant les terres sèches et tristes de Castille, je considère qu’être retourné de cette façon à la réalité, si brutalement, avec cette image féroce et inattendue de la Castille qui semblait surgie des tréfonds d’un film de Tarkovski, était une expérience unique.
Quand, remis du choc provoqué par cette image, j’ai retrouvé ma position antérieure d’explorateur d’abîmes au bout du monde, j’ai pensé à l’image littéraire si simplette de la fugacité des paysages vus des fenêtres de train. Et aussi à la littérature elle-même et à ce qui est précisément sa principale caractéristique : échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise, parce que personne ne peut la fixer en un point précis, il faut toujours la retrouver ou la réinventer. »

… et d’une variante de la définition de la littérature comme "donneuse de sens" :
« Le point à la ligne était quelque chose d’intrinsèque à la littérature, mais pas au roman de notre vie. Il lui semblait que lorsqu’on écrivait, on obligeait le destin à épouser des objectifs déterminés. "La littérature, m’a-t-il dit, consiste à donner à la trame de la vie une logique qu’elle n’a pas. Moi, il me semble que la vie n’a pas de trame, c’est nous qui lui en donnons une, qui inventons la littérature". »

On retiendra que
« Ces derniers temps, la marginalité, le simple absentéisme, ma passion pour le discret Walser, le beau malheur, la divagation constante, heureuse et distraite, et coucher avec Lidia font partie de mes activités préférées. »



Mots-clés : #autofiction #ecriture #initiatique
par Tristram
le Sam 21 Sep - 1:13
 
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David McNeil

Un vautour au pied du lit

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Cette gêne à déglutir s’est avérée une tumeur de 7 cm à l’œsophage, on ne donne pas cher de David McNeil, un vautour s’installe au pied de ce lit d’hôpital au froids montants d’acier, partageant les lieux avec l’ange gardien Gabriel.
Et il ne s’en laisse pas compter, McNeil, sa fantaisie ne le lâche pas, et si la mort n’est pas un drame, la vie est quand même une belle option, à laquelle la poésie, l’humour et l’imaginaire apportent leur piment.
Récit  distancié quasi joyeux d’une maladie qui n’enlève pas la joie de vivre, Un vautour au pied du lit est un objet funiculaire qui s’attache à décrire l’homme et ses fantasmagories plutôt que son combat.


Mots-clés : #autofiction #pathologie
par topocl
le Ven 16 Aoû - 9:30
 
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Moritz Thomsen

La ferme sur le rio Esmeraldas

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Notre première analyse nous conduisait  à voir une simple confrontation avec les forces de la nature. En ayant recours à notre intelligence, nous étions persuadés d'en sortir vainqueurs. Nous aurions comme alliées la science et la technologie ; nous nous plongerions dans les manuels ; notre ferme jouerait le rôle d'un phare pour tous les fermiers de ce secteur d’Esméraldas qui, en voyant notre savoir-faire, comprendraient  que sur cette terre féconde c'était entêtement que de demeurer pauvre. Un des gringos installés dans la région depuis longtemps me dit : « Si tu veux partir de l'Équateur avec une petite fortune, arrive d'abord avec une grosse… », et moi de rire. Car cette boutade ne me concernait pas. Je ne projetais pas de quitter ce pays et la richesse inévitable qui nous reviendrait ne serait qu'une des retombées de la lutte contre la jungle dans laquelle nous nous engagions corps et âme

.

Moritz Thomsen, l’ancien pilote qui a bombardé l’Allemagne la peur au ventre, l’un des seuls militaires à avoir été décoré pour avoir loupé sa cible, dit-il, revient, la cinquantaine venue en Equateur qu’il avait appris à aimer pendant les 4 ans où il y  a séjourné avec le Peace Corps. L’aventure, la nature sauvage, une humanité à partager.

Il s’associe à Ramon, son ami d’alors, plein d’espoir et de bonnes considérations, pour acheter une terre inculte et inamicale où il implante une ferme. Il veut travailler avec les populations locales, main dans la main, prouver que le travail aura raison de la nature, et de la pauvreté. Vaste programme un rien naïf au regard des difficultés qu’il va rencontrer, l’hostilité de la nature, l’incurie des travailleurs, la misère et son cortège de mensonges,  vols, la violence, et les catastrophes naturelles.

Ce qui est très plaisant c’est que, bien qu’il raconte au fil des pages l’échec de son projet, la perte de ses illusions, la déception face à ses attentes de colon blanc rationaliste, hésitant entre proximité et distance, lui, l’homme ouvert mais hermétique aux valeurs et conceptions  culturelles trop différentes, il garde cependant toujours une certaine foi en l’homme, il ne condamne vraiment aucune dépravation qui l’entoure, il subit mais excuse. Et s’il cherche à s’en protéger, s’il finit même par fuir, il se  défend d’y apporter une condamnation, repart sur son chemin de croix d’altruisme, de partage et d’assistance.

C’est merveilleusement écrit, sans une seconde d’ennui,  avec une sensibilité,  et une humanité hors du commun. Il partage des portraits hauts en couleurs mais qui ne cèdent jamais au pittoresque outrancier, où transparaît toujours l’empathie derrière l’incompréhension. Une belle leçon que la vie est autre chez les autres, que les hommes ont du mal à se comprendre, que l’égalité ce n’est pas pour demain.

Mots-clés : #autofiction #aventure #lieu #nature
par topocl
le Ven 24 Mai - 17:23
 
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Helene Hanff

84, Charing Cross Road

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Helene Hanff, écrivain new-yorkaise aux revenus précaires, commande  en Angleterre, à une librairies située 84 Charing Cross Road, toutes sortes des livres anciens ou épuisés qu’elle n’arrive pas à se procurer chez elle. Peu à peu une espèce d’amitié se noue entre elle et le libraire, Franck Doel puis avec toute l’équipe puisqu’en cette période des sévères restrictions d’après guerre, Helene envoie des colis de nourriture à distribuer entre tous.

C’est un court roman épistolaire. Ou bien Helene Hannf s’est elle contentée de reprendre des lettres réelles, de les sélectionner et les mettre en face à face ? Ça, on ne le sait pas. Il y a là un ton délicieux, d’une légèreté rieuse, entre la fofolle new-yorkaise et l’anglais guindé. Le ton évolue peu à peu au fil des pages, les employés de la librairie et la famille de Franck s’y mettent, c’est tout à fait charmant.


Mots-clés : #amitié #autofiction #correspondances #universdulivre
par topocl
le Ven 10 Mai - 11:55
 
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Maggie Nelson

Une partie rouge Un récit

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ll veut savoir pourquoi ma mère et moi nous somme engagées à assister au procès dans son intégralité. Pourquoi et pour qui, précisément, nous croyons être là.
Nous sommes là pour Jane, répond ma mère d'un voix plaintive, comme si c'était l'évidence.
Je hoche la tête en signe d'acquiescement, même si cela ne sonne pas très juste. Après tout, Jane est morte. Nous parlons en réalité de ce dont les vivants ont besoin, ou de ce dont les vivants imaginent que les morts ont besoin, ou nous de ce que les vivants imaginent que les morts auraient voulu s'ils nous n'étaient pas morts. Mais les morts sont morts. Selon toute vraisemblance, ils ont cessé de vouloir.


La tante de Maggie Nelson a été trouvée assassinée dans un cimetière vers Detroit quand celle-ci n’était pas encore née.  Cet assassinat s’est trouvé inclus dans une série de meurtres et viols connue sous l’appellation de Meurtres du Michigan. Cette tante qu’elle n’a pas connue ne lui est donc théoriquement pas grand chose, mais toute sa vie en est empreinte. Au moment où, 36 ans après,  elle met la touche finale à un recueil de poèmes sur ce sujet, l’enquête est ré-ouverte, et les études d’ADN permettent de redresser l’erreur judiciaire passée. Un homme est inculpé.

En tant qu’écrivain, nièce, citoyenne, soutien de  sa mère, femme féministe et farouchement hostile à  la peine de mort, elle suit ce deuxième procès. C’est l’occasion de voir en quoi ce drame a marqué la vie de tous et chacun dans la famille, en quoi la perte, la violence, la suprématie masculine, le sentiment d’abandon ont laissé leur marque dans l’imaginaire et le quotidien de chacun.

Avec comme fil rouge ce procès, passionnant autant qu’éprouvant, le récit est un peu chaotique, comme le sont les événements qui ressortent et les émotions qu’il déclenche. ll est rythmé par la description des photographies d’autopsie ressorties à cette occasion. C’est un belle réflexion sur les empreintes du passé, le sens de la vérité, la réconciliation possible  malgré la souffrance.


Mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #faitdivers #justice
par topocl
le Ven 26 Avr - 8:33
 
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Enrique Vila-Matas

Paris ne finit jamais

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Le narrateur est disqualifié dans la compétition des doubles d’Hemingway à Key West pour absence de ressemblance avec l’idole de son jeune âge, et se lance dans une conférence sur ses deux années de jeunesse à Paris, en miroir de l’expérience d’Hemingway rapportée dans Paris est une fête (également dans Le soleil se lève aussi, ouvrages qu’à point nommé j’ai lus récemment), en référence à l’extrait suivant :
« Il n’y a jamais de fin à Paris et le souvenir qu’en gardent tous ceux qui y ont vécu diffère d’une personne à l’autre. […] Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez. Mais tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux. »

C’était dans les années 20, et en 1974 le narrateur, incarnant une savoureuse caricature de jeune intellectuel pédant et compassé, essaie désespérément d’écrire son premier livre, La Lecture assassine (dont la structure est inspirée de celle de Feu pâle, de Nabokov, et le sourire de la femme fatale celui d’Isabelle Adjani) :
« Et pourquoi l’idée de tuer mes lecteurs m’avait-elle séduit autant alors que je n’en avais pas encore un seul ? »

Il est locataire d’une mansarde chez Marguerite Duras (autobiographique), qu’aurait occupé Hemingway… la bohème à Paris un demi-siècle plus tard, les exilés du Flore, le milieu artistique et le cercle durassien, le cinéma ces années-là et le tournage d’India Song, aussi un bel éloge de la ville (chapitre 17).
« J’ai cherché à nouer des amitiés étrangères et me suis peu à peu coupé du monde terrible de l’exil de mes compatriotes, un monde qui, tournant exclusivement autour de l’antifranquisme, ne m’attirait guère, pas plus que ne m’attirait la politique en soi, une passion ou une activité dont je voyais que, à la longue, elle finissait par exiger des concessions à mi-chemin entre l’idéalisme et le pragmatisme, ce qui me semblait non seulement peu stimulant mais, en plus, répugnant. »

Livre de souvenirs de son apprentissage d’écrivain, livre aussi sur l’ironie, avec une ironie assumée (et parfois la dent dure), par exemple sur l’inintelligibilité chez certains écrivains (notamment l’absconse Duras, lorsqu’elle parle dans son « français supérieur ») :
« Je n’aime pas les récits qui racontent des histoires compréhensibles. Parce que comprendre peut être l’équivalent d’une condamnation. Et ne pas comprendre, de la porte qui s’ouvre. »

Vila-Matas interprète Un Chat sous la pluie, nouvelle d’Hemingway qu’il n’avait jamais comprise, comme une transposition de l’aventure malencontreuse de son auteur avec Scott Fitzgerald dans Paris est une fête, ce qui vaut au lecteur une belle prestation d’odradek (kafkaïen donc) hantant la Closerie des Lilas (chapitre 25).
Et toujours la même délectable pratique de renvoyer à d’autres auteurs (avec parfois un délicieux brin d’irrévérence) : Gracq, Perec, Quiroga, Juan Marsé, Borges, et beaucoup d’autres…
Voici le (bref) chapitre 8 in extenso :
« Le passé, disait Proust, non seulement n’est pas fugace mais, en plus, il ne change pas de place. Même chose pour Paris, qui n’est jamais parti en voyage. Et comme si c’était trop peu, Paris est interminable et ne finit jamais. »

Un livre pour les afficionados d’Hemingway, de Duras (Églantine ?), voire de Vila-Matas…
« Ce livre collectif sur Duras s’ouvrait par des mots de sa plume par lesquels elle avouait qu’elle écrivait pour faire quelque chose. Et elle ajoutait que si elle avait la force de ne rien faire, elle ne ferait rien. C’était parce qu’elle n’avait pas la force de ne rien faire qu’elle écrivait. Il n’y avait pas d’autre raison. C’était ce qu’elle pouvait dire de plus vrai à ce sujet. La sincérité de ces mots m’a impressionné. »


Autofiction ?

Mots-clés : #autobiographie #autofiction #jeunesse #temoignage
par Tristram
le Dim 14 Avr - 0:16
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Henri Thomas

La nuit de Londres

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Autobiographie et/ou autofiction (ou ses origines ‒ publié en 1956, dans les débuts du nouveau roman) : marches dans la nuit londonienne, aussi genèse d’un texte, d’un personnage (Mr. Smith) dans un certain vide existentiel, et, encore et toujours le monstre informe et stupide, la foule, le « manège » de la foule urbaine :
« La foule n’a aucun souvenir distinct ; les images du moment n’innovent guère sur les précédentes, de sorte que la même impression persiste, et que ce qui serait souvenir dans une conscience personnelle est ici seulement à l’état de revenez-y d’aimantation générale. »

« Je suis ignorant comme la foule ; le Kha s’ignore lui-même dans la foule ; et si j’étais dans ma foule, – qui n’est pas celle de cette ville, ni de Paris, ni d’aucun endroit où j’ai vécu, – je ne chercherais pas d’explication ; je disparaîtrais inexpliqué comme tous les Smith qui meurent en ce moment. »

(Le Kha en question est le ka de l’ancienne Égypte, énergie vitale et double spirituel de l’être humain.)
« …] c’était le présent, la foule ici et en ce moment qui ne cesse de se refermer sur elle-même et de regarder en elle-même sans rien voir que son propre piétinement. »

« Un homme a erré chaque jour pendant plusieurs années, des milliers d’heures, dans cette ville, avec la foule qui n’est jamais une autre et jamais la même, la foule qui se referme continuellement sur elle-même comme sur un centre d’où elle est en même temps chassée. »

Les autres thèmes abordés dans ce bref texte (pas même un récit; près de 170 pages) sont la solitude, l’impécuniosité d’un obscur traducteur de « l’Agence Presse-Radio », et l’expatriation.
Dans une sorte de postface, un second narrateur évoque l’"auteur", qui serait un certain Paul Souvrault, écrivain et collègue du premier narrateur, connu depuis Paris et rencontré à Londres au cours de ses errances nocturnes.
(Selon la Société des lecteurs d'Henri Thomas, http://henrithomas.pbworks.com/w/page/17790059/Biographie, un site où est étudiée son œuvre, il faudrait y reconnaître « Emmanuel Peillet, son condisciple au lycée Henri IV, fondateur après la guerre du Collège de Pataphysique ».)
En dire plus serait divulgâcher ; j’ajouterai simplement que ce livre prouve à l’envi que persister dans une lecture, même comme ici au-delà des quatre-cinquième, permet parfois d’éprouver une magnifique surprise, qu’on n’attendait même pas, et qui en redouble l’intérêt.
« …] s’était mis à aimer la nuit, ou plus exactement, si je l’ai compris, la foule de la nuit, et le vide quelle découvre en se dispersant (et cette feuille morte accrochée à la grille). »



J’ajoute :

Mots-clés : #autobiographie #autofiction
par Tristram
le Sam 30 Mar - 21:10
 
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Sujet: Henri Thomas
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Henri Thomas

La Nuit de Londres

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Encore un écrivain passé aux oubliettes ! Toutes les références à Henri Thomas que j’ai trouvées sur le net insistent sur les qualités d’écriture d'Henri Thomas, mais aussi sur le fait qu’il soit resté inconnu du grand public. Pourquoi ? Probablement en raison d’une profonde modestie ; peut-être également par un style d’écriture qui peut dérouter de prime abord.
En effet, il m’a fallu un certain temps pour entrer réellement dans « La Nuit de Londres ». Et ne vous demandez surtout pas où veut en venir l’auteur ? à rien justement, si on prend pour critères le roman traditionnel ; mais à beaucoup de choses si on cherche un peu plus.
De quoi s’agit-il ? d’un modeste employé, désargenté, employé à Londres dans une agence et qui passe ses nuits à parcourir la ville. Oh, il ne fait pas de rencontres exceptionnelles, mais chacune est une vraie aventure, la pièce de monnaie avec laquelle il joue dans sa main, la feuille morte plantée sur le poteau d’une grille ! Il se pose aussi beaucoup de questions, se voit à l’intérieur de la foule, puis à l’extérieur, en observateur soi-disant impartial. Il se demande ce qu’est cette foule, anonyme et pourtant constituée d’individus, ce qui l’anime, la fait vivre, ce qu’est le vide quand elle a disparue ? Pourquoi certaines images, aussi insignifiantes soient-elles, se fixent et d’autres non ? Qui sont ces visages croisés, ces enseignes lumineuses, à peine entrevues, mais qui sont inhérents à la déambulation nocturne ? Quel rapport entretenons-nous avec toutes ces choses ?
Vous voyez, combien de sujets passionnants Henri Thomas peut aborder, mais de manière discrète, à la marge, sans insister. En marchant quoi ! libre à nous d’en faire ce que nous voulons.
Il y a un peu de l’esprit du Nouveau roman dans « La Nuit de Londres » ; description minutieuse des choses, rapport entre l’individu et le monde extérieur ; mais sans le carcan d’une construction rigoureuse. Il s’agit plutôt d’une divagation poétique.
C’est un livre à recommander à tous les grands arpenteurs de pavés nocturnes, de Rétif de la Bretonne à Léon-Paul Fargue, et beaucoup d’autres.
Un beau coup de cœur en ce qui me concerne.


« Tout ce qu’un pauvre, élevé dans notre civilisation, désire voir, peut surgir à ses yeux, amené du fond de la nuit par le mouvement perpétuel qui fait qu’un visage est presque aussitôt remplacé par un autre, alors que dans la vie quotidienne, les mêmes visages vous entourent, et que leur disparition s’appelle la mort. Le dernier des hommes, plongeant dans la foule, entre dans un monde où la disparition n’est pas une cause d’inquiétude, où elle n’est plus la mort, ni même l’absence ; elle est ressentie comme un battement de cil dans la vision ; elle est chaque fois comme l’enlèvement d’un obstacle, à peine aurait-il surgi : ce visage, ce regard une seconde rencontré, ces façades où toutes les ombres basculent au passage. »


« Je suis depuis quelque temps déjà la ligne qui se trace devant moi à mesure que j’avance ; bien quelle me soit invisible, je ne peux l’imaginer que blanche, - d’un blanc presque gris, comme tracée à la craie depuis assez longtemps pour qu’elle soit devenue par la pluie et la poussière presque indistincte sur le trottoir ; je ne sais jamais quand je fais les premiers pas sur cette ligne, qui n’existe plus derrière moi ; subitement, elle est là, sa fin m’échappe comme son commencement.»


« … la pluie tombe si fort que je l’entends crépiter sur le toit du taxi ; et par instants je sens des gouttes sur mon visage ; la vitre de mon côté n’est pas complètement fermée : il y a une mince bande de nuit noire avec des lueurs comme une toile cirée qui semble bouger tout près de mes yeux ; toutes les nuits seront de plus en plus comme cela, maintenant, et c’est par une nuit pareille que je suis arrivé à Londres il y a … trois, quatre ans. Je dirais dix ans, ce serait pareil : il y aurait le même espoir, celui du premier soir et de maintenant. Libre et à bout de force, et heureux, - et attendre de comprendre pourquoi je suis heureux, attendre que le taxi trouve ma rue, et puis dormir, et me réveiller à un certain moment de la fin de l’automne, non pas demain ni les jours qui viennent, mais après des années, et pas dans cette ville ; il y aura encore beaucoup de nuits encore à traverser ; j’ai eu tout le temps et tout l’espace, et je n’ai gardé que cette petite bande de ciel noir si proche qui glisse au haut de la vitre ; c’est le sommeil de la foule peut-être. »


« Pour pouvoir porter longtemps la fatigue, il faut marcher d’un pas égal ; la fatigue est alors comme un fardeau qui s’équilibre peu à peu, jusqu’à ne plus être senti comme fatigue, mais comme un état nouveau, un état de corps et d’âme qui peut durer, durer, durer… autant que nous-même. »


« Les traces de pas sont partout nombreuses, mais plus ou moins confondues ; il y a des piétinements par endroits, comme si l’on s’était battu ; mais partout c’est comme une écriture – la foule de cette nuit a écrit tout cela, chaque passant a prononcé quelque chose là. »


« Je ne sais pas bien regarder, je ne suis pas à ce qui est rare et beau ; quatre ans de Londres sans en sortir, et je n’ai vu que des murs qui sont comme des buvards ayant tellement servi qu’ils sont noirs de toutes sortes d’encres. »


« C’était facile, il y avait abondance de repères de tous côtés, la rose des vents était toute marquée autour de moi dans la brume, en un grand cercle qui était Londres, jusqu’à l’horizon, comme si les nuages, un peu soulevés au-dessus de Saint-Paul, retombaient là-bas pareils à une tente de cirque bien fermée. Tout était dans ce cirque, et j’allais y redescendre bientôt ; j’avais froid, j’étais fatigué, et la pluie recommençait. Alors j’ai repensé à la feuille accrochée à sa grille : dans cette espèce de gouffre, il y avait donc cela – une feuille morte, immobile, noyée, oubliée de tout, et je savais le chemin qui me mènerait exactement à elle. Je n’étais pas seulement orienté vers le pourtour du cercle et par-delà, je savais ma route aussi vers le centre, vers quelque chose qui était là – ou qui n’y était plus peut-être, mais le chemin passait là, descendait plus loin vers le centre – et ce ne serait jamais le centre, mais toujours mon chemin, image après image, ma vérité de fonctionnaire et de chien mouillé. »


(petit aparté : le livre trouvé à Emmaüs porte de petites annotations au crayon, comme "Les Eaux étroites" de Gracq et "L'Arrêt de mort" de Blanchot. J'ai donc commencé la lecture de ce dernier. Soyons fous !  Very Happy )


Mots-clés : #autobiographie #autofiction #lieu #solitude #viequotidienne
par ArenSor
le Sam 23 Mar - 19:18
 
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Sujet: Henri Thomas
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Pierre Jourde

Pays  perdu

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« C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant puisse s’en emplir.


Ce pays perdu auvergnat, il faut des heures pour le rejoindre par de petites routes tortueuses au-delà de l’autoroute. Pierre Jourde y a passé de grands temps de son enfance, y a fait les foins avec les paysans, pris des cuites en sa jeunesse. Il y est retourné au fil des années dans la ferme familiale désormais confiée à un métayer, nourrissant les liens d’amitié, visitant les vieux solitaires accrochés à leur terre, à leur maison.

Lorsqu’il y arrive avec son frère pour deux jours, il apprend le décès de la jeune Lucie, 15 ans, dont la leucémie avait vaincu la chevelure mais pas le sourire. Chez les parents de Lucie, ses amis, chacun « entre » l’un après l’autre pour un dernier salut à la jeune morte, un moment de silence et d ‘émotion partagés.Aux obsèques, tout le village est là.

C’est l’occasion de parler de ce pays sauvage, dresser un portrait  de chacun, de ces hommes et femmes qui vivent dans ces vallées  pleines de rudesse , des gens dont les citadins ne savent même pas qu’ils existent - et qui ignorent comment vivent les citadins.  

Pierre Jourde livre dans une très belle écriture  ces portraits qui n’épargnent personne mais font transparaître la tendresse, mêlée  de compassion,  qu’il éprouve pour eux, ces gens en voie de disparition dont on parle moins que des pandas et des dauphins. Ils sont pour Pierre Jourde un élément indispensable de son paysage intérieur, un lien avec quelque chose de solide, d’attachant, des hommes et femmes qui vivent de plein pied dans leur milieu, dans la nature, alors que la société les ignore, et impose de ce fait un jugement, une exclusion, une souffrance.

Les morts aussi sont là, tout aussi présents que les vivants, au cimetière , sur le monument au mort, dans les pensées et dans les cœurs, ils sont là comme s’ils étaient dans la pièce. Son père qui dit si peu sur lui-même de son vivant, si présent dans ce paysage, que, comme beaucoup, il regrette de n’avoir pas assez questionné.

La petite stèle qui énumère les morts de la Première Guerre mondiale a été érigée, comme d’habitude, devant l’école qui sert peut-être encore de mairie. Bessègues, à peu près inhabitée, est une commune. Commune à l’étrange territoire, composé de vallées parallèles, séparées par des arêtes montagneuses, et sans communication entre elles. La stèle anodine, au fond de ce grand calme, diffuse tranquillement sa  double ironie funèbre : dérisoire parcours, de l’instituteur à l’adjudant et puis à rien, quelques décimètres de l’école communale au cénotaphe collectif ; dérisoire population de morts, une quinzaine, pour ce village qui compte un habitant. Ils sont là, tous ensemble, serrés sur la même pierre, leurs maisons s’effondrent, leur noms n’ont plus de sens et ne sont plus lus par personne.


J’ai moins aimé les deux passages plus « sociologiques », sur l’alcoolisme endémique et sur la merde où, c’est le moins qu’on puisse dire,il n’y va pas de main morte. Il s’éloigne des gens gens spécifiquement,  j’ai trouvé ça long et lourds, - regardez comme je suis sans tabous, comme j’écris bien sur les différents états des bouses,  de leurs éclaboussures, des murs et culs de vaches embrenés. Comme quoi, la limite est subtile, et c’est sans doute ainsi qu’il l’ a franchie, avec les conséquences que l’on sait, la complicité s’y est perdue, un pas était franchi pour attiser la haine de certains villageois, qui déclencha le caillassage familial à son passage suivant. j’ai essayé de mener ma lecture à l’écart de ce fait divers, c’est quand même le plus souvent un  très beau texte, Zola en zone rurale, la poésie en plus.

mots-clés : #autofiction #lieu #nature #ruralité #solitude #vieillesse
par topocl
le Ven 15 Mar - 11:58
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Marie Chaix

L’âge du tendre

Tag autofiction sur Des Choses à lire Cvt_la12


Je remercie Quasimodo ( Tag autofiction sur Des Choses à lire 1183390247 ), qui m’a donné le coup de pouce nécessaire pour mettre en forme des impressions très ambivalentes, contradictoires, dont l’exploration m’effrayait.

Je ne veux pas vous ressembler, femmes-patience, femmes– broderie. Je ne veux pas finir femme – paillettes au fond d’un placard, je n’ai que faire de l’amour à leur façon, d’un amour posthume, je ne veux pas de monument.
Je vous aime et vous salue, toutes les Marie de laine et de coton, de soie et d’argent, mais je désapprendrai vos leçons de bonne conduite, de sainte table, de devoir conjugal. Dans la maison blanche, je ne le sais pas encore. Je vous regarde, vous écoute et me souviens de vous de mère en fille. Ce que je recueille de vous repose dans une de mes chambres obscures. Je vous vis avant de me vivre mais, peu à peu, je vous dévoilerai. L’amour à travers vous est une gravure mélancolique où une femme, en haut d’une tour, agite une main lasse en direction d’un homme qui disparait sur son cheval. Femmes – attente, femmes – chagrin, je ne vous ressemblerai pas.


C’est donc la carte du tendre personnelle, de Marie Chaix, les étapes clés, les moments où la tendresse est soit bafouée, soit exaltée , les écueils et les récifs où se raccrocher. Ces temps où la vie  et la féminité se construisent.

Ca commence par un très beau prologue qui montre le "ludion" Marie Chaix dans le ventre de sa mère, et qui s'y trouve si bien, mais il va bien falloir découvrir le vaste monde. C'est vraiment beau, cette partie, peur et curiosité mêlées.
Ensuite, des choses sur cette enfance entourée de femmes, avec le père qui débarque au milieu, sortant de prison, et plus rien n’est pareil. Il aime et repousse. Puis, les classiques de l'éducation  des filles  et jeunes filles de la petite bourgeoisie catholique, le poids de cette religion qui n’a guère de sens que celui du cérémonial,  les premières règles dont on ne vous a pas prévenue, l’apprentissage que les possibilités sont différentes pour les garçons et pour les filles. La sagesse, la soumission, la tendresse, l’envie de bien faire, qui n’empêchent pas de s’interroger.
Alors, prendre de la distance, un premier homme qui n’est qu’utilitaire pour assurer un passage.
Assez classique tout cela, mais raconté avec une vraie poésie, une musique, une fougue, presque, quelque  chose de quasi sensoriel que l’âge adulte a autorisé.

Femmes protectrices, femmes mal-aimées, femmes sans hommes, je vous rends grace de m’avoir portée, bercée, nourrie, lavée, soignée, aimée, mais comme vous m’avez peu aidée à apprendre les hommes, à ne pas en avoir peur. Je savais qu’il y avait un genre féminin - le mien – et un genre masculin – celui des garçons qui ont les cheveux courts et ne portent pas de jupe, – mais de là à envisager que le féminin avait un sexe, le masculin un autre et que, s’ils se rencontraient, ce n’était pas forcément dégoutant, il y avait un monde que je mettrais longtemps à explorer.



Ca se gâte dans la description des relations féminines-clés, ça devient tout confus,  c’est assez bizarre de sortir de l’âge adulte et que l’histoire devienne comme un rêverie inaccessible, emberlificotée, dans une apothéose du poétique et du sensuel, qui m’a carrément fait lâcher prise, cartésienne que je suis. Qui sont ces femmes mystérieuses, adulées mais non dévoilées ? j’ai cru y reconnaître Barbara, femme en noir, mais c’était si flou que j’ai dû faire des recherches, et , oui, Marie Chaix a été la secrétaire de Barbara. Et les autres ? Est-ce un roman à clé ? Devrais-je les reconnaître ? Elles sont tellement évanescentes. Et quel type de relation Marie Chaix entretient-elle avec elles ? J’avoue avoir été  submergée par la vague.

Enfin il y a un homme, vital, mais quasi aussi flou. Et une enfant qui naît à son tour, qui boucle la boucle, curieusement enfermant la femme dans la seule image de la procréation.

Voilà.
C’est très disparate, pour le moins. En tout cas, mon vécu est très disparate. J’y ai glané de belles choses, et c’est déjà énorme. j’y ai trouvé du  plus convenu (ce genre de parcours n‘a t’il pas été raconté 100 fois?), mais joliment raconté. Et je m’y suis aussi sentie totalement perdue par moments.  Il n’en reste pas moins une écrivaine, une femme touchante, qui prend sa vie comme un champ de labour où germe une belle écriture, très chaleureuse.

Maison blanche, maison grise, dans l’enfance, il y a des maisons. Elles sont petites ou elles sont grandes, il y fait chaud, il fait froid, parfois elles s’écroulent. Dans les maisons il y a des gens. D’une maison, que l’on passe dans l’autre, les gens suivent. Ce sont les membres de la famille. On peut les aimer, les détester ou les oublier, on peut les tuer ou les faire revivre, les promener dans les maisons, dans les jardins, les enterrer, ils sont irremplaçables. Ils vivent, ils sont toujours là, ils vous suivent.





mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #enfance #famille
par topocl
le Mer 23 Jan - 17:39
 
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Sujet: Marie Chaix
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Gila Lustiger

Nous sommes

Tag autofiction sur Des Choses à lire G10

Mon père a toujours voulu nous protéger de lui-même ; pas des Allemands, de lui-même. Pas de l’homme, bien sûr, qu’il était venu après tant d’années vouées à la rigueur et à la discipline de son travail de refoulement; mais de son pire ennemi, qu’il a combattu pendant cinquante nous ans et qu’il croit à présent avoir vaincu, lui, l’homme d’affaires et l’essayiste en vue : le garçon exténué du camp de concentration. Mon père a toujours voulu nous protéger de ce jeune homme et ne nous a jamais laissé voir son visage d’enfant parce qu’il n’était ni innocent, ni tendre, ni joufflu, ni pur. Mais c’est justement ce visage que ma sœur et moi avons cherché toute notre vie. En vain.


Dans ce texte tardivement autobiographique, Gila Lustiger raconte sa famille Ses parents, ses grands-parents. Son grand-père maternel, le jeune sioniste, communiste convaincu, qui embarque de Pologne sa bourgeoise de fiancée, pour de ses mains  participer à la création de l’État d’Israël. Son père réchappé d’Auschwitz, enfermé dans son silence, ses journaux, ses livres et qui a nommé ses filles l’une Bonheur, l’autre Joie.

Au-delà des portrait émouvants, et souvent savoureux, elle raconte aussi ce livre en train de se faire, ce que cela coutes d’être écrivain et romancière dans une famille  vouée au silence, et qui  peut considérer la fiction comme une insulte à ce qu’elle a vécu.

Gila Lustiger est prise entre une fougueuse admiration, une compassion bouleversée, mais aussi une détestation déterminée : le poids du silence, le devoir d’assumer ce fardeau, censé déterminer la conduite de tous les descendants, un devoir de courage et de bonheur par respect pour ceux qui sont revenus.

Pas facile de grandir, puis d’être une adulte libre là au milieu

C’est assez disparate,  La traduction joue peut-être son rôle. Mais Gila Lustiger gagne son lecteur par son humour décapant, son ironie, qui peut parfois aller jusqu’à la hargne, sa capacité à briser les tabous et à s’autoriser la subversion.

Eh oui, c’est la vérité, même si elle est inavouable : ce n’est pas aux assassins que j’en voulais, ni aux collaborateurs, aux lâches, aux voleurs, aux tortionnaires et aux traîtres, mais à ma famille qui avait été anéantie pendant la guerre à cause des Allemands. Je pensais : Il fallait que ça tombe sur toi. Être justement ce qui te déprime, le rejeton d’une famille anéantie.



En tout cas, merci à bix pour cette lecture qui, derrière l’émotion, marque son originalité par un côté pas toujours politiquement correcte, pas du tout.


mots-clés : #autofiction #campsconcentration #communautejuive #conflitisraelopalestinien #devoirdememoire #famille
par topocl
le Jeu 17 Jan - 20:35
 
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Sujet: Gila Lustiger
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Nathalie Léger

La robe blanche

Tag autofiction sur Des Choses à lire Cvt_la11

Je crois que la fille qui s’élance sur les routes d’Europe en blanc nuptial pour sauver le monde n’est pas entièrement identifiée à la candeur de sa robe immaculée, et que son ingénuité n’est, elle aussi, qu’une feinte, une logique de fer pour s’immerger dans sa propre inquiétude.


Tag autofiction sur Des Choses à lire Pippa_10

Ce petit livre très personnel, très touchant, est un hommage à toutes les femmes souffrantes, victimes de la brutalité masculine. Cela peut être dans l’humiliation d’une vie ordinairement vouée aux devoirs de la femme d’intérieur, en l’occurrence la mère de l’auteur, confite dans un désir de vengeance vis-à-vis de son ex qu’elle voudrait voir sublimée par l’écriture de sa fille. Cela peut-être par un acte mi-fou, mi-artistique (mais n‘est ce pas souvent la même chose), que celui de Pippa Bacca, l’autrice de cette curieuse performance qui consistait à parcourir en stop des pays ayant récemment connu la guerre, vêtue d’une robe de mariée, afin de semer dans son sillage un message de paix et de confiance. Pippa Bacca « poursuit à sa manière la lignée des femmes ardentes au combat et au sacrifice » , elle est finalement violée et assassinée par un « honnête père de famille «  turc. Ces femmes, jeune mariée, vieille déçue, artiste fantasque, toutes mère ou fille que l’auteure aime et déteste en même temps.

Mère et fille marchant du même pas, moi, rapetissée, épousant son rythme, nous, offrant le spectacle le plus suspect qui soit, une vue qui m’a toujours rebutée, ces mères, ces filles, exhibition de l’engendrement, non pas l’apparence idéelle d’une gémellité, mais le spectacle du même qui se perpétue en se payant le luxe écœurant de la variante.


Mais il ne s’agit pas d’un énième livre féministe sûr de lui et figé, certes non : il s’agit d’un ouvrage cotonneux, ouvert aux digressions, en errance d’une compréhension jamais atteinte.

il avait fait semblant d’ignorer que tout est toujours confondu, tout est toujours indistinct, inextricable, et l’ est peut-être plus encore au moment où l’on croit se tenir dans la plus algorythmique des clartés,


L’auteure vagabonde parmi les installations et  performances artistiques, ces créations inventives,  déconcertantes, autant de façons de « faire un geste » de montrer que   « faire quelque chose ne mène parfois à rien, ne rien faire mène parfois à quelque chose ». Ce sont des  recherches sans réponses, entre espoir et désespoir, des  paroles lancées pour éclairer un monde obscur, y semer de façon buissonnière la poésie et  la bonté.


Ce livre, qui cherche plus les chemins et les questions que les réponses, est un objet étrange, sommet d’ambivalence incrédule,  projet singulier mêlant l’intime à l'universel, l’auto-fiction au reportage. Dans une alchimie insolite, il est un compagnon rapproché de l’éternelle souffrance des femmes, souffrance à laquelle la créativité accorde la  parole à défaut d'arriver à la combattre .

mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #creationartistique #relationenfantparent
par topocl
le Lun 14 Jan - 21:00
 
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Sujet: Nathalie Léger
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Valérie Manteau

Le sillon
Prix Renaudot 2018

Tag autofiction sur Des Choses à lire R10

Le sillon est le livre de la progressive dérive vers le désespoir de l’auteure, arrivée comme touriste à Istanbul, mais installée dans la place, amante en perdition d’un turc rebelle désigné par « il », amoureuse de la ville dont elle fréquente une intelligentsia contestataire. Cette  dérive accompagne précisément celle d’une ville et d’un pays, dont elle décrit les soubresauts de rébellion vite muselés par l’autorité erdoganienne, la répression, le climat vengeur et délétère. Chacun autour d’elle  résiste à sa façon, qui mêle manifestations vite réprimées, journaux d’opposition sous permanente surveillance, productions artistiques, discussions autour d’un verre dans une ville  électrique où errent, ou s’installent, les réfugiés et les enfants vagabonds.

Dans ce décor cosmopolite, dans cette ville pleine de charme où les époques historiques se confrontent,  elle évite les quartiers touristiques,  déambule à vue, fréquente les fêtes, entre ivresses et rencontres , intuitive quoique mal instruite de ce qu’est être turc et subir ce régime dans sa chair. Elle s’attache à la figure des grands résistants qui en ont marqué l’histoire, au premier rang desquels Hrant Dink, chef de fil de la résistance arménienne, leader pacifique et charismatique, directeur du journal Agos.

(...)que signifie le nom du journal, Agos. Jean fait le geste de semer des graines par poignées.  Agos, c'est Le Sillon. C'était un mot partagé par les Turcs et les Arméniens ; en tout cas par les paysans, à l'époque où ils cohabitaient. Le sillon, comme dans la Marseillaise ? Qu'un sang impur abreuve nos sillons, quelle ironie pour quelqu'un assassiné par un nationaliste.


Elle va de l’un à l’autre, d’un lieu à l’autre, recherchant des indices  sur cet homme, cherchant aussi un sens à un  séjour qui est en train de perdre le sien. Cette collecte constitue un assemblage de facettes plus qu’une vraie biographie. L’actualité brutale la rattrape peu à peu, comme tant d’autres, la fuite paraît le seul salut.

C’est un mélange assez harmonieux, quoique singulier,  entre autofiction et information journalistique, ballade amoureuse et géopolitique, à travers cette  jeune femme écartelée entre deux mondes  turc et européen, qui voit dans ses tripes à quel point les hommes sont proches et en quoi les régimes les séparent. Elle adopte un style décalé, précipité, renonçant aux guillemets et transitions, elle nous promène à son propre rythme, il faut s'y soumettre, dans une urgence singulière et noire.

Hrant Dink

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Tag autofiction sur Des Choses à lire 20070110

Naji Jerf

Tag autofiction sur Des Choses à lire Img10

Tahir Elçi

Tag autofiction sur Des Choses à lire Fft10710


mots-clés : #autofiction #contemporain #lieu #minoriteethnique #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 14 Jan - 10:08
 
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Sujet: Valérie Manteau
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Nicole Krauss

Forêt profonde

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Eh bien, la forêt a été vraiment obscure pour moi. Il y a là une recherche de virtuosité, dans une tentative pseudo(?)-philosophique tournant autour de l’identité, du double, de la métamorphose, des univers multiples qui nuit férocement au romanesque. Les discours « penseurs » envahissent le paysage et nuisent aux deux intrigues, qui devraient être des thrillers psychologiques, mais sont plutôt des objets cocasses que j’ai abordés avec un certain détachement

Il y a donc deux personnages (dont une écrivaine prénommée Nicole qui ne supporte plus son mari), menés en chapitres alternés, qui ont certes beaucoup de points communs : tous deux abandonnent leur vie américaine plus ou moins ordinaire, insatisfaits l’un de sa réussite vaine l’autre de son mariage en échec, s’exilent sans trop savoir pourquoi, s’installent au Hilton de Tel-Aviv, sont chacun pris en charge par un personnage mystérieux et atypique qui veut leur imposer l’un des histoires de judéité en rapport avec la kabbale, l’autre une curieuse histoire autour de Kafka dont la mort n’aurait été qu’un simulacre lui permettant une deuxième vie à l’abri de la notoriété. Le problème narratif, c’est qu’au-delà de ces similitudes, ils ne se rencontrent qu’à la dernière page dans une pirouette temporelle assez naïve.

J’aspire à un roman comme une clairière, dont le récit linéaire se suffirait à lui-même,sans thèse, sans thème, sans démonstration,
où l’auteur n’aurait pas le besoin de montrer qu’il ou elle est un ou une brillant(e) intellectuel(le),   n’aurait pas besoin de Kafka comme mentor, ni de régler ses comptes avec son ex.


mots-clés : #absurde #autofiction #communautejuive #creationartistique #identite #philosophique
par topocl
le Mer 9 Jan - 18:29
 
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Sujet: Nicole Krauss
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Vincent Hein

Kwai

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Vincent Hein, grand voyageur asiatique, fait escale en Thaïlande, pour retrouver les traces du pont de la Rivière Kwai. Il ne reste pas grand chose du fameux pont, et rien des camps de prisonniers en dehors d‘un musée et un cimetière. La nature sauvage a repris ses droits. Mais ce voyage, comme tout voyage, est bien loin d’être stérile. Vincent Hein hume les paysages, écoute les gens du pays, savoure sa présence en ces lieux. Remontent à la surface l’attachement de l’auteur à ce vieux film, et aux peplums et autres westerns de sa jeunesse, les moments partagés avec son père , et une vieille tante, devant l’écran de télévision, les premières promenades en forêt qui lui donnèrent le goût du voyage, les hommes référents de sa formation, qu’ils soient botanistes, cinéastes, écrivains-voyageurs, les hommes de sa famille qui soldats, blessés, prisonniers participèrent à ce grand bazar mondial des guerres, des hommes qu’on força à être des  vainqueurs ou des vaincus. Il donne passage un bon coup de tatane à Pierre Boule, l’auteur du roman éponyme.

Tag autofiction sur Des Choses à lire 18770910



Il y a un réel charme  à ce récit, tout à la fois cohérent et disparate, relevant du principe des associations d’idées (Vincent Hein ne s’est pas formé à la psychanalyse pour rien), des humeurs, des ressentis, mais qui n’échappe pas pour autant à la main mise  de l’Histoire. C’est un vagabondage élégant, poétique, délicieux au sein duquel j’ai relevé les quatre plus belles pages que j’ai pu lire sur la pluie (qui, en fait, sont les pluies).

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mots-clés : #autofiction #deuxiemeguerre #devoirdememoire #voyage
par topocl
le Lun 31 Déc - 11:11
 
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Sujet: Vincent Hein
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Christophe Boltanski

Le guetteur

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Christophe Boltanski a eu un lien assez distendu avec sa mère, il ne parlera donc pas de cette relation, ou à peine. Mais quand celle-ci décède,  elle laisse une accumulation de petits carnets, et quelques amorces de polars qu’elle a écrites, qui vont lancer son fils dans une quête de sens. Cette femme solitaire vivait dans un appartement-refuge, où elle ne jetait rien, développant des idées persécutoires et des hallucinations suffisamment fortes pour diriger sa vie, mais suffisamment raisonnées pour qu’elle reste autonome. Christophe Boltanski envisage l’idée que cette évolution ait un lien avec le fait que jeune femme, elle a milité activement pour le FLN, avec ce que cela implique de secret, de traques, de mystère.

Il alterne donc  des chapitres où il  raconte les dernières années, se lance dans des recherches, enquête pour la mieux saisir (mais sans beaucoup de résultat, il est vrai) , et des chapitres décrivant ce qu’il imagine avoir été cette vie de militante, parti qui laisse plus la place à l’imagination, mais de ce fait aussi à une certaine distance, une certaine confusion.

J’ai été assez séduite par le personnage de la vieille femme, cette adaptation – inadaptation particulièrement touchante. Le reste m’a moins emballée. Il en ressort un roman un peu bancal, alternant un certain brio avec des parties qui m’ont moins motivée.

Un peu comme dans La cache, au final, un beau matériau, mais un certain manque de souffle.


Mots-clés : #autofiction #pathologie #vieillesse
par topocl
le Ven 21 Déc - 18:04
 
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François Mauriac

Le Mal

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Roman, 175 pages environ, paru en 1924, mais n'a reçu sa forme définitive qu'en 1955, après divers avatars.

Eu la chance de le chiner, pour des clopinettes, dans l'édition mouture définitive, qu'on ne va tout de même pas qualifier d'originale contrairement aux sopalinades de l'éditeur, en l'occurrence  Arthème Fayard 1955 (ci-dessus).

Donc ouvrage paru en revue ("Demain") en 1924. Puis un premier tirage chez Grasset ne vit, finalement, pas le jour.
Quelques chapitres isolés paraissent en 1926 sous le titre Fabien, en édition illustrée, chez Librairie Sans Pareil.
Grasset édite à nouveau le roman version 1924, à petit tirage, en 1935 et 1936.

Puis, le temps passe. Mauriac lui-même est réticent à la publication de cet ouvrage, mais, comme il est repris dans le tome VI de ses Œuvres Complètes et -je cite Mauriac:
"Surtout parce que mon éditeur américain en a donné la version anglaise dans le même volume que celle du Sagouin, et qu'à mon grand étonnement l'accueil du public et de la critique a été chaleureux, - ce qui est très nouveau pour moi: les traductions de mes livres par Gerard Hopkins n'ayant jamais trouvé aux États-Unis le succès qu'elles connaissent en Angleterre."

Le Mal, un Mauriac de seconde zone ?
J'en suis persuadé, du moins pendant un gros tiers, presque une moitié du livre.

Bref une fratrie de deux, dans Bordeaux-centre. Un père décédé avant de voir grandir les enfants. Une mère pas juste pratiquante, non, au-delà, janséniste si l'on veut.

C'est tellement biographique...avec le père décédé alors que Fabien avait l'âge de vingt mois, la scolarité du jeune Fabien, jusqu'au quartier même de Bordeaux qui est celui où grandit François Mauriac, jusqu'à la ferme et les terres des Landes girondines où la famille va passer la belle saison, jusqu'à la "montée" de Fabien jeune homme à Paris, l'inscription à l'École des chartes, d'où Fabien, comme Mauriac, démissionnera, jusqu'à la piaule d'hôtel, etc...


 Mauriac met à mal les nerfs de ses plus fervents lecteurs dans ce livre, qui paraît manquer de souffle, les personnages de Fanny l'irlandaise amie de la mère de Fabien, et de Joseph, le doux et pieux frère de Fabien, pas maladroitement campés j'admets (comparé au personnage de la mère de Fabien) ne sauvent pas tout, on va s'enliser, on voit vaguement d'où ce "Mal" peut venir, et puis, et puis...

Subtilement, les divers éléments hétérogènes se forment (comme en chimie) en un précipité solide, les temps forts du livre arrivent enfin, toute la longue mise en place -très autobiographique, donc- trouve enfin sa justification.

Un Mauriac de seconde zone, disais-je ?
Plus si sûr au final, toutefois je ne le recommande pas en porte d'entrée à cet auteur (voir, au reste, les réticences de Mauriac lui-même quant à sa publication...).

Chapitre V a écrit:
- Viens... viens dans l'ombre...viens !
Elle avait jeté un manteau sur ses épaules.
Elle entraîna Fabien. Il sentait à son bras la crispation d'une main de noyée.  Cette odeur de marécages et de tabac opiacé, les vacillantes colonnes rouges et vertes dans l'eau noire que font les lanternes, tout ce qui avait été présage funèbre s'associait soudain et pour jamais à la frénétique joie de Fanny. Ce port des embarquements pour le néant devenait le léger décor de sa tendresse heureuse.


Chapitre VII a écrit:
On le vit muet, contre une porte à ces fêtes, dont les hôtes lui étaient aussi mystérieux qu'une tribu sauvage. Il errait parmi eux, Gulliver mélancolique, prisonnier d'une race inconnue. [...)
D'incompréhensibles peintures effaraient le jeune homme - et cette musique comme des coups de poing ! Durant les soupers sans domestiques, si l'ivresse faisait tomber des masques, il en restait toujours un collé à chaque visage. Quelle plaie eût-on déchirée en les arrachant ?


Enfin je reproduis celle-ci sur un autre fil (La littérature c'est quoi ?) où elle me semble à sa place:
Chapitre VII a écrit:Il ne comprenait pas ces poèmes, ces peintures, ces musiques autour de lui, - mais il se disait que peut-être ces artistes usaient de leur art pour créer un univers de monstres et pour y passer inaperçus. Il se demandait si leur art n'était pas la forme de leur désespoir.



mots-clés : #autofiction #initiatique
par Aventin
le Sam 15 Déc - 9:26
 
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Sujet: François Mauriac
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Camille Laurens

Philippe

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Philippe, le fils aîné de Camille Laurens est décédé quelque heures après sa naissance. Si la première partie « Souffrir » décrit les beaux moments de la grossesse et de l'attente, amères à la lueur du destin par nous connu, la suite « Comprendre » est surtout un pamphlet de récrimination contre l’accoucheur incompétent et négligent (copies du dossier médical et de l’expertise à l'appui) et l'entourage globalement maladroit à l'exception de quelques amis « courageux ». puis la troisième partie « Ecrire » , c'est l'écriture pour faire « survivre » l'enfant.

Je comprends tout à fait le besoin de Camille Laurens en tant qu'écrivain de jeter (car c’est plus souvent jeter qu'écrire) cette histoire sur le papier, et en tant que femme de hurler cette cruelle ignominie à la face du public. Il ressort bien évidemment de cette lecture une impression d'horreur, de révolte  et de malheur auxquels le lecteur, comme la lectrice ne sauraient échapper.
Dire que c’est un bon livre est sans doute autre chose, à laquelle je ne puis me résoudre, même si je n'aime pas tirer sur les ambulances. C'est  pour l'essentiel un acte de dénonciation, qu'on peut considérer comme salutaire (encore que...), peut-être même de vengeance, mais cela n' a qu'un lointain rapport avec la littérature.

Quant à la polémique Laurens-Darrieusecq à propos de Tom est mort elle ne peut être comprise par l'observateur non impliqué que comme l'expression de l'ampleur de la déchirure de Camille Laurens.

Et je ne parlelrai pas du ridicule achevé de la couverture du Folio...
Spoiler:
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mots-clés : #autofiction #medecine #mort #relationenfantparent
par topocl
le Jeu 6 Déc - 18:19
 
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Sujet: Camille Laurens
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Fred Chappell

Ça ne m’étonne pas que ça t'ait plu, bix.

Ma famille inoubliable


Tag autofiction sur Des Choses à lire 41258w10

C'est l'histoire de l’enfance de l'auteur dans une ferme  de Caroline du Nord, protégé par une famille aimante. De sa tendre complicité avec son père, resté un éternel adolescent et Johnson, le garçon de ferme orphelin qui va mourir avant même de partir à la guerre tuer Hitler. Les oncles et les tantes sont autant de figures cocasses et bienveillantes ; les femmes, mère et grand-mère ont une place sécurisante mais effacée dans ce paysage enfantin.

Ce livre, qui ressemble par moments à  un recueil de nouvelles, offre toute sa place à la naïveté de l'enfance, et m'a fait penser au James Agee de Un mort dans la famille, ou à Kent Haruf, par la tendresse calme d'un quotidien paisible. Mais il se teinte parfois d'une pointe malicieuse de réalisme magique, quand 'l’imagination emporte l’enfant dans des visons pleines de fantaisie.


Mots-clés : #autofiction #enfance #intimiste #relationenfantparent #ruralité
par topocl
le Dim 25 Nov - 17:13
 
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Sujet: Fred Chappell
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Javier Cercas

Le monarque des ombres

Tag autofiction sur Des Choses à lire 51bt-t10

Longtemps Javier Cercas a voulu ne pas écrire sur Manuel Mena, ce grand-oncle phalangiste mort à 19 ans dans la bataille de l'Ebre, resté le héros d'une famille dont Cercas ne partage pas les idées. C'était pour lui une honte, cet héritage familiale. Mais il s'est cependant attaché à réunir des témoignages, a compulsé des archives et peu à peu l'oncle a pris chair, et mené Cercas à une réflexion nouvelle sur sa famille et sur l'Espagne en général, sur les héros morts pour des idées, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, et sur la nécessité d'écrire dessus.

Cercas rapporte donc finalement l'histoire de cet oncle, alternativement historien objectif et écrivain en quête de sens. Et il se montre à l’œuvre dans sa démarche jouant avec un humour, parfois lourdingue sur opposition, historien/littérateur.

Tout cela est a priori bien intéressant, Mais Cercas caricature ici sa propension à s'interroger et tourner en rond, tergiverser, y revenir et encore . Sans compter  les fastidieux rapports de bataille, je me suis embourbée  dans la prose  pesante de Cercas, qui prend plaisir à se rouler dans les méandres complexes de ses interrogations, gavant le lecteur d'un propos répétitif et redondant, dont églantine 'n’avait pas manqué de nous faire part.

@églantine a écrit:J'ai abandonné le dernier de Javier Cercas à la moitié , Le monarque des ombres .
Euh .
Bon son écriture journalistique  un peu" brouillonnée "redondante de L'imposteur m'avait quand même un peu ennuyée malgré le vif intérêt que j'ai eu pour le sujet , mais là ça ne passe plus .
Le sujet était aussi très pertinent cette fois : enquêter dans sa propre famille pour comprendre comment un être "normal " a pu basculer du mauvais côté de l'histoire . Soucieux de rester neutre et factuel dans son rapport d'enquête , il n'a de cesse de scander sa position . Une remontée historique au sein de la montée du franquisme à travers un exemple parmi tant d'autres mais le touchant personnellement  afin de proposer une forme de résilience au peuple espagnol , c'est louable mais Javier Cercas complique les choses , se vautre dans son écriture reconnaissable ...à son besoin d'alourdir , dans une absence de style , dans une forme hybride , ni fiction ni essai , indigeste .


C'est à regret  car la réflexion, quoique tortueuse,   pourrait être passionnante, et le personnage est, on s'en rend compte en même temps que l'auteur, plus complexe qu'il n'y paraît.

Mots-clés : #autofiction #culpabilité #guerredespagne #historique
par topocl
le Lun 12 Nov - 20:30
 
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Sujet: Javier Cercas
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